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Janvier 2012 - 11e année - numéro 122

La Ciotat (Bouches-du-Rhône)


Commune des Bouches-du-Rhône (13 028), Provence-Alpes.
32.901 habitants en 2007 (31.630 en 1999).
31,46 km2.


Voici quelques liens qui vous pourront vous guider si votre généalogie vous mène à La Ciotat.

HISTOIRE
    PERSONNALITÉS CIOTADENNES

    • Honoré Ganteaume (1755-1818). Honoré Joseph Antoine Ganteaume, né à La Ciotat le 13 avril 1755, était le fils d'Antoine Ganteaume, un petit capitaine de bateau de commerce, et de Catherine Gasquet. Élevé dans l'admiration de la mer, il entreprend une carrière maritime à l'âge de quatorze ans.
    • Le chevalier Paul (1598-1667), héros de la mer. Le chevalier Paul a eu la naissance qui le destinait à devenir un héros. C'est du moins ce que prétend la légende : l'homme aurait vu le jour dans une barque par une froide journée d'orage en décembre 1598 entre Marseille et le château d'If. On ne sait rien d'autre sur son origine, ni son vrai nom, ni celui de ses parents. Tout pour faire une légende.
    • Jules Vence (né en 1839), un consul à La Ciotat. Jules Vence est né le 4 mars 1839 à La Ciotat. Il exerce la profession d'ingénieur maritime, d’abord aux ateliers des Messageries maritimes, où il est inspecteur, puis au Lloyd’s Register à Marseille. Mais il se fait surtout connaître comme vice-consul de Suède et de Norvège à La Ciotat.
    FAITS DIVERS

    L'assassinat d'André Diouloufet (Rognes, 27 août 1800)


    « aujourd’hui dix huit fructidor an huit de la République française une et indivisible, à huit heures avant midy par devant moi albert paul jaubert agent municipal de cette commune de Rognes, faisant les fonctions d’officier public pour recevoir les actes destinés à constater les naissances et les décès des citoyens sont comparus en la maison commune les citoyens alliberts assesseurs du juge de paix du canton lesquels assistés de joseph Girard agé de soixante deux ans et d’Elzeard Tourret agé de cinquante deux ans tous du dit Rognes ont déclaré à moi dit officier public qu’ayant été instruit qu’un homme avait été trouvé mort avec des signes d’une mort violente à la bastide de St-Julien terroir de Rognes, ils se seraient transportés sur les lieux avec le juge de paix du canton et auraient rédigés le procés verbal dont la teneur suit.

