Juillet 2009 - 9e année - numéro 92

vendredi 26 janvier 2007

Rousset (Hautes-Alpes)

Commune des Hautes-Alpes (05190),
Provence-Alpes,
176 hab. en 1999
(172 en 1990),
14,38 km2

Voici quelques liens qui vous pourront vous guider si votre généalogie vous mène à Rousset.

DOCUMENTS
  • Le testament de Blaise Michelon (Rousset, 1708). En ce 5 mars 1708, le temps n'est pas très chaud dans le petit village de Rousset, situé sur le versant sud d'une montagne des Hautes-Alpes. Certes, l'altitude n'est pas très élevée, bien que des cols alentour dépassent allègrement les onze cents mètres mais, tout de même, on sent bien dans cette région isolée, loin de toute grande ville, les rigueurs habituelles du froid.
PHOTOGRAPHIES
  • Rousset. Visite en images du village de Rousset...

Photographie : © Jean Marie Desbois, 2001-2008.

jeudi 25 janvier 2007

Evolution de la population de Saint-Martin-de-Crau de 1801 à 1896


1881 1886 1891 1896

175 197 246 285

279 312 386 337

1.099 1.316 1.756 1.315

Légende:
= maisons
= ménages
= individus

La numérotation Sosa-Stradonitz


La numérotation dite de Sosa-Stradonitz est aujourd'hui universellement utilisée dans le domaine de la généalogie. On considère généralement que c'est l'historien allemand Michael Eytzinger qui l'a, le premier, mise sur pied. Il est parti de la constatation simple que 1 enfant = 2 parents. Lapalisse n'aurait pas dit mieux, mais cette équation allait permettre d'ordonner de façon stricte toutes les généalogies du monde.
En 1676, Jérôme de Sosa, un généalogiste espagnol, reprit le principe et c'est Stefan Kekulé von Stradonitz qui le popularisa grâce à son Ahnentafelatlas.

En quoi consiste donc cette numérotation ?

Comme l'a énoncé Eytzinger, un enfant = deux parents. Concrètement, cela signifie que la personne dont on établit la généalogie, et que l'on nomme le de cujus, portera invariablement le numéro 1. Son père sera le numéro 2 et sa mère, le numéro 3. Notez que le père porte toujours le double de son enfant (ici 1 multiplié par 2) et la mère porte le numéro du père plus 1 (ici 2+1).

Partant de ce principe, on peut établir que les parents du père (n°2) porteront les numéros 4 (2 multiplié par 2) et 5 (4+1). Du coup, tout s'ordonne de façon mathématique. Un homme porte toujours un numéro pair et une femme, un numéro impair, à l'exception, évidemment, du de cujus qui peut être une femme. Chaque numéro impair (femme) équivaut donc au dernier représentant d'une lignée.

  • un père a toujours un numéro double de celui de son fils et la moitié de celui de son propre père,

  • un homme a donc toujours un numéro pair, une femme un numéro impair, à l'exception du numéro 1 qui est soit un homme soit une femme,

  • on peut préparer et numéroter les tableaux à l'avance, chaque personnage y trouvant naturellement sa place,

  • le nombre d'ancêtres à chaque génération correspond au numéro de l'ancêtre en ligne agnatique du numéro 1, c'est à dire : 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128 et 512 à la 9e génération.

Dans la pratique, on peut représenter un arbre de la façon suivante, avec en rouge, les hommes (pairs) et en noir, les femmes (impairs) :

Henri Blondeau (1834-1890), aéronaute, gymnaste, acrobate, comique et musicien

Henri Blondeau est né le 24 septembre 1834 à Louvain, en Belgique, troisième enfant de Denis Blondeau et Marie Thérèse Vandecruys (1).
Jeune encore, il se passionne pour l'aéronautique et les ballons aérostatiques et entreprend une carrière d'acrobate, profession spectaculaire qui enthousiasme les foules. Installé en 1861 en Italie, il se produira sa vie durant dans de nombreuses villes de ce pays: Forli, Venise, Ravenne, Pérouse, Alessandria, Bologne, Cesena, Faenza, Ferrare, Florence, Foligno, Gênes, Gorizia, Livourne, Lodo, Milan, Modène, Naples, Novara, Padoue, Parme, Pise, Raguse, Rimini, Rome, Sienne, Turin, Vercelli, Vérone.
C'est à Arles (Bouches-du-Rhône) qu'il se marie le 7 juillet 1869 avec Louise Marguerite Adèle Desplan, veuve Fernand Bissière (2).
Son mariage à Arles coïncide par la suite à de nombreuses prestations en France. Il se produit ainsi:

le 24 août 1873 à Arles,
le 28 août 1874 à Orange,
le 24-27 avril 1875 à Arles,
le 28 juin 1875 à Aix-en-Provence,
les 5 juillet et 28 août 1875 à Roanne,
les 5 et 12 juillet 1876 à Nevers,
le 22 août 1876 à Montluçon,
le 5 septembre 1876 à Clermont-Ferrant,
le 27 mai 1877 à Montpellier.

LE SAUVETAGE D'ORANGE. C'est lors du spectacle du 28 août 1874 qu'il se distingue encore. Ce jour-là, alors que Blondeau s'apprête à exécuter une ascension périlleuse à Orange (Vaucluse), un incident survient dont il ressortira couvert de gloire. Un journal de l'époque raconte l'événement:

« C'est sur un trapèze aérien, à deux mille mètres du sol, que Blondeau devait exécuter ses périlleux exercices; mais au moment du "lâchez tout!", un ouvrier qui retenait le ballon, se trouve si fatalement entravé par un cordage, qu'il est emporté, suspendu par un pied, et la tête en bas, avec l'aéronaute et le ballon.
Aussitôt, Blondeau saute sur son trapèze, et comme le malheureux ouvrier, blême de terreur, sent son pied se dégager du cordage, l'aéronaute, debout sur son trapèze, soutient avec sa tête l'homme qui va tomber.
- Tenez-vous bien, lui dit-il, je vais imprimer une forte secousse et faire descendre le ballon.
Bientôt en effet, grâce au sang-froid et à la force de l'aéronaute, la mongolfière atterrit et les deux hommes, saints et saufs, rentrent à Orange, où Blondeau, en attendant la médaille de sauvetage, reçoit les plus chaudes félicitations.

Aristide Roger

L'ÉCOLE DE GYMNASTIQUE. Cet événement sera suffisamment retentissant et fera tant de publicité à Blondeau qu'il sera exploité pour promouvoir ses exhibitions suivantes. Du coup, le couple résidant rue du Séminaire à Arles prospère et l'aéronaute en profite pour créer une école de gymnastique dans un local mis à disposition par la ville à l'intérieur de la caserne Havas.
On peut citer parmi ses élèves les noms de Césare Antonucci, Henry Beudet, Charles Beunier, Jules Briguet, Félix Mayet, Cirillo Stefanini alias Stephenson, Emilio Silvestri et Théodore Sivel.
Malheureusement, le 16 juin 1877, peu de temps après son exhibition à Montpellier, Blondeau perd sa femme.

L'ITALIE. Lors d'un séjour en Italie, il rencontre sa seconde femme, Adèle Pajuolo (3) qui lui donnera plusieurs enfants. Dès lors, la notoriété de Blondeau s'étend jusqu'en Espagne, où il fait une tournée en 1882. Entre temps, il se produit à Naples (27 février 1879) et Vérone (22 juin 1884 et 6 septembre 1885); à bord de nombreux ballons dont les noms sont évocateurs: "Aquila Audace", "Gigante", "Multicolore", "Il 20 Settembre", "Villa des Fleurs", "Atome", "Ville de Milan", "Esploratore", "Le Gambetta", "Dandolo", "Citta di Lucca" ou encore "Le Condor".

LA MORT DE L'ATHLÈTE. Une dernière prestation lui sera fatale. Le 3 septembre 1890, dans le ciel de Raguse, un ballon s'élève. Malgré le mauvais temps, la pression des habitants l'oblige à décoller et il chute dans le vide. Il allait avoir 56 ans.
Sa femme Adèle était enceinte. Un garçon naîtra en mars de l'année suivante à Bologne et recevra le prénom de son père. L'enfant fut abandonné pour des raisons inconnues (la mère était-elle morte?).


(1) Denis Blondeau, né le 19 octobre 1807 à Hingène (Belgique) et décédé le 16 mars 1849 à Saint-Nicolas (Belgique), Marie Thérèse Vandecruys, née le 7 février 1813 à Diest (Belgique), décédée le 13 avril 1904 à Paris..
(2) Louise Desplan est née le 18 février 1836 et y est décédée le 16 juin 1877 à l'âge de quarante et un ans. L'acte de mariage comporte les signatures de quatre témoins: Paul Gravel, peintre en bâtiment, 60 ans, Nabor Troesch, tailleur d'habits, 47 ans, Casimir Cartier, docteur en médecine, 48 ans et Sylvain Desplan, orfèvre, frère de l'épouse, 35 ans, tous domiciliés à Arles.
(3) On ne sait malheureusement rien de cette femme, malgré des recherches en Italie. Le patronyme est originaire de la région de Vérone. Tout renseignement est le bienvenu.

Remerciements

Cet article est une compilation des informations rassemblées par M. et Mme Blondeau-Bortolozzi, descendants d'Henri Blondeau. Leurs recherches ont pu aboutir grâce au Musée de l'Air du Bourget, au Musée Caproni, au Stato Maggiore dell'Aeronautica de Rome, au Musée du Cirque de Bruxelles, à Mme Marcelle Ruiz, Mme Ginette Bartolotti et M. Roger Cherpion qu'ils remercient.

Liens

Photographies

© M. et Mme Blondeau-Bortolozzi, 2001. Avec leur aimable autorisation.

mercredi 24 janvier 2007

Conception et grossesse dans la Provence d'hier

La vie des Provençaux fourmillait de superstitions en tout genre. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de retrouver nombre d'actes empreints de mysticisme que l'on accomplissait lorsque l'on voulait avoir un enfant.
Le modèle par excellence de la femme enceinte dans l'imaginaire provençal reste bien évidemment celui de la Vierge Marie que l'ange Gabriel visita un jour et à qui il annonça qu'elle deviendrait miraculeusement enceinte du fils de Dieu. Certes, nulle Provençale ne prétendait obtenir ce privilège, mais le récit biblique laissait croire en tout cas qu'il fallait passer par les saints pour espérer tomber enceinte lorsque la nature refusait son don. Presque chaque localité de Provence possédait un saint qui intercédait pour obtenir une conception. Les plus fréquents étaient la Sainte Vierge, sainte Anne, sainte Marthe, Sainte Rossoline, sainte Madeleine et saint Honorat. Il était même fréquent de prénommer l'enfant du nom du saint invoqué. A cet égard, les solutions ne manquaient pas, entre prières, pèlerinages et autres voeux.

Dévotions religieuses.
Le pèlerinage de la Sainte-Baume à l'époque de la Pentecôte était particulièrement recommandé pour les couples inféconds. En chemin vers la grotte de Marie-Madeleine, on faisait une halte au cours de laquelle on érigeait un petit monticule de pierres, que l'on dénommait le castelet, symbole de l'érection masculine, censé donner au mari les ardeurs qui lui manquaient. Celui-ci accrochait ensuite une branche de gui à la taille de son épouse.
Dans les Alpes-Maritimes, on se rendait généralement à Notre-Dame-de-Laghet, près de la Turbie. On offrait à la Sainte Vierge, pour l'occasion, quantité de bijoux, allant de la boucle d'oreille à la bague de mariage.
Dans le Var, c'est saint Phoutin (1) qui était invoqué.

Le besoin d'associer des saints à toute conception venait du fait que la conception était généralement considérée comme oeuvre divine. Dès lors, lorsqu'une femme était stérile, les raisons que l'on invoquait se situaient dans le domaine de la superstition et l'on croyait fermement que quelque sorcier ou "masque" en était à l'origine. On préférait alors rechercher l'aide protectrice des saints.
Toute étude sur les coutumes de nos ancêtres de Provence se c
onfronte tôt ou tard à la superstition; nul ménage ne semble y échapper et chaque ville, chaque village a ses habitudes dans ce domaine. Des témoins affirmaient qu'à Aix, les couples sans enfant se rendaient à l'olivier de la Touesse autour duquel ils entreprenaient une danse au cours de laquelle ils heurtaient par trois fois le tronc de leur postérieur. Cette danse était réputée rendre la fécondité. L'arbre, on s'en doute, est un symbole phallique. D'autres pratiques incluant des arbres ont été repérées en Provence. A Collobrières (Var) par exemple, des femmes rampaient sur certaines racines d'un vieux châtaignier du chemin des Amoureux. Cette action avait le même but: donner la fécondité désirée.

Envies de femmes enceintes.
Les femmes enceintes, on le sait, ont des envies auxquelles il vaut mieux ne pas résister. On considérait autrefois que refuser à une femme enceinte ce qu'elle demandait provoquait la venue d'un orgelet sous la paupière. A tel point que lorsque quelqu'un souffrait de ce mal, la première cause que l'on cherchait était de savoir si la personne avait une femme enceinte dans son entourage.
Dès 1415 au moins, la condition de la femme enceinte était prise en compte. C. Tiévant évoque un texte tiré des statuts municipaux de Toulon: "Toute femme enceinte peut, à cause de son état, cueillir du fruit, plein ses mains, dans la propriété d'autrui ou le manger là même; mais si elle en emporte plus que ses mains pleines, elle doit cinq sous, s'il n'y a pas plus grand dégât." (2)
Les envies, en provençal, portaient le nom d'envegeos.

Le sexe de l'enfant.
Rien n'étant laissé au hasard, il y avait de nombreux moyens de déterminer le sexe de l'enfant avant sa naissance. Pour ce faire, il suffisait d'observer la femme enceinte dans ses faits et gestes. Si celle-ci trouvait une épingle, elle attendait un garçon, si c'était une aiguille, ce serait une fille. Si elle buvait le fond d'une bouteille de vin, elle aurait une fille.
Une coutume étonnante consistait à donner à la future mère les clavicules de la volaille qu'elle était en train de manger. Celle-ci devait jeter l'os en l'air. S'il retombait "les jambes en l'air", elle aurait une fille.
Il existe même des cas où le sexe pouvait être déterminée à pile ou face. Pielo (pile) annonçait une fille, croux (face) un garçon. Mais, au préalable, il avait fallu faire passer la pièce entre la chemise et le corps de la femme enceinte sans quoi la pièce n'aurait pas dit juste.
On le voit bien, un rien servait à déterminer le sexe de l'enfant, preuve de l'attachement de nos ancêtres aux détails de la vie quotidienne. Même un chien urinant sur la robe de la future mère pouvait être interprété comme le signe de la venue d'un garçon.


(1) On fêtait saint Phoutin (ou Pothin, Foutin) en Provence le 2 juin. Saint Phoutin fut évêque de Lyon et mourut en martyr en 177. Le culte de ce saint fut encouragé par l'Église qui y voyait un moyen d'entraver le culte que les Provençaux vouaient autrefois au dieu romain Futinus.
(2) C. Tiévant, "Almanach de la mémoire et des coutumes", Paris, 1983.

Photographies : © 2001-2007 Jean Marie Desbois.

La ville des Tours - Une cité aixoise oubliée

Il existait à Aix, jusqu'au Moyen Age, un quartier que les documents d'archives dénomment la Ville des Tours. Ce faubourg fut habité dès l'Antiquité. De nombreux nobles y vivaient. Tombée en désuétude, ruinée par le temps, cette ville ne revint à la mémoire des hommes que peu avant la Révolution où elle reçut le nom de "Faubourg". Mais ce n'est qu'en 1811 que le quartier fut conçu d'après un plan d'urbanisme sérieux.
Un amphithéâtre romain s'étendait sur un vaste terrain, sur lequel fut érigée l'actuelle église de Notre-Dame de la Seds, dédiée à Marie. Cette église, dont le patron n'était autre que saint Mitre(1), reçut ce nom de "la Seds" car elle fut la résidence des premiers évêques d'Aix (ecclesia Beatae Mariae de Sede episcopali). On peut sans difficulté imaginer un bourg se développer à l'est de cette église. Maintes fois ruiné lors des invasions barbares, notamment en 869, plusieurs siècles de violence passèrent, donnant l'image d'une ville à la défense fragile, quoique fortifiée sans doute. Des échanges s'opéraient fréquemment entre le bourg Saint-Sauveur et la Ville des Tours. Lorsque la cathédrale Saint-Sauveur fut rebâtie en 1080, par l'archevêque Rostang de Foz et Benoît, prévôt du chapitre, ce même Benoît, résidant en la Ville des Tours, vint habiter la nouvelle bâtisse du bourg Saint-Sauveur avec six chanoines de Notre-Dame de la Seds.
Le bourg donna d'illustres dirigeants à la cité aixoise. Des syndics en furent issus (le damoiseau Isnard Duperrier et Guillaume Ricard en 1336 [de la cyté des Tours], Philippe Duperrier en 1351...) Après 1351, on ne trouve plus de mention de la ville des Tours. Selon Roux-Alphéran, c'est vers 1338 que commença le déclin de cette ville. Siège des archevêques d'Aix depuis toujours, l’archevêque Arnaud de Barchesio abandonna la résidence de ses prédécesseurs située à Notre-Dame de la Seds, pour venir se loger près de l’église Saint-Sauveur. Dès lors, la ville et son église furent abandonnée et son souvenir s'estompa. Certes, abandonner une église vouée à Marie, dont on laissait la statue dans un coin de l'église Saint-Sauveur, tourmentaient la conscience des Aixois et lorsque la peste frappa en 1521 et en 1522, on y vit un signe du courroux divin. Des témoins affirmèrent que des feux surnaturels sortirent de terre et l'on fit voeu de restaurer Notre-Dame de la Seds. Grâce à Pierre Joannis, membre d'une vieille famille aixoise, les vieilles fondations furent retrouvées et l'on rebâtit l'édifice. Il fut cédé au religieux Simon Guichard, provincial de l'Ordre, le 8 janvier 1556(2).
Roux-Alphéran cite le nom de plusieurs illustres Aixois nés dans le quartier de Notre-Dame de la Seds: Honoré Duranti (1559-1626), prédicateur, confesseur d'Henri III; Joseph Victor Thibaud (1587-1662), prédicateur de la princesse Christine de France; Timothée de Brianson de Reynier (Aix, 1595-Marseille,1681), religieux des Minimes; Antoine Morel (1608-1670), auteur d'ouvrages religieux et ami de l'historien J. S. Pitton; Gaspard Laugier (Aix, 1637-Pourrières, 1697), "intrépide faiseur d'anagrammes"; Sauveur André Pellas (1667-1727), auteur du premier dictionnaire provençal-français et Toussaint Pasturel (Aix, 1671-Avignon, 1731), poète latin et prédicateur.

Le cours Sextius reçut son nom en 1811 en mémoire de l'illustre fondateur de la ville, le général romain Sextius Calvinus. Cette dénomination résolument païenne entrait parfaitement dans l'évolution de la société qui voulait en finir avec les noms de saints, au profit de héros plus glorieux et belliqueux. Le nom de Sextius donnait une touche de prestige à un ensemble de qualité.
Le cours Sextius est aujourd'hui célèbre pour l'établissement thermal qu'il abrite. Dès l'époque romaine, les eaux aixoises étaient bien connues pour leurs vertus médicinales et leurs effets salutaires. Non loin du cours Sextius, dans la rue des Étuves, un nommé Guigon Mayne serait le créateur des thermes modernes, vers 1567. En 1705, le médecin Lauthier écrivait que selon la tradition de l'époque, il n'y avait pas plus de 150 ans que "les eaux du quartier de l'Observance servaient à faire des bains(3)". En 1678, l'historien Pitton est le premier à avoir associé les thermes au nom de Guigon Mayne(4).
Au XIXe siècle, le cours Sextius était, aux dires de l'historien Roux-Alphéran, "bordé de maisons de commerçants, de commissionnaires de roulage, de charrons, de maréchaux, de forgerons, d’auberges et de cafés". Il se divise dans sa longueur en deux portions bien distinctes; la partie nord de la rue était autrefois nommée la rue Cavalette. Les sources de recensement laissent apparaître que dans cette zone vivaient de nombreux plâtriers et tuiliers.

C'est en 1811 aussi que fut dénommée la rue Vanloo, car cette rue menait au pavillon Vendôme, propriété de la famille Vanloo. Cette famille d'origine hollandaise doit sa renommée à Jean-Baptiste van Loo (Aix, 1684-id., 1745), talentueux portraitiste dont les oeuvres sont exposées dans le monde entier(5). La rue Vanloo est la plus ancienne du Faubourg, elle est habitée depuis le XIIeJoseph Jean Baptiste de Suffren, seigneur de la Molle, conseiller au parlement siècle. Celui-ci acquit le pavillon en 1737, à la mort de son propriétaire, (6).

L'actuelle rue du 11-Novembre portait autrefois les noms de Saint-Hippolyte, Duperrier, puis celui de rue de Guerre. Cette rue était en effet habitée par des membres de la famille de Guerre au XVIIe siècle. Une rue voisine qui n'avait pas de nom fut par la suite maladroitement dénommée rue de la Paix, par antithèse avec la "rue de Guerre" que l'on appelait de façon incorrecte "rue de la Guerre". Le plan d'Aix de Makaire de 1869 donne d'ailleurs le nom de "rue de la Guerre". La famille de Guerre devait se retourner dans sa tombe! A dire vrai, donner à cette rue le nom de "rue du Onze-Novembre" ne fait qu'entretenir la confusion.

La rue la plus longue de ce quartier est la rue de Célony. Ce nom lui vient de ce qu'elle était autrefois un chemin menant au hameau de Célony, terroir de Puyricard, situé sur la route d'Avignon, à environ deux lieues de là. C'était auparavant la rue de Reauville, car les terres qu'elle traversait était la propriété des Rolland, seigneurs de Reauville. Le nom de rue de la Burlière lui vient de ce que les paysans y jouaient aux boules les dimanches et jours de fête(7). Sa longueur et sa régularité en faisait un terrain idéal pour les pratiquants de ces jeux.
Sur le plan de 1575, la rue est dénommée faubourg des Gipières(8). Son avant-dernier nom de rue des Bourras vient de la présence des Pénitents Gris ("Bourras") qui y établirent leur chapelle en 1677. La mission de ces religieux consistait à accompagner les pauvres jusqu'à leur sépulture et à consoler les condamnés à mort.


(1) Selon la légende, Mitre, ouvrier agricole, vivant à Aix dans les premiers siècles de notre ère, chez le préteur Arvendus, fut accusé de sorcellerie pour avoir accompli un miracle. Il fut décapité. Il ramassa alors sa tête et la porta jusqu'à l'église de Notre-Dame de la Seds dont il devint le patron. Ses reliques furent transférées à la cathédrale Saint-Sauveur le 23 octobre 1383. On dit que la colonne droite qui soutenait son tombeau était percée d'un trou qui suintait constamment, sécrétant un liquide souverain contre les maux d'yeux.
(2) Simon Guichard fut assassiné en décembre 1574 sur le chemin de Saint-Roch par des huguenots.
(3) Lauthier, "Histoire naturelle des eaux chaudes d'Aix", David imprimeur, Aix, 1705, in-8°, p. 10.
(4) Pitton, "Eaux chaudes de la ville d'Aix", David imprimeur, Aix, 1678, in-8°, p. 28.
(5) Le second fils de Jean-Baptiste van Loo, François van Loo, né à Aix le 8 novembre 1708, mourut misérablement à Turin en 1731. Aujourd'hui oublié par la mémoire collective, il conviendrait toutefois de réhabiliter un homme "rempli de génie et de talent", selon Roux-Alphéran et sujet de nombreux éloges de son temps.
(6) Joseph Jean Baptiste de Suffren était l'aïeul du bailli de Suffren.
(7) "Est Burlaria locus in urbe vel extra urbem, in quo ludere solent incolae" (Ducange, Glossarium ad scriptores mediae et infimae latinitatis).

