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Janvier 2012 - 11e année - numéro 122

Enfant trouvé (Saint-Étienne-du-Grès, 20 novembre 1679)



« L'an mil six cent septente nuf et le vinctiesme iour du mois de nouvembre de la presante annee je soussigné ay donne leau a un petit enfant que Tardieu talieur de pierre natif d'Arles a trouvé exposé dans le terroir de Lansac le mesme iour que dessus les parans dudit enfant estant incognus ie ne luy ay poin donné de nom parce que personne ne voulut estre son parrain fait a Lansac les dis ans et iour que desus.
d'Amphoux prêtre curé du dit lieu »


Illustration : Vierge et l'Enfant Jésus (détail), Léonard de Vinci, v. 1483-1486, musée du Louvre, Paris.
  • Ville de Tarascon, paroisse de ND de Lansac, 20/11/1679, 203E 335
  • Texte transmis par Sébastien Avy


Auriol, 1793 : Il fera désormais nuit à la rue de la Paroisse…

Rue d'Auriol un soir d'hiver 2003.
© Françoise Suzanne, 2008.
1793… Les temps sont durs et la commune d'Auriol vit un moment de pénurie. Le conseil cherche des solutions pour réduire les dépenses. il faut économiser sur tout, y compris l’éclairage public.
Le 11 juin 1793, le conseil décide de supprimer les deux réverbères suspendus à la rue Paroisse. Cette rue au centre du village conduit à l’église. Mais était-il important de l’éclairer la nuit ?
Le conseil déclare considérer :
  • « que ces deux fanaux consument considérablement d’huile en les alimentant toutes les nuits,
  • « que la lumière qu’ils répandent n’est pas d’absolue nécessité sous quel rapport qu’on puisse l’envisager »
  • « Que la cherté excessive des huiles dans les circonstances présentes, le peu d’avantage que le public trouve dans cette partie du pays éclairée comparativement avec les frais qu’elle occasionne d’un homme exprès, il sera moins pénible de s’en priver et de déplacer les dits réverbères »
La municipalité est donc « invitée à démonter incessamment les deux réverbères suspendus à la rue de la paroisse et les magasiner dans la maison commune ».
En 1793, le village ne devait compter que très peu de réverbères, car un acte de 1858 - soit soixante-cinq années plus tard - n’en citera… que sept !
© FRANÇOISE SUZANNE
source : Auriol, archives municipales

Emma Teissier (1867-1944), la belle Fortunette des Baux

Portrait non daté d'Emma Teissier.
DR.
Emma Catherine Teissier est née au quartier du Mas-Long, dans le centre du village de Maussane-les-Alpilles, le 17 janvier 1867 d'un père serrurier, Marcellin Teissier, et de son épouse Marie Constance Tellier.
La jeune fille possède un caractère farouche qui fait d'elle une fille indépendante et peu portée à la discipline. Mais elle possède surtout une caractéristique qui fera d'elle une personne remarquable : la beauté. « Admirablement belle, avec une poitrine divine1 », dira-t-on d'elle. Une beauté supérieure à la normale qui incite ses parents à la marier fort jeune à un jeune paysan, Marc Jouve, le 26 novembre 1885, en mairie d'Arles. Le couple emménage à Moulès, un village situé entre Arles et Saint-Martin-de-Crau et Emma devient la tenancière du café.
Sa beauté lui vaut une cour assidue de la part de nombreux prétendants et Emma succombe plusieurs fois à l'appel de la chair. Une fois, un de ses amants, un Italien, surpris par le mari, saute par la fenêtre et se tue dans la chute. Selon une autre version, c'est une fluxion de poitrine qui le tua, étant sorti de toute urgence nu dans le froid.
Peu après son mariage, elle fait une escapade à Nice, sans le consentement de son époux, afin de se présenter à un concours de beauté. Elle gagne le premier prix. Généreuse, elle remet le montant de son gain aux pauvres de la ville. L'histoire ne dit pas la réaction de son mari à son retour. Elle doit à cette histoire le surnom, qui la suivra, de « Prix de Beauté ».
Signature d'Emma Teissier à son mariage.
DR.
Un enfant prénommé Jacques Marius Théobald naîtra de cette union, le 9 avril 1887. Mais le couple se déchire fréquemment en raison des infidélités de l'épouse. La mort du petit Jacques, le 8 mars 1890, achèvera la relation. Emma demande à divorcer. La rupture ne sera légalisée par un acte de divorce que le 2 décembre 1904, mais dans les faits, la séparation est entérinée depuis bien plus longtemps.
Dès 1890, en effet, une nouvelle vie commence pour la jeune femme (23 ans), une vie qui va lui donner une renommée certaine.