    Ce jourd’hui dix neuf fructidor an huit [27 août 1800] de la République française une et indivisible à une heure du matin (vieux stile) nous Marc philip juge de paix du cy devant canton du puy Ste Réparade sur la Réquisition qui nous a été faitte par le Citoyen jaubert agent municipal de la commune de Rognes qu’il avait été commis un assassinat sur le territoire de la ditte commune de Rognes, surquoi nous nous sommes transportés de suitte au dit Rognes et étant à Rognes la force publique a été requise nous nous sommes transportés de suitte rendus à la bastide du […] Gras dit St-julien où était arrivé en la ditte bastide, ayant trouvé toutes les portes fermées, et ayant heurté à la porte d’entrée du […] de la ditte bastide, on est venu ouvrir la porte, étant entré nous avons requis Marie Gaudin épouse d’andré Diouloufet de tenir fermées les portes et fenêtres de la maison afin que qui ce soit ne s’en éloigne sans notre permission, sans que nous ayons procédé à nos opérations qui font le sujet de notre temps qui est l’assassinat qui paraît à notre vue de la personne du citoyen andré Diouloufet époux de susditte Gaudin Marie, laquelle l’avons interrogé nous à dit que l’assassinat avait été fait par le tems qu’ils soupaient tous ensemble avec les jean Lambert cordonnier joseph Michel et sa femme et que le coup était venu par un trou qui est à la (fenêtre, porte ?) attendu qu’elle était fermée et ayant interrogé les sieurs Lambert et Michel et nous ont répondus de même que la ditte Gaudin. Et de suite nous avons requis le Citoyen Gaudin officier de Santé par nous requis de faire visitte du citoyen andré Diouloufet à l’instant. a quoi procédant le dit Gaudin a remarqué que le dit Diouloufet est mort […] d’une mort violente, faite avec armes à feu ce qui a […] la mort du citoyen Diouloufet, l’ayant trouvé sur le dos au milieu de l’appartement qui lui sert de (couche ?) ayant sous lui le dosier d’une chaise et son chapeau face penchée sur le côté droit, n’ayant […] ayant une chemise, un mouchoir au col un gilet une culotte de cadix de couleur brun, une paire de guettre de peau une paire de soulier avec boucles avec d’attaches, étant tout baigné dans son sang ayant plusieurs blessures faites avec armes à feu chargées avec plusieurs balles ou carreaux […] dirigée sur le pariétal gauche, dont une […] cerveau paraissait plusieurs ensemble avec signes dans l’oreille gauche avec le fracas et lésions aux parties environnantes et une troisième traversant deux parties lateralles et moyenes du col dans […] toujours du côté gauche desquelles déclarations, il résulte que le dit andré Diouloufet est mort d’une mort violente et qu’il a été tué avec armes à feu en conséquence et attendu que la cause de sa mort est connue et que toutes autres recherches seraient inutiles, nous avons déclarés que rien ne s’opposait à ce que le corps fut inhumé suivant les formes ordinaires, et avons dressé le présent procés verbal que nous avons signés avec le dit Gaudin officier de Santé et autres présents qui ont signé. L’an, le mois jour et heure susditte. Signés

    Philip, juge de paix, Allibert assesseurs, Simon valeye assesseurs, Barthélémy pécout assesseurs.

    D’après la lecture de ce procés verbal que les dits joseph Girard et Elzeard Tourret ont déclarés être conforme à la vérité et d’après la déclaration que le dit andré Diouloufet avait été transporté et déposé dans l’hospice du dit Rognes, je m’y suis sur le champ transporté en leur présence, je me suis assuré de la mort du dit andré Diouloufet et j’en ai dressé le présent acte que j’ai signé avec les dits alibert pécout Simon valeye Girard et le dit Tourret ayant déclarés ne savoir écrire et le dit Gaudin.

    Jaubert agent municipal ».

    • Texte transmis par Alexandre Dumont-Castells


    Noyé dans la rivière d'Eygues (Saint-André-de-Rosans, 1er juillet 1783)

    Paysage de l'Eygues.
    © M. Minderhoud, 2006.

    Creative Commons Attribution ShareAlike 3.0.
    « L'an mil sept cent quatre-vingt-trois et le premier juillet, Jeanne Pol[...], veuve de Joseph Joubert, du lieu de Saint-André en Rosans, âgée d'environ soixante-dix ans, dont le corps a été trouvé mort sur le rivage de la rivière d'Eygues le jour que dessus, s'étant noyée le jour précédent en voulant passer ladite rivière pour lors débordée, ainsi que l'ont attesté Louis Hugovieux et Jean Pierre Beyssier, dudit, a été ensevelie dans le cimetière de ladite paroisse de Saint-André en vertu du décret à cet effet rendu par sieur François Gros, lieutenant de châtelain dudit lieu, à la réquisition de Jean Taxil, procureur juridictionnel dudit Saint-André le même jour ci-joint.
    Nous lieutenant du châtelain ayant égard tant que de raison à l'exposé et réquisition dudit procureur juridictionnel, avons ordonné que les haillons ci-dessus cités dont elle était vêtue soient déposés au greffe pour être représentés lors de la continuation de ladite procédure, et que ledit cadavre soit enterré dans le cimetière dudit lieu, lui ayant auparavant apposé au front le cachet sur cire rouge tel qu'à côté et en marge de cette page, donnant pour tout ce que dessus tous actes nécessaires qu'avons signés avec ledit Mouriès, le procureur juridictionnel, et notre greffier et autres plus ordonnons qu'il sera par nous plus complètement informé sur tout ce que dessus circonstances et dépendances tant a charge qu'à décharge [...] »