(8) En provençal, gipier, gipièro désigne l'ouvrier-plâtrier. Des plâtriers étaient installés dans le quartier.

Photographies :
1.
Notre-Dame-de-la-Seds. © Jean Marie Desbois, 2002.
2.
Le cours Sextius, Aix-en-Provence. © Jean Marie Desbois, 2002

Consuls et assesseurs aixois. Élection

Le titre de consuls était particulièrement (et presque exclusivement) honorifique. Les consuls aixois n'avaient qu'un pouvoir relativement limité, circonscrit aux limites de la ville. Il semble qu'ils n'avaient pas toute la latitude des consuls d'autres grandes villes, Marseille en tête.

Élection des CONSULS, DES assesseurs et des conseillers.
Chaque consul devait choisir et présenter son successeur à l'approbation de l'assemblée du Conseil
(1). On réunissait aussi à cette assemblée des notables issus des différents quartiers de la ville (les "cités"). Si le successeur n'était pas approuvé par l'assemblée, il appartenait au consul de choisir un nouvel homme, jusqu'à accord.
Les Archives d'Aix indiquent de façon précise la manière dont ces élections se déroulaient
(2):

Avant 1669, cette élection avait lieu le samedi le plus voisin du 30 septembre, jour de la fête de saint Michel, et les consuls entraient en exercice le 1er novembre, jour de la Toussaint, pour demeurer en fonctions jusqu’au 31 octobre de l’année suivante. Louis XIV changea cela par lettres-patentes du 15 décembre 1668, portant que l’élection des consuls d’Aix, procureurs du pays, aurait lieu désormais le samedi le plus proche de saint André, c'est-à-dire aux alentours du 30 novembre, et leur installation le 1er janvier suivant. L'historien Roux-Alphéran décrit avec précision le déroulement de l'élection(3).

1. L'avant-élection.
Le vendredi soir, les trois consuls et l'assesseur devaient dresser la liste de leurs successeurs. En cas d'égalité des voix sur plusieurs candidats, c'étaient aux consuls de l'année précédente de voter pour départager. Ensuite, les consuls, l'assesseur et les consulaires
(4) proposaient le nom de cent "cités" que l'on inscrivait sur autant de bulletins déposés dans un vase. Trente bulletins étaient tirés au sort par un jeune garçon. Il était formellement interdit d'ouvrir ces bulletins. Les soixante-dix restants étaient immédiatement brûlés. On enfermait ensuite les trente bulletins dans un coffret à quatre serrures et à quatre clefs dont chacune était remise aux consuls et à l'assesseur. Ce n'est que le lendemain matin, à sept heures, que le viguier ouvrait le coffre et invitait les trente cités à se rendre à l'Hôtel de Ville "pour assister à l'élection et ballotter les consuls".

2. L'élection.
106 personnes assistaient à l'élection (art. 16):

  • Les trois consuls et l'assesseur,
  • leurs quatre prédécesseurs,
  • les soixante conseillers,
  • les trente cités,
  • les cinq capitaines de quartier,
  • le Prince d'Amour,
  • l'abbé de la ville,
  • et le trésorier.

Ces 106 personnes constituaient ce que l'on appelait "le conseil du nouvel État". Le nombre des assistants ne devait pas être inférieur à 64 hommes. Le commissaire du parlement et le juge royal lieutenant général criminel devaient impérativement être présents car ils étaient chargés de valider l'élection.
Avant de procéder au vote proprement dit, on distribuait à tous les présents une ballotte de drap noir. Sur une table se trouvaient deux boîtes peintes aux couleurs de la ville, une rouge et une jaune. A chaque nom que les consuls proposaient pour leur succéder, les votants déposaient leur ballotte dans la boîte rouge s'ils acceptaient le nom cité, et dans la boîte jaune s'ils le refusaient.
On ouvrait ensuite les boîtes par le dessous, en présence de toute l'assemblée, et le nombre de ballottes contenues dans chaque boîte était compté. En cas d'égalité des approbations et des refus, on considérait le proposé comme refusé et il fallait procéder à une nouvelle nomination.

On était élu consul pour une année avec interdiction d'être réélu dans les cinq ans. Il y eut toutefois plusieurs exceptions à cette règle et il n'était pas rare que des consuls exercent leur fonction deux années de suite(5).


(1) Les conseillers.
(2) AA12, Règlement général de la ville et de la communauté d'Aix compilé et dressé sur celui de l'année 1598 et sur ceux faits en dernier lieu par Sa Majesté, sur les remontrances du Conseil de ville les années 1659 et 1674 par l'ordre de MM. les Consuls et assesseur de cette ville d'Aix procureur du pays", f° 65-83.
(3) "Les Rues d'Aix", Roux-Alphéran, tome 1, p. 93-8.
(4) Le consulaire est un individu ayant exercé au moins une fois dans sa vie la fonction de consul.
(5) "Institutions et vie municipale à Aix-en-Provence sous la Révolution", Ch. Derobert-Ratel, Édisud, Aix-en-Provence, 1981, p. 12.

Conflits de voisinage (Aix-en-Provence, 20 décembre 1819)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, I1-50, lettres manuscrites.

"A Monsieur le Maire d'Aix(1), chevalier de l'ordre royal de la Légion d'Honneur,

Monsieur le Maire,

Le sieur Jean François Roure, propriétaire de cette ville d'Aix, a l'honneur de vous exposer que le sieur Barras, de cette ville, prop[riétair]e d'une campagne située au terroir d'Aix, quartier de Regoulon(2), ayant contre tous les droits coutumiers et contre l'utilité publique, fait construire un fossé le long de sa propriété, depuis le torrent de la Touloubre jusqu'à la carraire, dont le peu de pente et les moyens qu'il a pris pour arrêter l'eau l'a fait séjourner sur la voie publique et la détériore par ce moyen, joint à cela la terre et les pierres dudit fossé qu'il a fait déposer sur le bord du dit chemin, ce qui le diminue de deux mètres au moins, porte un préjudice notoire à l'exposant dans la propriété duquel sont obligés de passer les bestiaux ne trouvant plus la largeur suffisante au dit chemin; qu'à l'angle formé par le dit chemin vicinal et la carraire, le dit sieur Barras s'est encore approprié environ deux mètres de terrein, ce qui expose tous les voituriers à verser en prenant le contour de la carraire au dit chemin et vice versa, ne trouvant plus la largeur nécessaire, la ditte carraire étant devenue presque impraticable, par la quantité de pierres que le dit sieur Barras a fait entasser tout le long de sa propriété sur le bord de la carraire au lieu de les faire ranger au milieu.
Comptant d'avance sur votre justice, le dit sieur Roure a l'honneur de vous exposer tout ce que dessus aux fins qu'il vous plaise, Monsieur le Maire, nommer tel expert que vous jugerez convenable pour constater les détériorations qui ont été faites et faire ensuite commandement de remettre le dit chemin dans son premier état.

Aix, le 18 Xbre 1819,

[F[ranç]ois Roure]"

Note ajoutée à la lettre: "Renvoyé à Mr l'architecte de la ville pour se transporter sur les lieux et donner son avis après vérification faite. Aix, en l'hôtel de ville, le 18 Xbre 1819, p. Mr le Maire d'Aix absent. [Maurel]"

"L'an mil huit cent dix neuf, le vingtième jour du mois de décembre, nous soussigné expert nommé par monsieur le maire d'Aix, en empêchement de monsieur l'architecte de la ville, malade, à l'effet de vérifier et faire rapport sur les réclamations élevés par le sieur Roure, propriétaire d'une campagne, sise dans le terroir d'Aix, quartier de Rigoulon, contre le sieur Barras, son voisin, pour cause d'empiètement sur la voie publique. Nous nous sommes transporté en la propriété du sieur Barras, accompagné du garde champêtre nous servant d'indicateur, où nous avons procédé à la reconnaissance des termes plantés aux extrémités de la dite propriété, du côté du chemin vicinal de Saint Canadet; nous avons trouvé que le terme placé sur le bord du ruisseau de la Touloubre et sur l'accotement du chemin, étant éloigné sur le prolongement de l'alignement du pont, de cinquante centimètres et que le même espace existant du côté opposé entre le même pont et le mur de clôture du sieur Roure, ce qui laissait au chemin, en cette partie, une largeur de huit mètres; nous sommes ensuites venû aux termes plantés sur les bords de la carraire, servant à la fois à limiter les largeurs du chemin et de la dite carraire; et là nous avons trouvé, d'après les mensurations que nous avons faites, qu'entre le terme placé à l'angle est et nord de la propriété du sieur Roure et celui fixé à l'angle ouest et nord de la propriété du sieur Barras, au dessus duquel est élevée une croix, il existait la même largeur qu'à l'autre extrémité du chemin, c'est à dire ce qui nous a donné la certitude que les défrichements faits en avant étoient des empiètements sur la voie publique, que nous avons trouvé être du côté du sieur Roure de cinquante centimètres, se terminant en pointe à une distance de vingt mètres, et du côté du sieur Barras, de un mètre cinquante centimètres, se terminant aussi en pointe à une distance de quatre vingt mètres environ.
Quand aux empiètements dénoncés comme faits sur le terrain de la carraire, nous avons crû pour fixer notre avis à ce sujet chercher à déterminer la largeur précise de la dite carraire, ce que nous avons fait en la mesurant en plusieurs endroits différents, en avant et en arrière de la propriété du sieur Barras, lesquelles mesures nous ont toutes donné dix mètres, mesure en outre que nous avons trouvée consignée dans le plan de la carraire du terroir d'Aix, déposé dans les Archives de la ville, nous l'avons ensuite mesuré le long de la propriété du dit sieur Barras et nous ne l'avons plus trouvée que de huit mètres ou huit mètres cinquante centimètres; ce qui nous a convaincu que la haie vive plantée par le sieur Barras au long de sa propriété était dans le fond de la carraire.
En conséquence de tout ce que dessus, nous estimons que les sieurs Barras et Roure doivent chacun en ce qui les concerne restituer à la voie publique le terrein se trouvant au dela de l'alignement de leurs termes ou limites respectives, tant pour le chemin que pour la carraire, sauf à eux à produire titres contraires ou à prouver que les termes qui ont dirigé notre avis ne sont pas tels que nous l'avons crû.

A Aix le jour et an que dessus
[Puget]"

"Nous Maire d'Aix, chev. etc.(3)

Vû la pétition à nous adressé le 18 Xbre 1819 par le sieur François Roure, propriétaire d'une maison de campagne au terroir de cette ville, quartier de Regoulon, tendante à faire rendre à la voie publique ou chemin vicinal de S[ain]t Cannadet une partie de terrein empiétée tant sur la ditte route de S[ain]t Canadet que sur le grand carraire, par la dame de Pontier, prop[riétair]e dudit chemin et carraire, vû le rapport à nous fait par Mr l'architecte de la ville commis à cet effet en l'art[icl]e (4) de l'arrêté de Mr le Préfet en date du (4) .
Considérant qu'il relatte dudit rapport qu'un empiètement de 50 centimètres a été fait par le s[ieu]r Roure, plaignant, que la dame de Pontier ainsi que le sieur Barras, son gendre, ont fait un empiètement de un mètre 50 centimètres.
Considérant que l'intérêt général exige qu'il ne soit point fait d'empiètement sur la voie publique, qui est une propriété communale, à la conservation de laquelle l'administration municipale doit veiller, arrêtons art[icl]e 1er:
Les s[ieu]rs Roure et Barras sont tenus un mois après la signiffi...(5)"

Suites de l'affaire: Le sieur Roure étant mort peu de temps après et le sieur Barras ayant vendu sa campagne, l'affaire est demeurée in statu quo.


(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Louis Jules Dubourguet.
(2) Il existe un quartier de Rigoulon, à l'est de l'intersection de la D63 (Puyricard-Venelles) et de la D13 (route de Saint-Canadet), à la limite de la commune de Venelles.
(3) Sic.
(4) Un espace a été laissé pour insérer ultérieurement une information, chose qui n'a pas été faite.
(5) La lettre du maire Dubourguet s'arrête là. Il s'agit probablement d'un brouillon d'une lettre recopiée ultérieurement, l'orthographe négligée de la présente tendant à le confirmer.

Ongles (Alpes-de-Haute-Provence)

Commune des Alpes-de-Haute-Provence (04230),
Provence-Alpes,
278 hab. en 1999
(239 en 1990),
31,46 km2

Voici quelques liens qui vous pourront vous guider si votre généalogie vous mène à Ongles.

HISTOIRE
  • Le village d'Ongles. Le territoire de la commune d'Ongles comprend huit hameaux: les Valettes, la Rouvière, le Rocher d'Ongles, les Granges, les Verdets, Saint-Sargues, Bouiron et Ganas...
PHOTOGRAPHIES
Photographie : © Jean Marie Desbois, 2001-2007.

Montjustin (Alpes-de-Haute-Provence)

Commune des Alpes-de-Haute-Provence (04110),
Provence-Alpes,
60 hab. en 1999
(54 en 1990),
10,15 km2

Voici quelques liens qui vous pourront vous guider si votre généalogie vous mène à Montjustin.

PHOTOGRAPHIES
Photographie : © Jean Marie Desbois, 2001-2007.

Simiane-la-Rotonde (Alpes-de-Haute-Provence)

Commune des Alpes-de-Haute-Provence
(04150),

Provence-Alpes,
532 hab. en 1999
(433 en 1990),
67,86 km2

Voici quelques liens qui vous pourront vous guider si votre généalogie vous mène à Simiane-la-Rotonde.

PHOTOGRAPHIES
FAITS DIVERS
Photographie : DR.

mardi 23 janvier 2007

Faits divers d'Aix-en-Provence

Faits divers à Aix-en-Provence

XIXe siècle.
XVIIIe siècle.
XVIIe siècle.
XVIe siècle.
XVe siècle.

lundi 22 janvier 2007

La noyade du jeune Mille (Aix-en-Provence, 13 mai 1825)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, I1/50, lettre manuscrite

"Le commissaire de police à Monsieur le Maire, chevalier de l'ordre royal de la Légion d'Honneur à Aix(1),

Monsieur le Maire,
J'ai l'honneur de vous informer que hier sur les onze heures du matin, on a retiré de la rivière de l'Arc, tout près du hameau des Milles, le cadavre d'un jeune enfant de 9 à 10 ans, que l'on a reconnu être celui de Joseph Mille.
Les renseignemens que nous avons pris sur ce malheureux événement nous ont fait connoitre que cet enfant s'étant baigné immédiatement après avoir déjeuné et a été surpris par l'eau et s'est noyé, faute de soin.

J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le Maire, votre très humble et très obéissant serviteur.
[J. Fouquet]"



(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Louis Jules Dubourguet.

Cambriolage au 16, cours Mirabeau (Aix-en-Provence, 25 mai 1826)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, I1-50, lettre manuscrite.

"Le commissaire de police (arrondissement sud) à Monsieur le Maire, chevalier de l'ordre royal de la Légion d'Honneur, à Aix,

Monsieur le Maire(1),
J'ai l'honneur de vous informer qu'il a été volé hier dans la maison de Mr de Fabry, sur le Cours, n°16, un pantalon en velours gris rayé, un autre pantalon de mérinos noir, trois à quatre chemises marquées F. F., une paire de rasoirs anglais et une montre ancienne à répétition, guillochée à cadran romain, portant le nom de Le Prévost.

J'ai l'honneur d'être avec respect

Monsieur le Maire

Votre très humble
et très obéissant serviteur
[J. Fouquet]"


Extrait du recensement de la ville d'Aix en 1826.
Liste des occupants du numéro 16, sur le Cours:

D. BREGUETTY, Constance, 45 ans, propriétaire, vve de Fabry,
D. FABRY, Frédéric, 23 ans, son fils,
D. FABRY, Justin, 9 ans, son fils,
ROYÈRE Thérèse, 22 ans, cuisinière, fille,
RICHAUD, Suzanne, 41 ans, f. d. chambre, id.,
JULLIEN Louise, 62 ans, portière, fille,
JULLIEN André, 43, domestique, célibataire.


(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Louis Jules Dubourguet.

La désertion du soldat Walcké (Aix-en-Provence, 20 mai 1826)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, I1-50, lettre manuscrite.

"Aix, le 25 mai 1826,

Monsieur le Maire(1),
Le nommé Vincent Walcké, dont le signalement est ci-joint, a quitté Marseille le vingt de ce mois sans être muni de passeport. Cet individu, né sujet de S. M. le Roi des Pays-Bas, paraît avoir été confondu avec un individu évadé du bagne de Rochefort. Cette méprise ayant toutefois fait reconnaître sa véritable position d'après laquelle il résulte qu'il est déserteur d'un bataillon belge et qu'il a été condamné pour avoir dérobé des effets et une pièce de cinq francs, il a sans doute craint la suite que pourrait avoir cette découverte et c'est à cette cause que doit être rapportée sa fuite de Marseille.
Je vous prie en conséquence de le faire rechercher, de le faire conduire devant Mr le Préfet, si on parvient à le découvrir, et de m'en donner avis.
Agréez, Monsieur le Maire, la nouvelle assurance de mes sentimens distingués,

Le sous-préfet, chev[ali]er de l'Ordre Royal de la Légion d'Honneur.
[signature]"


signalement:

âgé de 27 à 28 ans,
taille 1 mtre 60 ctres,
yeux gris foncés, assez vifs,
cheveux blonds tirant sur le rouge,
barbe blonde,
sourcils id.,
front rond,
nez petit et bien fait,
bouche moyenne,
teint blanc et chargé de rousseur,
menton pointu,
visage ovale,
complexion maigre,
la voix un peu éteinte,
parlant français et ayant un peu l'accent italien.


(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Louis Jules Dubourguet.

Vol à la tire à la porte des Cordeliers (Aix-en-Provence, 25 mai 1826)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, I1-50, lettre manuscrite.

"Le commissaire de police à Monsieur le Maire, chevalier de l'ordre royal de la Légion d'Honneur, à Aix,

Monsieur le Maire(1),
Il est arrivé sur les midi environ, trois filous qui ont commis dans peu de temps plusieurs escroqueries; heureusement que l'un d'eux, qui a déclaré se nommer Michel Jean Louis(2), cordonnier, natif de Marseille, a été arrêté par un nommé Bernard, piéton de Marignane, au moment où il venoit de lui escroquer dans la poche un sac contenant environ huit francs de cuivre.
Cet événement a eu lieu tout près du poste de la porte des Cordeliers, la garde qui le compose, ayant été témoin du différend auquel cette scène a donné lieu entre le voleur et le volé, a pris le sage parti de les arrêter l'un et l'autre; mais, étant survenus, nous avons fait traduire Michel en prison, et avons reçu la déclaration de Bernard que nous avons envoyée à Mr le procureur du roi.
Il paroit que les deux camarades de Michel auront sagement gagné le large; nous n'avons pas entendu dire que depuis son arrestation il y eut d'autres vols.

J'ai l'honneur d'être avec respect

Monsieur le Maire

Votre très humble
et très obéissant serviteur
[J. Fouquet]"


(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Louis Jules Dubourguet.
(2) Michel est son patronyme.

Vol de fruits (Aix-en-Provence, 25 septembre 1826)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, I1-50, lettre manuscrite.
"Tribunal civil d'Aix
Parquet

Aix le 25 7bre 1826

Monsieur le Maire(1),

Je suis informé qu'une grande quantité de vols de fruits sont commis journellement dans le territoire de la ville d'Aix, les maraudeurs de campagne semblent se multiplier partout à l'époque de la maturité des raisins; si les faits qu'on m'a signalés sont exacts, ils tendent à accuser d'incurie les gardes champêtres préposés à la conservation des récoltes et qui ne dressent presque jamais de procès verbaux quant ils auraient tant d'occasions d'exercer leur vigilance.
Je vous prie, Monsieur le Maire, de vouloir bien stimuler le zèle de ces gardes et d'appeller toute leur attention sur la conservation des propriétés dont la sûreté dépend de leur activité, de leur probité et de leur vigilance.
Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le procureur du roi
[Pinge de Maillanne]"


(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Louis Jules Dubourguet.

Jausiers (Alpes-de-Haute-Provence)

Commune des Alpes-de-Haute-Provence (04850),
Provence-Alpes,
891 hab. en 1999
(860 en 1990),
107,33 km2

Voici quelques liens qui vous pourront vous guider si votre généalogie vous mène à Jausiers.

BIOGRAPHIES
  • Jacques Arnaud (1781-1828). Vie et mort d'un barcelonnette. Jacques Arnaud, descendant d'une puissante famille d'avocats, né à Jausiers, tenta en 1805 la grande aventure de l'Amérique. Dans la Louisiane des bayous, il fut accueilli par la communauté acadienne, y fonda un domaine agricole et eut de nombreux enfants...
Photographie : Le château de Jausiers.© Géraldine Surian, 2005.

Céreste (Alpes-de-Haute-Provence)

Commune des Alpes-de-Haute-Provence,
Provence-Alpes,
1.036 hab. en 1999,

32,5 km2

Voici quelques liens qui vous pourront vous guider si votre généalogie vous mène à Céreste.

DOCUMENTS

Abandon d'un jeune garçon (Aix-en-Provence, 30 décembre 1826)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, I1-50, lettre manuscrite.

"L'an mil huit cent vingt six et le trentième jour du mois de décembre, nous Joseph François Fouques, commissaire de police de cette ville d'Aix (canton d'Aix), disons qu'en vertu des ordres de M. le Maire(1), nous avons pris des renseignements sur les parents du jeune Joseph Dol, âgé de dix ans. Nous avons appris qu'ils étaient originaires de la commune du Tholonet, que la mère de cet enfant vint habiter cette ville il y a environ un an dans la maison du nommé Marin, rue Venel n°20, où elle est restée environ quinze jours, elle retourna au Tholonet où elle est morte il y a environ un mois et demi.
La dame Marguerite Rey, épouse Sallier, rue de l'École n°13, nous a déclaré qu'elle connaissoit la mère du jeune Dol, qui avoit resté à peu près un mois et demi chez elle, et qu'il étoit à sa connaissance que le père de cet enfant avoit abandonné depuis longtemps son épouse et que l'on ignore ce qu'il est devenu.
& De tout ce que dessus avons dressé & rédigé le présent procès-verbal, pour être par nous transmis à Mr le Maire & avons signé.

Fait à Aix en notre bureau de police, l'an, mois & jour que dessus
[Fouques]"


(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Louis Jules Dubourguet.

L'arrestation illégale de l'étudiant Cauvet (Aix-en-Provence, 6 juillet 1832)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, I1,50, lettre manuscrite.

Monsieur le Maire(1),

Lorsque le soin de nos études nous force de quitter la tutelle de nos parens, nous sommes placés d'une façon spéciale, sous celle de nos professeurs et des magistrats. Nous aimons à invoquer leur double secours, parce que les hommes honorables, chargés de notre instruction, accomplissent leurs fonctions au nom de nos parens et de la société, et que les magistrats comprennent que toute la sollicitude de la loi est due aux jeunes gens, qu'elle doit particulièrement protéger, afin qu'ils s'accoutument à la respecter.
C'est à cause du respect pour la loi, de la confiance que nous avons dans les personnes qu'elle place au-dessus de nous, que nous recourons à leur intervention tutélaire afin qu'elles réparent les violations qui sont faites à nos droits et qu'elles en préviennent de nouvelles.
Ainsi, Monsieur, c'est à vous que je suis venu me plaindre de la brutalité d'un agent de la police et de l'arrestation illégale que m'a fait subir un autre de ces agens. L'impartialité avec laquelle vous avez reconnu leur tort, la réprimande que vous leur avez aussitôt adressée afin que nous ne soyons plus exposés à de semblables actes de violence et d'arbitraire; le désir que j'ai d'étouffer, dans l'intérêt de la tranquillité publique, les principes d'irritation que les actes illégaux soulèvent, m'ont engagé à me désister de la poursuite que j'avais résolu d'intenter. Si j'en étais venu à ce moyen extrême que les lois mettent entre mes mains, c'eut été sans aigreur, sans esprit de vengeance, mais dans le seul but de veiller au maintien de mes droits.
Si je l'abandonne, c'est uniquement parce que j'espère atteindre le même but, par la voie de la publicité que j'adopte aujourd'hui. Car si nous devons dans toutes les circonstances de la vie tenir à notre titre de Français, c'est peut-être encore plus au moment où la vie publique va s'ouvrir pour nous, afin que nous conservions toujours cette qualité intacte; et que les devoirs de citoyens qui nous seront imposés trouvent en nous des hommes qui les apprécient et qui les accomplissent avec prudence et fermeté.