Fortunette, la muse des félibres
La rencontre d'Emma avec le félibre Paul Mariéton sur le quai de la gare de Lunel (Hérault) va marquer une étape décisive dans la vie de la belle Maussanaise. Alors que le train transportant le président Carnot, qui se rendait aux célébrations de la Sainte-Estelle, fête chère aux félibres, fait une halte à Lunel, Mariéton, chancelier du Félibrige, remarque la jeune beauté et en particulier « l'arôme fin et sauvage de cette fleur de race2 ». Arrivés à Montpellier, lui et les autres félibres partent à sa recherche et la trouvent également dans la gare. Leur volonté est de faire d'elle leur muse, l'incarnation de la beauté provençale. Et voila comment, dans la même journée, Emma se retrouve au bras du grand Frédéric Mistral comme reine de la fête, tout en étant pourtant parfaitement inconnue du poète. Dans la foule, on entendra des cris à son passage : « Madame Mistral3 ».
Frédéric Mistral. DR.
Le soir-même, lors d'un repas avec Mistral et Mariéton, la jeune fille est baptisée « Fortunette », en référence à la Fortunette que Mistral dépeint dans Calendau 4.
Le lendemain soir, à l'occasion du banquet de Sainte-Estelle auquel assistent entre autres Roumanille et Mistral mais aussi des représentants des grandes universités de lettres d'Europe, le discours du félibre Déandreis à peine terminé, Fortunette demande à chanter. Après un petit discours dans lequel elle affirme être Mireille, elle entonne plusieurs airs, notamment ceux du félibre du Paradou, Charloun Rieu : Lou moulin d'òli et L'Oulivarello.

Une beauté dérangeante
Dès ce repas chantant, Fortunette va provoquer chez ses spectateurs des réactions très opposées. Les hommes sont dans l'ensemble conquis par le charme et la fraîcheur provençale de la belle Maussanaise. Mais dans le même temps, leurs épouses sont scandalisées et quittent massivement les salles où elle apparaît. Les félibres sont troublés par les réactions hostiles et mettent Fortunette à l'écart des fêtes suivantes. C'est à l'occasion de la Sainte-Estelle de 1892, organisée aux Baux, que réapparaît Emma « Fortunette », un soir où le mistral souffle violemment. Sur la fin du banquet, alors que beaucoup d'Arlésiennes se pressent autour des tables, Mariéton reçoit un billet qu'il fait passer à Mistral, sur lequel on lit ces mots : « Puisque Fortunette n'est pas digne de s'asseoir à la table des poètes, ne peut-elle pas servir les poètes ? Elle voudrait passer le vin de la Coupo Santo. » - « Brave Fortunette. Mais oui, qu'elle vienne ! » s'écrie le maître. On ne l'a pas oubliée. Fortunette revient donc dans le giron des félibres en servant, comme une humble domestique, mais avec l'allure fière qui est la sienne.
Portrait de Fortunette. Coll. de l'auteur.
Après le repas, Mistral l'invite à chanter. Fortunette monte sur la table et entonne trois airs de Charloun.
La soirée achevée, Paul Arène, conquis comme tous les autres hommes, souhaite revenir dans la voiture de Fortunette, mais celle-ci préfère rentrer avec deux dames de l'assistance.
Le surlendemain, le scandale éclate : les journaux rendent compte du banquet. Mariéton est accusé d'avoir fait « la plus grande injure qui se puisse faire à une femme honnête et à un homme de bien » à tous ces braves gens à qui l'on aurait imposé la vue obscène de cette créature scandaleuse. « Quelle honte 5 ! »
Voyant la situation se dégrader et la bonne réputation du félibrige en pâtir, Mistral prend une mesure drastique. En juin 1892, il conseille à Fortunette de quitter Avignon. Ce qu'elle accepte de faire. Au mois d'octobre, elle entre à l'Alcazar de Marseille sur la recommandation du félibre Auguste Marin. Elle y exercera ses talents de chanteuse, y entonnant une ribambelle de chansons en provençal. Outre sa beauté, on lui reconnaît aussi une fort jolie voix. Elle ira aussi jusqu'à Barcelone, en Espagne, chanter les mêmes airs. La presse ibérique publiera un portrait d'elle.