    • Registre paroissial de Saint-André-de-Rosans
    • Texte transmis par Marie-Françoise Allouis

    Fusillé pour avoir passé la ligne (Saint-Chamas, 29 juillet 1721)


    « L'an que dessus et le vingt-neuvième de juillet est mort et fut enterré auprès du port André Belon, fusillé là pour avoir passé établie alors pour la sûreté du pays contre la contagion de la peste, en foi de quoi je me suis signé avec les témoins. »
    [SABATIER prêtre]

    • Registre paroissial de Saint-Chamas 
    • Photographie : Port de Saint-Chamas. DR.


    Mort dans les broussailles (Maussane, 23 janvier 1759)



    Les environs de Maussane.
    © Vi Cult, 2008, Creative Commons.
     
    « L'an mil sept cens cinquante neuf et le vingt troisième jour du mois de janvier a été enterré dans le cimetière de cette paroisse un pauvre mendiant, âgé d'environ soixante et dix ans, qu'on dit originaire du lieu d'Eygalières, dans le diocèse d'Avignon et dont on ignore le nom et surnom, trouvé mort depuis hier du côté du Calan à la descente des Trencades et des Gipières, à l'abri de quelques broussailles, témoins messire Tavan, vicaire de cette paroisse, et M. Jacques Derrès, notaire de la ville des Baux, soussignés. »

    [TAVAN prêtre, DERRÈS, LAUGIER curé]

    (plus loin dans le registre)

    Nota que le susd[it] pauvre mendiant enterré le vingt trois janvier était catholique, originaire du lieu d'Eygalières, appelé Esprit Chabaud et veuf de Françoise Cadet, ainsi qu'il conste par la lettre de M. Vicary, curé dud[it] Eygalières en date du premier février mil sept cens cinquante neuf. »
    [TAVAN prêtre, DERRÈS, LAUGIER curé]
    • Registre paroissial de Maussane

    Jane Hading (1859-1940), artiste dramatique marseillaise

    Portrait non daté de Jane Hading.
    DR.
    Jeannette Alfrédine Tréfouret, dite Jane Hading, est née à Marseille, au n° 15 du chemin du Roucas-Blanc, le 26 novembre 1859, d'une jeune mère célibataire, Jeanne Hermance Tréfouret,  coiffeuse de 18 ans, originaire de Nîmes (Gard). Sa mère ne la reconnut que le 22 août 1883 en mairie de Marseille.
    Elle fait ses premiers pas sur scène à l'âge de trois ans. Au Gymnase de Marseille, elle remplace dans le Bossu la poupée de carton qui jusque-là représentait la petite Blanche de Caylus. Son père jouait au même théâtre les grands premiers rôles.
    Quelques années plus tard, ce père ayant reconnu à sa fille une très belle voix et de réelles dispositions musicales, la fait entrer au Conservatoire de Marseille où, grâce aux soins de deux professeurs, Martin et Peyronnet, elle obtient le prix de solfège.
    L'opéra du Caire (Égypte)
    DR.
    La jeune fille est par la suite pensionnaire du théâtre d'Alger à la fois comme ingénuité et chanteuse d'opérette. Elle interprète notamment Le Chef-d'Œuvre inconnu, Le Feu au couvent, Les Deux Orphelines, Giroflé-Girofla, etc.
    D'Alger, elle part au Caire où elle fait partie de la troupe du théâtre Khédivial. Elle y interprète le rôle d'Amaranthe dans La Fille de Madame Angot.
    Elle rentre ensuite à Marseille où son talent éclate, grâce à des rôles comme celui de la reine de Ruy-Blas, d'Esther dans Les Faux Ménages ou encore La Fille de Roland. Elle redevient alors artiste de chant dans La Petite Mariée, La Fille de Madame Angot, etc. C'est elle qui créa Le Grand Mogol.
    Gravure représentant 
    Jane Hading vers 1896, 
    ainsi que son écriture 
    et sa signature.
    Coll. pers. Jean Marie Desbois.
    Francis de Plunkett, le directeur du théâtre du Palais-Royal, à Paris, passe à Marseille où, séduit, il engage Jane Hading et l'emmène à Paris. Nouveaux adieux à l'opérette, retour à la comédie. Dès son premier rôle, dans La Chaste Suzanne, vaudeville en deux actes de Paul Perrier, elle conquiert le cœur de la capitale.
    Victor Koning dirige la Renaissance où Jeanne Garnier triomphe ; celle-ci tombe malade et son directeur supplie Plunkett de lui céder sa pensionnaire qui accapare vite les bravos dans La Petite Mariée, La Jolie Persane, Belle Lurette, puis Héloïse et Abélard.
    Montigny mort, Koning le remplace à la tête du Gymnase et, le 19 octobre 1883, Jane Hading, qui rompt cette fois définitivement avec le chant, paraît dans Paulette d'Autour du mariage. Le rôle de Claire de Beaulieu, joué trois cents fois dans Le Maître de forges, et sans aucune défaillance, classe la belle artiste parmi les reines du théâtre. Elle est désormais la première grande jeune première de Paris. On l'applaudit dans Le Prince Zilah, dans Sapho qui lui vaut l'enthousiasme des plus récalcitrants. Viennent ensuite La Comtesse Sarah et la reprise de Froufrou. Nous sommes en 1887. À cette époque, des événements personnels l'obligent à quitter le Gymnase. Elle part pour l'Amérique avec Coquelin. Moisson de bravos, pluie de dollars pour le comédien et la comédienne.
    Coll. Jean Marie Desbois.