J'ai l'honneur d'être,

Monsieur le Maire,

votre très humble
et très obéissant serviteur.
[Cauvet, étudiant]


(1) Le maire d'Aix-en-Provence est alors Joseph Chambaud.

La Rotonde du Monêtier-les-Bains

Aussi surnommée le "Pavillon des buveurs", la Rotonde à treize côtés date du début du XVIIIe siècle et abrite une des deux sources d'eaux chaudes du Monêtier. Vers 1860, elle était fréquentée par la bourgeoisie briançonnaise. Les vertus naturelles de cette eau étaient cependant connues depuis l'époque romaine.

Le village du Monêtier-les-Bains est édifié sur du tuf (calcaire) déposé par ses eaux, et jadis utilisé comme matériau de construction. L'eau, sulfatée et calcique, circule à une profondeur de mille mètres environ avant de jaillir à une température proche de 38°C.
Purgative et bénéfique, elle permet de soigner toutes sortes de maux si l'on s'y baigne (maladies de peau, rhumatismes,...). Sur son emplacement, un établissement thermal alimenté par la source de Fontchaude fonctionna pendant plus de deux siècles (1715-1960). Il était fréquenté par des militaires et des malades des vallées proches et d'Italie. Cependant, la mode du thermalisme ne fit pas réellement fureur au Monêtier, jamais il n'y eut de casino dans le village.
En 1820, l'inspecteur des eaux écrivit qu'un libraire de Turin souffrait d'une perte de mobilité d'une jambe suite à une fracture. "S'étant rendu au Monêtier, son pays natal, quinze bains et autant de douches lui suffirent pour être guéri."
On lavait jadis dans le canal la laine des moutons et "le 1er janvier, on venait en procession à la rotonde pour bénir les eaux" (jusqu'en 1960). Aujourd'hui, les "Bains" permettent de se baigner en plein air même en hiver.

1. Toit recouvert de bandeaux de mélèze, à treize côtés, initialement couvert de chaume.
2. Canal qui traverse le village.
Photographie © Jean Marie Desbois, 2002.


La généalogie de Boniface de Reillanne mène-t-elle à Charlemagne ?

Beaucoup de généalogistes descendants de Boniface 1er de Reillanne poursuivent la lignée en la faisant remonter jusqu'à Charlemagne (et, partant, jusqu'à Carloman). Ils se basent pour la plupart sur une généalogie établie il y a plusieurs années par Léon Martin, basée elle-même sur les travaux du président Barge. Comme nous allons le voir, la prudence devrait guider chacun dans cette généalogie dans laquelle certains liens sont loin d'être avérés. Explications.

L'ascendance vers Charlemagne établie par M. Martin est fausse au niveau de Boniface de Reillanne, époux de Constance de Provence. On sait aujourd'hui que cette filiation est une supercherie.
En voici la raison:
Vers 1950, le président Barge, de la cour d'Appel d'Aix-en-Provence, est en retraite. Il est passionné de généalogie nobiliaire provençale et écrit d'ailleurs un ouvrage, "Les Vraies Origines des familles féodales provençales". Le but de ce livre était de relier toutes les grandes familles féodales provençales aux Carolingiens en passant par la dynastie nationale des comtes de Provence, les Bosonides. Le problème est que cet ouvrage ne s'appuie sur aucune source et sort tout droit de l'esprit fertile et imaginatif de notre président en retraite.
Ses inventions les plus connues sont :

  • de relier la famille des vicomtes de Marseille aux Bosonides. Même de nos jours, aucune charte ou toute autre mention dans un texte de l'époque n'a été retrouvée pour prouver cette filiation. Tout ce que l'on sait, c'est qu'en 948, l'empereur germanique Conrad, nouveau suzerain de Provence, installa trois comtes sur ses terres, un à Apt (Griffon), un en Avignon et un à Arles. Guillaume, comte d'Avignon, et Roubaud, comte d'Arles, étaient frères et d'origine bourguignonne. Il sont à l'origine de la dynastie des Bosonides de Provence. Puis, en dessous d'eux, Conrad installa deux vicomtes pour les seconder, Nivion à Cavaillon et Arlulfe à Marseille. Arlulfe est à l'origine de la dynastie vicomtale de Marseille. La participation du fils d'Arlulfe, Guillaume, à la campagne de Guillaume le Libérateur, premier comte de Provence, contre les Sarrasins installés dans le Var, fit la fortune de sa famille et est à l'origine des nombreux fiefs de la famille de Marseille dans le Var.

  • de marier Boniface de Reillanne à une Constance de Provence, fille de Boson. Là encore, il n'existe strictement aucun texte pour étayer cette affirmation. Le seul texte, une charte portant sur une donation, cite une Constance (sans nommer son origine), veuve de Boniface de Reillanne. Cette histoire a été reprise par Christian Settipani dans son ouvrage "Nos ancêtres de l'Antiquité" (1991). Il y fait le recensement de toutes les princesses provençales portant le nom de Constance et n'en a trouvé aucune qui ait épousé un Boniface de Reillanne. Boniface a bien épousé une Constance mais elle n'appartenait pas à la famille des comtes de Provence.

La supercherie de l'ouvrage de Barge a été démontrée dès 1953 par Raoul Busquet, historien et archiviste aux Archives départementales de Marseille dans son article "La chasse aux erreurs. A propos des grandes maisons féodales de Provence", publié dans Provence Historique 3 (1953), pages 93 à 101.
Ces fausses filiations se sont notamment développées dans le milieu des généalogistes amateurs via les publications de Jacques Saillot, "Le Sang de Charlemagne", où ce dernier reprend aveuglément l'ouvrage fantaisiste du président Barge.

Sébastien Avy

La généalogie "suspecte" proposée par Léon Martin (Provence-Généalogie, 8 juil. 1976, p. 205)

Carloman / Ermengarde
d’où :
Pépin l’Ancien (+ 639), maire du palais d’Austrasie
d’où :
Begga (+ ca 670) / Ausegise
d’où :
Pépin le Jeune, dit d’Héristal, maire du palais ( + 714)
d’où :
Charles Martel (bâtard) (+ 741) / Rotrude
d’où :
Pépin le Bref, maire du palais, puis roi (+ 786) / Berthe
d’où :
Charlemagne (+ 814)
d’où :
Louis le Pieux (+ 840) / Judith
d’où :
Lothaire 1er (+ 855) / Ermengarde d’Alsace
d’où :
Louis II, roi d’Italie, empereur (+ 875) / Engelberge de Spolète
d’où :
Ermengarde (+ 885) / Boson, roi de Provence
d’où :
Louis III, l’Aveugle, roi de Provence ( + 928) / Adélaïde de Bourgogne
d’où :
Charles Constantin (+ 962) / Thiberge de Troyes
d’où :
Constance ( x 949) Boson, fils de Roatbald, descendant de Lothaire 1er
d’où :
Constance (° ca 960) / Boniface de Reillanne
d’où :
Boniface de Reillanne ( ° ca 1000) / Mathilde
d’où :
Foulque d’Auriol ( ° ca 1060) / Féodoria
d’où :
Raymond d’Auriol (° ca 1095)
d’où :
Pierre Raymond d’Auriol (° ca 1125)
d’où :
Raymond d’Auriol (° ca 1160)
d’où :
Guillaume Brémond d’Auriol (° ca 1200) ; ancêtre des Littera.
frère d'Hugues d’Auriol (° ca 1202).

dimanche 21 janvier 2007

Agression de l'évêque de Sisteron (Manosque, 15 mars 1789)

  • Sources : "Remontrances et arrêtés du Parlement de Provence au XVIIIe siècle : 1715-1790", P.-Albert Robert, Paris, 1912.

Le dimanche 15 mars, on apprit par le procès-verbal dressé par les consuls de Manosque que l’évêque de Sisteron regagnant son diocèse avait été fort malmené par une populace irritée qui lui avait fait subir diverses violences. L’émeute était caractérisée.
Aussi, le premier Président assembla-t-il sur-le-champ la Compagnie à huit heures du soir.
Après délibération, on arrêta de confier la connaissance du trouble à la Grand’Chambre, de déléguer des commissaires et de demander des troupes pour leur servir d’escorte. Toutefois, d’aucuns jugèrent ces mesures trop graves et le lendemain, les procureurs du pays par l’organe de Roman Tybutiis vinrent supplier la Cour de suspendre le glaive de la justice une nouvelle fois, d’arrêter le départ des soldats et de différer ses résolutions. Ils étaient effrayés des suites terribles que pourrait avoir l’intervention de la force armée et redoutaient qu’une violente répression n’exaspérât le mouvement populaire, effet d’une maladie politique. Deux d’entre eux, promettaient-ils, partiraient sans retard pour Manosque et renseigneraient ensuite sans exagération le Parlement, le mettant ainsi en état de décider ce qu’exigerait la rigueur de son ministère ou ce que permettrait son indulgence.
Très fermement, la Cour refusa à surseoir. Elle déclara qu’elle s’occuperait elle-même de toutes les précautions à prendre relativement à l’événement dénoncé et qu’elle laissait au reste à la prudence des procureurs du pays le soin de faire les démarches que leur zèle pour le bien public leur suggérait. Le même jour, elle ordonnait une information et désignait pour la diriger MM. de Thorame et du Bourguet.
L’action du parlement s’arrêta d’ailleurs là. Les conseillers-commissaires remplirent leur mission et informèrent ; mais, trouvant un calme apparent et sentant combien les esprits étaient inconsciemment disposés à la révolte, ne voulurent point décréter.

Le recensement de 1872 à Montgardin

LA POPULATION

En 1872, Montgardin compte 348 habitants se répartissant en 182 hommes (52,30 %) et 166 femmes (47,7 %). Un tel écart peut sembler étonnant, il est pourtant tout à la fait dans la norme des autres communes des Hautes-Alpes. Il provient avant tout de la différence d'espérance de vie entre hommes et femmes. La répartition est en revanche homogène chez les enfants. La forte population masculine est adulte.
  • 58 hommes sont mariés, 15 sont veufs, le reste (109) constitue la population masculine célibataire bien qu'il faille noter que ce chiffre englobe les enfants.

  • 58 femmes, évidemment, sont mariées, 21 sont veuves, les enfants et les célibataires sont au nombre de 87.

Ces personnes sont réparties au sein de 84 ménages, habitant 84 maisons. Le centre du village compte exactement 100 personnes, les 248 autres vivent dans la périphérie de la commune.
Montgardin a perdu 34 habitants par rapport au recensement de 1866 (-8,9 %). La population était alors de 382 âmes.

1. Structure des âges.
Les âges indiqués dans les chiffres qui suivent correspondent de toute évidence à la différence brute entre 1872 et l'année de naissance, sans tenir compte du mois de naissance. On regrettera la répartition des âges: les individus sont classés en trois catégories: enfants de 0 à 6 ans, garçons et filles de 6 à 20 ans et individus de plus de 20 ans. Dès lors, il est normal de voir la population âgée de plus de 20 ans être la plus importante.

Âge
H. F.
0 à 6 ans
28 30
6 à 20 ans
49 52
Plus de 20 ans
101 88

2. L'origine des habitants.
Les Montgardinais sont d'origine française à 99,7%; la seule étrangère est une femme de nationalité italienne. Il n'a pas été possible de déterminer qui est cette femme, ni où elle est née. Il est intéressant de remarquer toutefois que les Italiens du Hautes-Alpes, et même du Champsaur, sont généralement piémontais. J. M. Barfety, dans son analyse de la population de La Motte-en-Champsaur au XIX
e siècle (1), constate ce fait.
Pour le reste, 5 hommes et 8 femmes sont nés dans un autre département que les Hautes-Alpes (3,7% de la population).

3. L'instruction.
Les chiffres qui suivent révèlent une population peu instruite. En ce sens, le recensement apporte des éléments très intéressants.

Le tableau ci-dessus peut être affiné de la sorte:

De 0 à 6 ans :

  • 28 garçons (100%) et 30 filles (100%) ne savent ni lire ni écrire.

De 6 à 20 ans :

  • 34 garçons (69,4%) et 31 filles (59,6%) savent lire et écrire;
  • 6 garçons (12,2%) et 9 filles (17,3%) savent seulement lire;
  • 9 garçons (18,4%) et 12 filles (23,1%) ne savent ni lire ni écrire.

Plus de 20 ans :

  • 76 hommes (75,2%) et 24 femmes (27,3%) savent lire et écrire;
  • 3 hommes (3%) et 19 femmes (21,6%) savent lire seulement;
  • 22 hommes (21,8%) et 42 femmes (47,7%) ne savent ni lire ni écrire.

Les recenseurs n'ont pas pu vérifier le niveau d'instruction de 3 femmes de plus de 20 ans.

Ces chiffres soulignent à quel point les hommes et les femmes sont inégaux devant l'instruction. On remarquera toutefois un degré d'instruction supérieur dans la frange jeune de la population féminine par rapport à la frange la plus âgée (59,6%/27,3%). Ces chiffres témoignent d'une évolution dans la population de Montgardin, l'école se popularise et de plus en plus d'individus y ont accès.

3. Santé.
Montgardin compte un homme célibataire "idiot et crétin non goitreux" (0,5%), 6 hommes célibataires "crétins et goitreux" (3,3%), 3 femmes célibataires "crétines et goitreuses" (2,1%) et une femme mariée "crétine et goitreuse" (0,7%). Au total, 3,2% de la population est atteinte de crétinisme.

4. Religion.
Une seule religion est représentée à Montgardin. Tous les habitants se déclarent catholiques.

LES ANIMAUX
Ce recensement serait incomplet si l'on n'abordait pas le thème des animaux domestiques. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils abondent dans le village. Le caractère agricole de Montgardin est souligné par la présence de nombreux animaux utilisés pour le travail de la terre, ou élevés pour leur viande.

Parmi ces animaux, on trouve (de façon exhaustive):

a) Les animaux servant à l'agriculture

  • 5 poulains et pouliches de moins de 3 ans,
  • 19 chevaux hongres,
  • 30 juments, soit un total de 54 chevaux;
  • 3 jeunes mulets,
  • 26 mulets adultes, soit un total de 29 mulets;
  • 6 ânes,
  • 12 ânesses, soit un total de 18 ânes.

On a donc 101 animaux de trait auxquels on pourrait ajouter les 4 boeufs du village.

b) Les animaux élevés pour leur viande

Au nombre desquels:

  • 40 agneaux de race commune,
  • 25 béliers de race commune,
  • 345 moutons de race commune,
  • 50 brebis de race commune,
  • 50 cochons de race commune.

Montgardin, nous le voyons, abondait en ovins de toute sorte.

c) Les animaux dont on tire de la nourriture

  • 6 chevreaux,
  • 3 boucs,
  • 78 chèvres,
  • 68 ruches d'abeille en pleine activité,
  • 1 canard,
  • 335 poules et poulets,
  • 28 pigeons

d) Les animaux de compagnie

  • 35 chiens

On notera l'absence total de chat.

CONCLUSION
Les chiffres du recensement de 1872 nous présentent un village de Montgardin en pleine activité, dont les habitants sont globalement peu instruits et vivent dans une très grande majorité de la terre et de l'élevage. Ils sont d'implantation ancienne (une étude de leur généalogie le prouve) et sont globalement en bonne santé. Enfin, la population animale rappelle la vocation fortement agricole de Montgardin.

1. J. M. Barfety, "La Motte-en-Champsaur vers 1845", Bulletin de la Société d'Études des Hautes-Alpes, Gap, 2001.

L'accident du capitaine d'Antoine (Aix-en-Provence, 22 avril 1732)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, BB109, f°10.

M. Lagery, seigneur de Thorame, assesseur de cette ville d'Aix, procureur du pays a encore dit que Canolle1 fut chargé du prix fait de la conduite du [illis.] de la source d'eau que la ville à la maison du sieur Porchier pour la porter à la Ruerie, que l'horsqu'il travailloit à cette conduite, il survint une si grande quantité d'eau qui démolit les voûtes de cette conduite en sorte que le carrosse de M. d'Antoine, cappittaine, venant à passer au-dessus d'icelle, la voûte s'affaissa, les chevaux de son carrosse tombèrent dans la conduite, l'un de ses chevaux y fut estropié, l'autre était moribond, le cocher tomba aussy dans la conduite, le corps du carrosse fut brisé.
Le lendemain de cet accident, M. d'Antoine donna requette pour avoir l'adjudication des dommages subis. Il y eut rapport des chirurgiens, des maréchaux, Canolle fut appellé comme y ayant donné lieu pour deffandre sur cette demande. Il prétandit que le cocher auroit été adverty de ne point passer par cet endroit, qu'en tout cas c'étoit un cas fortuit dont il n'estoit pas tenu, à qui on répondit que si Canolle avoit mis des bornes pour barrer la rue comme il étoit obligé, l'accident ne seroit pas arrivé.
Enfin, pour terminer ce procez et en suite de ces frays, Canolle a donné trois cens livres. Il demande d'être remboursé de ces frays qu'il n'ait en quelque manière payé que pour être dégagé d'un procez qui, quoyque fondé de sa part, ne laissoit pas que cela l'engage à des dépanses extraordinaires et à l'issue d'un procez toujours incertain; qu'ainsy il se confie uniquement à la bonté du Conseil et aux égards qu'il peut avoir aux services qu'il rend à la ville, luy et son père, depuis plus de quarante années, étant au Conseil à délibérer.


1. De toute évidence, un "employé municipal" ou un ouvrier travaillant de concert avec la ville, en tout cas, quelqu'un de bien connu du Conseil de la ville.

Photographie : Une rue d'Aix aujourd'hui (rue Frédéric-Mistral) (c) Jean Marie Desbois, 2002.

Autopsie de cadavres (Aix-en-Provence, 24 janvier 1744)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, BB109, f°336.

M. Dubreuil, assesseur, a dit que les morts fréquentes advenues l'année dernière ayant fait impression au peuple, on crut ne devoir rien négliger pour découvrir les causes qui les produisoient, on fit faire l'ouverture de quelques cadavres par des médecins et chirurgiens à qui l'on donna environ deux cents livres pour leurs honoraires, étant à ratifier ladite dépense.

Le Conseil a unanimement délibéré que le mandat qui a été expédié à ce sujet sera alloué en la dépense du trésorier.

Une violente épizootie (Aix-en-Provence, 6 mars 1744)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, BB109 (Délibérations municipales).

M. Dubreuil, assesseur d'Aix, procureur du pays, a dit qu'il n'est personne dans le Conseil qui ne soit instruit de la maladie contagieuse dont a été attaquée le menu bétail pendant cet hyver; dans la crainte que l'on eut que le bétail infecté ne causa des maladies à ceux qui en mangeroient, on fit faire une consultation par des médecins et en suite de leur avis, on empêcha que les fermiers ne fissent égorger les moutons soupçonnés de la maladie pour en fere fere (1) de la débite au public; le tout a été exécuté et il est morts environ neuf cents moutons aux fermiers dont ils demandent le remboursement présupposant que ces moutons auroient pu être débités sans aucun risque en ayant été agi de même dans toutes les boucheries de la province dont les moutons étoient pareillement infectés, étant à délibérer sur lad. proposition.

Le conseil, à la pluralité des opinions, a délibéré de renvoyer à la fin de la ferme l'examen de la demande des fermiers de la boucherie.

[Dubreuil ass[esseur] d'Aix, Grassy, c[onsul] d'Aix]


(1) Sic pour "faire faire".

Inondation du centre-ville (Aix-en-Provence, 7 septembre 1771)

  • Sources : Archives communales d'Aix-en-Provence, GG544.

Chacun sait qu'il s'annonça comme un éclair; à l'instant même il tomba du ciel un volume d'eau étonnant; dans l'instant même toutes les rues de la ville furent inondées. Le Cours1 nonobstant, la pente et le dégorgement qu'il peut avoir, n'était plus qu'un étang; toutes les conduites furent insuffisantes pour recevoir et dégorger un volume d'eau aussi immense; les eaux, forcées dans les aqueducs et souvent retenues par le fumier qu'elles y avaient emporté, avaient filtré de droite et de gauche; il y avait peu de caves qui ne fût inondée: chacun fut obligé de les faire vider à bras; enfin l'aqueduc du Pont-Moreau2, tant immense qu'il est, pouvait tellement peu recevoir les eaux qui y abordaient qu'elles se reversaient au Cours et qu'elles y entraînaient des cuves à lessive dans lesquelles les polissons se placèrent et flottèrent ainsi au milieu du Cours à la faveur des eaux qu'il y avait.


(1) Le cours Mirabeau.
(2) Dans l'actuelle rue Thiers.

Photographie : DR.

Glace sur la Provence (Aix-en-Provence, 5-20 janvier 1709)

  • Sources : L’enseignement en Provence avant la Révolution. Annales du Collège Royal bourbon, Aix-en-Provence, 1890.

"Ces cristaux glaçants auxquels rien ne peut résister, firent périr généralement tous les oliviers de la Province, à l’exception de ceux des quelques terrains, en petit nombre, les plus voisins de l’embouchure du Var. Il en fut de même d’une grande partie des semis, des plantes des jardins, les chênes même dont l’écorce est si dure ne purent se défendre. la surface des fleuves et des rivières fut condensée, en sorte qu’on n’aurait su trouver alors des planches et des routes plus fermes et plus solides. Après la cessation du froid, il y eut, pendant plus de deux mois, quantité de maladies et beaucoup de mortalité de personnes."

Incendie au Monêtier (Le Monêtier-les-Bains, 19 avril 1774)

  • Sources : Les Affiches du Dauphiné, mai 1774.

Le 19 du mois dernier (1), vers les sept heures du soir, des étincelles de feu, sorties d'une cheminée, furent portées sur le toit d'une maison couverte de chaume et l'embrasèrent aussitôt. Il régnait alors un vent d'est violent qui poussait les flammes vers les maisons voisines et porta bientôt le feu dans toutes les parties du bourg. En peu de temps, l'incendie fut général et fit des progrès si rapides que, dans l'espace de deux heures, toutes les maisons, au nombre de 265, furent réduites en cendres.
L'impétuosité des flammes rendit les secours inutiles et ne permit pas aux habitants de sauver ce qu'ils avaient de plus précieux dans leur domicile: cependant il n'est péri personne dans le feu, mais le froid était excessif cette nuit-là, et la plupart de ces malheureux, ne sachant où se réfugier, demeurèrent exposés à sa rigueur jusqu'au lendemain... Le feu fut aperçu de Briançon: Monsieur Dournet, major commandant de cette ville, et Monsieur de la Deveyze, major commandant le régiment de Médoc, firent aussitôt partir un détachement pour porter secours.
Les officiers, touchés de l'état de ces malheureux, remirent le lendemain au subdélégué (2) une somme de 300 livres pour pourvoir à leurs besoins les plus pressants, et Monsieur de la Deveyze fit remettre pour eux 800 rations de pain... Monsieur Gendron, contrôleur des actes, et Monsieur Blanc, vicaire, abritèrent autant de personnes que pouvaient en contenir leurs maisons échappées à l'incendie. On évalue la perte que ce malheur occasionna à 7 ou 800.000 livres. C'est ainsi que tout ce bourg a été la proie des flammes, à l'exception de l'église et de cinq maisons, préservées parce qu'elles sont couvertes en ardoises...