Brésil, me voici !
Un soir de chant à l'Alcazar, elle est remarquée par un spectateur particulier : le directeur de l'opéra de Rio de Janeiro. C'est ainsi que Fortunette va prendre un bateau pour le Brésil et s'y installer pour de longues années. Il est cocasse de l'imaginer chanter Auguste Marin, Frédéric Mistral et Charloun Rieu à l'autre bout du monde : une remarquable publicité faite au mouvement du félibrige, alors que ce même mouvement la trouvait embarrassante.
Portrait de Fortunette.
Coll. de l'auteur
Elle y trouvera même un pygmalion : dom Enrique Pinhero Guedes, commandant du croiseur Benjamin-Constant.
Le Brésil l'a adoptée, elle y restera 35 ans (jusqu'en 1931). Entre temps, elle fera de brefs allers-retours en France où elle reverra à plusieurs reprises Mariéton.
Le registre des visiteurs du Muséon arlaten d'Arles atteste notamment de la venue de la beauté maussanaise. À la date du 11 mai 1908, on y lit en effet : « Emma Teissier : Fortunette d'Arles : cette fidélité à mes premières amours. »
Emma se maria au Brésil. Et puis un jour, à l'âge de 64 ans, elle revint définitivement en France. Elle s'installa... à Maussane, son village natal. Charles Terrin, qui la connaissait et écrivit une biographie d'elle, dit qu'« elle n'était plus belle, mais [qu']elle chantait la Coupo Santo avec ferveur. »
Elle s'éteignit le 3 janvier 1944 à l'hôpital de Salon-de-Provence. Elle allait avoir 77 ans.

Tant de conquêtes
Portrait de Paul Arène.
DR.


La plupart des félibres ont été émus par le charme de Fortunette. On ne peut citer le nom de tous ceux que son charme a troublés. Mais quelques anecdotes permettent de discerner l'émoi que la personne de la belle Maussanaise provoquait chez ceux qui la cotoyaient.
  • Paul Arène (Sisteron, 1843 - Antibes, 1896), poète provençal, écrivait le lendemain de la Sainte-Estelle de 1892, aux Baux :
  • Péu negre, ieu negre, l'amo negro, - E blanco, vièsti chimarra, - Tristo en dedins, deforo allegro, - Es Fourtuneto e soun retra. Siéu Petrarco, siés ma Lauro, - O bruneto is iue trop fer, - E baise, fòu coume l'auro, - Toun péu dru, coulour d'infèr. Cheveux noirs, yeux noirs, l'âme noire, - Et blanche, robe chamarrée, - triste au-dedans, gaie au dehors, - C'est Fortunette et son portrait. - Je suis Pétrarque, tu es ma Laure, - Ô brunette aux yeux trop farouches, - Et je baise, fou comme le vent, - Tes cheveux drus, couleur d'enfer.
  • Charloun Rieu (Paradou, 1846 - id. 1924), félibre des Alpilles. C'est Fortunette qui avait tenté la conquête de ce célibataire endurci. Un jour que le poète se trouvait parmi ses oliviers vint Emma qui lui déclara : « Si tu me veux, Charloun, si je te plais, prends-moi ! Je suis venue pour te faire plaisir. » Gêné et, nous l'imaginons ainsi, rougissant jusqu'aux oreilles, Charloun lui répondit : « Vois-tu, Fortunette, je ne peux pas : ce serait mal. J'espère encore me marier, qui sait ? Je voudrais rester sage pour celle qui voudra de moi... »
Que reste-t-il de Fortunette ?
Fortunette n'a certes pas marqué l'histoire de la Provence, mais elle est irrémédiablement liée à celle des félibres qu'elle a tant cotoyés. De son vivant, au début des années 1900, a été publiée une carte postale sur laquelle elle expose sa beauté. Son nom n'y est pas cité, on se contentera de la légende : « Arlésienne. » Pour le touriste parisien, cela sera suffisant.
On pourra conseiller la (re)lecture de la nouvelle d'Alphonse Daudet : « L'Arlésienne », in Les Lettres de mon moulin. On croirait à s'y méprendre que Daudet y parle de Fortunette. Malheureusement, lorsqu'il écrit cette nouvelle, en 1869, Emma n'a que deux ans ! Tant pis ! On y aura cru quand même.
Le visiteur du Muséon arlaten remarquera trois portraits d'Emma Teissier.
On trouve aussi au musée Réattu d'Arles un buste en terre cuite signé Dieudonné la représentant.

Bibliographie
Liste des ouvrages consultés pour la réalisation de cette biographie.
  • Charles Terrin, « Fortunette des Baux ou le Félibrige amoureux », in Mercure de France, n° 918, 15 septembre 1936.
  • René Jouveau, Histoire du félibrige (1876-1914), Nîmes, 1970.
  • Jean-Pierre Belmon, La Vie aventureuse de Fortunette des Baux, éd. Notre-Dame, Nîmes, 1989.
  • Hélène Ratyé-Choremi, Le Paradou, éd. Équinoxe, 1990.
Notes
  1. René Jouveau, Histoire du félibrige (1876-1914), 1970.
  2. Critobule, t. 1, p. 295 sq.
  3. Critobule, ibid., p. 296-7.
  4. C'est en tout cas ce qu'affirme Mistral. Mais l'idée de la surnommer vient en fait de Mariéton.
  5. Critobule, t. 2, p. 38, 39.
La généalogie de Fortunette des Baux

Emma Teissier est d'ascendance maussano-salonaise, ainsi que le montre l'extrait de sa généalogie ci-dessous.
Pour comprendre la signification des chiffres précédant les noms, voyez l'article « La numérotation Sosa-Stradonitz ».

