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Janvier 2012 - 11e année - numéro 122

À l'oeuvre ! (l'après-tremblement de terre du 11 juin 1909)


Louis Teissier, avocat à la cour d'appel d'Aix, licencié ès lettres.

« Maintenant que les heures de stupeur se sont éloignées avec le temps ; après avoir contemplé douloureusement les ruines amoncelées en un instant par les forces aveugles de la nature, il convient d'envisager l'avenir avec confiance et d'ôter définitivement le voile de deuil qui pèse depuis un mois sur notre région.
D'ailleurs, le découragement qui suivit la catastrophe ne fut pas de longue durée, l'espérance qui survit toujours au cœur de l'homme, cette confiance salutaire, cette foi en l'avenir qui triomphe du monde et du destin, triompha bientôt de l'épouvante.

(Cliché Crémieux. DR.)
Un moment surprise par le choc redoutable, notre cité s'est ressaisie, et l'on se remit à l'ouvrage ; le travail acharné reprit dans les maisons branlantes, l'activité commerciale persista à travers nos rues détruites, sous le réseau des épontilles provisoires.
Malgré tous les prophètes de malheur, qui abusèrent de leur énervement, les populations sinistrées n'ont pas perdu un instant l'espoir du relèvement et l'amour de leur terre.
Le paysan a bientôt quitté le campement improvisé pour regagner les champs, l'ouvrier est sorti des baraques des rescapés, se dirigeant vers son atelier à moitié détruit ; aux étrangers charitables qui accouraient à Saint-Cannat et à Rognes, le lendemain de la catastrophe, les habitants demandaient avec plus d'insistance que du pain, des outils pour continuer leurs travaux interrompus ; les visiteurs, la presse marseillaise et régionale furent étonnés de l'activité salonaise, en ces moments néfastes, et le jour est prochain où, comme San Francisco*, notre ville ressuscitera plus belle de ses ruines.
Bel exemple d'énergie et de solidarité que le peuple provençal sut donner au monde en ces heures de tristesses ; cette race si entreprenante et si hardie a montré par son attachement au sol nourricier qu'elle n'avait rien perdu de ses qualités natives ; malgré le caprice désastreux de cette terre d'amour, tous sont retournés à elle comme à une femme aimée, dont on endure, à cause de sa beauté, toutes les cruelles fantaisies.
Et ce n'est pas la première fois que la "gueuse parfumée" est méchante pour les siens ; au IIIe siècle de notre ère, si l'on en croit les chroniques latines de l'époque, un cataclysme effroyable dévasta notre pays. C'est l'époque où Tauroentum, Maguelonne et de nombreuses villes romaines sur la côte, de Narbonne à Nice, s'abîmèrent dans les flots, il y eut plus de cent mille victimes et Marseille fut détruite. Combien sont infimes à côté de ce désastre les malheurs d'aujourd'hui !
Malgré tout, la Provence resta la douce patrie qui enchantait Ausone par la vie heureuse de son sol, celle dont les troubadours et les félibres chantèrent depuis lors les charmes gracieux, celle qui se manifestait à Arles dernièrement dans l'œuvre et la personne d'un de ses fils les plus glorieux ! Sous l'éternelle joie du ciel et du soleil, comment la mémoire des hommes ne perdrait-elle pas vite le souvenir des épouvantes passées ? Dans ce paradis comme dans celui de Dante, ne doivent plus entrer les plaintes, ni les pleurs.
C'est pourquoi, déjà dans nos campagnes, selon les vers prophétiques de Sully-Prudhomme :
C'est le réveil multiple et graduel du monde
Au branle de ses lois qui n'ont jamais dormi.

(Cliché Crémieux. DR.)
Les belles moissons qui ondulent dans les plaines de Saint-Cannat et de Lambesc tombent sous les faucilles, l'or du soleil rebâtira les villages détruits, les vignes de Rognes mûrissent sur les coteaux dorés, et sous les treilles en fleurs, dans les lents après-midi de l'été, les jeunes filles recommencent à rêver d'amour.
Toutes les initiatives se concertent, les énergies s'unissent ; les cœurs qui ne faiblirent pas dans le malheur sauront assurer l'avenir, la fatalité plusieurs fois vaincue n'osera plus s'acharner sur les forces qui lui résistèrent victorieusement ; n'y a-t-il pas dans toutes ces pensées consolantes une force qu'on ne retrouve jamais dans la plus vaste plainte, dans la plus belle idée mélancolique ?
"Une grande idée profonde et attristée, a dit un philosophe**, c'est de l'énergie qui éclaire les murs de sa prison en consumant ses ailes dans les ténèbres ; mais la plus timide pensée de confiance, d'abandon enjoué aux lois inévitables, c'est déjà une action qui cherche un point d'appui pour prendre enfin son vol dans l'existence."
Autour de la ruche dévastée par l'orage, les abeilles rassemblées bourdonnent et s'empressent ; à l'œuvre ! reconstruisons comme elles nos maisons détruites ; et bientôt, comme autrefois, les jours heureux, dorés comme du miel, s'écouleront en heures douces, sous le ciel toujours bleu, sur la vieille terre de Provence. »

* Allusion au tremblement de terre qui a détruit la ville californienne de San Francisco trois années plus tôt.
**Maurice Materlinck, La Sagesse et la Destinée, 1908.

Les funérailles de Vernègues (13 juin 1909)



Restes de Vernègues après le tremblement de terre.

(Cliché Astier. DR.)
« En arrivant aux pieds de ce pauvre village, le visiteur dit tout d'abord : “Voilà ce qui fut le Vernègues !” Ce qui reste debout, en effet, comprend deux ou trois maisons (et combien endommagées !), puis la mairie qui, par une chance inexplicable, a pu résister à la violence de la secousse.
Perché sur un immense rocher, le vieux château et le rocher s'effondrèrent sur les maisons pour démolir de fond en comble celles que le cataclysme avait laissées, non point intactes, mais dans un état beaucoup moins terrifiant. De l'église, il ne reste plus qu'un pan de mur que les soldats du génie ont dû abattre.
Vernègues n'a eu à enregistrer que deux morts, malgré la furie du cataclysme, mais c'est bien par miracle. Le fils du garde de la commune fut projeté hors de son lit dans un terrain situé en contrebas de 15 mètres et il put se relever sans la moindre blessure. D'autre part, neuf ouvriers italiens habitant dans une maison se trouvant sur le chemin de l'église furent ensevelis sous leur toit. Ils se dégagèrent d'eux-mêmes, bien que l'immeuble où ils habitaient se trouvât dans un endroit pitoyable, et aucun d'eux n'avait reçu la moindre blessure. Cela tient du miracle !

Le centre du village a reçu les blocs de l'immense rocher

supportant le vieux château, causant des dégâts monstrueux.

(Cliché Ruat. DR.)
Les deux victimes sont Mme veuve Bélon, mère du dévoué maire de Vernègues, et M. Louis Michel. Leurs obsèques furent célébrées le dimanche 13 juin, au milieu d'un grand nombre de personnes venues des environs. Le Conseil municipal d'Alleins, avec son drap mortuaire, et toute la population de cette commune avaient eu à coeur de se rendre au Vernègues. Dans le cortège, on remarquait, en outre, le juge de paix d'Eyguières et diverses autres notabilités.
Après l'absoute, M. l'abbé Agard prononça une très émouvante allocution. Au cimetière, deux autres discours furent dits par M. Terrin, maire d'Alleins, et par M. Tuaire, conseiller d'arrondissement, au nom du gouvernement.
On se plaît à reconnaître que M. Bélon, maire, et ses collaborateurs du Conseil municipal, firent tous preuve, au cours de ces tristes jours, d'un dévouement au-dessus de tout éloge. »
[anonyme]

La nuit du 11 juin 1909 à Pélissanne

Par Eugène Caire, président de la Société de Secours mutuel La Pélissannaise.