(1) Le 19 avril 1774.
(2) Fonctionnaire royal.

Photographie : DR.

Inondations catastrophiques (Saint-Maximin [Gard], 8 septembre 1780)

  • Sources : Registre paroissial de Saint-Maximin (Gard), le texte a été rédigé soit par le curé (Rafin), soit par le vicaire (Vialle). Cité par Jean Puyhardy.

L'an 1780, le huit septembre, fête de la nativité de la sainte vierge, jour bien remarquable, sur les six heures du matin, après un temps affreux dans la nuit du 7 au 8, il est arrivé l'événement le plus funeste et le plus lamentable, une inondation que jamais homme n'avait vu avec un débordement affreux, non seulement sur les bords de la rivière, mais encore dans toute la pleine de Péret et celle des Frigotiers, de Condamines et de presque toute la campagne basse, a emporté tous les moulins au nombre de 18 à 20, a rasé de fond celui de Saint-Maximin, a renversé beaucoup d'autres maisons, a entraîné presque tous les arbres et a fait des dégâts horribles et causé les plus grands malheurs.
Le meunier du moulin du sieur (?) a été emporté avec un de ses enfants par le torrent des eaux et ont été perdus misérablement. La femme du meunier et un nommé Balasard aussi meunier se sont sauvés miraculeusement sur une poutre qui les a conduit dans la pleine de Montpezat.

Réflexion : que ceux qui à l'avenir voudront faire bâtir des moulins sur la rivière d'Alzon ayent la précaution de les faire construire bien solidement et que ceux qui habiteront les dits moulins soient bien sur leur garde et bien avisés et prudents pour se tirer du danger si les uns et les autres ne veulent subir le même sort. "

Réponses des communautés ou Rabou en 1789

Le texte qui suit est la reproduction intégrale des "Réponses des communautés", rédigé en 1789. Il s'agit des réponses à des questions précises posées par les membres de la Commission intermédiaire des États de la province qui souhaitent mieux cerner la réalité économique de ces villages, alors que s'annonce la Révolution. Les réponses qui donnent l'état de ce village, rédigées par les consuls Orcière et Marcellin-Gros, laissent apparaître un village isolé qui a toutes les peines du monde à survivre mais qui, pourtant, ne semble pas se plaindre outre mesure de son sort. Il témoigne de la réalité sociale et économique d'une époque difficile. Orcière et Marcellin-Gros portent un regard réaliste, jamais fataliste, sur leur village, sans oser toutefois se porter dans l'avenir.

Le mémoire est publié tel que rédigé en 1789, bien qu'aucune date précise ne puisse être avancée. En revanche, les notes sont de l'Abbé Paul Guillaume, reproduisant et commentant ces textes en 1908.

Messieurs,
En réponse à l'honneur de la vôtre en date du 28 février dernier, nous vous dirons que les comptes ont été rendus, et le dernier l'a été au mois de janvier passé.

1. Quelle est l'étendue par aperçu du territoire, et quelles sont les différentes paroisses, villages ou hameaux qui la composent ?

Le territoire de Rabou cultivé, montueux et puissant, peut contenir environ cent charges. Il n'y a point de village, mais seulement quatre hameaux (1) ; le plus fort est composé de onze habitants éloignés les uns des autres.
2. Quelle est la population de la communauté ?
Il peut y avoir quatre cents personnes, grandes ou petites.
3. Quels sont les médecins ou chirurgiens sur les lieux ou aux environs ?
4. Y-a-t-il sur les lieux ou à la proximité des accoucheuses instruites ?
Il n'y a aucune accoucheuse dans le lieu, excepté à Gap, qui est distant de deux lieues.
5. La communauté a-t-elle été fréquemment attaquée par des malades épidémiques et pratique-t-on l'inoculation de la petite vérole ?
La communauté n'a pas été attaquée depuis quelques années de maladie épidémique et l'on n'y pratique point l'inoculation.
6. Quelle est la manière de bâtir et de couvrir les maisons ?
Les murs des bâtiments sont à chaux et sable; les rez-de-chaussée forment l'habitation des gens et des bêtes. Les toits sont couverts en paille.
Il n'y a aucune carrière d'ardoises ni de petites lauses, ni fabriques de tuiles ; il y en a une au lieu de la Roche-des-Arnauds, éloignée d'une grande lieue, mauvais chemin, on n'en connaît pas le prix, attendu que la communauté n'en a jamais usé.
7. Quelle est en général la nature du sol ?
Le sol est montueux et penchants en trois [mains] ; l'une est cultivée de blé seigle, l'autre de grains transaux et l'autre en chaume.
8. Quels sont les différents genres de récoltes qui se perçoivent et les arbres fruitiers qui prospèrent ?
9. Quels est le rapport année commune, entre les grains et comestibles et la consommation des habitants et quelle est leur nourriture ordinaire ?
10. D'où tire t-on les grains dans les années de disettes ?
La récolte ne consiste qu'en blé, seigle et grains transaux.
Il n'y a aucun arbre produisant fruits, de quelque espèce que ce soit.
Le produit est du quatre, année commune.
Il ne se perçoit dans la communauté, lors d'une bonne récolte, que ce qui est nécessaire pour la consommation des habitants et, lorsqu'il survient quelque grêle ou gelée, il faut avoir recours aux communautés voisines.
11. Quelles sont les productions surabondantes, les marchés où elles se vendent, et les moyens d'exportations, et les foires sur les lieux ?
Il n'y a aucune production surabondante, si ce n'est que l'on vend environ quatre-vingts charges d'avoine, qui servent pour acheter le blé qui manque, et on les porte à Gap. Il n'y a aucune foire, si ce n'est à Gap et à Veynes.
12. Quel est l'état des bois et forêts et quelle est leur proportion avec les besoins ?
Il y a quelques bois et autres futaies et broussailles, seulement suffisants pour le nécessaire des habitants.
Il y a un bois de haute futaie considérable, qui appartient et se trouve possédé par MM. du Chapitre de Gap, seigneurs de Rabou.
13. La communauté a-t-elle des communes [c'est-à-dire : des biens communaux], de quelle espèce sont-elles, quelles est la minute du sol et quels sont les moyens de les rendre plus utiles ?
La communauté a quelques terres communes qui servent pour parquer le menu bétail, mais leur position ne permet pas de pouvoir les mettre en valeur.
14. Quelles sont les rivières qui traversent la communauté, la qualité du terrain, et celle des eaux ?
Il n'y [a] aucune rivière, mais beaucoup de torrents qui emportent les terres cultivées, sans pouvoir y remédier, attendu la situation du local.
Les eaux de ces torrents, qui ne se forment que par la fonte des neiges ou l'abondance des pluies, ne servent que pour arroser le bas du terrain; mais à force de travail, elles pourraient arroser une plus grande contenance de terrain qu'elles ne font.
15. Quelle est la quantité de gros et menu bétail de tout espèce ? Quels seraient les moyens d'augmenter le nombre des élèves et d'améliorer les espèces ?
Le gros bétail consiste en environ quarante bêtes à cornes, soit boeufs ou vaches, en cinq ou six petits mulets et quarante bourriques. Il y a environ cinq cent quarante bêtes, moutons ou brebis, et très souvent on est obligé d'en faire hiverner une partie hors la communauté, surtout lorsque la neige abonde.
16. Y-a-t-il dans la communauté ou à portée des artistes vétérinaires ou des maréchaux experts qui jouissent d'une réputation acquise et justifiée par des succès ?
Il n'y a aucun artiste vétérinaire ni maréchal expert, excepté dans Gap.
17. Quels sont les objets d'industrie ou de commerce des habitants, les moyens d'amélioration dont ils seraient susceptibles et les établissements en ce genre qu'on croirait utiles à la communauté et au canton ?
Il n'y a aucune industrie ni commerce dans la communauté, ni dans le cas d'en établir.
18. Quel est le régime municipal ?
La forme de l'administration est l'ancienne.
19. La communauté a-t-elle des revenus ?
La communauté n'a aucun revenu, de quelque espèce que ce soit.
20. Quelles sont les charges locales ou dépenses ordinaires de la communauté, les dettes de la communauté ou les charges extraordinaires auxquelles elle peut être tenue ?
Les charges locales ou dépenses, année commune, arrivent à environ douze cent cinquante livres (2), y compris trois cent nonante livres pour l'abonnement du droit de dîme et sept cents livres pour la congrue du curé (3) et vingt-six livres neuf sols pour pension due aux Dominicains de Gap.
21. Les comptes des collecteurs et receveurs ont-ils été rendus chaque année, quels sont ceux qui ne l'ont pas été et les raisons qui en ont empêché ?
Les comptes des collecteurs ont été rendus annuellement.
22. Quelles sont les propriétés ou revenus des pauvres en y comprenant le vingt-quatrième ? De quelle manière sont-ils administrés et seraient-ils susceptibles d'améliorations ?
Les revenus des pauvres ne consistent qu'en huit émines de blé seigle.
23. Y a-t-il des fondations pour les hôpitaux ou pour l'éducation publique et de quelle manière sont-elles administrées ?
Il n'y a aucune fondation pour hôpitaux ni pour l'éducation des enfants.
24. A quelles époque le dernier parcellaire a-t-il été fait, et dans quel état se trouve-t-il, ainsi que les coursiers ? Les papiers et titres de la communauté sont-ils conservés, et quelles sont les précautions prises pour leur garde ?
Il n'y a aucune date au cadastre, qui n'en est pas un, mais seulement un mémoire hors d'état (4).

1. Bertaud, La Chaup, Lavis, Le Serre et, de plus, Les Prés, La Rivière.
2. Exactement pour 1789, 124 l. 9 s. (Ordonnance du 29 novembre 1788): entretien des ponts et passerelles, 15 l.; gages du garde-champêtre, 24; id. du sonneur, 12; abonnement de la dîme, 390; portion congrue du curé, 700; pension due aux Dominicains de Gap, 26 l. 9, luminaire de l'église, 50; blanchissage du linge de l'église, 9 l., etc.

- En 1790, le total est de 1226 l., 9 s. et en 1791, de 455 l. 9 seulement, les charges ecclésiastiques ayant disparu. Le maître d'école figure dans ce dernier total pour 50 l. et le garde-fruits, également pour 50 (C107, f° 81).

3. Pierre Ricard, ancien curé de Saint-Maurice-en-Valgaudemar, curé de Rabou le 25 juin 1776 (B107), encore en exercice le 1er janvier 1794 (L829-1), ex-curé le 1er octobre 1795 (L178).
4. Sur la situation des archives de Rabou en 1890, voir "Procès-verbaux du Conseil général des Hautes-Alpes", août 1891, p. 142.


Conclusion :

La communauté a un procès par devant la Cour avec MM. du Chapitre 1, qui dure depuis longtemps et qui ruine la communauté, attendu que le Chapitre, par le moyen d'un garde qu'ils ont, s'agrandit dans les fonds communs, dont partie des habitants jouissaient depuis plus de trente ou quarante ans. Ce procès avait été remis à MM. les avocats qui avaient été nommés pour l'examen des affaires des communautés 2, et on désirait ardemment qu'il pût se décider, pour que la communauté sût, une fois pour toutes, à quoi s'en tenir. MM. du Chapitre ne payent ni tailles ni vingtièmes, ni cas de droit, pour raison du bois précieux et terres qu'ils prétendent en dépendre. La communauté ne serait-elle pas fondée de les y soumettre?
La communauté ne connaît pas l'époque où elle a été comprise dans le péréquaire général, pour demi-feu taillable, ni aucun acte et, malgré les recherches qu'elle a faites et fait faire, il ne lui a pas été possible de rien découvrir.
Pour arriver au village, il y a le torrent du Buëch, et il y avait un pont qui s'est écroulé, en sorte que, dans le temps des fontes des neiges et de l'abondance des pluies, les habitants ne peuvent pas traverser ce torrent sans s'exposer à être noyés.
Voila, Messieurs, tout ce que nous pouvons vous dire en suite de votre lettre, de relatif à notre communauté; s'il y avait quelques autres articles sur quoi nous puissions répondre, nous le ferons.
Nous avons l'honneur d'être très respectueusement, Messieurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

Signé : Orcière, consul, J.-P. Marcellin-Gros, consul.

1. Le Chapitre de Gap, seigneur de Rabou et de Chaudun, au moins dès le XIIe siècle, et qui, par suite, eut de nombreux rapports d'affaires et divers procès avec la communauté de Rabou. (Voir sur ce dernier sujet les documents analysés dans l'"Invent. des Arch. des Hautes-Alpes", série G, t. V, 1904, p. 159-182; cf. le diplôme de Frédéric Barberousse du 29 septembre 1184, "Gallia Christ. novis.", I, n° XVII.)
2. "Une commission d'avocats" fut instituée à Grenoble, par l'intendant Caze de la Bove, le 25 mai 1785 pour "discuter gratuitement chaque procès, et guider les communautés dans les démarches et poursuites qu'elles auront à faire." (Arch. de Guillestre, CC, 157)

Jugement constatant la naissance d'Hippolyte Brémond

  • Sources: Registre des actes de naissance du Monêtier-les-Bains, année 1882, n° 19.

République française - Au nom du peuple français.

Le tribunal de première instance de l'arrondissement de Briançon, séant en cette ville, à son audience publique du vingt-trois mai mil huit cent quatre-vingt-deux, à laquelle étaient présents Messieurs Ayasse, président, Ferrand, Béraud, juges, et Charignon, substitut du procureur de la République, a rendu le jugement sur acte de notoriété dont la teneur suit:

L'an mil huit cent quatre-vingt-deux et le dix-sept mai, à quatre heures de l'après-midi, en notre domicile, pardevant nous Claude Adolphe Poyet, juge de paix du canton du Monêtier (1), arrondissement de Briançon, département des Hautes Alpes, assisté de M[onsieu]r Jérôme Ferrus, commis greffier de cette justice, se sont présentés Messieurs 1° François Bonnard, âgé de cinquante ans, 2° Jean Honoré Prat, âgé de cinquante-un ans, 3° Jacques Antoine Bellet, âgé de cinquante-quatre ans, 4° Joseph Pierre Josserand, âgé de cinquante-cinq ans, 5° Jean André Albert, âgé de cinquante-quatre ans, 6° Joseph Bellet, âgé de trente-deux ans, 7° Cyrille Philip, âgé de quarante-sept ans, tous propriétaires cultivateurs domiciliés au Freyssinet, commune du Monêtier, lesquels témoins, tous majeurs, nous ont déclaré et attesté qu'ils connaissent parfaitement le sieur Hippolyte Brémond, cultivateur, domicilié au dit lieu du Freyssinet et savoir qu'il est né à la fin de l'année mil huit cent soixante à Marseille (Bouches du Rhône) de père et mère inconnus; qu'au commencement du mois de décembre de cette année mil huit cent soixante, il a été placé en nourrice comme ayant été amené de Marseille chez Élisabeth Faure, épouse de Cyprien Bellet, autrefois tous deux propriétaires cultivateurs, domiciliés au dit lieu du Freyssinet où ils sont décédés; que depuis cette époque le sieur Hippolyte Brémond a constamment habité ledit hameau avec ses père et mère nourriciers, ses parents ne l'ayant pas réclamé; qu'ils ne se sont pas fait connaître et n'on pas payé ses mois de nourrice.
Le sieur Hippolyte Brémond ne peut présenter son acte de naissance (2), pour participer au sort de la classe de mil huit cent quatre-vingt un, car il est certain qu'il n'a pas été inscrit sur les registres de l'état civil de la commune du Monêtier.
Desquels faits les témoins nous ont certifié sincères et véritables, nous avons délivré le présent acte de notoriété pour suppléer l'acte de naissance dont il s'agit. De tout quoi nous avons fait et dressé le présent procès-verbal sur la réquisition du sieur Hippolyte Brémond et ce, sur papier visé pour timbre gratis, conformément à l'article quatre de la loi du dix décembre mil huit cent cinquante.
Attendu l'indigence du sieur Hippolyte Brémond qui est constatée par un certificat de monsieur le Maire du Monêtier (3), lequel certificat nous avons visé et approuvé le même jour, le sieur Hippolyte Brémond, justifiant en outre qu'il n'est pas imposé ainsi qu'il résulte d'un certificat négatif à lui délivré le trente décembre mil huit cent quatre-vingt-un par monsieur le Receveur des Contributions directes du Monêtier.
Et, après lecture à eux faite, les témoins susnommés ont signé avec nous et le commis greffier. Signé Bellet Jacques, Bonnard François, P. J. Josserand, Prat Jean-Honoré, J. Bellet, Albert Jean André, Cyrille Philip, Brémond Hippolyte, Poyet, juge de paix, et J. Ferrus (4), commis greffier, visé pour timbre et enregistré gratis conformément à l'article soixante-quinze de la loi du vingt-cinq mai mil huit cent dix-sept pour tenir lieu d'acte de naissance d'indigents, signé Dangin.

A Messieurs le Président et Juges composant le tribunal civil de Briançon - Le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Briançon, a l'honneur de vous exposer que vers la fin de l'année mil huit cent soixante, le n[omm]é Hippolyte Brémond a été amené de Marseille au Freyssinet, commune du Monêtier, et mis en nourrice chez les époux Bellet. Pendant deux ou trois mois, les mois de nourrice ont été payés par une nommé Élisa Brémond, sa mère; depuis cette époque, Brémond est sans nouvelles de ses parents; il n'est porteur d'aucun document qui puisse le renseigner sur le lieu de sa naissance.
En vertu de l'article onze de la loi du vingt-sept juillet mil huit cent soixante-douze, il a été inscrit sur les tableaux de recensement de la commune du Monêtier se rapportant à l'année mil huit cent quatre-vingt un.
Attendu que Brémond, ignorant le lieu de sa naissance, ne peut saisir le tribunal qui serait seul compétent pour établir son état civil;
Mais attendu qu'à défaut de pouvoir faire constater sa naissance, Brémond a un grand intérêt à faire établir par acte authentique les circonstances dans lesquelles il a été amené au Freyssinet.
Attendu que l'indigence de Brémond est régulièrement établie et qu'il appartient dès lors au Ministère Public d'agir en son lieu et place
Le Procureur de la république requiert à ce qu'il plaise au Tribunal vu l'article soixante-quinze de la loi du vingt-cinq mars mil huit cent dix-sept, prescrire toutes mesures utiles et, sur le rapport de l'un de Messieurs les Juges à cet effet commis, dresser ou faire dresser un procès-verbal de circonstance dans lesquelles le nommé Brémond Hippolyte a été amené au Freyssinet, commune du Monêtier, ordonnons que le jugement à intervenir sera transcrit sur le registre de la commune du Monêtier, tant sur le double de la mairie que sur le double déposé au greffe du tribunal; que ce jugement sera écrit et expédié sur papier libre et enregistré gratis. Au parquet le dix mars mil huit cent quatre-vingt deux Pour le Procureur de la république signé: Charignon, substitut. Nous, président du tribunal, commettons M. Ferrand, juge, pour faire ce rapport. Briançon le quinze mai mil huit cent quatre-vingt deux signé Ayasse, président.

Vu l'acte de notoriété dressé par monsieur le Juge du canton du Monêtier le dix-sept mai mil huit cent quatre-vingt deux, 2° la requête du Ministère Public en son rapport; ouï M[onsieu]r Ferrand en son rapport;
Attendu qu'il résulte du dit acte de notoriété que Brémond Hippolyte, cultivateur, domicilié au Freyssinet, commune du Monêtier, est né à Marseille à la fin de l'année mil huit cent soixante de père et mère inconnus et que, depuis lors, dès le mois de décembre de la même année, il a été placé en nourrice au Freyssinet chez dame Élisabeth Faure, épouse de Cyprien Bellet, propriétaires cultivateurs au dit lieu.
Le Tribunal dit que Brémond Hippolyte est né à Marseille en mil huit cent soixante de père et mère inconnus et que depuis lors, dès le mois de décembre, il a été nourri au Freyssinet; ordonne que le présent jugement sera transcrit sur les deux doubles des actes de naissance de la commune du Monêtier. Signé: Ayasse, président, et Albert, commis greffier.

Enregistré gratis à Briançon le vingt-cinq mai mil hui cent quatre-vingt deux folio dix-sept, case huit.
En conséquence, le président de la République française mande et ordonne à tous huissiers sur ce requis de mettre ledit jugement à exécution, aux Procureurs généraux et aux procureurs de la République, près les tribunaux de première instance, d'y tenir la main, à tous les commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu'ils en seront légalement requis.
En foi de quoi le présent jugement a été signé par le Président & le commis greffier du tribunal.
Pour expédition collationnée et scellée délivrée au requis de Brémond Hippolyte. Le commis greffier du Tribunal.
Signé Albert, c. g. (5)
(la mention suivante est en marge (6)): visé pour timbre et enregistré gratis à Briançon le vingt-cinq mai mil huit cent quatre-vingt deux, folio dix-huit, case cinq, signé Dangin.

Pour copie conforme: le maire du Monêtier.
[Joseph Barthélemy Barrelle]


(1) Le Monêtier-de-Briançon, actuellement Le Monêtier-les-Bains.
(2) Une recherche dans les archives de l'état-civil de Marseille n'a rien donné. Hippolyte Brémond est même absent du fichier des enfants nés de parents inconnus.
(3) Joseph Barthélemy Barrelle.
(4) Le document n'est pas signé à proprement parler. S'agissant d'une transcription, les noms sont simplement cités. L'observation vaut pour tous les autres noms précédés de "signé".
(5) Abréviation de "commis greffier".
(6) Sic.

Les vieux Alpins

En septembre 1810, le sous-préfet des Hautes-Alpes demanda aux maires de plusieurs communes du département de dresser, à fin de statistique, la liste des dix hommes les plus âgés de leur commune. Nous avons retenu ici quelques communes où vous reconnaîtrez peut-être un ancêtre.