1. Emma Catherine TEISSIER (Maussane, 17/01/1867-03/01/1944)
2. Constantin Marcellin TEISSIER, serrurier (Salon, 23/03/1834-) x Maussane 17/11/1858
3. Marie Constance TELLIER (Maussane, 16/02/1834-)
4. Louis Montagne TEISSIER, cordonnier (Salon, 28/01/1794-+ ap. 1858)
5. Marguerite JAUBERT (Salon, 13/08/1794-+1858)
6. Hippolyte TELLIER, agriculteur (Maussane, v. 1810-Maussane, 13/01/1895)
7. Marie RIPERT (Les Baux, v. 1815-Maussane, 27/01/1868)
8. Joseph TEISSIER, cordonnier (Salon, v. 1762-) x Salon 12/11/1787
9. Marguerite JACQUE
10. Joseph JAUBERT (Salon, v. 1770-), aubergiste, x Salon 17/01/1794
11. Magdeleine POUJOULAT (Salon, v. 1770-)
12. Pierre TELLIER, pêcheur (Maussane, c. 1769-Maussane, 08/02/1848)
13. Thérèse CHABAUD
14. André RIPERT, agriculteur
15. Marie Honorade MINGEAUD
16. Gilles Joseph TEISSIER (-/1787)
17. Catherine PANTOUSTIEN
18. Gaspard JACQUE (Lambesc, v. 1722-/1787) x Salon 22/07/1748
19. Élisabeth ATTENOUX (Salon, v. 1726-/1787)
20. François JAUBERT
21. Charlotte MICHEL
22. Jean François POUJOULAT (Dieulefit, v. 1739-/1794) x Salon 08/02/1763
23. Madeleine ROLLAND (Salon, v. 1744-/1794)
24. Joseph TELLIER (-Maussane)
25. Anne DINARD (-Maussane)
36. Jean Baptiste JACQUE
37. Marguerite FERRET
38. Mitre ATTENOUX (Salon, v. 1698-) x Salon, 05/04/1723
39. Élisabeth MAZINIER (Salon, v. 1693-)
44. Auzias POUJOULAT (-/1763)
45. Élisabeth AUBERGE
46. Jean Baptiste ROLLAND, marchand chandelier, (-/1763), CM Salon, 01/11/1733 (notaire MARTINON)
47. Marguerite REYNAUD (-/1763)
76. Firmin ATTENOUX (°Lançon-/1723), CM Salon 17/10/1677 (notaire TABOUR)
77. Marguerite MASSEAU
78. Vincent MAZINIER, (-/1723), x Salon, 08/06/1694
79. Madeleine ARTAUD
92. Charles ROLLAND, négociant, x Salon, 21/11/1707
93. Marie MICHEL
94. Simphorien REYNAUD, négociant
95. Élisabeth JOURDAN
152. Jean ATTENOUX (-+/1677)
153. Suzanne ROUSSELLE (-+/1677)
154. Jean MASSEAU, travailleur
155. Magdeleine RANIERE
156. Antoine MASENIER
157. Isabeau JAUFFRET
158. François ARTAUD
159. Anne TAMISIER
184. Claude ROLLAND
185. Catherine COMBE (-/1707)
186. Charles MICHEL
187. Isabeau MARTINON
188. Jean REINAUD (-/1698)
189. Anne MIOLLAN (-/1698)
190. Georges JOURDAN (-/1698)
191. Marie ABEILLE
Remerciements :
Une bonne partie des renseignements généalogiques concernant l'ascendance d'Emma Teissier, notamment la branche TEISSIER, a été communiquée par Sébastien Avy. Merci à lui.