« Après une journée de durs labeurs, toute claire et ensoleillée, les habitants de Pélissanne se livraient aux douceurs du far niente et s'apprêtaient à passer leur soirée suivant leurs habitudes, le plus grand nombre en babillant devant leur porte et d'autres au café où certains taquinaient la dame de pique. Pour notre part, nous savourions le tilleul parfumé de l'ami Laurens, au café de l'Univers.
Au moment où nous éclairions une cigarette (c'était 9 h 18), notre main se met à trembler, impossible de faire se joindre l'allumette et le tabac, notre corps entier suit le même mouvement et puis, tout d'un coup, un grondement sourd s'approchant en roulement de centaines de tambours, des craquements sinistres, une secousse brusque et brutale dans un sens que suit une autre secousse non moins vive dans un autre sens, la sarabande des verres et des tables avec, en accompagnement, celle de la batterie de cuisine, la cessation subite de l'éclairage électrique, et des cris ! et des clameurs ! D'un bond, nous sommes dehors ! Mais, au même instant, la génoise de la boulangerie Limouzy s'abat à nos pieds, un bruit de matériaux en chute se répand autour de nous en même temps qu'une poussière âcre et intense remplit la rue et nous prend à la gorge. Les cris et les clameurs redoublent de plus belle car, au milieu de l'obscurité, ce sont les familles qui appellent à elles chacun de leurs membres, ce sont les voisins qui crient leurs voisins, ce sont les suppositions les plus abracadabrantes qui sont jetées à tous les échos.
Maison en ruine dans laquelle est morte la jeune
Sophie Castellas (9 ans). Sept personnes y furent
ensevelies mais, par chance, purent être
dégagées vivantes. (Cliché Héry. DR.)
Et, des groupements qui se sont hâtivement formés à la lueur vacillante d'une petite bougie ou d'une fumante lampe à pétrole, on entend monter des soupirs et des gémissements ; on entend aussi l'un crier que c'est l'usine à électricité qui vient de sauter, tandis qu'un autre lui répond que c'est la poudrerie de Saint-Chamas, et qu'un autre encore déclare que c'est l'ancien volcan de Beaulieu qui vient de faire éruption. Mais la prédiction de de Parville* revient à la mémoire de certains, et il est bientôt unanimement admis que c'est le tremblement de terre qui vient de sévir. Et avec quelle violence ! La course éperdue dans les rues, les interjections d'effroi, l'apeurement de tous, le disent assez.
Et, tandis que, en simple chemise, certains accourent se blottir dans les groupements, on voit sortir des vieux quartier de “Dansville” toute une famille éplorée traînant, sur un charreton à bras, une des filles, Virginie Vivian, toute ensanglantée. On la dépose au café du Commerce où on l'entoure de soins.
Pendant ce temps, la nouvelle se répand dans la foule que, sous les débris des nombreux immeubles écroulés dans “Dansville”, gît la famille Lacals. Il n'y a qu'une partie de vrai dans cette rumeur. La famille Lacals n'a pas toute été prise par la chute de ses deux maisons, et la plupart de ses membres n'ont même pas été blessés. mais Léonie Lacals, veuve Castellas, a été prise jusqu'à la ceinture sous les pierrailles et est blessée grièvement, tandis que sa jeune enfant, Sophie, a été atteinte à la tête par les matériaux et est morte sur le coup.
Autre part, dans la rue de la République, la chute de la toiture de la cordonnerie Pietri vient d'écraser Virginie Deynès qui est emportée mourante après de terribles efforts qu'ont faits de courageux sauveteurs pour la dégager. Cette pauvre femme ne devait survivre que quelques jours à ses affreuses blessures.
Un immeuble de Pélissanne
après le tremblement de terre.
(Cliché Ruat. DR.)
Et c'est Lyon Achille, c'est Montauriol, c'est le jeune Barral, et bien d'autres personnes qu'on retire des décombres avec des blessures sur tout le corps. Tandis que les nouvelles les plus pessimistes arrivent peu à peu de Salon, de Lambesc, d'Aix, etc. ! Ainsi s'écoulent les heures séculaires de cette nuit tragique !
Enfin, voici le petit jour qui s'annonce au loin, ses premières lueurs blafardes éclairent petit à petit notre pauvre localité et dissipent un brin l'inquiétude qui envahit nos âmes. Mais quel spectacle douloureux il nous permet de contempler ! Plus de vingt maisons écroulées et dévastées, tout un quartier en ruines, tous les immeubles de Pélissanne et les bastides lézardés et ébranlés avec des dégâts considérables, presque toutes les toitures effondrées et des récoltes anéanties et, brochant par-dessus tout, le clocher démoli et décapité !
C'est navrant et c'est désolant ! Aussi, que de larmes amères sillonnent les joues des femmes et des enfants, et combien d'homme ont une perle au coin de l'œil ! C'est la ruine, c'est la misère, qui s'appesantissent sur nos foyers, tandis que l'impitoyable camarde** a emporté quelques-uns des nôtres !
À ces victimes des aveugles éléments, nous renouvelons ici l'adieu fraternel et ému que leur fit l'unanimité de notre population en assistant tout entière à leurs obsèques. Leur souvenir restera vivant en nos mémoires.
Et nous disons à nos concitoyens : Haut les cœurs ! pas de pusillanimité, pas de vaines craintes ! À l'œuvre pour réparer les dommages et pour redonner à notre coquette cité l'aspect souriant qu'elle avait avant le sursaut tellurique. Courage, amis, restez attachés à votre petite patrie, car il n'est pas possible que notre belle terre provençale, si nourricière et si féconde, se soit changée à jamais en une marâtre affolée et malfaisante ! »


* Henri de Parville (1838-1909) était rédacteur scientifique. Il supposait qu'un tremblement de terre finirait par frapper la Basse-Provence.
** Camarde : figure allégorique de la Mort.