MONTGARDIN
Prénom et nom
Date de naissance
Âge
Jacques Astier 4 septembre 1734 76 ans
Joseph Bonnafoux 7 août 1738 72 ans
Dominique Borel 28 mai 1738 72 ans
Jean Gachet 13 février 1739 71 ans
Joseph Reinaud 27 avril 1739 71 ans
Jean Richard 24 mars 1740 70 ans
Michel Chevalier 20 septembre 1744 66 ans
Joseph Giraud 13 novembre 1746 63 ans
Pierre Turcan, rentier 1er juillet 1747 63 ans
Jean Astier 7 janvier 1748 62 ans
NEFFES
Prénom et nom
Date de naissance
Âge
Jean Pierre Robert 28 juin 1729 81 ans
Jean Borel 29 avril 1731 79 ans
Pierre Pascal 11 novembre 1736 73 ans
Jean Pierre Janselme 2 avril 1740 70 ans
Mathieu Borel 15 avril 1741 69 ans
Dominique Chabre 12 avril 1742 68 ans
Jean Pellegrin 22 janvier 1743 67 ans
Étienne Chardon 18 septembre 1743 67 ans
Jacques Clément 3 octobre 1745 64 ans
Guillaume Céas 2 avril 1746 64 ans
Note sur la liste de Neffes: "Nous avons dans cette commune des autres citoyens plus âgés que ces derniers qu'ils ne soient point nés dans la commune. Après leur avoir demandé de leur âge, n'ont voulu nous le donner."
ROCHETTE (LA)
Prénom et nom
Date de naissance
Âge
Dominique Cortier 22 juillet 1730 80 ans
Joseph Sarrazin 18 octobre 1741 68 ans
Jean Martin 1743 67 ans
Jean Martin 31 mai 1743 67 ans
Claude Vieux 19 août 1743 67 ans
Joseph Arnaud 22 octobre 1744 65 ans
Pierre Devolhui 16 mai 1745 65 ans
Jean Vivian 14 octobre 1749 60 ans
Jacques Comte 16 février 1751 59 ans
Jean Arnaud 14 septembre 1751 59 ans
ROSANS
Prénom et nom
Date de naissance
Âge
Claude Brumel 4 avril 1717 93 ans
Jacques Gautier 14 février 1732 78 ans
Joseph Bonnet 14 août 1732 78 ans
Jacques Bernard 3 mai 1734 76 ans
Guillaume Eymard 17 février 1735 75 ans
Barthélemy Morel 27 juin 1739 71 ans
Pierre Boeuf 20 juillet 1740 70 ans
François Gellouin 4 septembre 1742 68 ans
Jean Arnoux 30 octobre 1742 67 ans
Jean Jacques Villeprand 29 novembre 1742 67 ans
SAINT-MAURICE EN VALGAUDEMAR
Prénom et nom
Date de naissance
Âge
Jacques Dumas 25 février 1729 81 ans
Sébastien Armand 11 janvier 1731 79 ans
Claude Grimaud 1er février 1731 79 ans
Jean Hustache 13 mars 1733 77 ans
Jacques Marinier 31 mai 1734 76 ans
Sébastien Dumas 1er février 1736 74 ans
Jean Boyer 8 avril 1736 74 ans
Joseph Gueydan 28 septembre 1736 73 ans
Claude Alluis 4 mai 1737 73 ans
Claude Hustache 4 mai 1737 73 ans
SAINT-ÉTIENNE D'AVANÇON - LA BÂTIE-VIEILLE - RAMBAUD
Prénom et nom
Date de naissance
Âge
Lieu de naissance
Jacques Moulin 1730 80 ans Rambaud
Jean Mehere 1732 78 ans Saint-Étienne d'Avançon
Jean Jouglard 12 août 1733 77 ans La Bâtie-Vieille
Dominique Jullien 1734 76 ans Saint-Étienne d'Avançon
Pierre Combel 1734 76 ans Saint-Étienne d'Avançon
Jacques Louis Picard 1738 72 ans Rambaud
Philippe Rochas 1739 71 ans Rambaud
Claude Aubin 27 mai 1740 70 ans La Bâtie-Vieille
Pierre Estachy 1740 70 ans Saint-Étienne d'Avançon
Barthélemy Berthaud 1740 70 ans Saint-Étienne d'Avançon

Le quartier Mazarin ou l'Aix du XVIIIe siècle

"Par lettres-patentes données à Paris au mois de janvier 1646, enregistrées au parlement d'Aix le 15 février de la même année, le grand roi Louis XIV permit à messire Michel Mazarin, archevêque d'Aix, de faire enclore dans la ville le faubourg Saint-Jean, le jardin et les prés de l'archevêché, depuis le boulevard jusqu'à la porte des Augustins(1)..." C'est par ces mots que l'historien Roux-Alphéran entame son chapitre consacré au quartier Mazarin, dans son Histoire des rues d'Aix, 1846.

Ce Mazarin n'est pas, précisons-le tout de suite, le premier ministre du roi Soleil. Mais il n'en est pas moins son frère.
Pour accomplir les travaux, l'archevêque va édifier murailles, portes, pont-levis, fossés et tourelles. Au mois de décembre, il cède pour 45.000 livres tous ses droits à un gentilhomme du nom de Michel d'Elbène
de Ponssevère. Avant cet agrandissement, le rempart de la ville passait nettement plus au nord. Avec ce nouveau quartier, Aix gagne un quart de sa superficie. La partie nord était auparavant un grand terrain du nom de place des Jacobins où l'on pendait les criminels (voir plan de 1575, Cabinet des Estampes).

La rue Fernand-Dol était, avant 1646, un chemin servant de communication entre celui de Saint-Maximin et de Toulon. Dès 1336, des maisons le bordaient. L'une des familles qui y vivaient, les Roget, lui donnèrent le nom de traverse des Roget. Une famille de magistrats aixois, les Garron, y vivait dès 1473 jusqu'à la fin du XVIe siècle. Une auberge à l'enseigne du Boeuf, tenue par Jean James, lui donna le nom de rue du Boeuf, nom qu'elle garda jusqu'au XIXe siècle. En 1652, les religieuses de la Visitation fondèrent dans cette rue leur second monastère aixois. Il y demeura jusqu'en 1671, date à laquelle il fut transféré place du Grand-Boulevard (place Miollis). Le couvent de la rue du Boeuf fut vendu aux religieux de la Merci en 1674. Il fut détruit en 1769, avant la révolution. Par la suite, des bains publics s'y tinrent, dont Roux-Alphéran vantait "la bonne tenue et la propreté qui y règne". Outre le relais de la poste Paris-Marseille, on trouvait aussi dans la rue, avant la révolution, l'hôtel de la commanderie d'Aix de l'ordre de Malte. C'était la demeure des commandeurs d'Aix.

La rue Cardinale reçut son nom du cardinal Michel Mazarin. C'est une rue longue, reliant la rue d'Italie et l'avenue Victor-Hugo. La régularité des maisons et des édifices en fait une des plus belles rues d'Aix. Au n°15 (hôtel d'Agay) naquit en 1735 l'abbé Gaspard Honoré de Coriolis, jésuite et conseiller en la Cour des Comptes, mort chanoine de l'église métropolitaine de Paris en 1824. A l'hôtel de Joursanvault (n°17), le 22 janvier 1747, naquit l'abbé de Ruffo-Bonneval, Jean-Baptiste Marie Scipion de Ruffo, dernier évêque de Senez. Le roi Louis XVIII lui avait proposé le siège archiépiscopal d'Avignon, mais l'abbé lui préféra une retraite solitaire à Viterbe(2), où il mourut le 15 mars 1857. De Ruffo s'était rendu célèbre en dénonçant avec véhémence la constitution civile du clergé en 1790.
Deux maisons contiguës (N°37 et 39), toutes deux en pierres de taille, furent bâties au début du XVIIIe siècle par Jean Gastaud, conseiller à la Cour des Comptes.

L'actuel lycée Mignet se situe sur l'emplacement de deux couvents, le couvent des Ursulines ou des Andrettes et le couvent des Bénédictines. Le nom Andrettes fait allusion au souvenir de Jacques d'André, conseiller au parlement, qui fonda le couvent des Andrettes en 1666. Le couvent des Bénédictines, lui, fut fondé à la Celle (près de Brignoles) et transféré à Aix en 1658 par le cardinal Grimaldi, archevêque de la ville. C'est dans ce couvent qu'Élisabeth Magdeleine Pin (Aix, 30 septembre 1767-Paris, 12 février 1829) fit sa profession de foi avant de devenir prieure du monastère royal du Temple.

La rue Roux-Alphéran doit son nom au célèbre historien aixois (1776-1858) et qui mourut dans la maison du n°9. Cette rue portait autrefois le nom de rue Longue-Saint-Jean. La place qui se trouve à son débouché avec la rue d'Italie (place d'Arménie) était jadis le siège d'un bureau où l'on percevait le droit sur les blés et les farines introduites en ville pour la consommation des personnes. Ce droit fut instauré en décembre 1547 et fut fixé, par délibération du conseil de ville, à un sol par quintal. En 1632, il fut porté à cinq sols. Un impôt évidemment injuste qui pénalisait plus le peuple (dont l'alimentation consistait principalement en pain) que les fortunés.
Peu d'historiens rendent hommage à un poète provençal qui vécut et mourut dans cette rue. Aussi m'en sens-je la responsabilité: Joseph Marius Diouloufet (3), ami de Roux-Alphéran (car voisin), bibliothécaire de la ville d'Aix jusqu'à la Révolution de 1830 où il fut destitué, fut l'auteur de poésies provençales, de fables et de contes (4).

La rue Sallier fut nommée rue Courte par opposition à la rue Longue (r. Roux-Alphéran, cf. ci-dessus). Mais cette rue restant de longues années inhabitée après la tracé de Mazarin (1646), on la rebaptisa d'un nom qui la caractérisait mieux: la rue des Champs. C'est ce nom qu'elle garda jusqu'au XIXe siècle. L'ensemble de la rue était, il y a 150 ans, occupée par les bâtiments de la maison hospitalière du Refuge. cette maison avait été fondée en 1640 pour y enfermer les femmes de mauvaise vie. Jusqu'à la Révolution, on y mettait les femmes condamnées pour crimes. Par la suite, l'hôpital accueillit des enfants orphelins.
Le poète Jean de Cabanes (1653-1717) a relaté dans une satire violente le souvenir d'une mère supérieure de la maison du Refuge qui y vivait dès la fondation de l'établissement. Le vrai nom de cette femme nous étant inconnu, Cabanes l'appelait la Drouillade. Elle était native de la Flèche (Sarthe), où son père était cordonnier. Expulsée de Paris en raison de sa débauche, elle traversa la France, vêtue comme un homme, et s'arrêta à Toulon. Pour échapper à la prison, elle s'affubla d'une robe de bure et se donna des airs de piété, se faisant appeler « soeur de la Croix ». Le procureur-général Balthazar de Rabasse-Vergons la fit venir à Aix pour en faire la mère supérieure de la maison du Refuge. Une fois installée à son poste, elle revint à ses habitudes de débauche, inventant des supplices tous plus effrayants à l'encontre des femmes emprisonnées: elle en faisait pendre par-dessous les aisselles, en enterrait certaines, ne leur laissant sortir de terre que la tête qu'elle arrosait comme une plante, elle en battait certaines avec des nerfs de boeuf, obligeait certaines femmes à se jeter sur des pointes de fer, etc. Quatre de ses pensionnaires moururent de ces mauvais traitements. Un jour, Mme de Sénas visitant la maison du Refuge entendit ces cris et porta plainte au parlement. L'affaire fut évoquée au conseil du roi. L'administration moderne n'ayant rien inventé, les papiers se perdirent et la Drouillade ne fut pas poursuivie. Tout juste certaines de ses pensionnaires furent-elles libérées... La Drouillade se démit de ses fonctions, acheta un terrain hors de la ville (5) et s'y retira. Elle y fonda une maison de prostitution et de fausse monnaie et y cachait même des ennemis du royaume. Un bourgeois porta plainte contre elle. Elle fut arrêtée et condamnée à être fouettée jusqu'au sang sur toutes les places et tous les carrefours accoutumés de la ville et en être ensuite bannie pour le reste de ses jours. Ce qui fut fait. Une foule immense encouragea les coups du bourreau au cri de "Piquo, Bastian (6)". La Drouillade, elle, endura le supplice sans verser une larme ni pousser un cri.

La rue Peyssonnel doit son ancien nom de rue Saint-Claude à un prieur de Saint-Jean, Jean-Claude Viany, qui avait eu la prétention d'appeler la partie du nouvel agrandissement située sur les terrains dépendant du prieuré "Ville-Viany". Une délibération du 2 mai 1689 interdit cette appellation et fit rayer la qualification de "Ville-Viany" dans tous les actes. On notera que l'appellation "Ville-Mazarine", alors donnée au quartier Mazarin, aurait logiquement dû rencontrer la même opposition ce qui ne fut pas le cas. Le prieur Viany se consola toutefois en donna son nom à la rue.

La rue Frédéric-Mistral reçut d'abord le nom de rue du Cheval-Blanc. Ce nom lui venait de l'Auberge du Cheval-Blanc, une hôtellerie située au départ rue Fabrot (ancienne rue des Grands Carmes) et dont le plus ancien propriétaire connu s'appelait Antoine Gros. L'établissement fut par la suite transféré dans la rue Frédéric-Mistral.
La rue prit ensuite le nom de rue de la Monnaie, car on y trouvait l'hôtel des Monnaies, le lieu où était battue la monnaie. Jusqu'au milieu du XVIe siècle, on battait monnaie rue des Cordeliers et c'est en 1695 que Pierre-Cardin Le Bret, premier président du parlement et intendant de Provence, et Daniel de Cosnac, archevêque d'Aix, décidèrent le transfert de l'administ
ration dans la rue du Cheval-Blanc. L'activité est attestée à Aix dès 1467 au moins. Elle fut cédée à Marseille, qui souhaitait l'acquérir depuis longtemps, en 1784. L'hôtel fut démoli et l'on construisit sur ses fondations un nouvel hôtel.
Le célèbre écrivain Frédéric Mistral, qui donna à la rue le nom qu'elle porte encore, vécut au n°4 de 1849 à 1854 lorsqu'il était étudiant à la faculté de droit. Une plaque commémorative le rappelle.

La rue du Quatre-Septembre portait à l'origine le nom de rue Saint-Sauveur ou de rue des Quatre-Dauphins. Cette rue fut la première ouverte par Mazarin. C'est aussi la plus belle rue du quartier. Mazarin lui donna le nom de l'église métropolitaine dont il était archevêque: Saint-Sauveur (7). Le public lui, préféra le nom de rue des Quatre-Dauphins, en raison de la place du même nom qui coupait la rue. Cette rue regorge d'hôtels: au n°2, le siège de l'Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d'Aix (où vécut notamment le félibrige Paul Arbaud), au n°4, l'hôtel de Saizieu (où vécut le peintre Daret et où il mourut en 1668), au n°9, l'hôtel de Villeneuve-d'Ansouis (8), décoré Louis XV, au n°10, l'hôtel d'Olivari, construit sous Louis XIV, au n°11, l'hôtel de Boisgelin, construit par Louis Leblanc, lieutenant général de la sénéchaussée d'Aix, vers 1650, au n°17, l'hôtel de Pigenat (dont un plafond a été réalisé par Daret) et au n°18, l'hôtel de Valeri (aujourd'hui occupé par la Banque de France).

La place des Quatre-Dauphins portait à sa création le nom de place Mazarine. En édifiant cette place, Michel Mazarin souhaitait, d'après la légende populaire, y ériger une statue à l'effigie de son célèbre frère, le cardinal Jules Mazarin, premier ministre de Louis XIV. Mais sa mort survenant précocément, le projet fut abandonné et l'on édifia à sa place une superbe fontaine surmontée de quatre dauphins, en 1667, dont le concepteur se nommait Jean-Claude Rambot. Les marronniers qui ornent cette place datent de 1860. Un micocoulier de 4,80 mètres de circonférence s'y élevait auparavant.
Avant l'ouverture de cette place, et même du quartier, le lieu était une vaste prairie, dont les Hospitaliers imposaient des censes. Les jardins morcelés eurent quelques propriétaires célèbres: Jean Bellard (ou Billard), évêque de Fréjus (1440), Louis Dini, notaire (1440), Tanegui (ou Tenequin) du Châtel (ou Chastel), grand sénéchal de Provence (1449) d'origine bretonne, commandant de l'armée de Louis II d'Anjou en 1409 (9).

La rue Joseph Cabassol doit son nom à l'avocat et premier président de la Cour d'appel Joseph Cabassol (mort en 1928), maire d'Aix du 9 mars 1902 au 22 novembre 1908. Précédemment, cette rue se nommait rue Saint-Jacques, puis rue du Lycée. On trouve dans cette rue un remarquable hôtel au n°1, l'hôtel de Caumont, également nommé hôtel de la Tour d'Aigues, commencé au début du XVIIIe siècle par Joseph François de Rolland de Tertulle-Réauville, marquis de Cabanes et président à la cour des Comptes. Ses premiers fondements furent posés aussitôt après la peste de 1720 et 1721. Le marquis de Cabanes, mort en 1728, ne le vit pas achevé. Son fils héritier mourut en 1752, âgé de vingt-cinq ans, sans descendant. L'hôtel passa alors aux mains de François de Bruny, baron de la Tour-d'Aigues. Vous noterez la magnificence de cet hôtel, réputé comme l'un des plus beaux d'Aix, sur la photo de la page suivante).

La rue Laroque, autrefois rue Saint-Lazare, parcourait jadis une partie de l'ancien chemin qui conduisait à la maladrerie Saint-Lazare et, de là, continuait jusqu'à Marseille. Il s'y trouvait avant la Révolution un hôtel qui était, de son temps, le plus magnifique de la ville. Son constructeur était Paul de Roux, marquis de Courbons, avocat général au parlement d'Aix, quelques années après la peste de 1720. Ses célèbres occupants se nommaient Charles François Xavier de Coriolis ou encore Alexandre Justin Marie de Galliffet. Il se murmurait que Galliffet, ayant été forcé d'émigrer en Italie à la Révolution, cacha un abondant trésor dans les murs de son hôtel. Les révolutionnaires, malheureusement souvent peu respectueux des monuments d'art, démolirent tout l'édifice pour trouver le trésor... qui n'existait pas! Au siècle suivant, sur ces bases s'élevait une synagogue israélite et une poste aux chevaux.

La rue d'Italie est l'une des plus anciennes voies aixoises. Elle correspond au tracé de la Voie Aurélienne. C'est par cette voie que l'on rentrait dans la ville. Plus tard, au Moyen Age, elle prit le nom de chemin de Saint-Maximin. On l'appela par la suite chemin de Saint-Jean car on trouvait sur son passage l'église des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Le nom de chemin de la porte Saint-Jean en est dérivé; il faisait allusion à la porte fortifiée qui permettait de sortir du bourg d'Aix.
De nombreuses hôtelleries jalonnaient le parcours de cette voie, de part et d'autre du chemin, telles l'auberge de Saint-Éloy, l'auberge du Grand-Hiver. C'est dans une de ces auberges qu'en 1582 fut arrêté le capitaine Anselme, d'Avignon, soupçonné de haute trahison envers le roi Henri III (10).
Jusqu'en 1750, l'angle de la rue d'Italie et de la rue du Maréchal-Joffre abritait la chapelle de Notre-Dame des Anges.

L'arrière du bâtiment consistait en des champs dont les pères Servites étaient propriétaires. La chapelle et le couvent furent démolis en 1536 lorsque l'empereur Charles-Quint vint en Provence. On craignait que les bâtiments pussent servir de fortifications à l'ennemi. La chapelle seule fut rebâtie. Le faubourg se peupla peu à peu à tel pont qu'on envisagea de renfermer le quartier dans la ville. Le projet ayant rencontré une certaine opposition et notamment celle du prieur de Saint-Jean, Anne de Naberat, ce n'est que trente ans après qu'il fut mené à bien.
Sur la ligne nord de la rue est né le sculpteur Joseph Marius Ramus (11) le 19 juin 1805. Il est l'auteur, notamment, des deux statues, représentant Portalis et Siméon, en avant de la façade du Palais de justice.
En 1600, la reine Marie de Médicis débarqua à Marseille, le 3 novembre, pour épouser Henri IV. Toute la Provence fut en ébullition et la reine passa la nuit du 16 dans une maison de la rue d'Italie. Pour aller saluer la reine à son arrivée, une délégation aixoise avait fait la route. C'est en passant la nuit aux Pennes qu'un drame survint (12).
Le nom de rue d'Italie n'a pas de rapport avec sa situation à l'extrémité sud-est de la ville. Il lui fut donné en 1796 en l'honneur de Napoléon, revenu de ses conquêtes en Italie.

La rue du Maréchal-Joffre eut plusieurs noms tout au long de l'Histoire: rue du Louvre (du nom d'une grande auberge qui se tenait dans la rue), rue Notre-Dame des Anges (à cause de la chapelle dont l'histoire a été évoquée ci-dessus), rue de la Torse ou rue du Tholonet (car le chemin menait à ces deux lieux), rue des Pénitents-Blancs (en raison d'une confrérie de pénitents qui s'y établit en 1654) et rue de l'Intendance (car quelques années avant 1700, quatre intendants de Provence (13) y avaient fait leur habitation. Lorsqu'au début du XIXe siècle, on installa des écriteaux portant le nom des rues, on donna à celle-ci, sans raison apparente, le nom de rue du Louvre.
L'avant dernière maison de cette rue, à droite en montant, est celle où est né, le 13 décembre 1802, Joseph Hippolyte Guibert, vicaire-général d'Ajaccio, puis évêque de Viviers, préconisé le 24 janvier 1842 et sacré à Marseille le 6 mars 1842.

La rue Pavillon avait précédemment pour nom rue du boulevard Saint-Jean. Elle était populairement désignée sous le vocable de rue du Lévrier, en raison d'une enseigne d'auberge qui s'y dressait.

La rue Saint-Joseph s'étire sur des terrains qui appartenaient, avant l'agrandissement de 1646, aux Pitton, seigneurs de Tournefort. Ces terrains consistaient alors en vignoble de grande étendue.

La rue Clovis-Hugues se nommait autrefois le chemin du Roi. Louis XIII avait emprunté cette petite rue, alors un simple chemin de terre, lors de son séjour à Aix en 1622, lorsqu'il se rendit de la place Miollis à l'église Saint-Jean de Malte. L'événement est connu grâce aux registres des religieux Servites. Après 1646 et l'agrandissement de Mazarin, le chemin devint rue.

Terminons notre visite du quartier Mazarin par la rue du Petit-Saint-Esprit, que l'historien aixois Roux-Alphéran refusait de nommer ainsi: "Devrait-on souffrir, disait-il, qu’un de ses habitants se soit permis, il y a peu d’années, de faire placer aux deux extrémités de cette rue, des plaques de marbre avec cette inscription: "Rue Pti St-Esprit" ? Que signifient ces trois lettres Pti ? Rien du tout : et si l’on a voulu dire "petit", c’est au moins une bêtise, si ce n’est une impiété. Les chrétiens savent tous que le Saint-Esprit fait partie de la Sainte-Trinité ; dès lors, il n’y a point de "petit Saint-Esprit". Le Saint-Esprit est aussi grand que Dieu le Père et que Dieu le Fils. Aussi, devrait-on, à notre avis, et c’est celui de bien des gens, faire disparaître cette inscription et la remplacer par celle de Petite-Rue-Saint-Esprit. Le pieux historien ne fut pas entendu et, aujourd'hui encore, la rue a gardé son nom.

Les anciens noms des rues du quartier Mazarin:
Rue Mazarine: rue Mazarine
Rue Goyrand: rue Saint-Michel
Rue Fernand-Dol: traverse des Roget (1336), traverse de la Garrone (XVIe), rue du Relais, rue du Boeuf (1586).
Rue Cardinale: rue Cardinale
Rue Roux-Alphéran: rue Longue-Saint-Jean
Rue Sallier: rue Courte, rue des Champs
Rue Peyssonnel: rue Saint-Claude
Rue Laroque: rue Saint-Lazare
Rue Joseph-Cabassol: rue Saint-Jacques, rue du Lycée
Rue du Quatre-Septembre: rue Saint-Sauveur, rue des Quatre-Dauphins
Place des Quatre-Dauphins: place Mazarin
Rue Frédéric-Mistral: rue du Cheval-Blanc, rue de la Monnaie
Rue d'Italie: via aurelia (époque romaine), chemin de Saint-Maximin, chemin de Saint-Jean, rue de la Porte Saint-Jean (1646)

(1) Cette porte fut abattue en 1843. Elle se trouvait entre les actuelles rue Espariat et place d'Albertas. Pour remplacer cette porte, on lui substitua une grille de fer qui a, de nos jours, totalement disparu.
(2) Cf. le Diario de Rome, 28 mars 1837 et la Gazette du Midi, n°1314, 6 avril 1837.
(3) Né à Éguilles le 19 septembre 1771, mort d'une crise d'apoplexie le 19 mai 1840 à Cucuron.
(4) Voir par exemple Leis Magnans, pouémo didactique, en quatre chants, eme de notos de la coumpousitien de M. Diouloufet. A-z-Ai, enco d'Augustin Pontier, 1819, in-8°, 109 pages.
(5) Jean de Cabanes appelle ce terrain "l'enclos de Peynier". Selon Roux-Alphéran, il se situerait "à sept ou huit lieues de la ville en sortant par la porte Saint-Jean, sur la route d'Italie à la droite, un peu après avoir dépassé le cours Sainte-Anne, là où l'on prend la descente pour arriver au pont de la Torse". Cette description permettrait, à mon avis, de situer le terrain, peu ou prou, en haut de l'actuelle rue Paul Beltçaguy. André Bouyala d'Arnaud, lui, le situe au quartier de la Torse.