    Jules Claretie réclame l'ancienne pensionnaire du Gymnase pour la faire entrer dans la maison de Molère. Jane Hading refuse et signe avec le Vaudeville ; cependant, après y avoir créé La Comtesse Romani, Le Député Leveau, Le Prince d'Aurec, à la porte Saint-Martin, L'Impératrice Faustine, elle se décide à aller rue Richelieu. Elle fait de belles apparitions en marquise d'Auberives dans Les Effrontés, interrompue par une nouvelle tournée américaine, mais reprise avec L'Aventurière, seconde et dernière pièce où elle devait être acclamée au Théâtre-Français.
    À partir de décembre 1894, Carré et Porel retrouvent leur étoile en créant ou reprenant La Princesse de Bagdad, Les Demi-Vierges, Marcelle et Le Prince d'Aurec, Idylle tragique.
    Dans les dernières années de sa carrière, elle joue dans Le Demi-monde, La Châtelaine, Retour de Jérusalem, de Charles Maurice Donnay, La Princesse Georges, de Dumas fils, et  Plus que reine, d'Émile Bergerat.
    Elle est décédée en 1940, à l'âge de 81 ans.

    Vol d'un secrétaire (Aix-en-Provence, 7 janvier 1874)

    L'an mil huit cent, etc.
    Pardevant nous, Hivert, Pierre-Antoine, commissaire de police de la ville d'Aix, etc.
    S'est présentée Mme veuve Reynaud Maurice, née Antoinette Peyron, âgée de 43 ans, tenant l'Hôtel de France, rue Grande Saint-Esprit, n°63, à Aix, laquelle nous a fait la déclaration suivante :