L'association des Dames françaises - Croix-Rouge et le tremblement de terre de 1909

Mmes Bohn, Silbert, Mlle Blanchard, 
Mmes Apt, Bruschet et Mlle André 
préparant les pansements.
(Cliché L. Meifren, Marseille. DR.)
L'association des Dames françaises - Croix-Rouge était représentée sur les lieux du tremblement de terre du 11 juin 1909, dès le lendemain du drame par Mmes Bohn, Destouches, Silbert, Blanchard et M. le professeur Imbert, de Marseille.
Leur tâche consistait à faire profiter les victimes de leur dévouement sans borne.
Mme Dadre, Mlle Tsiropinas
et Julie et Adèle, deux jeunes
filles restées 18 heures sous 
les décombres à Rognes.
(DR.)
M. Poutet, président du comité de secours de Rognes, écrira d'ailleurs une lettre pour rendre hommage aux qualités de ces femmes :
« L'œuvre de bien accomplie ici par les Dames françaises a fait l'admiration de tous. Arrivées dès la première heure, c'est-à-dire au moment précis où l'on retirait des décombres les premiers blessés, ces infirmières dévouées se mirent à l'œuvre et, durant un mois, nuit et jour, firent preuve d'une abnégation au-dessus de tous les éloges. Grâce à leurs soins assidus, tous nos malheureux sont guéris ou hors de danger ; grâce à leur charité inépuisable, bien des misères ont été soulagées ; grâce aux bonnes paroles d'encouragement qu'elles ne cessaient de répandre, bien des infortunés ont retrouvé force et courage. Elles nous ont quittés, hier, et ce n'est pas sans regrets ni sans larmes qu'on les a vues s'éloigner de notre malheureux pays ou leurs bienfaits resteront mémorables. Au nom de notre population affligée, nous leur disons merci, et nous les prions de bien vouloir agréer l'expression de la profonde reconnaissance publique. »
Édith Fraissinet, Mlles Kelsey et
Tsiropinas, et Mme Destouches
faisant un pansement de 
la jambe

(Cliché Panelle. DR.)
Un hommage rendu à ces dames que nous reproduisons ici pour louer la valeur de :
Mlle André,
Mmes Apt, Bertoglio, Bruschet, Dadre,
Mlles Édith Fraissinet, Jeanne Fraissinet, Kelsey,
Mmes Lisbonis, Sugdury,
Mlles Paggi et Tsiropinas.
Sans oublier, évidemment, les dames évoquées en début d'article :
Mme Bohn, la présidente,
Mme Silbert, la vice-présidente,
Mme Destouches, la secrétaire générale,
Mlle Blanchard, la trésorière.

Pour plus de renseignements sur l'ADF (Association des Dames françaises), voir les liens ci-dessous :

La nuit du 11 juin 1909 à Lambesc

Racontée par Raymond Dauphin, témoin oculaire
« VENDREDI 11 juin 1909...
Cette date fatale restera à jamais gravée dans ma mémoire ; son seul souvenir fera toujours revivre en moi les heures atroces que nous avons passées et le spectacle navrant d'une population désolée.
Une vieille habitude veut que je me trouve chaque soir après le souper au café Nicolas, située sur la Grand-Rue ; je passe là quelques heures agréables en compagnie de bons amis.
La ferme de Croigne dans laquelle 
les quatre enfants Philip ont trouvé la mort. 
Cliché Ruat. DR.
Le 11 juin au soir, je me trouvais donc dans cet établissement, causant avec mes amis, loin de me douter qu'une terrible catastrophe nous guettait. Tout d'un coup, à 9 heures 19 très exactement, nous entendons une formidable détonation, nous nous sentons progressivement secoués, on eut dit qu'on pressait fortement sur nos épaules pour nous affaisser. Après ce mouvement de verticalité, un mouvement beaucoup plus fort de latéralité suivit ; les chaises, tables, verres, carafes sont renversées, une cloison dégringola dans le café et la lumière s'éteignit. Une vive panique s'empare de nous tous, nous nous élançons vers la porte, nous nous bousculons, nous marchons sur des personnes qui, s'étant heurtées à des chaises, étaient tombées, et nous arrivons enfin sur la terrasse du café. Là, un spectacle bien plus navrant nous attendait.
Toute une population surprise par le tremblement de terre que nous venions de subir, courait affolée dans les rues ; ici, c'est une femme serrant dans ses bras son enfant nu et appelant à grands cris son mari ; là, c'est un homme, Louis Isnard, demandant du secours pour retirer son père, sa mère, son frère et ses deux sœurs qui sont sous les décombres dans le quartier du Castellas ; successivement, on vit Maurin, Pougaud, Matheron, Chauvet, Philip, etc., venir demander des secours pour retirer des décombres les cadavres de leurs femmes et de leurs enfants.
C'est alors que, après avoir pensé à soi-même, on dut prendre courage et aller sortir des décombres meurtriers les malheureuses victimes. De nombreux habitants se dévouèrent à cette tâche ; nous citerons au hasard Émile Giraud, Albert Allemand, Fernand Giraud, Louis Imbert, etc., qui, sans relâche, travaillèrent toute la nuit à dégager les morts.
Pendant ce temps-là, la population évacuait Lambesc et se retirait tristement sur le plateau de Berthoire.
Restes d'un foyer de Lambesc.
Cliché Boissonnas-Détaille. DR.
Hommes, femmes, enfants, vieillards, infirmes, quittaient leur demeure, craignant qu'une nouvelle secousse ne vint augmenter le nombre des victimes. La température ayant sensiblement baissé, de grands feux s'allumèrent et les flammes qui s'en dégageaient éclairaient des visages empreints de tristesse et de désespoir. Ah ! la terrible nuit ! les six heures qu'elle dura nous sembèrent des siècles ; nous craignions l'obscurité et il nous semblait que, le jour arrivant, un gai soleil et un temps chasseraient de notre esprit le cauchemar qui le hantait. Hélas, il n'en fut rien ! le lendemain, à l'aube, un nouveau spectacle navrant s'offrit à nos yeux, notre pauvre Lambesc nous apparut en ruines ; en rentrant dans nos maisons, nous nous heurtâmes à des tas de plâtras, à des meubles renversés, à des objets que la terrible secousse avait réduits en miettes. Notre pauvre clocher nous apparut fortement ébranlé, notre église toute lézardée, les rues étaient encombrées de matériaux provenant de la chute des murs ; à l'usine Barbier, où je me rendis, une cheminée en maçonnerie de 25 mètres s'était abattue sur le laboratoire qu'elle avait saccagé. Dans le quartier du Castellas, aucune maison n'avait échappé à la terrible catastrophe ; c'était navrant et je renonce à décrire la douleur que provoqua en moi ce terrible spectacle.
À 6 heures du matin, je me trouvais sur la place Lazare-Carnot ; un camion descendait au pas sur la Grand-Rue ; un linceul blancrecouvrait les corps des quatre enfants Philip que les décombres avaient engloutis à la ferme de Croigne ; derrière, venait une voiture sur laquelle un homme et une femme sanglotaient ; c'étaient les maheureux parents qui accompagnaient les corps de leurs chérubins qu'on allait déposer à l'hospice, près de leurs frères d'infortune. Le passage de ce camion de la mort, de cette voiture de douleur, nous étreignit et, silencieux, en pleurant, nous nous découvrîmes.
Telles sont mes impressions sur la terrible catastrophe du 11 juin 1909 ; elles ne donneront au lecteur qu'une vague idée du désastre ; car il n'est pas possible de décrire exactement les heures d'angoisse et les tristes conséquences que provoqua ce tremblement de terre. »


La carte du tremblement de terre de 1909

Publié in Bulletin de la Société Astronomique de France, M. Flammarion, 1909.
Cliquez sur la carte pour l'agrandir.