(6) "Frappe, Bastien !" Bastien, diminutif de Sébastien, était le surnom que l'on donnait à tous les bourreaux à Aix.
(7) L'historien Roux-Alphéran évoque une anecdote amusante sur cette appellation. Pour justifier de la nécessité de baptiser la rue "Quatre-Dauphins", plutôt que "Saint-Sauveur", il précise que ce nom de "Saint-Sauveur" "induit journellement en erreur les militaires qui arrivent harrassés de fatigue sur le Cours où leur sont distribués leurs billets de logement. Lorsque ces billets indiquent la rue Saint-Sauveur, les habitants auxquels les militaires demandent où est située cette rue, leur enseignent le quartier de l’église métropolitaine de Saint-Sauveur à l’extrémité opposée de la ville, où ils vont chercher en vain leur logement et d’où il leur faut revenir au point duquel ils étaient partis, perdant ainsi près d’une heure de temps avant de trouver à se reposer."

(8)
Louis-Elzear de Villeneuve, baron d’Ansouis, le dernier de la dynastie qui vécut dans cet hôtel, fut assassiné par un fanatique, dans son parc à Ansouis où il se promenait, avec sa femme, dans la soirée du vendredi 16 septembre 1796. "L’assassin lui tira à bout portant un coup de fusil qui ne le tua pas sur le champ, dit Roux-Alphéran ; il l’acheva à coups de baïonnette et de crosse de fusil. Madame d’Ansouis ayant voulu appeler du secours, le même homme lui porta plusieurs coups dont elle fut blessée assez dangereusement, après quoi il s’enfuit. Ayant été arrêté, il avoua n’avoir commis ce crime que pour se défaire d’un ci-devant noble et d’un royaliste. Ceux qui l’arrêtèrent étaient des jeunes gens d’Aix qui fuyaient eux-mêmes dans les campagnes, poursuivis qu’ils étaient alors comme royalistes. Ils voulaient le conduire à Apt pour le remettre entre les mains de la justice ; mais craignant qu’il ne fût acquitté et rendu à la liberté attendu qu’il n’avait que tué un noble, ils le tuèrent à leur tour et le laissèrent mort sur le chemin. Telles étaient à cette époque l’exaltation et la morale des partis. Le baron d’Ansouis avait perdu, trois ans auparavant son fils aîné, immolé révolutionnairement à Lyon."
(9) Histoire des grands officiers de la couronne de France, par le P. Anselme, tome II, Paris, Loyson, 1674, in-4°.
(10) Anselme était commandant d'infanterie. Il accorda son soutien au maréchal de Bellegarde qui tenta de s'affranchir de l'autorité royale dans son marquisat de Saluces. Il mourut empoisonné en 1579 et Anselme dut fuir vers Avignon. Il tenta de s'entendre avec un médiateur du roi, Henri d'Angoulême, gouverneur de Provence, pour être disculpé des soupçons qui pesaient sur lui. Ce dernier l'attira à Aix où il fut arrêté, dans l'actuelle rue d'Italie, par le colonel Alphonse Ornano, assisté du viguier et des consuls. Anselme fut enfermé au Château-d'If où un surnommé le Picard, valet de chambre d'Henri d'Angoulême, chargea un forçat turc de l'étrangler. Le corps fut jeté dans le vide et l'on clama qu'Anselme avait tenté de s'évader. C'est ainsi que l'on se débarassait des opposants…
(11) Ramus a laissé son nom à une place dans la ville comtale.
(12)
Foulque Sobolis, procureur au siège d'Aix relate le drame dans un journal manuscrit: " Le dimanche 29 octobre (1600) matin, environ une heure après minuit, le grand logis de M. des Pennes, qui était au chemin allant à Marseille est tout tombé hormis les murailles-maîtresses, et a tué gens et bestes, environ vingt-cinq ou trente, tant gens de qualité que muletiers, et n’est échappé que Maurel, sergent, fort blessé ; Olivier, mort et autres. La cause est advenue par le moyen de la tempeste et foudre qu’est tombée du ciel audit logis. Lesdits gens allaient à Marseille à la venue de la reyne."
(13) Bret père, Bret fils, des Galois de la Tour père et des Galois de la Tour fils. Ils étaient aussi successivement premiers présidents du parlement.

Photographies :

  1. Rue Frédéric-Mistral. © 2002 Jean Marie Desbois.
  2. La place des Quatre-Dauphins au XIXe siècle (Lithographie, D.R.)
  3. La place des Quatre-Dauphins aujourd'hui © 2002 Jean Marie Desbois.
  4. Façade de l'hôtel de Caumont. © 2002 Jean Marie Desbois.

Vol d'un ballon aérostatique (Aix-en-Provence, 31 mai 1784)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote FF95, fo. 145.

(25 mai 1784) (1)
Bureau de police du 25 mai 1784 pour le bon ordre et pour le maintien de la sûreté publique le 31 mai, jour de l'expérience du balon aérostatique.

M. Bouteille, procureur du roi, en la juridiction de la police, a représenté au bureau que le grand concours qu'excitera le 31 mai au matin l'expérience du balon aérostatique, soit dans les avenues des casernes, soit aux environs (2), exige que l'on prenne quelques précautions pour mettre la foule en sûreté et pour deffendre les propriétaires qui sont autour des casernes, et qui pourroient être endommagés.
Requiers en conséquence, primo qu'inhibitions et deffenses seront faites à tous cochers, postillons et voituriers de conduire aucun cabriolets, carrosses et voitures quelconque hors de la porte Saint-Jean (3)
, ni dans le cours Sainte-Anne (4).
2° qu'inhibitions et deffenses seront faites à toutes personnes de paroitre à cheval dans led. cours, sauf à celles qui voudront suivre le ballon à cheval de faire conduire leurs chevaux avant huit heures du matin en dela le cours Sainte-Anne et de ne les y faire repasser qu'une heure après que le ballon sera élevé.
3° qu'inhibitions et deffenses seront faites à tous porteurs de chaises de porter qui que ce soit en chaise dans led. cours sans une permission expresse et par écrit qui ne sera accordée qu'aux personnes infirmes et âgées, et qu'ils seront tenus d'exhiber et de remettre à la petite porte des casernes par où lesd. personnes seront admises.
4° qu'inhibitions et defenses seront faites à toutes personnes de monter sur les murailles ou sur les arbres du cimetière de la Magdeleine (5)
, du cours St-Pierre (6), du cours des casernes (7), des casernes et autres aux environs, à peine de trois livres d'amande et des prisons.

Le bureau pourvoyant à la réquisition du procureur du roi a ordoné et ordone:
I° qu'aucuns carrosses, cabriolets ou voitures, soit de louage, soit de maison, ne pourra sortir de la porte Saint-Jean le 31 mai au matin ni entrer dans le cours Ste Anne à deux heures après dîné.
II° inhibitions et deffenses sont faites à toutes personnes de paroitre à cheval dans led. cours, sauf à celles qui voudront monter à cheval, faire conduire leurs chevaux avant huit heures du matin au delà du cours Ste Anne et de ne les y faire repasser qu'une heure après que le balon aura été élevé.
3° inhibitions et deffenses sont faites à tous porteurs de chaise de porter aucune personne dans le cours Ste Anne sans une permission expresse et par écrit.
4° inhibitions et deffenses sont faites à toutes personnes de monter sur les murailles des casernes, du cours St Pierre, du cimetière de la Magdeleine, et autres aux environs, ou sur les arbres du cours Ste Anne, du cours St Pierre et de la ville à peine de trois livres d'amande et de prison, et sera la présente ordonance imprimée pour etre lue, publiée et affichée partout où besoin sera.

Fait au bureau de police led. jour 25 mai 1784.

(1) Le texte qui suit retrace les préparatifs de police concernant une expérience aérostatique prévue pour le 31 mai 1784, lundi de Pentecôte. L'historien Roux-Alphéran écrit: "Toute la ville voulut y assister; mais un crime inouï, qui avait été commis la nuit d'auparavant, avait répandu la consternation et le deuil... en sorte qu'un spectacle, si nouveau pour tous, ne fut en réalité qu'un bien petit divertissement pour la masse des curieux." Ce crime était l'assassinat de madame d'Entrecasteaux.
(2) L'expérience a finalement eu lieu dans la cour de la caserne. Une brochure parue à Aix la même année rapporta l'événement.
(3) Portait aussi le nom de porte d'Italie. Cette porte se dressait au débouché de la rue d'Italie sur le boulevard.
(4) Actuel cours Gambetta. Là se trouvaient les casernes, dont les bâtiments existent toujours. La caserne Forbin fut construite en 1727.
(5) Le cimetière de la Magdeleine porte aujourd'hui le nom de cimetière Saint-Pierre.

(6) Il pourrait s'agir de l'actuelle traverse Saint-Pierre.

(7) Le cours Sainte-Anne, aujourd'hui appelé cours Gambetta.

Photographie : Le cours Sainte-Anne. DR.

Le village d'Ongles (Alpes-de-Haute-Provence)

Le territoire de la commune d'Ongles comprend huit hameaux: les Valettes, la Rouvière, le Rocher d'Ongles, les Granges, les Verdets, Saint-Sargues, Bouiron et Ganas. Le chef-lieu se trouve être l'ancien hameau dit de la Fontaine, portant aujourd'hui le nom d'Ongles. Jusqu'à l'entre-deux-guerres, un hameau supplémentaire était comptabilisé dans le territoire d'Ongles, il s'agissait du hameau de Vière, dont l'église Saint-Barthélemy (ou plutôt ses ruines) surplombe aujourd'hui le village d'Ongles. C'est sur cette colline que se trouve le village primitif d'Ongles, cité en 1073 sous le nom Ungula. A cette époque, le bourg se trouve dans une enceinte et est désigné par le terme de "castrum".

On peut s'étonner de voir l'église Saint-Barthélemy occuper une place si centrale dans le castrum, reléguant le château au second plan en un emplacement moins stratégique. Cela est d'autant plus étonnant que le castrum est à vocation militaire et aucunement religieuse.
Jusqu'au Moyen Age, Ongles se trouve être la limite nord d'une zone habitée, le triangle formé par Ongles, Lardiers et Banon est en effet alors pratiquement désert. Il faudra attendre le XIVe siècle pour voir des ordres religieux, tenanciers des basses terres, donner une impulsion au mouvement démographique. Dès lors, la population va progressivement et lentement descendre de Vière et coloniser les terres aux pieds de la colline.
En 1669, un nouveau château est construit, cette fois-ci au hameau de la Fontaine (actuel Ongles), marquant de façon inéluctable le déclin de Vière. Le village sur la colline demeure pourtant le centre du pouvoir religieux grâce à l'influence prépondérante de l'église Saint-Barthélemy, sans rivale dans tout le terroir. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que le hameau de Vière sera définitivement abandonné et l'église en 1940.

Noms les plus fréquents à Ongles.

Bardouin, Bernard, Bonfils, Bonnefoy, Giraud, Gondran, Jarjaye, Latil, Laugier, Martin, Meyronne, Peyre, Rouchon, Turin, Verdet (1), Vial.

(1) Les familles de Verdet ont donné leur nom au hameau des Verdets (voir plus bas).

Les hameaux d'Ongles au XVIIIe siècle.


Le vieux village (Vière).
(voir) "Seule, la croix, (...) calvaire érigé pour conjurer les antiques fléaux, peut-être la peste de 1593 ou celle (...) de 1720, défend l'entrée du village et accueille nos visiteurs. (...) Les rues ne sont point pavées. Elles ont gardé leur aspect campagnard et sont envahies de touffes d'herbe, sillonnées d'ornières et de fossés. (...) Aucune fontaine publique."(1)
Les Valettes. "Le hameau des Valettes a conservé son aspect défensif: ces bâtiments-relarguiers qui le composent sont soutenus par des contreforts et surmontés de pigeonniers qui les font ressembler à des tours."(2)

La Rouvière (ou les Rouvières). "Le quartier des Rouvières est isolé, solitaire, seulement atteint par un mauvais chemin de traverse. (...) Une majorité de masures rudimentaires abritant des familles de travailleurs souvent privées de leur chefs."(3)

Les Verdets et le Lauvas. "Le hameau des Verdets s'est formé autour de la "maison dite du château", château renaissance qui fit sans doute les frais des guerres de religion. (...) L'histoire de ce hameau est indissociable du protestantisme à Ongles. (...) Ongles fut le siège d'un consistoire, au sein duquel la communauté Verdet dut jouer pleinement son rôle."(4)

La Fontaine (actuel village d'Ongles). "Le hameau tire son nom de l'unique fontaine que possède le village. Depuis la construction du château au XVIIe siècle, le hameau de la Fontaine est devenu le centre politique (...), le centre judiciaire (...), le coeur de la paroisse, avec la résidence du prieur-curé et du prêtre secondaire, le centre de commerce."(5)

Saint-Sargues. "La montagne de Lure, qu'on appelle tout simplement "la Montagne" à Ongles, semble tapie derrière les [Saint-Sargues]. (...) C'est un lieu hostile, encore peuplé de loups. On en rencontrera jusque vers 1850."(6)

Bouiron. "Ce hameau est l'un des plus anciens d'Ongles(7)
. C'est à Bouiron que l'on trouve encore un cardeur à laine et un tisseur à toile, ce qui laisse supposer un foyer d'artisanat très ancien."(8)
Ganas. "On [y] a trouvé de nombreuses fondations d'édifices ou de maisons, des débris d'aqueducs, des trous de 60 cm environ de diamètre (...), des monnaies romaines et un vaste ossuaire à l'endroit où s'élève le presbytère."(9)

La Bastié (aujourd'hui le Rocher-d'Ongles). "En 1575, pendant les guerres de religion, les troupes du baron de Consonoves occupèrent le village et s'y retranchèrent. De là, elles menaient rapine et incursions dans le terroir et contre la ville de Forcalquier."(10)

(1) "Ongles au..." (voir titre complet ci-dessous), p. 22.
(2) Ibid., p. 45.
(3) Ibid., p. 66.
(4) Ibid., p. 82.
(5) Ibid., p. 101.
(6) Ibid., p. 157.
(7) Il est fait mention d'un village dit Berron, vers la base du Coulet Bas, sur une charte de l'année 1266. (D'après Louis Pelloux.)
(8) Ibid., p. 175.

(9) Louis Pelloux, "Notices géographiques et historiques sur les communes du canton de Saint-Etienne-les-Orgues", 1887, p. 35.
(10) "Ongles au...", p. 189.


Bibliographie

"Ongles au XVIIIe siècle - La maison de nos grands-mères", André Lombard & Mariette Mathieu, Alpes de Lumière, Mane, 2000. Broché, 240 pages.

L'espion de Ténériffe (Aix-en-Provence 19 novembre 1812)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote I4-1, pièce n°261.

(19 novembre 1812)
Sous-préfecture d'Aix, Bouches-du-Rhône à M. le Maire d'Aix(1).

Aix, le 19 9bre 1812.

Je vous transmets, monsieur, le signalement d'un mulâtre, natif de Ténériffe, nommé Don Diego Correa, et qui prend aussi le nom de Gorballan. Cet homme, qui étoit dans les États-Unis au mois de juin dernier, a été signalé à la police générale comme étant chargé par la junte de Cadix de se rendre en France pour y commettre le plus exécrable attentat.
Je vous invite à prendre sur le champ toutes les mesures convenables pour que cet individu soit arrêté s'il se trouvoit dans votre commune ou s'il venoit à y paroitre; vous aurez soin de m'informer du résultat des mesures que vous aurez prises.
J'ai l'honneur de vous saluer.

Le secrét. en chef
[Moutet]

Signalement:
Agé d'environ 40 à 45 ans, taille d'environ 5 pieds 5 pouces(2), ouvrier en orfèvrerie.


(1) Jean Baptiste Paul Gras, maire d'Aix.
(2) 1,76 m.

Tentative de meurtre contre Marie Silvestre (22 novembre 1802)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote I1-1, fo. 3-5.

(22 novembre 1802)
Ce jourd'huy premier frimaire an onze de la république française
(1) nous comm[issaire]s de police instruits qu'un assassinat venoit d'être commis au milieu de la rue dite du petit Bethelem(2), nous nous sommes rendus sur le champ à trois heures de relevée(3) à l'endroit où le délit venoit d'être commis, ce qui nous a été indiqué par une trace considérable de sang empr[e]inte sur le pavé. N'ayant trouvé personne audit endroit, il nous a été dit que la femme assassinée nommée Marie Silvestre avoit été transportée dans la maison de son père entre onze heures et une heure et que son mary, auteur de l'assassinat, avoit été arrêté par des passants et conduit à l'hospice(4) attendu qu'après avoir frappé sa femme, il s'étoit frappé luy même de plusieurs coups du même instrument.
D'après les renseignements, nous nous sommes rendus de suite dans la maison dudit Silvestre où nous avons effectivement trouvé Marie Silvestre, épouse Aubry, étendue sur un lit, couverte de sang et percée de plusieurs coups d'estilet ou autre instrument pointu. Après avoir requis de C[itoy]en Arnaud, officier de santé, de constater dans un rapport l'état des blessures de cette c[itoy]enne, nous étant approché de son lit et, engagée de nous raconter l'événement dont elle venoit d'être la victime, cette femme ayant recueilli le peu de force qu'il luy restoit nous a déclaré qu'aujourd'huy premier frimaire, sur les trois heures de relevée environ, venant de savonner à la fontaine ditte de Notre-Dame(5) et se rendant avec sa corbeille dans la maison de son père où elle demeure depuis que son mary, par des traitements affreux, l'a obligée de se réfugier, et passant dans la rue du petit Bethelem, elle a été accostée par F[ranç]ois Aubry, son mary, qui, selon sa coutume, l'a abordée en la sottisant et, comme la déclarante redoublait de pas pour plutôt(6) quitter cette rue isolée, son dit mary, qui avoit [2 mots non lisibles], s'est précipité sur elle et, en la poussant rudement, l'a renversée par terre et percée de plusieurs coups.
Comme du sang de sa plaie ruisselet(7), son mary, sans doute la croyant morte, s'est donné plusieurs coups du même instrument dont il s'étoit servy pour la frapper; c'est [ce] qu'elle déclare avoir eu la présence d'esprit de voir, quoi que dans un état bien effrayé, nous déclarant que plusieurs personnes étant survenu ont saisy son mary, luy ont ôté l'instrument des mains et l'ont conduit à l'hôpital, que, quant à elle, elle s'est traînée jusque dans la rue du Bon Pasteur, c'est à dire environ cent pas de là et que, se trouvant mal, la c[itoy]enne Guiet[un mot non lisible], attendu que son mary, pendant tout le temps qu'il avoit [un mot non lisible] avec luy, n'a jamais cessé de la maltraiter quoique sa conduite fut irréprochable, que, ne pouvant plus tenir à sa conduite à son égard, elle avoit été obligée, après s'être réfugiée dans la maison de son père, de faire instruire une information en divorce, n'ayant que cette loi qui puisse mettre ses jours en sûreté.
Nous nous sommes de là portés à l'hospice civil où l'on nous avoit dit que le dit Aubry avoit été porté et, parvenus au lit où il avoit été placé, après avoir requis de c[itoy]en Arnaud, off. de santé, de constater dans un rapport l'état de quelques légères blessures dont nous l'avons trouvé frappé, nous luy avons demandé son nom, prénom et profession, lieu de naissance et domicile. Celuy-ci nous a déclaré s'appeler F[ranç]ois Aubry, tailleur originaire de Fougerel(8), département de la Haute-Saône, domicilié à Aix depuis quatorze ans et marié depuis environ cinq [ans] avec Marie Silvestre. A luy demandé s'il n'est pas vrai qu'aujourd'huy vers les trois heures de relevée, il se soit trouvé dans la rue du petit Bethelem, qu'il ayt rencontré sa femme et qu'après l'avoir insultée, il ay percé de plusieurs coups d'un instrument pointu et qu'il se soit ensuite percé luy même de plusieurs coups de cet instrument, celuy cy nous a répondu qu'il ne peut être l'auteur de ce délit puisque, à cette heure, il se trouvoit au cabaret de la nommée Pascalle
l'a accompagnée jusque dans la maison de son père, nous disant que le malheur qui venoit de luy arriver étoit toujours celuy qu'il avoit toujours (9) au faubourg (10) avouant que, se trouvant pris de vin, il ne se rappelle point à quelle heure il en est sorty, au surplus, depuis la demande de sa femme en divorce, il se sent la tête troublée, ne sçachant souvent ce qu'il fait. On luy présente l'instrument qu'on luy a arraché des mains après le délit. Il nous a déclaré que cet instrument avoit été dans sa maison, mais que sa femme l'avoit emprunté en se rendant chez son père.
Après avoir placé une sentinelle au pied du lit de F[ranç]ois Aubry et avoir pris dans sa poche un portefeuille drap contenant trente-neuf sols et demy monnaie de cuivre, une copie d'assignation en divorce de la part de Marie Silvestre, sa femme, une minute de réponse à cette assignation signée dudit Aubry, une clef qu'il nous a dit être celle de sa chambre et une autre petite clef et une paire de [un mot non lisible], nous nous sommes retirés et avons dressé le présent procès-verbal pour être par nous envoyé au magistrat de sûreté, auquel nous faisons parvenir non seulement tous les effets cy dessus détaillés, mais encore l'instrument pointu qui nous a été arraché des mains dudit Aubry et qu'un gendarme appelé Cazarau nous a remis dans la maison de Marie Silvestre, femme Aubry, où nous l'avons trouvé lors de notre audit, disant qu'un des témoins de l'événement appelé Gautier le luy avoit remis au moment qu'il avoit accouru à l'endroit même où il s'étoit passé et nous avons signé la ditte Marie Silvestre et F[ranç]ois Aubry déclarant ne le pouvoir, ainsi que les deux rapports de l'officier de santé.


(1) Soit le 22 novembre 1802.
(2) Le nom de cette rue n'est pas très clair. Je n'ai pas trouvé trace d'une rue Bethelem (ou peut-être Bethléhem). D'après le contexte, elle semble se situer dans le bourg Saint-Sauveur. Il pourrait s'agir de la rue des Nobles.
(3) Trois heures de l'après-midi (15 h).

(4) L'hôpital.
(5) Cette fontaine se trouve en haut de l'actuelle rue Jacques-de-la-Roque.

(6) Lire "plus tôt".
(7) Ruisselait.

(8) Il s'agit de Fougerolles, département de la Haute-Saône (70), entre Luxeuil-les-Bains et Remiremont (Vosges).
(9) Lire "Pascal". Les patronymes sont souvent accordés au féminin en Provence.
(10) Nom au donné à l'ancienne ville des Tours, quartier situé à l'ouest de l'actuel cours Sextius.

Liste des curés de Puyricard de 1797 à 1901

Ci-contre, inscription dans l'église de Puyricard © J. M. Desbois, 2002.
  • Antoine Joachim GIRARD (1797-1815)

  • Victor BOUCHARD (1816-1821)

  • Henri RONDON (1821-1837)

  • Joseph ROUSTAN (1837-1848)

  • Hypolite GAUTHIER (1848-1867)

  • Joseph Marius ROUX (1867-1876)

  • Joseph Marius BUREL (1876-1901)

samedi 20 janvier 2007

Le pendu possédé (Aix-en-Provence, 12 janvier 1614)


  • Sources : Histoire nouvelle, merveilleuse et espouvantable d'un jeune homme d'Aix-en-Provence, emporté par le Diable et pendu à un amandier, pour avoir impiement blasphémé le sainct nom de Dieu & méprisé la saincte messe, deux siens compagnons estant demeurez sans aucun mal (arrivé le douziesme ianvier de la présente année mil six cents quatorze), Paris, 1614.