    « Hier soir, 7 janvier courant, je suis rentrée dans mon bureau jusqu'à dix heures et demie du soir et je suis montée me coucher laissant, suivant mon habitude, la clef à la porte.
    Ce matin, à six heures, l'un des garçons de l'hôtel, le sieur Jean Porchier, est venu me prévenir qu'étant entré dans mon bureau pour le faire, comme d'habitude, il n'avait plus trouvé mon secrétaire, sauf les quatre tiroirs du casier de dessus et qu'il ne pouvait s'expliquer cette disparition, attendu qu'il n'avait constaté aucune effraction, que les portes de l'hôtel étaient fermées comme toutes les autres nuits et que tout se trouvait dans son état normal. Il m'a ajouté qu'il était monté se coucher vers une heure du matin, de même que Louis Payot, le garçon de salle, et qu'à cette heure, tout était dans l'ordre habituel.
    Je suis descendu de suite à mon bureau qui se trouve au rez-de-chaussée, à droite près de la porte d'entrée de l'hôtel et j'ai vu qu'en effet mon secrétaire m'avait été volé. Ce secrétaire est en bois de noyer d'une longueur d'environ un mètre 20 centimètres, avec un casier de quatre petits tiroirs fixés dessus. Il contient toute ma correspondance commerciale, plus une vingtaine de francs en pièces de un franc et de cinquante centimes et quelques bonbons.
    Je ne sais qui peut être l'auteur de ce vol. Un petit Savoyard dont les parents habitent Marseille et qui se faisait appeler Joseph, âgé de 17 ans, est parti furtivement de chez moi où il n'était resté que trois jours, sans se faire régler et sous le prétexte que ses parents le réclamaient et voulaient le faire arrêter. J'ai eu aussi comme garçon il y a quelque temps un nommé Reynaud Joseph, âgé de 25 ans environ, que j'ai dû renvoyer parce que son attitude ne me convenait pas. Il m'est impossible de porter mes soupçons sur le personnel que j'occupe actuellement. »

    Le sieur Paris Auguste, âgé de 23 ans, chef de cuisine audit hôtel nous fait ensuite connaître qu'entre huit et neuf heures du soir, il a entendu du bruit dans le passage sous les escaliers de l'intérieur de l'hôtel qui conduit à la cave et dans lequel se trouvent des paquets de sarments servant à allumer les feux, mais qu'il a supposé que c'était quelqu'un de l'hôtel qui s'y trouvait et qu'il ne s'en est pas préoccupé davantage.

    Aujourd'hui, à dix heures du matin, faisant opérer des recherches, s'est présenté devant nous le sieur Merlet Jean-Marie, âgé de 37 ans, marchand ambulant, lequel nous a fait la déclaration suivante :

    « Je suis arrivé de Pertuis à Aix hier à midi précis après une absence de neuf mois et je me suis rendu chez le sieur Long, aubergiste, rue des Cardeurs, qui m'avait loué précédemment un bastidon derrière la Violette, dans le chemin des Lauves et que je me proposais d'habiter de nouveau. Je me suis couché chez Long vers dix heures du soir et, ce matin, vers neuf heures, je me suis rendu à ce bastidon, emportant avec moi un matelas et de la batterie de cuisine. En arrivant devant la porte, j'ai trouvé un petit secrétaire fracturé dans lequel se trouvent des lettres à l'adresse de Mme veuve Reynaud, Hôtel de France, à Aix. Je ne l'ai pas touché intérieurement et je viens vous prévenir. »


    Boulevard Notre-Dame à la croisée
    du cours Sextius. DR.
    Nous avons fait apporter en notre bureau le meuble susdit qui a été reconnu par Mme Reynaud qui a constaté en notre présence qu'il ne lui avait été soustrait que les 20 F environ qui s'y trouvaient renfermés ainsi que quelques bonbons.
    L'effraction du secrétaire a été opérée par l'enlèvement de la tablette supérieure.

    À la suite de renseignements recueillis, nous avons entendu le sieur Lacoste Joseph Daniel, âgé de 33 ans, employé de l'octroi d'Aix, lequel nous a fait la déclaration suivante :
    « Vers deux heures et demie du matin, me trouvant en observation au poste de Silvacanne, j'ai vu montant le cours Sextius un individu portant un secrétaire sur sa tête. Il est passé à 4 ou 5 pas de moi et il s'est engagé sur le boulevard Notre-Dame où je l'ai perdu de vue. Au bout d'une demie-heure, le même individu est redescendu par le même chemin, mais il n'avait plus le meuble, qui était de la grandeur d'une table à toilette. J'ai pris cet individu à sa tournure et à ses vêtements qui se composaient d'un paletot non boutonné, d'un pantalon noir et d'une coiffure noire, pour un garçon de café. Il est de petite taille, gros et paraît âgé de 25 à 30 ans. »

    Nous continuerons nos recherches pour découvrir cet individu.

    Fait à Aix, etc.