Légende :
  • Courbe I. Secousse signalée seulement par les instruments (sismographes).
  • Courbe II. Secousse signalée par les instruments et ressentie par quelques personnes au repos.
  • Courbe III. Secousse sensible par un grand nombre de personnes au repos.
  • Courbe IV. Secousse constatée par l'homme en activité. Ébranlement d'objets, trépidation des vitres.
  • Courbe V. Secousse généralement ressentie. Tintement de sonnettes, ébranlement de meubles, lits, etc.
  • Courbe VI. Réveil général des dormeurs, oscillation des lustres, arrêt des pendules, ondulation des arbres. Effroi.
  • Courbe VII. Renversement d'objets dans les appartements. Tintement des cloches. Chute des plâtras. Grand effroi.
  • Courbe VIII. Murs lézardés, chute de cheminées. Épouvante.
  • Courbe IX. Destruction partielle ou totale de quelques édifices.
  • Courbe X. Grands désastres. Ruines. Bouleversement des couches terrestres. Crevasses. Éboulement de montagnes.

Les communes moins touchées par la tremblement de terre (2e partie)

Après la secousse, des bruits commencèrent à poindre dans toute la Provence. On disait que 30.000 personnes avaient péri à Nice, qu’Aix avait été ravagée et que la Côte d’Azur avait été engloutie.
Localement, les secousses ressenties furent toutefois impressionnantes :


Marseille (Bouches-du-Rhône) :
« La première secousse fut légère. D’autre suivirent, plus fortes, plus violentes, provoquant en certains immeubles la chute des frontons de meubles et même de petites cloisons. Le public s’effraya. […] L’instinct de conservation fit sortir de chez eux grand nombre de gens. Une sorte de panique se produisit. les enfants surtout criaient, pleuraient, voulaient quitter les maisons et chercher un abri. »

Montpellier (Hérault) :
« Aucun accident n’est signalé, sauf une femme qui aurait été projetée de son lit sur le sol de sa chambre. »

Avignon (Vaucluse):
« De nombreuses familles ont veillé toute la nuit de crainte d'être surprises dans leur lit par une nouvelle trépidation […]
« À Saint-Ruf, un jardinier, qui arrosait ses plantes et se trouvait sur une passerelle, a été si surpris par la trépidation, qu'il est tombé dans une fosse sans se faire du mal. Au bar des Glaces, des bouteilles mal assujetties sur les étagères se sont cassées.

Cadenet (Vaucluse) :
« La secousse a duré de 3 à 5 secondes. […] Dans les cafés, les chaises ont été renversées ; les pendules se sont arrêtées à 9 h 15 ; des plafonds et des cheminées se sont écroulés, mais sans causer d'incident. »

Ansouis (Vaucluse) :
« Les lits roulaient, les sonnettes des maisons résonnaient, la lumière électrique s'est éteinte. »

Carpentras (Vaucluse) :
« Les portes ont été agitées et le gaz s'est éteint dans les cafés. »

Orange (Vaucluse) :
« Les secousses ont été violentes ; bon nombre d'habitants sont descendus dans la rue à demi-vêtus ; des réservistes effectuant une période d'instruction au 15e escadron, pris de frayeur, quittèrent la caserne et se dispersèrent dans la cour. »

Toulon (Var) :
« Exactement à 9 h 17, un léger tremblement de terre a été ressenti […]. Les habitants descendent dans les rues, se forment en groupes et se font part de leurs impressions. On ne signale jusqu'ici aucun accident de personnes.
« Dans la rue Neuve, des habitants qui étaient encore à table au moment du tremblement, déclarèrent que les assiettes ont remué et que des lampes se sont éteintes. D'autres personnes disent que dans de grandes cages les oiseaux se sont mis à voler ; on raconte aussi que des chiens ont aboyé au moment de la commotion.
« À l'hôpital maritime, presque tous les malades ont quitté leur lit et il a fallu la prière instante du docteur Abeille de la Colle pour leur faire réintégrer les salles.
« Dans les casernes du 111e de ligne et de l'infanterie coloniale, tous les soldats abandonnèrent la chambrée. L'intervention des officiers a rassuré les hommes.


Les communes moins touchées par le tremblement de terre de 1909

Puyricard compte de nombreuses maisons lézardées. Les fermes à proximité du vieux château sont particulièrement endommagées.
À Pertuis, ville très éprouvée, les maisons touchées constituaient encore, naguère, un danger permanent pour la sécurité.
On croyait Mallemort indemne, tandis qu’il a été fortement éprouvé. Les lézardes des maisons ébranlées s’accentuaient tous les jours, de sorte que les familles désertaient en masse ces foyers dangereux.
À Éguilles, l’église et le château sont en très piteux état et les maisons ne valent guère mieux.
Comme Pélissanne, Lambesc et Saint-Cannat, la commune de Venelles a perdu son vieux clocher, et tout le haut du village menace ruine.
Au Puy-Sainte-Réparade, où les dégâts, surtout dans la campagne, sont importants, les obsèques de Mme Léonie Long et de Mlle Albertine Long ont été purement civiles. Elles ont donné lieu à une imposante manifestation. Tous les libres penseurs de la région, l’églantine rouge à la boutonnière, avaient tenu à accompagner jusqu’à leur dernière les deux malheureuses femmes. M. Artaud (photo ci-contre), président du Conseil général et maire de cette commune, a prononcé au cimetière un discours ému dans lequel il a rappelé la vie toute d’honnêteté des deux victimes.
Le magnifique château de La Barben, rendez-vous des touristes de la contrée, et le village, n’ont pas été épargnés.
À Alleins, les dommages sont considérables. C’est de cette commune que sont partis à destination de Vernègues les courageux citoyens Ernest Arlaud, Marius Arlaud, Paul Pellegrin, Jules Mandine, Émile Michel, Jules Viaud, Albert-Laurent Brussey, Auguste Flon, Georges Von Loo, Casimir Dumas, Marius Villaron, Auguste Décanis, Jules Bompuis, Baptistin Busson, Brian, Charles Galon, qui ont tous reçu les félicitations du gouvernement.
À Mouriès, beaucoup de maisons sont lézardées, mais c’est surtout l’église et aussi le clocher qui sont le plus éprouvés. Ces deux édifices constituaient un véritable danger pour la sécurité publique ; aussi en a-t-on interdit l’accès aux habitants.
À Meyrargues et à Peyrolles, les dégâts sont assez élevés. Dans cette dernière commune, les écoles et la gendarmerie ont été sérieusement endommagées.
À Jouques et à Saint-Paul-les-Durance, ce sont également les écoles qui ont le plus souffert.
Les communes de Lançon, Sénas, Lamanon, Eyguières, Aureille, Port-Saint-Louis, Istres, Les Baux, Tholonet, Saint-Marc, Vauvenargues, Saint-Chamas, Ventabren, Saint-Estève, Charleval, Cornillon, Miramas, Grans, La Fare, Châteauneuf, Meyreuil, Saint-Antonin, ont eu quelques dégâts, mais grande fut la panique, dans toutes ces localités, car les habitants apeurés redoutaient la continuation des terrifiantes secousses.
Légendes :
1. ARTAUD, maire du Puy-Sainte-Réparade.
2. L’église de Venelles après le tremblement de terre.