(12 janvier 1614)
Ils se prindrent un matin trois de compagnie & d'assez bon lieu lesquels desirans de desieuner ensemble, s'en vont en un logis, où ils demanderent à l'hostesse si elle auoit de quoy leur donner, qui leur respond qu'il y auoit assez. Là dessus, deux se disent l'un à l'autre qu'il falloit premierement aller à la messe, tandis qu'elle prepareroit la table, & qu'ils auoient assez de temps.
Le troisiesme se roidit là dessus, & commence à dire qu'il n'auoit que faire de messe, qu'il aymoit mieux un bon disner, & qu'il luy feroit plus de profit. Puis à mesure que sa manie s'augmentoit, possédé par les furies, & touché de l'esprit malin, il commence à vomir d'execrables blasphemes contre Dieu, contre la saincte Messe, & contre ses compagnons, voyant qu'ils ne vouloient pas symboliser à sa gourmandise.
(...) Pour cela, il demeure roidy en son impieté: ses compagnons s'en vont à la Messe (...).
Voicy donc, comment cestuy-cy ne songe qu'à se saouler, & encore au lieu de prendre ces viandes auec actions de graces, il les prend auec desdain; et au lieu de benedictions, il vse de blasphemes: en sorte que l'hostesse mesme en estoit toute effarouchée, & apprehendoit d'ouïr ces scandaleux despitemens, et horribles execrations, ayant tasché par plusieurs fois de le mettre dehors; & lors qu'on le vouloit remonstrer, l'exhortant de cesser ces blasphemes, il s'efforçoit dauantage de pousser les venins de la furie dehors, ne voyant pas que son péché estoit au comble de sa malice, & qu'il falloit que cestuy-là luy amenast la punition de tous les autres.
Ses compagnons reuenus de la Messe, le trouuant à table, faisant bonne chere, se mettent aupres de luy: mais, ô spectacle rigoureux & espouuentable: ainsi qu'ils estoient assis à table, beuuans à hausse-goubelet, & luy tousiours grommelant contre les autres de ce qu'ils l'auoient tant fait attendre, & les appellant bigots & hypocrites, voilà qu'en la présence des autres deux, le Diable entrant furieusement dans la chambre, le hape par les cheueux, luy deschire tous ses habits, le froisse contre la fenestre; & l'enleuant en l'air, l'emporte à leur veuë, & les laisse là remplis d'estonnement & de crainte.
(...) Ceux-cy bien estonnez, & remplis de crainte, s'en vont tristes & ombragez de douleur, porter la triste nouuelle à son pere, de ce qui estoit arriué; luy disant, que pour eux ils ne pouuoient iuger ce qu'il pouuoit estre deuenu, sinon qu'ils l'auoient veu passer par la fenestre, avec des cris & hurlements espouuentables, qu'il s'en alloit par l'air du costé de la mer, & qu'autre chose n'en pouuoient-ils dire.
Le pere bien desolé, ayant ouy toute ceste histoire, fait chercher son fils de tous costez, & n'en peut trouuer aucune nouuelles, iusques au bout de quelques iours apres, que des bergers (sans y penser, gardans leurs troupeaux aux champs) trouuerent le corps pendu en un Amandier, à vn quart de lieuë de la ville, tout noir & desfiguré, tellement qu'à peine pouuoit-on recognoistre; d'où il fut pris & ietté à la voirie.


Deux morts dans la cuve (Aix-en-Provence, 29 octobre 1850)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote I1, art. 14, n° 18.

(29 octobre 1850)
L'an mil huit cent cinquante et le vingt neuf octobre à neuf heures du matin, devant nous Jean Baptiste Dayre, commissaire de police de la ville d'Aix se sont présentés en notre domicile situé rue du Séminaire, n° 17, à Aix, deux prêtres de la maison Ste Croix, lesquels nous ont déclarés que deux individus étaient morts dans leur cuve, asphyxiés par le défaut d'air respirable. Nous étant transportés ce matin à dix heures à la campagne St Charles, quartier de Malouesse, où, étant, nous avons vu deux cadavres gisant sur des bancs et ne donnant plus signe de vie.
Ayant alors voulu prendre connaissance de ce qui venait de se passer, le sieur Brémond Simon, témoin de l'affaire, domicilié à Ste Croix, nous a fait la déclaration suivante.

"Ce matin vers les sept heures, nous disposant, les hommes de peine et moi, d'aller chercher un reste de grappes qui était dans la cuve, avons enlevé le couvercle et le sieur Anglade, croyant qu'il n'y avait rien à craindre, a descendu dans la cuve où nous avons aussi introduit une corde qui a été tirée par lui instantanément. Voyant cela, nous lui avons crié de se tenir à la corde, que nous allions le remonter. Ces paroles dites à peine, nous l'avons vu tomber à la renverse.
"Pascal Couton, voyant son camarade tomber, descend pour lui porter secours mais, à peine y est-il descendu que lui aussi tombe asphyxié. Voyant cela, nous avons fait de suite du vent avec un linge pour tâcher de leur donner de l'air, mais c'était trop tard, cependant continuant toujours de faire du vent.
"Le nommé Alcibiade est descendu dans la cuve, a trouvé deux cadavres et, à l'aide d'une corde, avons monté les dits cadavres que nous avons placés sur des bancs en attendant le commissaire de police."

Suivent les noms des asphyxiés:
Anglade Jean Pierre, teinturier, né à Saint Michel, canton de Cazères, arrondissement de Muret (Haute-Garonne) le deux janvier mil huit cent quinze, domicilié à la campagne St Charles, quartier de Malouesse, et Couton Pascal Joseph, cultivateur, né à Châteauneuf le Rouge, canton de Trest (Bouches-du-Rhône) le 31 Xbre 1829 (1) et domicilié à la campagne Armieux, quartier de Malouesse.

De tout ce dessus, avons rédigé et clos le présent procès-verbal pour servir et valoir ce que de droit et avons signé.


(1) 31 décembre 1829.

Agression d'un employé à l'octroi (Aix-en-Provence, 21 octobre 1850)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote I1, pièce 14, art. 11.

(21 octobre 1850)
L'an mil huit cent cinquante et le vingt deux octobre à dix heures du matin, devant nous Jean Baptiste Dayre, commissaire de police de la ville d'Aix, s'est présenté le n[omm]é Freggiati Ortoli Jean Toussaint, préposé surveillant, assermenté, de l'octroi de la commune d'Aix, lequel nous a requis de prendre la déclaration suivante:

"Hier au soir à dix heures, étant de service à la bascule faisant face à la rue de la Molle, et obligé de sortir de la guérite pour affaire de service, j'ai reçu en sortant un coup de pierre lancé par un individu qui fuyait et que j'ai reconnu pour être Mitre Henri sur qui j'ai fait feu, avec mon pistolet qui a raté.
"Aujourd'hui j'ai été avec ma belle-mère à la Rotonde où Mitre se tient ordinairement, afin de lui demander le motif de son attaque contre moi. L'ayant trouvé et lui ayant demandé, il m'a répondu: «Je ne sais ce que vous me dites, j'étais couché hier soir avec ma bonne amie.» Alors ma belle-mère lui ayant dit: «Retournez-vous, vous êtes connu, allez-vous-en à la campagne prendre votre vieille blouse que vous aviez hier au soir», «je ne vous connais pas», a-t-il ajouté. «Vous ne me connaissez pas, lui a dit ma belle-mère, je me ferai connaître».
"Sur ce il a poussé ma belle-mère et moi-même, ayant voulu intervenir de crainte qu'il ne la frappe. Il a sorti alors un couteau et, le tenant à la main en s'adressant à moi, il a prononcé les paroles suivantes: «Tu es bien heureux qu'il ne te soit pas arrivé autre chose».

En conséquence, comme le susdit Mitre est coupable de blessures avec préméditation contre un préposé d'octroi assermenté dans l'exercice de ses fonctions, nous avons dû le faire déposer à la maison d'arrêt pour y être gardé à la disposition de M. le Procureur de la République.

De tout ce dessus, nous avons dressé le présent procès verbal pour servir et valoir ce que de droit.

Chants séditieux (Aix-en-Provence, 20 octobre 1850)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote I1, pièce 14, art. 10.

(20 octobre 1850)
L'an mil huit cent cinquante et le vingt un octobre à trois heures de relevée, nous Jean Baptiste Dayre, commissaire de police, rapportons ce qui suit.

Hier au soir, sortant du théâtre à onze et demie avec M. Nicolas, notre collègue, accompagnés tous les deux par les agents de police et sergents de ville, nous avons entendu étant dans la rue Pont Moreau des chanteurs venant de la rue du Collège et chantant: "Aux armes, courons à la frontière, nous mettrons au bout de nos fusils les Changarnier, les Radeski, le Président, le Pape aussi".
Arrivés presque sur la place des Prêcheurs et continuant toujours de chanter, nous nous sommes mis à leur poursuite et nous en avons attrapé deux sur six ou sept qu'ils étaient. Conduits à la mairie, nous les avons déposés au violon en attendant de connaître les autres.
Les individus déposés au violon se nomment Arnaud Noël, cultivateur, âgé de 19 ans, et Baumas François, meunier, âgé de 35 ans.
Les autres, d'après un avertissement, se sont rendus au bureau conduits par M. Camoin, leur maître, et ont dit se nommer 1° Baptistin Bourely, 2° Long Jean Baptiste et 3° Gabriel Blanc.
Le nommé Blanc Joseph, âgé de 27 ans, domicilié à St Cannat, d'après le témoignage des susdits y était aussi; c'est le frère de Gabriel Blanc.

Comme les susdits ont chanté des chansons séditieuses, nous avons dû les faire déposer à la maison d'arrêt de cette ville pour y être gardés à la disposition de M. le procureur de la République.

De tout ce dessus, nous avons rédigé le présent procès verbal pour servir et valoir ce que de droit.

Déguisements nocturnes (Aix-en-Provence, 6 décembre 1802)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote I4, pièce 3.

Aix le 15 frimaire an 11 de la République française

Le Sous-Préfet du 2me arrondissement communal des Bouches-du-Rhône,
Au citoyen Alexis, adjoint au Maire d'Aix, remplissant ses fonctions, en absence.

Je suis informé, Citoyen, que depuis quelque tems, des perturbateurs se sont avisés de courir les rues de la ville pendant la nuit sous divers déguisements. Ces désordres ne peuvent que favoriser le vol et la filouterie, ou au moins effrayer les citoyens paisibles et entretenir dans l'esprit du peuple des idées superstitieuses. Il est étonnant que vos commissaires de police ne soient point parvenus à les faire cesser dès leur naissance. Je vous invite à leur donner l'ordre le plus formel à cet égard en les tenant responsables de la continuation de ces désordres s'ils se renouvelaient encore.

J'ai l'honneur de vous saluer.

[LAMBERT]



Feu tardif (Aix-en-Provence, 21 août 1802)

  • Sources : Archives municipales d'Aix-en-Provence, cote I4, pièce 3.

(21 août 1802)
Aix le 3 fructidor an 10 de la République française, une et indivisible.

Les Commissaires de police de la commune d'Aix
Au citoyen Maire,

Nous devons vous informer, citoyen Maire, qu'un rassemblement de plus de six cents personnes a eu lieu hier à dix heures du soir vers la porte du cidevant temple des fêtes nationales. Ayant voulu prendre des informations sur les causes de ce rassemblement, un homme se disant le prieur de la paroisse nous a assuré qu'il vous avoit demandé la permission d'éclairer un feu sur la place des Prêcheurs et que, l'ayant obtenu, c'étoit l'occasion de ce feu qui opéroit ce rassemblement.
Permettez que nous vous observions, citoyen Maire, que sy on se permettoit sous prétexte de quelque fête particulière d'effectuer souvent des pareils rassemblements à une heure aussi indue, il seroit difficile de répondre de la tranquillitté publique. Lorsqu'on vous a demandé cette permission, l'on vous a laissé ignorer l'heure à laquelle on se proposait d'éclairer le feu car autrement nous sommes sûrs que pour le maintien de l'ordre vous auriez fixé cette heure.
L'amour de la tranquillitté et le serment que nous avons fait de la maintenir nous dictent ces observations et sous ce rapport nous sommes persuadés qu'elles ne vous parroittront pas hors de propos.

Nous vous saluons

[L. Méliard, Lantelme]

P. S. Nous devons vous instruire aussy que hier au soir au moment même où le feu bruloit, il s'est fait un vol d'environ trente louis chez un boulanger logé aux environs de la place du Palais.

[Lantelme]

Brève histoire de Reillanne

Reillanne, fondée avant l'ère chrétienne, apparaît sous le nom "Reglana" en 909. A l'origine, c'était une bourgade romaine, Alaunia, située dans la plaine qui, dévastée par les invasions barbares, se transporta à son emplacement actuel. Au Moyen Age, Reillanne se fortifia et un château fut construit. Elle devint ensuit un établissement templier, puis franciscain. Malgré la démolition du château, les guerres de Religion ne causèrent que peu de troubles. Reillanne bénéficia d'une administration consulaire dès le XIIIe siècle. En 1379, la seigneurie fut érigée en vicomte en faveur des d'Agoult. L'homme le plus célèbre de la commune fut Saint Mayeul, issu de la famille seigneuriale de Reillanne, quatrième des grands abbés de Cluny. Rattachée en 1846 à la commune du Bourget (village aujourd'hui abandonné et ruiné), Reillanne est située sur un site remarquable que l'on remarque en venant de Manosque.
Reillanne garde de son passé romain de nombreuses traces, parmi lesquelles des inscriptions gallo-romaines, une voie romaine et surtout, la superbe sépulture collective de Carluc située sur la route entre Reillanne et Céreste.
Du Moyen Age, on retiendra des restes de rempart ainsi que des portes fortifiées des
XIIe et XIIIe siècle. Voir aussi l'Église de l'Assomption en style lombard gothique, reconstruite au XVIe sur l'emplacement d'une chapelle de 1200. La belle chapelle Saint-Denis, quant à elle, datée du XVIIIe, fut reconstruite sur les ruines de la chapelle Saint-Pierre dont il reste quelques vestiges, telle une sculpture XIIe et un autel de marbre polychrome.
En flânant dans les quartiers anciens, vous verrez de belles maisons d'époque ornées d'escaliers monumentaux, des passages couverts, le quartier juif et ses maisons
XVIe, de jolies places, etc.
Enfin, avant de partir, n'oubliez pas de faire un tour dans le bois du Paty (à prononcer avec l'accent provençal, évidemment !), c'est là que j'ai passé toute mon enfance et ce bois restera pour moi à jamais la plus belle forêt de France !

  • Photographies : (c) Jean Marie Desbois, 2001

Brève histoire de Forcalquier

Fontcalquier (XIe siècle), Forchalquiar (XIVe siècle), Folcauquier, Focalquier (XVIe siècle). Viendrait de Forum Calcarium, en raison de son sol calcaire.

Forcalquier fut habitée depuis la plus haute Antiquité et constituait, grâce à sa butte, une place stratégique. L'expansion de la ville date du VIIe siècle. Au IXe siècle, un château y fut construit et Forcalquier devint à elle seule un petit État indépendant, dont l'apogée fut atteinte en 1209 à la suite du mariage d'Alphonse II, comte de Provence, et de Gersende de Sabran, comtesse de Forcalquier. Dès lors, la ville devint le lieu de résidence des comtes de Provence. Raimond Bérenger reste probablement la plus célèbre figure historique, tandis que ses quatre filles devinrent toutes reines.

Cette puissance politique fit aussi de Forcalquier, capitale de la Haute-Provence, un centre culturel et économique renommé dans toute l'Europe.
La guerre joua un grand rôle au fil des siècles et les troubles causés par Raymond de Turenne, seigneur des Baux, ne furent pas des moindres. Ajoutons à cela les terribles guerres de religion qui ravagèrent Forcalquier jusqu'en 1627, suivies d'une très grave épidémie de peste.

Le château fut rasé en 1601 sur ordre de Henri IV. Cet acte marque le début du déclin de la ville. Il convient tout de même de signaler que le XIXe siècle y fut faste aussi, car il abrita des figures restées célèbres, avec notamment Léon de Berluc Pérussis (1835-1902), grande figure provençale, juriste, historien et poète émérite, auteur entre autres d'un "Cant di Fourcauqueiren a Nostro-Damo de Prouvenço". L'avaient précédé le juriste éminent Hyacinthe Boniface (XVIIe) et le théologien Eymar (XVIIIe), disciple de Malebranche.

Si vous êtes de passage, visitez l'église Notre-Dame-de-l'Assomption, ancienne con-cathédrale du XIIe, l'église Saint-Pierre (XIVe), ruinée et surtout la chapelle Notre-Dame-de-Provence (XIXe), de style romano-byzantin, au sommet de la colline. La liste, bien entendu, n'est pas exhaustive et les monuments riches en histoire méritent une attention particulière.

Photographie : La porte des Cordeliers (XVe siècle). (c) Jean Marie Desbois, 2001.

Brève histoire d'Eyguières

Castrum de Aqueria au XIe siècle.
Située à l'extrémité nord-est de la plaine de la Crau, Eyguières existait avant l'arrivée des Romains et se trouve sur le passage de l'ancienne voie Aurélienne. On a retrouvé de cette époque des sépultures dans le vallon des Vignes, ainsi qu'une nécropole gallo-grecque au mont Menu. Comme son nom l'indique, Eyguières une cité d'eaux. Trois sources y jaillissent: la source de Font-Vieille, la source des Bormes et la source de Gilouse. C'est aussi un endroit où les marécages s'étendaient au Moyen Âge.
Dès le XIe siècle, la population s'est regroupée autour du castrum, situé au sommet d'un éperon rocheux et administré à partir du XIVe par la co-seigneurie des Baudinard, Cadenet et Lamanon.
Roquemartine, rattachée à Eyguières depuis 1805, était autrefois une paroisse et une seigneurie indépendante dominée par les d'Albe. Son castellas, d'une beauté hallucinante, date des XIIe et XIIIe siècles et rappelle le château des Baux, dont il n'a pourtant pas la notoriété.
Aujourd'hui, Eyguières garde le cachet d'un bourg médiéval dont le rempart se laisse encore admirer, avec une porte à herse. Sa devise provençale l'aigo fai veni pouli (litt. "l'eau rend beau") rappelle ce qu'elle doit à l'eau, qui en fait un village particulièrement verdoyant, en comparaison de ses voisins des Alpilles. Les cultures maraîchères et fruitières y tiennent une place importante; on y cultive aussi le melon et l'on y tire un vin AOC des coteaux d'Aix.
Depuis la Révolution française, Eyguières est chef-lieu de canton.

Photographie : (c) Jean Marie Desbois, 2002.

Les Chasseurs Alpins dans la Grande Guerre

Parcourue de tout temps, la montagne a pourtant été longtemps jugée impraticable aux armées. Néanmoins, c'est bien Hannibal qui, conduisant l'armée carthaginoise, traversa les Alpes avec ses éléphants en 218 avant J.-C.
En 1792, l'armée révolutionnaire envahit la Savoie et Nice et, plus tard, sous Napoléon, poussèrent jusqu'en Italie.

La naissance des troupes alpines. Les troupes de montagne furent institutionnalisées le 24 décembre 1888. Il s'agissait à l'époque de douze bataillons de chasseurs à pied qui constituèrent le socle de l'armée des Alpes.
Sept bataillons (les 11e, 12e, 13e, 14e, 22e, 28e et 30e BCA) relevaient du XIVe corps d'armée de Lyon, composé du Dauphiné, de la Savoie, du Briançonnais et de l'Ubaye). On ajouta par la suite un 13e groupe alpin en Haute-Maurienne. En 1893, sept bataillons alpins territoriaux complétèrent le tout.
Le plus vieux signe distinctif des troupes de montagne demeure le célèbre béret béarnais des chasseurs pyrénéens, la "tarte", adoptée en 1889. Il permet de se protéger du soleil, de la pluie et, comme le stipule même le cahier des charges : "Il faut pouvoir y glisser les deux pieds quand il fait froid au cantonnement." En outre, la tenue du Chasseur Alpin se caractérise en 1891 par la tunique à épaulette, qui remplace la vareuse-dolman de couleur bleu sombre. Une ceinture de laine de couleur bleue, la taillole, enserre la taille. Le pantalon gris de fer porte un liseré jonquille. De solides brodequins napolitains viennent chausser les pieds. Sur la semelle est gravée la lettre d'identification de la compagnie. Enfin, une ample pèlerine à capuchon complète le tout. Elle permet de s'envelopper dans le bivouac. Question armement, les chasseurs furent parmi les premiers à être dotés du nouveau fusil à répétition Lebel.
En temps de paix, l'armée est chargée d'ouvrir des routes en altitude. En 1891, c'est la route du col d'Allos qui est créée, suivie en 1898 de la route du col de Vars, jusqu'alors impraticable. En 1891 aussi, on ouvre le tunnel du Galibier, non loin du Monêtier-les-Bains, permettant la liaison entre Romanche et Maurienne.

La Grande Guerre commence. Le 23 mai 1915, l'Italie, se rangeant aux côtés de la France, permet l'utilisation des Chasseurs Alpins contre les Allemands sur le front nord-est. Mais dès le début de la Guerre, en fait, l'attitude bienveillante des autorités italiennes autorisait cela.
Dans les combats, les Alpins furent utilisés principalement comme troupes de choc pour rompre les lignes adverses. Des souvenirs de batailles terribles restent dans les mémoires, ainsi la Somme où, entre le 1er juillet et le 18 novembre 1916, tombèrent des milliers d'hommes. Avril 1917 se souviendra du dramatique Chemin des Dames où toute la 66e Division d'infanterie alpine et le 159e RIA de Briançon furent massacrés en pure perte.
D'autres Alpins perdirent la vie dans des combats restés moins célèbres. Mon arrière-grand-père, Fortuné Maurice Pierre Arduin, caporal au 140e BCA, classe 1905, était parti à la Guerre persuadé qu'il mourait dès la première bataille. Moments dramatiques d'une vie que l'on sait sur le point de s'achever. Le 20 novembre 1914, une balle mit fin à son existence près du village de Seicheprey, en Meurthe-et Moselle. Il avait 29 ans.

Les Vosges (1915-1916). L'heure de gloire des Alpins remonte à l'année 1915, avec les combats pour la possession de l'arête sommitale des Vosges, des combats d'une violence extrême. Les Alpins y furent engagés sous la forme de deux divisions bleues, les 47e et 66e DI, qui constituèrent ce que l'on nomma l'armée des Vosges.
Impressionnés par leur valeur, les Allemands les nommèrent les Schwarze Teufel, les "Diables bleus". Les troupes s'efforçaient chacune de prendre le contrôle de pitons dont le seul but était de maîtriser l'observation. De terribles combats eurent lieu pour la conquête de ces sommets anodins, comme la Tête des Faux, l'Hilsenfirst, le Braunkopf où le Hartmannswillerkopf (également connu sous le nom du "Vieil Armand") où, du 7 au 9 janvier 1916, les 7e et 47e BCA perdirent 1.500 hommes. Au total cette bataille vit la mort de 20.000 hommes. On citera aussi le Lingekopf qui reçut le nom de "tombeau des chasseurs".
De tels drames ne peuvent que faire penser à ces paroles de Guillaume Apollinaire (1880-1918):
Si je mourrais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour, ô Lou, ma bien-aimée,
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée,
Un bel obus semblable aux mimosas en fleurs.