Suppression des tours d'abandon : une mesure pire que le mal

Dès le Moyen Âge (sans doute dès le XIIe siècle), des tours d'abandon (1) ont été mis en place pour permettre aux mères d'abandonner de manière anonyme une progéniture qui les dérangeait. Ainsi, l'enfant n'était pas en danger de mort et pouvait être recueilli de façon satisfaisante.
Il ne s'agissait bien sûr pas de juger de la moralité de l'abandon, mais l'usage des tours assurait la survie de l'enfant rejeté.
Dans les années 1830, un mouvement moralisateur parvient à l'interdication de l'emploi de ces tours.
Alors que d'aucuns peuvent se réjouir d'un tel retour à la moralité, les suites vont se révéler franchement négatives. L'interdiction des tours ne provoqua nullement un déclin du nombre de naissances d'enfants naturels et, pire, vit une augmentation dramatique du nombre d'infanticides. Après un abandon, si la police n'établissait pas un certificat, les hospices refusaient en effet l'accueil des enfants trouvés.
De nombreux journaux nationaux, mais aussi de Provence, s'en émurent, comme Le Mémorial d'Aix ou Le Sémaphore d'Arles.
Dans son édition du 10 février 1838, Le Mémorial d'Aix, sous la plume de Charles Chaubet, proposait, dans un discours extrêmement moralisateur, quatre mesures pour lutter contre cette épidémie d'infanticides :
  1. Donner à tous, désormais, une éducation morale et religieuse. Ouvrir à tous les trésors des sciences pratiques, car la culture de l'intelligence a pour effet immédiat de détourner des penchants grossiers.
  2. Propager dans les masses le dogme saint de la fraternité humaine dont les jouissances brutales ne sont que la complète négation : que l'homme comprenne que le plus grand des crimes est de déshonorer son semblable,et la cause des mœurs sera gagnée.
  3. Honorer le travail et l'organiser sur une échelle immense, au moyen de l'association ; par là l'oisiveté se trouvera détruite et l'activité de l'individu dirigée vers un but légitime.
  4. Faciliter les mariages, car rien n'est mortel à l'homme comme les célibats.
L'usage des tours fut rétabli rapidement. Il faudra attendre la loi du 27 juin 1904 pour en voir la suppression définitive. Même si des pays, comme l'Allemagne, en ont rétabli l'usage, ce n'est pas le cas de la France, bien que des mesures, comme l'accouchement sous X, permettent d'arriver au même résultat.


Notes
  1. On dit un tour d'abandon et non une tour d'abandon.
Photographie
  • Tour d'abandon du XVIIIe siècle, musée de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, hôtel de Miramion (Paris). © Ignis, 2006. GNU Free Documentation License, Creative Commons Attribution ShareAlike 2.5.

Un voleur de chien (Aix-en-Provence, 19 décembre 1895)

  • Le Mémorial d'Aix, 22 décembre 1895, n°102
«On a vu jeudi dernier dans la rue des Cordeliers, à 4 heures du soir, un homme en blouse bleue, chapeau marron, prendre un chien race basset, couleur marron chair, pendants moyens, fortement arqué des jambes de devant, répondant au nom de Pito. La personne qui pourrait faire retrouver ce chien aura bonne récompense. Adresser les renseignements à M. Hansemann, confiseur à Aix. »


Illustration : Basset, Pearson Scott Foresman, 2008.


L'assassinat de Louis Honoré Raspaud (Valsaintes, 16 octobre 1796)

« Le vingt-cinq vendémiaire an cinq de la République française une et indivisible, nous soussignés agent municipal de cette municipalité de Valsaintes, aurions appelé le citoyen Romany, juge de paix de notre canton et le citoyen Massot, officier de santé demeurant audit Banon, pour accéder dans notre terroir au quartier du pays de la Cheaux, où s'est trouvé Louis Honoré Raspaud, homme de loi, âgé d'environ trente-six ans, natif de la ville d'Aix, demeurant à Viens, canton de Saint-Martin, département de Vaucluse, et il a été vérifié que ledit Raspaud est mort de deux coups de fusil et, d'après l'odonnance du juge de paix, nous avons fait enlerver et transporter ledit Raspaud au cimetière de Carniol pour y être inhumé à l'usage des habitants de ce lieu de Valsaintes, ce qui n'a été fait que 24 heures après son décès, en présence de Louis Mathieu, de Jacques Grégoire, François Mathieu et Ferréol Grégoire, tous illitérés, cultivateurs et habitants de cette commune.
Fait à Valsaintes, ce 26 vendémiaire de l'an susdit. »
[PASCAL FERRE]


Illustration : La Mort de Henri de La Rochejaquelein (détail), Alexandre Bloch, musée Dobrée, Nantes.


  • Registre d'état-civil de Valsaintes (Alpes-de-Haute-Provence), an V


Faits divers de Simiane-la-Rotonde (Alpes-de-Haute-Provence)


XVIIIe siècle.