Discours de Jean-Baptiste Guitton, adjoint à la mairie de Rognes (13 juin 1909)

« AU NOM DU Conseil municipal et de la population tout entière de Rognes, le coeur ému, j'adresse aux familles de nos concitoyens, victimes du malheur qui nous frappe tous, mes plus respectueuses condoléances ; mais je veux aussi et surtout adresser un suprême adieu à ceux qu'une mort terrible a fauchés en pleine jeunesse ou dans l'âge mûr, et que nous venons d'accompagner à leur dernière demeure.
Si la parole humaine est impuissante à traduire les sentiments qui nous oppressent en certaines circonstances particulièrement pénibles de la vie, c'est bien à cette heure, et en face de ces quatorze cercueils renfermant les restes de tout ce qui fut cher à beaucoup d'entre nous, et victimes du plus terrible et du plus épouvantable des désastres.
Adieu, amis bien chers ; votre mémoire ne sera point oubliée parmi nous et vivra éternellement dans les coeurs de ceux qui vous pleurent et de tous ceux qui viennent de vous accompagner au champ du repos.
Encore une fois, adieu et au revoir dans un monde meilleur. »

Discours de Paul Martin (Saint-Cannat, 1909)


À l'occasion des funérailles du 13 juin 1909. Dans le cimetière, Paul Martin, maire de Saint-Cannat, déclare :

« CHERS CONCITOYENS,
Quelles paroles pourraient traduire l'émotion qui m'étreint en venant ici saluer la dépouille mortelle des malheureuses victimes qui ont trouvé une si triste fin dans l'épouvantable catastrophe dont nous sommes cruellement atteints ! 
Dix cadavres, notre malheureux pays en ruines, tel est le bilan de cette horrible soirée !
Et vous, chers infortunés, au nom du Conseil municipal, au nom de la population tout entière, je vous adresse un suprême et dernier adieu. Dormez en paix, pauvres victimes de l'implacable destin, votre souvenir ne nous quittera pas et demeurera en nous comme un deuil éternel que nous transmettrons aux générations futures.
Chers concitoyens,
Devant ces tombes encore ouvertes, jetons-nous dans les bras les uns des autres, oublions à jamais toutes nos divisions et, frères dans le malheur, unissons nos courages et nos énergies pour le relèvement de notre cher pays aujourd'hui si fatalement éprouvé. »



Discours de Camille Pelletan (Lambesc, 1909)

« C'EST UN DEUIL d'une cruauté rare que celui qui nous amène ici ; et le long défilé des cercueils que nous venons de suivre montre assez que le malheur s'est abattu sur ce pays avec une atrocité exceptionnelle. Est-il beaucoup de douleurs comparables à celle que nous voyons autour de nous ? Quelle effroyable désolation que celle de l'ami que j'ai à côté de moi, et qui accompagne à la fois tous ses enfants, sauf un seul, jusqu'à la tombe où ils le précèdent !
Voilà donc les férocités aveugles, les crimes inconscients des forces aveugles de la nature ! On ne peut plus se fier à l'écorce même du globe : les maisons chancelantes s'abattent sur la tête de leurs malheureux habitants ; et il ne reste de famille entières que quelques infortunés pour lesquels la fatalité fut, non pas clémente, mais impitoyable en les épargnant, puisqu'ils ne restent que pour pleurer ceux qui ont disparu, et connaître ce que la douleur humaine a de plus affreux.
Pour moi, que cette population a adopté depuis plus d'un quart de siècle, qui compte ici tant de vieux amis, qui ne veux plus y connaître d'ennemis et qui ne puis que me sentir ici de la famille, surtout aux heures du malheur et des désolations, ai-je besoin de dire combien je suis atteint jusqu'au fond du cœur, secoué jusqu'aux dernières fibres de mon être, par les coups implacables que la destinée vient de frapper sur ce pays auquel je suis indissolublement attaché par des liens si profonds ?
Oui, l'acharnement du malheur a été si atroce que vos douleurs, que nos douleurs, ont trouvé un lointain écho et qu'autour de ce cimetière, si loin que la pensée peut porter, la France entière s'associe à nos deuils. Ce serait un faible soulagement à nos larmes, s'il pouvait y avoir aucun soulagement pour des larmes si amères. »

Photo : Camille Pelletan, député de la deuxième circonscription d'Aix-en-Provence, par Eugène Pirou (1841-1909). DR.


La nuit du 11 juin 1909 à Salon

Texte d'Albert-Émile Sorel (1876-1938), témoin du tremblement de terre.

« J'ÉTAIS en Provence, depuis trois mois bientôt, en pleine campagne, à peu de distance de la coquette cité de Salon, et j'habitais un « mas » patiné par les siècles auquel conduisait un petit chemin delicieusement champêtre et que dominait un bois de pins. Devant moi, des prés ; la verdure des herbes hautes ondulait aux pieds des mûriers, des pêchers, dont les branches portaient des fruits orgueilleux qui brillaient ; derrière une olivette mouvante, la ville détachait ls tourelles de son château et son antique église sur un ciel limpide, et les collines harmonieuses dessinaient leur profil attique.
Nul paysage n'est mieux fait pour le silence de l'enchantement nocturne. Dès que le monde se couvre de ses voiles, les astres s'allument et scintillent ainsi que des regards attendris ; les rainettes chantent une mélopée charmante et les arbres murmurent pour raconter des légendes et des féeries. C'est la beauté unie à la splendeur du recueillement.
Ces lieux devaient devenir, pendant quelques heures, le décor d'un spectacle dont le souvenir m'obsède. Après une journée brûlante, le soleil était descendu plus morne que de coutume. pas un souffle de vent n'ébranlait l'espace. Cependant, le calme régnait. Dans la salle à manger de campagne, je goûtais la détente qui succède aux après-midi ardentes de l'été méridional. 9h15 venaient de sonner au lointain, sur la tour de la ville ; des bruits familiers retentissaient dans la maison, et, subitement, un vacarme de vaisselle qui tombe, un plancher qui fléchit, une suspension secouée qui se met à décrire un cercle fantastique, un grondement qui se prolonge, qui augmente, qui assourdit, des murs qui craquent, des meubles qui grincent, qui roulent sur le sol ; enfin le fracas d'un bombardement, quelque chose comme un obus qui éclate. Une voix, à mes côtés, prononce ces mots : « Un tremblement de terre ! » Que s'est-il passé ? J'ai couru au premier étage, j'ai arraché des enfants en pleurs de leurs lits, j'ai dégringolé des marches, ouvert une lourde porte et je me suis trouvé dehors, sur un sol mouvant. Cela n'avait duré que vingt secondes ; il y a de ces instants où les forces se centuplent.
Maintenant, l'ombre opaque nous enveloppait. la nature s'était tue ; elle palpitait encore, toutefois, pareille à la marée qui vient de briser ses flots sur un récif et qui se retire pour calmer sa fureur. Allions-nous voir de nouvelles vagues de terre se soulever ? Le globe allait-il s'entrouvrir pour un egloutissement des hommes et des choses ? Une immense clameur s'élevait d'alentour, à des kilomètres à la ronde ; une clameur lamentable, des gémissements fous, des appels désespérés se traînaient à travers la nuit et montaient jusqu'à nous. Il fallut rentrer dans la maison où chaque pas sonnait dans l'écho plus sonore, éteindre les lumières, par crainte d'un incendie, et trouver des vêtements et du secours, ca, de partout, on se sauvait, hagard, désordonné, devant ce tourbillon, ce remous du monde, qui semblait réclamer sa proie.
Peu à peu, les clameurs s'atténuaient. On entendait parfois comme un sanglot. Les paysans soupçonneux commençaient à calculer les pertes probables et rentraient dans leurs cuisines pour y chercher les restes de leur repas. Les minutes se succédaient, interminables, coupées par un mot, prononcé d'intervalle en intervalle et qui résonnait lugubrement.
Nous n'avions pas songé tout de suite aux bêtes : les chevaux furent sortis de l'écurie dans laquelle s'étaient réfugiés deux chiens apeurés et un chat qui miaulait désespérement. On les conduisit dans l'allée, sous les pins, désormais notre asile ; une lourde bâche, attachées à quatre troncs noueux, pouvait à la rigueur nous protéger contre la pluie menaçante. Une lampe éclairait cette crèche improvisée, où reposaient sur le sol, inquiets, des femmes et des enfants. Des nuages encombraient la voûte céleste au fond de laquelle pleuraient de rares étoiles, dont l'éclat était tamisé par une brume opaque. Un cours d'eau bavardait, et chacun s'imaginait entendre le son des cloches et le roulement des tambours, soulignés par le clairon d'alarme, et s'attendait à voir monter des lueurs sinistres d'une ville subitement éteinte.
Une femme déclarait que la prédiction en avait été faite pour cette heure même. Puis, les chevaux piaffèrent ; la fraîcheur qui précède l'aube humectait les prairies d'une rosée précoce ; un chien grogna et un rossignol soupira amoureusement.
Le lendemain, le soleil envoyait ses longs rayons sur le pays ému. L'aurore se levait avec un sourire pâle, de son lit d'ocre et d'or ; la vieille maison restait debout ; les arbres antiques avaient résisté au choc. Je me rendis à Salon. La ville était bouleversée ; les murs lézardés s'écroulaient ; des objets en désordre jonchaient les rues, et la foule, en larmes, criait désespérément. Sur la place, les habitants étaient couchés pêle-mêle ; des visages résignés vous considéraient avec stupéfaction ; d'autres, hébétés, vous imploraient : personne n'avait plus confiance dans son foyer. La nature l'avait secoué, brisé, piétiné ; les églises elles-mêmes n'étaient point épargnées. Quelques façades subsistaient ; l'intérier n'était plus qu'un mélange confus de plâtras, de poutres, de miettes sans noms. Beaucoup de personnes furent ainsi anéanties, et ceux que la ruine avait atteints se promenaient, impassibles, cachant sous leur figure indifférente le chaos de leur âme : des masques qui devaient tomber bientôt comme les façades des maisons. Toute la tragédie de l'existence bourgeoise et provinciale se déroulait en épisodes simples et se manifestait par des dévouements qui touchaient à la grandeur par leur spontanéité. Des enfants naquirent cette nuit-là, dehors, sur la place ou dans la rue, comme si, dès le seuil de la vie, l'expérience de la misère et de l'infirmité humaines devait leur être révélée. »