C'est un Chasseur Alpin, Albert Severin Roche, qui fut nommé premier soldat de France à la fin de la Guerre. Le 27 novembre 1918, Foch apparut au balcon de la l'hôtel de ville de Strasbourg avec à ses côtés un humble soldat, le chasseur Roche, du 27e BCA qu'il présenta à la foule avec ces mots: "Alsaciens, je vous présente votre libérateur, le premier soldat de France !" L'homme reçut alors la croix de la Légion d'honneur des mains du commandant de l'armée des Vosges, le général de Maud'huy. Blessé neuf fois, le chasseur Roche fit à lui seul 1.180 prisonniers et détruisit tout seul un nid de mitrailleuses. Victime de sa modestie, personne ne songea en temps de guerre à lui donner du galon.

Photographies :
  1. Marche d'une compagnie de Chasseurs Alpins. DR.
  2. Fortuné Maurice Pierre Arduin, en uniforme de chasseur alpin, tombé au front le 20 novembre 1914. (c) Jean Marie Desbois, 2001.
  3. La bataille de l'Hartmannswillerkopf du 7 au 9 janvier 1916. DR.

vendredi 19 janvier 2007

Une histoire d'Aureille

Les étymologistes ne sont pas tous du même avis quant à la signification du nom "Aureille". Trois tendances se dégagent: La première veut que ce nom soit rattaché à la voie Aurélienne. Cette voie, pourtant, ne passe pas dans le village, mais bien plus au sud. Une deuxième hypothèse renvoie à une racine provençale "auro", liée au vent. La troisième, qui est la plus probable, a été émise par Charles Rostaing dans son dictionnaire de toponymie. Il voit dans Aureille le nom d'un propriétaire romain, Aurelius (1) . Or, il se trouve qu'une vieille famille arlésienne portait ce nom, ce qui tendrait à confirmer cette hypothèse.
Si le site d'Aureille fut habité depuis la plus haute Antiquité, les invasions germaniques l'ont totalement désertifiée à partir du Ve siècle. Dès le XIIe siècle, le peuplement reprend. L'église du village, Sancta Maria de Auricula, appartient au diocèse d'Arles. En 1224, un citoyen d'Arles, Bertrand Ybilion, propriétaire du castrum, le cède à la communauté d'Arles. Mais la ville d'Arles ne peut s'occuper d'un territoire aussi éloigné. Aureille est déserté.
Il faudra attendre le 31 mai 1604, pour voir le village reprendre vie. Louise d'Ancézune, dame de Saint-Chaumont, achète aux consuls d'Arles les trois quarts de la terre d'Aureille pour la somme de 23.820 écus. Cette femme, veuve de Christophe de Saint-Chaumont, premier baron du Lyonnais, possède une fortune considérable. "Parce que le terroir a été laissé il y a plus de deux cents ans inculte et désert, ladite dame de Saint-Chaumont desireroit y faire construire quelques maisons et le rendre fertile et bien cultivé." (2)
Et c'est ainsi que le village revient à la vie. Des colons viennent s'y établir, encouragés par les avantages fiscaux qui leur sont proposés. Entre 1608 et 1620, une vingtaine de familles s'implante à Aureille, à la tête desquels se trouvent Antoine Payan et Antoine Escarioly, habitants d'Eyguières. Ces familles habitent Eyguières mais sont originaires des Alpes (Gap, Sisteron, Barcelonnette, le Dauphiné, ou, plus près, la région d'Apt). Les terres incultes sont défrichées, on pratique l'élevage de chèvres et de brebis, le seigneur entretient des troupeaux de juments et de boeufs.
Une vie totalement accaparée par les travaux des champs en somme. En 1792, lorsque le Comité de Salut Public fait des reproches à la communauté d'Aureille pour ne pas lui avoir signalé de suspects, mettant en doute le civisme des habitants, la réponse faite par les Aureillois ne manque pas de faire sourire, montrant une population peu encline à faire le jeu des politiciens : "Notre communauté est d'une petite population, composée de gens uniquement occupés des travaux de la campagne. Toujours fermes dans les principes républicains, nous sommes prêts à les soutenir jusqu'au dernier soupir. N'ayant jamais eu de suspect parmi nous, nous ne sommes pas dans le cas d'envoyer aucun tableau relatif à ce sujet." (3)

(1) On trouve la forme "de Aurella" (provençal médiéval) dans des chartes du Moyen Age (Abbaye Saint-Victor de Marseille, XIIe siècle).
(2) Archives départementales du Vaucluse, E-191, chartrier des familles : Caderousse.
(3) Archives municipales d'Aureille.

Bibliographie

  • "Aureille", Françoise Arlot, coll. Le Temps Retrouvé, éd. Équinoxe, 1994.

  • "Renaissance et croissance d'un village entre Crau et Alpilles - Aureille au XVIIe siècle", Françoise Arlot, in Crau, Alpilles, Camargue, histoire et archéologie, Groupe Archéologique Arlésien, p. 175, Arles, 1997.

Photographie : Vue du village d'Aureille. © 2001 Jean Marie Desbois

jeudi 18 janvier 2007

Commentaires de l'abbé Constantin sur Vauvenargues (13)

Source: "Les paroisses du diocèse d'Aix, leurs souvenirs et leurs monuments. Paroisses de l'ancien diocèse d'Aix" par l'abbé M. Constantin, 1890.

Les commentaires qui suivent sont extraits du titre cité ci-dessus. L'abbé Constantin était vicaire à Saint-Rémy. Certains de ses commentaires sont sujets à caution, notamment ceux qui évoquent l'Antiquité, mais ils sont néanmoins un remarquable témoignage de cette fin de XIXe siècle. Leur division par thème est nouvelle et permet une meilleure lecture.

Romains et Salyens

"Le terroir de Vauvenargues a conservé un monument des deux paganismes, celtique et romain, qui ont précédé la vraie religion en notre pays ; une pierre levée(1), souvenir salyen, sur le plateau qui s'étend vers Peyrolles; les ruines d'un temple (delubrum) élevé à ses dieux par le peuple conquérant, et nommé encore le Délubre.
L'existence de ce temple, celle d'un castrum, et le nom même du titulaire, le protomartyr saint Étienne, assignant une haute antiquité à cette paroisse, probablement le IVe ou le Ve siècle."

(1) Énormes pierres en forme de table, posées sur un bloc, sépultures des grands chefs ou autels pour les sacrifices humains, souvent l'un et l'autre à la fois. Celle-ci a 1,30 m de large sur 8,80 m de long. Le bloc qui le contient a 1,70 m de haut et 2,60 m de circonférence.


Privilèges accordés
"En 1004, Blitger d'Éguilles, son frère Bernard, et le prêtre Pontius donnent à Saint-Victor l'église de Saint-Sulpice de Vauvenargues, dont l'emplacement nous est inconnu. La bulle de 1082 confirme au prévôt et aux chanoines de Saint-Sauveur l'église Saint-Étienne, de Vauvenargues. Dans la liste du reg[istre] Pergamenorum, ce pays est nommé "castrum de Valle veranica."
Lorsque, en 1206, Idefons II accorda aux Aixois le privilège de lignage et pâturage sur les terres comtales, cinq lieues à la ronde, les gens de Vauvenargues s'exemptèrent de cette servitude, en se réclamant de l'Église d'Aix dont ils dépendaient depuis un temps immémorial. Mais en 1275, l'archevêque Grimier, pour reconnaître "fidem quam (cives aquenses) habent et habuerunt Sanctae Ramanae Ecclesiae", accorda auxdits Aixois, sur les terres relevant de l'Église, les mêmes privilèges qu'Ildefons leur avait accordés sur les terres comtales. Et les gens de Vauvenargues, convaincus par leur propre déclaration, ne purent réclamer.
L'archevêque Vicedominis, ayant acquis en ce lieu le domaine de Beatrix d'Entrevènes, épouse du seigneur d'Agoult, en affecta les revenus au paiement de son anniversaire à Saint-Sauveur, 1265.
Les archevêques possédaient le droit de basse justice à Vauvenargues. Au XVe siècle, leur château seigneurial était en ruines depuis longtemps. D'après un inventaire de cette époque, copié sur un plus ancien (Arch. départ.), Olivier de Pennart céda au roi René son fief de Vauvenargues, ainsi que celui du Sambuc, que Rostang de Noves avait acquis. Il reçut en échange le jardin que le roi René possédait au midi de la ville métropolitaine, terrains sur lesquels Michel Mazarin bâtit le nouveau quartier Saint-Jean."

Saint Labre à Vauvenargues

"Peut-on compter saint Labre parmi les pèlerins de Notre-Dame de la Victoire? C'est probable, car on a la preuve de son passage à Vauvenargues.
A son arrivée, tout le monde était en émoi. On venait de rapporter à la maison le cadavre d'un jeune homme qui, dans une chute malheureuse, s'était tué sur le coup. La mère désespérée n'acceptait aucune consolation; presque folle, elle ne parlait que de se donner la mort. On avise ce mendiant à la figure vénérable, et on l'instruit de cette grande douleur. Rien n'est bon et compatissant comme le coeur des saints. Benoît Labre pénètre dans la maison désolée; il parle à la pauvre femme un langage céleste, lui communique un peu de cette soumission à la volonté divine qui procure aux âmes l'égalité et la paix. Il ne s'en va point qu'il n'ait réussi dans sa charitable entreprise et qu'il n'ait fait redire à la chrétienne revenue à elle-même la prière des résignés: "Mon Dieu, que votre volonté soit faite"."

La cure de Vauvenargues

"La cure de Vauvenargues, dépendant de l'archiprêtré d'Aix, était à la nomination du capiscol de Saint-Sauveur, prieur décimateur. La plus ancienne collation conservée aux archives départementales est celle faite à Antoine Garnier, en 1444. C'était un poste à secondaire. Le revenu du curé, non congruiste, était estimé 780 livres. Cette paroisse dépend maintenant de l'archiprêtré d'Aix et du doyenné de la Madeleine, 660 hab. en 1789, act[uellement] 350. Le bureau de charité, présidé par le curé, se tenait à la maison curiale.
L'église, romane, est celle mentionnée dans la bulle de 1082; l'abside paraît plus ancienne que le reste de l'édifice. Saint Sidoine, deuxième évêque d'Aix, a remplacé plus ou moins légalement saint Étienne comme titulaire, à la réouverture des églises."

Les chapelles rurales

"Saint-Lambert, au Sambuc, ancien prieuré à 90 livres de revenu, où le service dominical était fait par un vicaire de Jouques. En 1327, le Sambuc, "lieu fortifié et habité", appartenait aux dominicaines d'Aix, à qui il avait été légué par Charles II qui l'avait lui-même reçu à la mort d'Hugues des Baux.
N.-D. de Bon-Désir, au château d'Isoard, érigée au XVIIe siècle par Boniface de Séguiran et munie encore des vases sacrés dont il la dota. Il y avait la messe tous les jours, d'après l'État de 1728, dite par un chapelain qui recevait 60 écus et l'entretien. La dévotion au rosaire y florissait: "On y expose le Saint-Sacrement le premier dimanche d'octobre, et on y dit le rosaire toutes les fêtes et dimanches." Le moraliste Vauvenargues, le cardinal d'Isoard, et l'auditeur de rote d'Isoard, mort Rome 1847, ont habité le château.
N.-D. de la Victoire, sur le mont Sainte-Victoire. Cette ascension exige des jarrets solides et de larges poumons. Victor de Laprède, le poète chrétien, l'entreprit souvent :

Que de fois dans la nuit, fuyant tout camarade
J'ai de Sainte-Victoire accompli l'escalade !
(1)

Walter Scott l'avait précédé. Dans son roman historique d'Anne de Geierstein, il en a donné cette très exacte description: "A cinq ou six milles de la ville d'Aix s'élève une montagne de trois mille pieds(2), à la cime hardie et rocailleuse. Voyez là-haut ce monastère qui s'élève entre deux énormes rochers. Il n'y a de terrain plat que le défilé où le couvent de Sainte-Marie de la Victoire se trouve pour ainsi dire niché. Pour gravir la montagne, il faut la contourner et suivre un sentier étroit et escarpé, tantôt escaladant des rochers presque à pic, tantôt atteignant leur sommet par un long détour. On serpente à travers un bois de buis sauvage et d'autres arbustes aromatiques, pâture des chèvres, mais qui retarde beaucoup la marche du voyageur. L'heure s'écoule avant d'avoir atteint la cime du mont et de se trouver en face du singulier couvent. Sa sombre face répond à l'aspect sauvage des roches arides qui l'entourent partout, à l'exception d'un petit espace de terrain plus uni où les bons pères, à force de travail, étaient parvenus à se procurer la jouissance d'un jardin."

Notes

"1. Livre d'un père.
2. La croix est à 946 mètres, le pic de Saint-Serf* à 1011."

* Le pic de Saint-Serf porte aujourd'hui le nom de pic des Mouches (1011 mètres). (Note de J. M. Desbois)

samedi 13 janvier 2007

Evénements de la semaine du 29 décembre (Arles, 29 décembre 1856)

  • Sources : Archives municipales d'Arles, J3, liasse.

Rapport du 29 décembre 1856 au 5 janvier 1857

Crimes et délits : Le 3 du courant, arrestation des nommés MICHEL Auguste, âgé de 29 ans, menuisier, né à La Ciotat, ancien condamné soumis à la surveillance, en résidence à Arles, et de BERLANDIER Jean Baptiste, âgé de 34 ans, cultivateur, né et demeurant à Boulbon, comme prévenus de vol, ou de complicité de vol, commis dans plusieurs maisons de la ville et principalement chez un sieur MAROC où il a soustrait une certaine quantité de bijoux, s’élevant à la somme de huit cents francs environ.
D’après l’aveu de BERLANDIER, MICHEL Auguste avait cherché à recruter une bande pour tenter de commettre les méfaits.
Je crois qu’il est très heureux que ce dangereux et adroit voleur soit arrêté et mis à la disposition de la justice.

Ce matin, vers les deux heures et demi, accompagné de tous mes agents, j’ai opéré une descente dans une maison de la rue Giraud ou avait lieu un tripot, où dix-sept personnes de la classe assez inférieure de la ville s’étaient réunies pour jouer au bacara. Une somme de 163,15 F a été saisie, six jeux de cartes, ainsi que tout le mobilier renfermé dans la salle de jeu.
Le chef de cet établissement clandestin, qui est le nommé FROT Eugène, a été arrêté et mis à la disposition du parquet.

Faits et événements divers : Néant.

Spectacle : Très tranquille, a été terminé à minuit et demi.

Salubrité, éclairage : Assez satisfaisant.

Esprit public et situation politique : Aucun symptôme fâcheux ne se fait remarquer dans la population. néanmoins, la nouvelle produite par les journaux sur l’assassinat de Monseigneur l’Archevêque de Paris a produit une grande sensation dans la ville.

Service des agents de police : Très satisfaisant et je ne peux que me louer de leur service qui a été très pénible et très fatigant pendant cette huitaine.

Arles, le 5 janvier 1857

Le commissaire de police

Les curés de la vallée des Baux

Les Baux de Provence

  • - ISNARD (1256)
  • - Varrion THIERRY (1349)
  • - Pierre OSTAGE de VITROLLES (1370)
  • - Laurent SOLEIAT (1468)
  • - BOISSON (1570)
  • - BAUD (1650)
  • - Jean MATY (1660)
  • - Laurent REPOND (1701-1702)
  • - Jean-Baptiste TEYSSIER (1702-1749)
  • - CLER (1749-1768)
  • - ALEN (1768-1777)
  • - BARRACAN (1777-1782)
  • - MONTFORT (1782-1783)
  • - DÉJEAN du CABRIÈRES (vicaire, 1782-1783)
  • - BERTRAND (1783-1791)
  • - MEISSONNIER (vicaire, 1783-1791)
  • - VINCENT (1791-1792)
  • - ROUX (procuré, 1792)
  • - DATY (vicaire, 1792)
  • - JOUSSARD (1793)
  • - FOURNIER (1807-1817)
  • - AMPHOUX (1817-1821)
  • - CASAUX (1821-1827)
  • - SÉRIGNAN 51827-1837)
  • - CHARGROS (1837-1838)
  • - TORRECINTA (1838-1851)
  • - CORNILLON (1851-1853)
  • - CASTELLAS (1853-1856)
  • - DÉJEAN (1856-1859)
  • - JOURDAN (1859-1860)
  • - GRIAUT (1860-1863)
  • - DIONIS (1863-1869)
  • - NOUVEAU (1869-1872)
  • - GIRAUDON (1872-1875)
  • - CAMBE (1875-1881)
  • - DUFFOURT (1881-1884)
  • - JOURDAN (1884-1887)
  • - MICHEL (1887-1890)
  • - BOUCHET (1890-1892)
  • - GALLE (1892-1900)
  • - CASTERAN (1900-)
Mouriès
  • - de PIQUET, prieur, chanoine d'Arles, fondateur de la vicairie perpétuelle (1639)
  • - SALVAGNY (1664)
  • - BONNET (1700)
  • - SALON (29/03/1723-11/04/1723)
  • - BAUSSAN (avril 1723)
  • - BELLON (1743)
  • - DAUMAS (1756)
  • - PAILLOT (1761)
  • - MAUREAU (venu du Paradou lors de la suppression de la paroisse de Saint-Martin, 1761)
  • - VINCENT (1795)
  • - RIOUSSET (1802-1831)
  • - TISSERANT (1833-1848)
  • - de VERCLOS (1848-1852)
  • - DARBÈS (1852-1856)
  • - CARMAGNOLLE (1856-1865)
  • - BOURDIN (1865-1866)
  • - LANCENAY (1866-1869)
  • - AUBERT (1869-1873)
  • - MONTAGARD (1873-1876)
  • - PERRIN (1876-1900)
  • - BOURDET (1900-)
Maussane
  • - LAUGIER (27/09/1754-04/1772)
  • - VINCENT (04/04/1772-1792)
  • (vacance)
  • - POULET (09/04/1801-03/1806)
  • - FERNER (20/03/1806-11/1807)
  • - VILLIEN (02/12/1807-09/1810)
  • - DOZE (16/10/1810-07/1814)
  • - MARGAILLAN (17/08/1814-11/1819)
  • - FOURNIER (03/01/1820-09/1844)
  • - DELEUIL (04/10/1844-05/1864)
  • - BASTARD (27/05/1864-01/1874)
  • - Gédéon BAUX (vicaire, 1867)
  • - CHAVE (01/02/1874-06/1874)
  • - ALLEZAUD (23/06/1874-1878)
  • - CAUVIN (1878-1898)
  • - IMBERT (1898-1901)
  • - BAUTAIN (1901-)

Le chemin de traverse de Montgardin à Tallard

Le texte qui suit a été rédigé par l'abbé Roman vers 1890. Il relate l'histoire du chemin de traverse reliant Montgardin à Tallard, communes des Hautes-Alpes, au temps du Moyen Age. L'automobiliste empruntant la D942 pourra se souvenir que cette voie a une histoire bien originale...

«Dans le Moyen Age, l’économie politique de nos ancêtres ne tournait pas toujours à l’accroissement de la richesse générale ; elle ne voyait que la cité, et tant pis pour les populations d’alentour qui tombaient sous les privilèges de notre aristocratie bourgeoise et marchande. Ainsi, en l’année 1317, messire Bertrand de Lioncel, évêque de Gap, accordait généreusement des lettres patentes par lesquelles il était permis aux habitants de sa ville épiscopale de faire rompre le chemin de traverse qui passe par Lettret, et conduit, le long de l’Avance, à Montgardin, de telle sorte que les gens à pied et à cheval fussent obligés de passer par Gap; permission confirmée par le dauphin en 1336, moyennant cent florins d’or payés par la ville; confirmée de nouveau par une foule de lettres patentes ou exécutoires pendant les deux siècles suivants, et en vertu desquelles nos consuls allaient planter aux abords et le long dudit chemin les panonceaux aux armes delphinales, et faisaient publier les défenses de le pratiquer, dans les foires et marchés à vingt lieues à la ronde. En conscience, lorsque cet honnête privilège fut aboli, l’on aurait bien dû nous rendre nos florins ainsi que Humbert II l’avait stipulé en ses lettres du 24 novembre 1336.
«Quel n’eût pas été l’étonnement de ces dignes magistrats du XIVe siècle, de quelle indignation n’eussent-ils pas été saisis s’ils avaient vu le susdit chemin de traverse se restaurer sous le nom pompeux de chemin vicinal «de grande communication», où bourgeois, manants et habitants des villes et communes voisines passent à pied, à cheval et même en tilbury, sans respect pour le panonceau delphinal, sans crainte des amendes et confiscations portées par les lettres patentes et se riant de nos cent florins d’or !»

  • Photographie : La route de Montgardin à Tallard, de nos jours. © Jean Marie Desbois, 2004

Evénements de la semaine du 19 janvier (19 janvier 1857)

  • Sources : Archives municipales d'Arles, J3, liasse

19 janvier 1857

Crimes et délits. Le 21, un procès-verbal constatant un vol d’une somme de vingt-cinq francs et du bas d’une paire de boucles d’oreilles garnies chacune de quatre pierres en diamants a été commis au préjudice de la nommée Rosine Blanc par un nommé Jaffret Gilles, maçon. Le prévenu est en fuite et le procès-verbal a été dressé au parquet.
Le 23, procès-verbal constatant un vol d’une somme de soixante-dix francs, commis au préjudice du sieur Arboul, propriétaire, par sa domestique Arnaud Marguerite.

Contraventions. Six de diverses nature.

Spectacle. La tranquillité la plus parfaite a régné pendant tout le temps.

Salubrité, éclairage. Bien. L’éclairage a été très contrarié pendant les quelques jours de tempête qui a régné dernièrement dans les parages.

Esprit public et situation politique. Satisfaisant.

Service des agents de police. Bien.

Une famille provençale : les Berluc-Pérussis

Présence attestée en Provence : 1440.

Devise : «A recommencer.»

Historique : Les Berluc-Pérussis sont liés à la ville de Forcalquier, dans les Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) depuis le temps du roi René. Trente-quatre de ses représentants y ont été soit consuls soit maires. On note en outre deux viguiers, un maire perpétuel, un prévôt du chapitre Saint-Mary et de nombreux magistrats et officiers porteurs du nom.

Les porteurs illustres du nom :
Jean Antoine de Berluc Porchères
, auteur d'un célèbre recueil d'adages.
Jean de Berluc Porchères
, frère du précédent, tué parmi les royalistes pendant les guerres de la Ligue.
Jean Baptiste de Berluc Porchères
, oncle des précédents, consul pendant la peste de 1631. Il mourut de l'épidémie, suite à son dévouement.
Jean Pierre de Berluc
, qui laissa toute sa fortune aux hôpitaux.
Joseph André de Berluc
, lieutenant-colonel, auteur de comédies.
Jacques Pierre de Berluc
, son frère, professeur à l'Académie royale de Juilly avant la Révolution.
Victor Fortuné de Berluc-Pérussis
, collaborateur de plusieurs recueils, juge au tribunal de première instance d'Aix.

Les Berluc-Pérussis au XIXe siècle :
Léon de Berluc-Pérussis
(photo) (1835-1902), Fils de Victor Fortuné (cf. ci-dessus). Juriste, historien, journaliste, poète provençal. Il est l'inventeur du mot "régionaliste". Passionné par le travail de la terre, il fut à l'origine des batteuses à vapeur en Provence. Il n'eut pour descendant qu'une fille, Anne, morte à l'âge de vingt-quatre ans.
Joséphine Hélène de Berluc-Pérussis
, sa soeur, née à Apt le 10 août 1838, mariée le 15 octobre 1861 à l'église de Notre-Dame de Porchères avec Louis-Joseph de Sigaud de Bresc, licencié en droit, maire de Moissac (Var). Dans les années 1870, le couple était établi à Aix-en-Provence où il eut plusieurs enfants (voir la base de donnÃ