Le chevalier Paul (1598-1667), héros de la mer

Le chevalier Paul a eu la naissance qui le destinait à devenir un héros. C'est du moins ce que prétend la légende : l'homme aurait vu le jour dans une barque par une froide journée d'orage en décembre 1598 entre Marseille et le château d'If. On ne sait rien d'autre sur son origine, ni son vrai nom, ni celui de ses parents. Tout pour faire une légende.
La réalité est que sa mère serait une lavandière et son père, Paul de Fortia, gouverneur du château d'If (1).
C'est à l'âge de douze ans qu'il embrasse la passion de sa vie, la mer, mais devra attendre sa seizième année pour embarquer à La Ciotat sur un navire de l'ordre de Malte.
Il va obtenir au cours des années la réputation d'un pourchasseur d'Infidèles. Ses exploits lui vaudront le titre de chevalier de Malte en 1637 et celui de commandeur en 1659.
Doté d'un caractère fougueux, on lui prête d'avoir tué un sergent qui l'avait insulté. Sa valeur au combat lui servit de monnaie de rachat et ses exploits contre les Turcs lui permirent d'obtenir sa grâce. Au cours d'un combat, le capitaine ayant trouvé la mort, Paul prit le commandement du navire et coula plusieurs vaisseaux ennemis.
Le 14 juin 1646, lors de la bataille d'Orbitello, il anéantit deux frégates ennemies. Le 3 avril 1647, à la tête de six vaisseaux, il parvient, à Naples, à échapper à un ennemi supérieur en forces. Le 19 décembre 1648, il participe à la bataille de Castellamare qui voit la déroute des forces espagnoles. Le mois suivant, il coule un vaisseau anglais.
De nombreuses autres expéditions achèvent de forger sa renommée. Malade, il est contraint de rentrer à Toulon en 1666. Il y mourra le 20 décembre 1667.
Son acte de décès : « Monsr Paul de Saumeur, chevallier de St Jean de Jerusalem, lieutenant général des vaisseaux du roy, homme fort renomé pour les vaillants exploits et fidelles services quil a randeu a sa majesté ; est decedé le vingt du mois de decembre et enterre le vingt un dudit mois 1667 au cimetiere sous la porte de St Lazare de cette ville de Tholon, muny des sacrements, par moy. »

(1) Selon G. Bergoin, il était le fils d'Elzias Samuel et de Jeanne Riche, de Marseille, et n'était pas un enfant naturel. Il est toutefois le seul à prétendre ceci, alors que la plupart des auteurs pensent tout autre.


Illustration : DR.


Noyé dans l'Argens (Brue-Auriac, 12 février 1791)

  • Registre paroissial de Brue-Auriac (Var), 2 MI EC643R1
« En exécution de l'ordonnance rendue par le lieutenant de juge du lieu de Saint-Estève aujourd'huy douze février mille sept cent quatre vingt onze, j'ay enseveli le cadavre de Pierre Gautier, fils de Jean et de Thérèse Allard agé d'environ 21 ans trouvé noyé dans la rivière d'Argens le mesme jour et an que dessus en presence d'Honnoré Doudon et de Laurens Finaud illitérés. »
[DALMAS curé]

Photographie : DR.



Faits divers de Brue-Auriac (Var)


XVIIIe siècle.

XVIIe siècle.

Brue-Auriac - Faits divers

Mort d'un petit garçon (Boulbon, 13 juillet 1772)

  • Registre paroissial de Boulbon
« L'an mil sept cent soixante et douze et le treize du mois de juillet a été enseveli dans le cimetière de cette paroisse Joseph Deymier, mort d'un coup de fusil, après une ordonnance de M. le juge des jour et an susdits, fils de Louis Deymier et d'Elizabeth Beaussan, agé d'environ quatre ans, présents les soussignés, avec nous vicaire. »
[MARTIN]
[LAMOUROUX secondaire]
[OLIVIER vicaire]


Mort dans une odeur insupportable (Montmeyan, 2 janvier 1784)

    « Nous avons enterré Joseph Roch Dauphin le même jour qu'il est mort, et quatorze heures seulement après son décès, parce qu'il est mort d'un abcès auprès la rate avec le foie gangréné. Pendant sa maladie, il exhalait une odeur insupportable, et ce n'était qu'à force de parfumer sa chambre qu'on pouvait lui donner les secours temporels et spirituels et d'abord après son décès, il n'y avait pas moyen de rester auprès et voila ce qui nous obligea de ne pas attendre les vingt quatre heures. »

    • Registre paroissial de Montmeyan 2MI EC2218 R1
    • Remerciements à Marie-Françoise Allouis

    Faits divers de Montmeyan


    Photographie : Vue du village de Montmeyan (Var), © M. E. Prasetyo, 2007, Creative Commons 2.0.


    Faits divers de Montmeyan (Var)


    XVIIIe siècle.

    Montmeyan - Faits divers

    Morte d'un coup de sang (Marseille, 15 septembre 1793)