Les funérailles de Saint-Cannat (13 juin 1909)

Les victimes de Saint-Cannat sont inhumées le 13 juin à 17 heures au cimetière du village.
Tous les habitants, sans la moindre exception, sont présents.
Parmi les personnalités présentes figurent :
Georges Mastier, préfet ;
Camille Pelletan, député ;
Louis Alexis, conseiller général du canton de Lambesc ;
Auguste Girard, conseiller général du canton de Salon ;
M. Estienne, maire de Pélissanne ;
M. Martin-Jaubert, maire de Lambesc ;
M. Terrot de la Valette, procureur de la république à Aix ;
Émile Grimaud, sous-préfet de l'arrondissement d'Aix.
Alors que les dix cercueils sont alignés (la plus jeune victime est un garçon de 12 ans), le maire de Saint-Cannat, M. Paul Martin, prononce un discours émouvant :

Discours de Charles Martin-Jaubert (Lambesc, 1909)


« LAMBESC est en deuil, une catastrophe qui n'a pas de précédent en France vient de jeter dans la consternation et dans la misère le malheureux village que j'ai l'honneur d'administrer. Lambesc, si prospère, avant le malheureux événement, est maintenant anéanti.
Ayons tous du courage, surmontons le malheur et mettons-nous résolument à l'œuvre pour réparer les dommages de l'épouvantable catastrophe. Nous comptons pour cela sur le gouvernement et, en particulier, sur nos frères provençaux. Nous espérons qu'ils auront à cœur de venir en aide à notre population affligée qui est plongée dans la plus grande misère.
Aux familles éprouvées par les pertes cruelles des leurs, j'adresse, au nom de la ville de Lambesc, mes condoléances émues, et aux malheureux morts notre dernier adieu. »


La nuit du 11 juin 1909 à La Roque-d'Anthéron

Par Emmanuel-François de Florans (1877-1916)

« LE 11 JUIN1909, vers 9 h 17, me trouvant dans une des jacobines nord du château de La Roque, le vent d'orage soufflant déjà, une brusque rafale comme un cri de détresse traverse la vallée est-ouest et le cube du château, orienté sur ses quatre faces, est secoué sud-nord. [...]
Secoué sous le toit frémissant de ce massif castel, j'avais le choix entre la mort debout ou la descente tête première ou pieds devant par la fenêtre. J'attendis la fin dans ma chambrette. Quelques minutes après, je trouvais le village dans la rue, pierres et gens ! Je dois à mes compatriotes cette justice : le premier moment de stupeur passé, ils avaient recouvré leur sang-froid ; on se heurte, on se coudoie : "N'avez-vous rien ? Ma maison est fendue, murs et plafonds, et nous sommes sortis en courant ! Quelle peur ! Nous l'avons échappé belle !"
Nous l'avons échappé belle, c'est vraiment le mot de la situation, car, deux secondes plus tard, La Roque n'était plus ! À tâtons, sous un ciel jaloux de ses étoiles, on visite les immeubles les plus endommagés, et cette promenade dans la pénombre a quelque chose de sinistre elle-même. De temps à autre tombe un plâtras, se détache une grosse pierre. Et c'est une panique nouvelle. La pierre faisait le bruit !
L'extérieur du château de La Roque ne laisse pas deviner
les dégâts considérables dont l'intérieur a souffert.
(Coll. part.)
Le haut La Roque est très éprouvé : le Roquassier eut là l'impression de ce qui s'en va. Les murs antiques que les pères des anciens avaient vu debout, attestant le vieux village, sont maintenant épaves d'un passé aboli ; cinq siècles de bons services ne sauvent pas le moulin à huile de la lézarde formidable, ses voûtes énormes ne résistent point aux convulsions de cette terre qui lui prodigua ses olives ; la coquette mairie et sa blanche façade mutilée voient, l'horloge à moitié démolie, un trou béant faire office de cadran et l'aiguille, griffe muette, indiquer l'heure sinistre.
La foule lentement se retire, les uns regagnent leurs maisons. Mais ces demeures qui les ont vu naître offrent-elles maintenant la solidité nécessaire ? Ne vaut-il pas mieux les déserter pour un abri plus sûr ? Alors commence l'exode vers les bastidons de la plaine. Chacun se loge où et comme il peut, chemineau du tremblement de terre, sous les hangars et dans les granges, et sur les aires, le plus déshérité pratique le camping ! La triste veillée se poursuit entre ceux qui tremblent et ceux qui prennent sur eux d'encourager. Une angoisse indicible étreint tous les cœurs. Le sinistre est-il limité à La Roque ? Nos pauvres voisins ne sont-ils pas plus durement frappés ? Enfin voici le jour qui luit... mais pourquoi cette lueur falote éclaire-t-elle le ciel blafard ? Le soleil se refuse à illuminer le lamentable spectacle. La campagne est morne. On dirait que, dès l'heure tragique, la vie universelle a suspendu son cours. L'oiseau ne chante pas. Le rossignol s'est tu. La nature prend le deuil de sa propre infortune. Quand arrivent les terribles nouvelles : Rognes, l'antique Rognes est détruit, Saint-Cannat en partie écroulé, Lambesc moyenâgeux cruellement atteint ! Effaçons-nous devant le désastre d'alentour.
Témoins historiques des âges écoulés, le pesant château de La Roque, bardé de fer sur l'assise de rochers qui filent jusqu'à Silvacanne, la vieille abbaye des moines de Citeaux, en ont tant vu passer de choses ici-bas, que la plus terrible secousse enregistrée par notre Midi vingt fois séculaire ne le a que légèrement émus : philosophie, résignation de pierres éloquentes, notre effort sera de vous imiter sans que de nous puissent être redits les vers du poètes :
Si fractus illabatur orbis
Impavidum ferient ruinae [1]...