    Le suicide de Jean Pierre Fayet (Mas-Blanc-des-Alpilles, 13 décembre 1891)

    « L'an mil huit cent quatre-vingt onze, le treize décembre à midi, pardevant nous, Mauche Joseph, maire, officier de l'état-civil de la commune de Mas-Blanc, canton de Tarascon, arrondissement d'Arles, département des Bouches-du-Rhône, ont comparu les sieurs Ancelin Antoine, instituteur, âgé de vingt-huit ans, et Millaudon Léon, épicier, âgé de quarante trois ans, tous les deux domiciliés à Mas-Blanc, lesquels nous ont déclaré que le nommé Fayet Jean Pierre, vitrier, domicilié à Saint-Rémy, fils de Fayet Jean, cultivateur, âgé de soixante-dix ans, et de feue Anglade Françoise, né à Vèze, canton d'Allanche, arrondissement de Murat, département du Cantal, le vingt-deux février mil huit cent soixante-trois, époux de Rolland Marie, s'est donné volontairement la mort par la strangulation à un amandier situé près le grand château du Mas-Blanc, sis dans cette commune, vers les sept heures du matin, ainsi que nous nous en sommes assuré et avons rédigé le présent acte que nous avons signé avec les témoins ci-dessus nommés, le tout après lecture. »
    [Signatures]
    • Registre d'état-civil de Mas-Blanc-des-Alpilles


    La Cannib's des Gadz'arts d'Aix-en-Provence (1904)

    La Cannib's (originellement appelée la « Cannibale ») est une danse que les conscrits des Arts et Métiers étaient tenus d'effectuer. On pourrait l'assimiler à un bizutage. Accroupi, il fallait lancer une jambe vers l'avant, puis l'autre, tout en chantant des paroles incompréhensibles. Cette danse a été interdite en 1910. La photographie que voici date de 1904 et a été prise aux Arts et Métiers d'Aix. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir.)

    Photographie : coll. pers. Jean Marie Desbois


    Photographies anciennes d'Aix-en-Provence

    Tué sur le chemin des vendanges (Graveson, 17 septembre 1639)

    « Le 17 7bre a esté enseveli Jourdan Brun tué par une charrette allant aux vendanges. »
    • Registre paroissial de Graveson
    • Anecdote découverte par J.-R. Jourdan



    Suicide à la prison Saint-Jaume (Marseille, 17 décembre 1793)

    « L'an second de la République française, le vingt-neuf frimaire, après midi, pardevant nous, officier public de Marseille et dans la maison commune, est comparu le citoyen Claude Durrant, premier assesseur suppléant au défaut du juge de paix, officier de police du cinquième arrondissement du canton de Marseille, lequel, pour se conformer à l'article huit du titre cinq, section cinq, de la loi du 20 septembre 1792 (vieux style), nous a remis ce jour d'huy une expédition en forme de verbal par lui dressé le jour d'hier, par lequel il conste avoir été requis par le citoyen Joseph Rey, concierge de la maison d'arrêt établie à Saint-Jaume qui a dit que ce matin vers les onze heures, un détenu appelé Jean Louis Richaud, natif d'Ollioules, département du Var, qui n'était dans la maison que depuis hier, s'est jeté de l'escalier du cinquième étage, en bas au vestibule, à laquelle réquisition il s'y est transporté avec le citoyen Honoré Marguerit, volontaire, et Toussaint Davin, caporal du premier bataillon de la Révolution, en garnison dans cette commune et de garde au poste de la maison d'arrêt de Saint-Jaume, deux citoyens actifs dont il a requis l'assistance, et encore du citoyen Léger d'Allon, chirurgien à la susdite maison,
    Ont trouvé dans le vestibule, étendu sur une paillasse, le cadavre du susdit Richaud, tout habillé, paraissant avoir un grand coup du côté de l'œil gauche et sur le nez.
    Le chirurgien l'a visité et, sous serment, a déclaré que le cadavre a le coronal fracturé, la mâchoire inférieure également fracturée en divers endroits, ainsi que la cuisse droite et toutes les côtes du côté droit, ce qui a occasionné sa mort.
    Tel est son rapport fidèle, ajoutant que cet homme paraît être âgé d'environ trente-cinq [ans], d'après lequel renseignement, et n'ayant pu en avoir d'autre, nous avons dressé le présent acte pour qu'il en conste, et avons signé. »
    [GARRAT M. officier public]

    • Registre d'état-civil, municipalité unique
    • Illustration : Eduard Ritter von Hofmann (1837-1897) : "Lehrbuch der gerichtlichen Medicin." Vienna, 1878.