    • Registre d'état-civil de Marseille, mairie unique
    « L'an second de la République française, le seize septembre mil sept cent nonante trois après midi, pardevant nous officier public de cette ville de Marseille et dans la maison commune, est comparu le citoyen Henry Chabaud, juge de paix et officier de police du premier arrondissement, canton de Marseille, lequel, pour se conformer à l'article 8 du titre 5, section 5 de la loi du 20 septembre 1792, nous a remis ce jourd'hui un verbal en forme par lui dressé le jour d'hier, par lequel il conste que, sur la clameur publique, il s'est transporté avec deux citoyens et son greffier rue Thionvillois (1), île 22, maison 14, où, étant, ils ont monté au quatrième étage. Ils ont fait ouvrir la porte et ont trouvé un cadavre femelle étendu par terre et, ayant fait appeler le citoyen Antoine Izouard, chirurgien, qui a de suite visité cette morte et a déclaré que cette mort n'avait aucun caractère de provocation et qu'il estimait d'après la lividité de son visage qu'elle provenait d'un coup de sang ; et, ayant interpellé le propriétaire de la maison et un autre citoyen qui connaissait la décédée, ils nous ont déclaré s'appeler Jeanne Hugues, qu'ils ont dit sujette au mal caduc (2), d'après les renseignements et ne pouvant nous en procurer d'autre, nous avons dressé le présent acte pour le constater et avons signé. »

    1. Ancien nom de la rue Nationale.
    2. Mal caduc : épilepsie.


    Illustration : Malvine mourant dans les bras de Fingal, Anne-Louis Girodet-Trioson, début XIXe siècle, huile sur toile, musée Varzy, 113x147.


    Les métiers de Marseille disparus au XXe siècle

    Qui a connu Marseille il y a quarante ans ou plus a pu observer des hommes et des femmes dans l'exercice d'une activité aujourd'hui disparue. Plusieurs Marseillais témoignent de ce qu'ils ont vu autrefois.

    Si vous aviez grandi à Aubagne, vous auriez pu admirer un joli magasin au centre-ville : un marchand de graines. Sur sa boutique, un grand panneau : les graines Damour, du patronyme du grainetier. Joli, non ?
    Françoise Suzanne

    Nous avons connu les grainetiers (j'en avais un aussi dans mon quartier), les « marchands de couleurs (les ancêtres des hypermarchés de bricolage) », où l'on achetait par exemple les clous au poids, pesés et transportés dans un simple sachet de papier - troué dans les deux secondes suivant le départ du plateau de la balance - ce qui entraînait inévitablement la perte de quelques pièces durant le trajet de retour, etc.
    Le dernier rémouleur de ma commune n'a disparu qu'il y a deux ou trois ans. À la fin, il passait seulement en décembre, avec des calendriers qu'il échangeait contre quelques pièces : les petits jeunes du coin ne sachant même pas qu'on peut aiguiser un couteau, il avait perdu toute sa fidèle clientèle, partie pas bien loin pourtant : le cimetière n'est qu'à deux cents mètres.
    Laurence Doré

    Moi, j'ai connu aussi le marchand de glaces ambulant, sur son triporteur : on l'appelait « Papa Polo » et il annonçait son arrivée avec une grosse poire en caoutchouc et cuivre. Et aussi la marchande de limaçons, que j'entendais achalander, en provençal, dans la rue avec sa charrette à bras lorsque je traînais encore mes guêtres au primaire...
    Didier Verlaque

    Mais il y avait aussi le marchand de peaux de lapins qui criait : « Peaux-d'lapin-peaux !! » dans les rues, pour signaler son passage. Il ramassait aussi les vieux fers blancs et quelques autres oripeaux peu ragoûtants, se faisant offrir un ch'tiot calva à chaque arrêt. Nombreux, les arrêts !
    Le soir, ben, c'était le cheval qui tirait la charrette tout seul pour rentrer au bercail, le marchand de peaux de lapin vautré à l'arrière dans ses trouvailles, hurlant à pleins poumons des refrains que la décence m'empêche de vous résumer ici (et c'est bien dommage, car ils étaient fort imagés et profitaient d'un vocabulaire disparu également).
    Il a succombé dans les années 1970, emportant avec lui tout un paquet de ritournelles.
    Laurence Doré

    Et tu oublies le marchand de brousse avec son cor, qui criait : « Brousses du Rôve », ainsi que le vitrier, qui criait un : « Oh ! vitrier ! », tout déformé, ou bien encore le rémouleur avec sa meule à rouettes. Et sans doutes d'autres encore, que j'oublie ici.
    Jean-Raoul Jourdan

    C'est parti pour évoquer les limaçons nageant dans un bouillon aromatisé de fenouil et d'écorce d'orange dans une grosse marmite tenue en bandoulière-papier par une grosse vieille dame qui les sortait à la demande et à l'aide d'une écumoire pour le vendre dans des cornets en papier et qui faisait sa publicité à la voix : « À l'aïgue sau les limaçons ! »
    Mais finalement, aussi folklorique, les pots de yaourt en verre consigné dont il fallait que je fasse le nettoyage pour avoir le droit d'en avoir des pleins...
    On garde la cade pour une autre fois, c'était à Samatan peu après la Libération...
    Numa Vial