[1] « La voûte du ciel s'écroulerait que ses débris le frapperaient sans l'étonner. » (Horace [65 av. J.C. - 8 av. J. C.], III. Od. III. 7)


Discours de Georges Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône (Lambesc, 1909)

« Mesdames, messieurs,
J'ai le pénible devoir d'associer le gouvernement de la République à la souffrance que cause la catastrophe qui vient de frapper notre région.
D'autres communes pleurent aussi leurs morts. Je ne peux me trouver partout, mais d'ici ─ Lambesc me le permettra ─ je tiens à leur adresser un dernier adieu.
Que dire d'un pareil désastre ? En face d'une douleur si terrible, en face d'une telle catastrophe, c'est l'écrasement complet, c'est la stupéfaction.
Il faudra cependant nous ressaisir et songer à vivre encore. Ceux qui restent ont de grands devoirs à accomplir ; il va falloir se mettre à la reconstruction de vos habitations détruites. Demain, Lambesc, Rognes, Saint-Cannat, devront encore s'élever. Pour accomplir cela, il faut d'abord que vous le vouliez, mais il vous faut encore des secours. Ces secours, vous pouvez en être certains, ne vous manqueront pas. »


Les funérailles de Lambesc (13 juin 1909)

Funérailles des victimes de Lambesc.
(Cliché Ruat, DR.)
Une grande foule se presse devant le cimetière de Lambesc à l'heure des obsèques des quatorze victimes. Tous les magasins se sont fermés. Le cortège funèbre part de l'hôpital de Lambesc où de nombreuses personnes sont massées.
Une délégation des instituteurs des Bouches-du-Rhône est présente, une autre des institutrices du domaine de Caire, l'Union agricole de Charleval, la municipalité de Charleval aussi.
Parmi les personnalités présentes figurent :
Henri Estienne, maire
de Pélissanne.
Cliché Héry. DR.
Georges Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône ;
Camille Pelletan, député ;
Louis Alexis, conseiller général du canton de Lambesc ;
Auguste Girard, conseiller général du canton de Salon ;
M. Estienne, maire de Pélissanne ;
M. Martin-Jaubert, maire de Lambesc ;
M. Terrot de la Valette, procureur de la République à Aix ;
Émile Grimaud, sous-préfet de l'arrondissement d'Aix.
Trois discours émouvants seront prononcés en cette circonstance :

Liste des victimes du tremblement de terre de 1909

Lambesc (14 morts)
1. CASTINEL Isabelle, 8 ans
2. CHAUVET Paul, 3 ans
3. CLOS Valentine, épouse POUGAUD, 40 ans
4. GINOUX Joseph, 6 ans
5. GUÈS Clarice, épouse CHAUVET, 28 ans
6. JOSUAN Rosalie, 73 ans
7. MATHERON Augustin, 13 ans
8. PHILIP Abel, 18 ans
9. PHILIP Célina, 11 ans
10. PHILIP Adélie, 10 ans
11. PHILIP Juliette, 5 ans
12. RABARIN Félicie, épouse MAURIN, 45 ans
13. REY Lucie, époux GINOUX, 40 ans
14. ROUX Marius, 17 ans

Pélissanne (4 morts)
15. CASTELLAS Sophie, 9 ans
16. DEYNÈS Virginie, 82 ans
17. MOISEAU (masc.), 35 ans
18. ROMAN Lucie, 23 ans

Puy-Sainte-Réparade (Le) (2 morts)
19. LONG Léonie
20. LONG Albertine

Rognes (14 morts)
21. AUDIBERT Marius, 61 ans
22. BARAGIS Marie, épouse REYNIER, 52 ans
23. BENENTENDI Charles, 62 ans
24. CAIRE Louise Marie, épouse REYNAND, 43 ans
25. CALLIER Apollonie, épouse PIN, 68 ans
26. ELLENA Marie, épouse ROSSO 60 ans
27. FAVIER Marie, épouse NOL, 43 ans
28. GRIOSEL Joseph, 36 ans
29. ISOARD Désiré Sextius, époux MAURIN, 74 ans
30. MICHEL Marie, veuve ROUMAN, 67 ans
31. REYNAND Armel, 3 ans
32. ROSSO Étienne, époux ELLENA, 64 ans
33. ROSSO Lucie, 26 ans
34. ROUMAN Baptistin, 43 ans

Saint-Cannat (10 morts)
35. ARMIEUX Basile, 50 ans
36. BARRE Édouard Marius, 14 ans
37. BAUSSAN Éléonore, 72 ans
38. BESSONE Antoine, 35 ans
39. DUBOIS Charles, 83 ans
40. LAUGIER Sylvain Honoré, 48 ans
41. PASTORE Marie, épouse ARMIEUX, 44 ans
42. PELLEGRIN Denis, 69 ans
43. ROMIEUX Alexandre Louis, 12 ans
44. SAVIGNAC Jean, 67 ans

Vernègues (2 morts)
45. BELON, veuve
46. MICHEL Louis


Les funérailles de Rognes (13 juin 1909)

Rognes procéda à l'inhumation de ses quatorze victimes lors d'une cérémonies imposante. La tristesse accompagnait le village venus rendre un dernier hommage à ses enfants. Dans le cortège se trouvait une délégation du conseil municipal d'Aix, M. Guitton, adjoint au maire de Rognes, et Louis Alexis, conseiller général du canton de Lambesc. L'absoute fut prononcée par l'abbé Reynaud, archiprêtre de la cathédrale d'Aix.
Deux discours furent prononcés dans le cimetière, face aux cercueils :

Discours de Louis Alexis (Rognes, 1909)