    Le vitrier et le rémouleur, je m'en souviens très bien, mais c'est surtout celui qui criait : « La pogne, la pogne ! » qui m'intéressait. Je ne sais le jour où j'en ai goûté mais l'acheter était quelque chose de presque extraordinaire !!!
    Je parle du Var... Et la pogne est de Romans je crois...
    Michèle Trémolière

    Et le chiffonnier qui criait : « Esssstrassaille, chiiiiiffonnier ! »
    Claudette Brutinel

    Eh bien, moi, peut-être certains d'entre vous se rappelleront-ils. Rien à voir avec les lentilles, mais je me souviens qu'à coté de la gare de l'est à Marseille, il y avait le réparateur de poupon en celluloïd. On y allait souvent avec ma maman, car je n'étais pas très soigneuse et mon poupon en celluloïd avait souvent la tête fendue. Il avait plein de grosses cicatrices faites par ce monsieur ! J'étais fascinée par sa boutique, il avait un échoppe sur le trottoir. Au-dessus du comptoir étaient accrochés des bras, des têtes, des jambes... de poupons bien sûr !
    Marie Valbonetti

    Et le prestidigitateur, qui était près du kiosque à musique des allées de Meilhan, qui se faisait appeler le professeur Maurice, qui s'en souvient ? Il était tout petit, faisait sortir des œufs de partout, et d'autres tours, de cartes en particulier. C'était sur mon parcours pour revenir du Lycée et je badais souvent devant ses tours, mais je partais vite quand il commençait sa quête !
    Jean-Raoul Jourdan

    Oui, je me souviens de ces marchands ambulants. J'habitais une rue descendant sur les allées Léon-Gambetta (de Meilhan, non ?)et aux premières loges pour la foire aux terraillettes, à l'ail et aux santons ! J'étais aussi impressionnée par le « pauvre Étienne » qui tapait dans ses mains en disant : « Tié-tié » (comprendre : « La charité !») et les halles Delacroix avec les super poissonnières (tadine en particulier...) et l'herboristerie chez Blaise à Noailles, avec les vendeurs de citrons à l'angle des rues : « Les ouit , cent francs »,la remontée au cours Julien pour le marché, et arrivée à la Plaine pour un vrai jus de raisin avant un tour sur l'âne. L'était pas belle, la vie ?
    Marie-Anne

    Et la fanfare de Don Bosco qui faisait le tour du quartier Dragon-Breteuil-Fortuné tous les dimanches ? Et le bassin du parc Chanot où on allait faire flotter nos bateaux ? Je crois que j'ai été le premier à y exhiber une vedette à moteur électrique, cadeau de mon « parisien » de parrain. À la surprise générale, il n'y avait plus besoin de remonter la mécanique à chaque traversée... Ça paraissait presque miraculeux.
    Et le violoniste auquel on lançait la pièce par la fenêtre, après l'avoir soigneusement enveloppée pour éviter le rebond qui la lui aurait fait perdre.
    Et le marchand de « glace à rafraîchir » chez lequel on prenait un quart ou un demi-pain dont il m'est arrivé qu'il échappe de mes mains gelées. La pente de la rue Breteuil étant ce qu'elle est, je n'ai jamais pu le rattraper !
    Et le laitier qui venait vendre la production de sa ferme dans sa petite échoppe ; il venait de loin : ses vaches étaient du côté de la Penne !
    C'était au temps où on apportait les gratins chez le boulanger pour les cuire à la chaleur résiduelle de son four.
    Jean-Paul Clairefond

    J' ai connu tout ça moi aussi car j'habitais Saint-Just, qui était alors un village (on avait quand même le 41 et le 53 qui nous amenaient « en ville »). Ma rue était en fait une impasse pour les véhicules à moteur puisqu'elle était fermée par le Jarret qui coulait au bout et qu'on franchissait par une passerelle.
    Dans ma rue, donc, le boulevard Verd, il y avait un laitier et surtout l'étable et les vaches... Du fournisseur au consommateur!
    En plus, de tous les autres marchands ambulants que vous avez évoqués, je me souviens du cri de l'estrassaïre qui venait récupérer les vieux chiffons...
    Il y avait aussi dans ma rue un matelassier qui refaisait les matelas en laine.
    Il s'installait sur le trottoir en été, plaçait des planches sur des tréteaux et mettait la laine lavée à sécher au soleil. Puis il la cardait avec une machine. Une espèce de peigne sur un axe qu'il faisait faire aller et venir dans un mouvement de balancier qui me fascinait. Ensuite, la toile neuve remplie de la laine propre et gonflée qui faisait un énorme baluchon. Je me demandais toujours comment il allait arriver à lui redonner sa forme habituelle. Eh bien, croyez-le ou pas, avec de la patience et de l'huile de coude... il y arrivait ! Maintenant, on jette et on rachète... Qui se collerait au boulot?
    Michèle Testa

    Photographies collection privée Claudette Cagnoli.



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