« MESSIEURS,
L'heure n'est pas aux longs discours. Les grandes douleurs sont muettes. Et c'est, en effet, une douleur immense que celle qui étreint nos cœurs depuis deux jours et qui éclate en ce moment dans toutes ces poitrines et fait couler tant de larmes.
Comment ne pas être angoissé, comment retenir ses larmes en présence d'un pareil désastre, en face de tant de ruines, de tant de désolation, de tant de deuils ?
Ô destin implacable et cruel ! à quoi t'a servi de transformer les coquettes et riantes communes de ce magnifique canton en vastes nécropoles, en champs de dévastation et de mort ?
Des familles, avant-hier encore heureuses, sont aujourd'hui plongées, par ta faute, dans le plus profond désespoir. Avant de goûter un repos bien mérité, après une journée de dur labeur, le père venait, comme de coutume, d'embrasser affectueusement ses enfants, et la mère avait déposé sur leur front le baiser de son âme et de son cœur.
Pour quelques-uns, ce furent les dernières caresses, les derniers baisers !
En quelques secondes, la mort stupide glaça leurs lèvres, brisant à jamais le cœur de ceux qui survivaient.
Devant cette épouvantable catastrophe, devant ce deuil général, les partis se sont confondus, les divisions politiques se sont effacées et nous nous trouvons, à l'heure actuelle, en présence d'une population unie dans le malheur par la souffrance et par le deuil.
C'est, nous devons le reconnaître, la façon la plus noble et la plus digne d'honorer les victimes que nous pleurons. Puisse cette union persister et se perpétuer, dans l'intérêt de tous.
N'oublions pas que la plus étroite concorde nous sera toujours nécessaire pour mener à bien l'œuvre qui nous incombe à cette heure, à savoir la reconstruction, dans le plus bref délai possible, de nos habitations en ruines. Nous avons le droit de compter, à cet effet, sur les pouvoirs publics, qui ne nous abandonneront pas à notre triste sort ; mais nous fondons aussi des espérances sur les sentiments de solidarité humaine qui ne manquent jamais de se manifester à l'occasion de désastres pareils à celui que nous déplorons.
Comme représentant de ce canton à l'assemblée départementale, je n'aurai cesse ni repos que le jour où je vous aurai donné toute la mesure de mon vieil attachement à cette commune et de mon dévouement à vos intérêts.
Haut les cœurs, maintenant, et reprenons courage ! Au nom de M. le Préfet des Bouches-du-Rhône, au nom du Conseil général, en mon nom personnel, j'adresse les plus profondes et les plus vives condoléances aux familles éprouvées et je salue la dépouille des malheureux qui vont dormir dans cet asile leur éternel sommeil. »

La nuit du 11 juin 1909 à Rognes

Par Marie Tay, témoin oculaire

« Quand nous eûmes compris que notre maison ne s'écroulait pas sur nous, nous sortîmes en toute hâte, poursuivis par le bruit sinistre des derniers murs qui s'effondraient. Nous courions vers la campagne, loin du village qui, comme un immense château de cartes, s'affaissait graduellement. Nous allions, au devant de nous, épouvantés, craignant à tout instant de voir s'ouvrir la terre et d'être engloutis, car nous n'étions pas remis de la secousse qui avait ébranlé le sol sous nos pieds.
De temps à autre, accouraient comme des fous des hommes en chemise, un falot à la main, nous demandant : « N'avez-vous pas vu ma femme ? - N'avez-vous pas vu mes enfants ? » et c'étaient de toutes parts des gémissements et des cris de douleur. Y avait-il des morts ? Y avait-il des blessés ? L'horrible nuit gardait son secret. En s'éboulant, les vieilles maisons emportaient peut-être une victime, et la terre, jusque-là si riante et fertile, la terre de Provence, chantée par les poètes, nous rejetait de son sol. C'était horrible, horrible !
Attirés cependant par l'âme de la maison, nous revenons près d'elle ; nous venons voir si, parmi ces ruines amoncelées, il n'est pas de créature qui respire encore ; et au milieu de la nuit, les tristes nouvelles se colportent : l'on vient de sortir un tel de dessous les décombres, il vit ; dans telle rue, il y a un mort, dans telle autre une morte ; là, dans cette maison en angle, toute une famille est renfermée ; plus haut, une autre agonise ; ici, ce sont des appels désespérés ; là plane un silence de mort. De temps en temps, c'est la chute d'un toit ou d'un mur, puis le silence et l'obscurité recouvrent toute chose de leur voile et de leur mystère.
Une angoisse douloureuse nous étreint. Notre poitrine est sèche ; notre gorge, où s'est arrêtée la poussière des vieux murs qui ont failli nous écraser, notre gorge est prise d'un âcre picotement, mais la détresse morale que nous éprouvons est plus forte que la peine physique.
En face de nous se dresse en éventail menaçant un pigeonnier à moitié démoli, et à côté gît un amas de pierres, tombeau d'une morte. De quel côté que se portent nos regards et notre pensée, c'est la désolation, c'est une vision d'horreur et d'épouvante !
Peu à peu le jour luit et, semblables à des apparitions fantomales, drapés dans leurs couvertures blanches, les yeux dilatés par l'effroi, les lèvres agitées par un frémissement nerveux, tous courent de groupe en groupe, secoués par cette danse de Saint-Guy que le tremblement de terre leur a imprimée. Ils s'inquiètent de l'un et de l'autre : l'homme va à la recherche de son semblable, et c'est alors la procession mortuaire qui commence : portés silencieusement dans des linceuls, les cadavres s'alignent et se suivent. Quel lugubre défilé !
Et lorsque nous voulons rentrer dans nos demeures, une autre terreur nous saisit : ne s'écrouleront-elles pas sur nos têtes comme tant d'autres qui ont disparu dans la nuit ? Car l'impression dominante causée par le tremblement de terre, c'est la crainte que ça recommence. Et dans sa maison, dans ce home cher à tant de titres, l'on ne se sent plus en sûreté, épouvantable impression ! Toutes les portes sont calées et l'on n'ose les secouer ; toutes les lézardes semblent des feneêtres mençant d'entraîner la maison elle-même.
Et ceux qui n'en ont plus, les malheureux, regardent d'un air hébété, les yeux vagues, ces amas de pierres et de poutres qui furent leurs demeures, l'endroit où s'abritèrent leurs joies, leurs douleurs, où leur père et leur mère rendirent le dernier soupir. Ils cherchent à sortir de ces décombres leur meubles rustiques, les instruments de leur travail, et un autre exode commence : celui des choses après celui des êtres.
L'affluence des curieux et des touristes, les travaux de démolition causent durant tout le jour une animation incessante à travers le village dévasté mais, lorsque, à la nuit, tout le monde a regagné le campement, que par aucune fenêtre ne filtre un rais de lumière, l'impression funèbre qui s'en dégage es accablante. L'on pense aux villes d'Italie ensevelies sous la lave ; l'on pense à Reggio de Calabre, parce que chez nous comme à Reggio, si la cité est détruite, la vie y palpite encore. »

Photographie : Cliché Beaudoin. DR.


11 juin 1909 : le tremblement de terre de Provence...


« Dormez en paix, pauvres victimes de l'implacable destin, votre souvenir ne nous quittera pas et demeurera en nous comme un deuil éternel que nous transmettrons aux générations futures. »

(P. MARTIN, Saint-Cannat, 13 juin 1909)


Vendredi 11 juin 1909.
Une date qui restera éternellement dans la mémoire des Provençaux. 21 h 19 : heure atroce où la terre défigurera de manière définitive la gaieté provençale et fera entrer notre région dans un siècle dur, cinq ans avant le reste de la France.


Pour commémorer le centenaire de ce douloureux événement qui a changé à jamais la Provence, GénéProvence a proposé durant tout le mois de juin 2009 de nombreux articles liés au tremblement de terre du 11 juin 1909. Ces articles sont tantôt des récits des événements vécus par des témoins oculaires, des discours de personnalités politiques de la région, des listes de victimes et encore d'autres articles.
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