    Paulin Guisol (né en 1842), avocat à Marseille


    DR.
    Joseph Paulin Guisol est né à Tourves (Var) le 22 juin 1842. Il exerça sa profession d'avocat à Marseille. Il y était inscrit au barreau depuis 1865. Il entra dans la magistrature comme substitut à Aix en 1870.
    En 1875, il devient procureur de la République à Barcelonnette (Basses-Alpes), puis, l'année suivante, à Bonneville (Savoie).
    Il est révoqué lors de la crise du 16 mai 1877 et doit se réinscrire au barreau de Marseille en 1878.
    Il devient par la suite professeur de droit commercial et maritime à l'École supérieure de commerce (1892).
    En dehors de ses cours de droit et l'exercice de sa profession d'avocat, il est aussi passionné de langue provençale et impliqué dans le mouvement félibréen. Il occupe même la fonction de cabiscol [1] des Félibres de la mer.


    [1] Président.



    Histoire de Maussane-les-Alpilles

    En octobre 2009, j'ai écrit pour l'encyclopédie Wikipédia un article sur l'histoire de Maussane-les-Alpilles. En voici le contenu.

    PRÉHISTOIRE ET PROTOHISTOIRE
    Des traces de présence humaine sont attestées sur le territoire de Maussane depuis au moins le Néolithique. Au hameau des Calans, à l'est du village, les déblais d'une bergerie ont révélé une statuette représentant une déesse-mère. Il n'est pas exclu toutefois que celle-ci provienne d'un autre site et ait été apportée ultérieurement sur le site de sa découverte[10].

    Les sites de la Pène

    Le chaînon de la Pène
    au sud de Maussane.
    © Jean Marie Desbois, 2009.

    C'est surtout aux abords du chainon rocheux de la Pène, au sud de Maussane, qu'ont été faites la majeure partie des découvertes concernant la Préhistoire. Du fait de sa situation, offrant une exposition au sud et surmontant les anciens marais des Baux, abondant en poissons et au sol fertile, ce site offre toutes les conditions pour permettre l'installation de groupes humains.
    Un site du Chalcolithique ou du Néolithique final a été mis au jour sur la chaîne de la Pène, au lieu-dit le Touret de Roquerousse. Des céramiques de très mauvaises qualité y ont été découvertes, prouvant que les anciens marais des Baux étaient une zone peuplée dès les temps les plus reculés[10].
    Au lieu-dit Saint-Jean, à la Pène, des traces de labour profonds et les vestiges de deux cabanes des IIe et IIIe siècles ont été découverts par l'archéologue Otello Badan[11].
    Au Touret de l'Isle, un habitat du Ier siècle av. J.-C. a été découvert, accompagné de céramiques et d'amphores italiques et gauloises[11]. Non loin, au Deven, une dizaine de cabanes aux murs en pierre sèches ont été signalées. Des céramiques massaliètes y ont été trouvées[11].

    Peuplement gaulois
    L'historien grec Strabon atteste que les populations gauloises installées dans les Alpilles sont connues sous le nom de Salyens. Ce peuple fonde à proximité de Maussane des agglomérations : Arelate, Ernaginon (Saint-Gabriel, aujourd'hui incorporée à Saint-Étienne-du-Grès), Tericiae (Mouriès), et surtout Glanum, ou plutôt Glanon de son nom gaulois, importante ville située à seulement 8 kilomètres au nord de Maussane. Dès lors, les échanges entre ses agglomérations étant attestés, il semble certain que le territoire de Maussane comptait une population salyenne de quelque importance[15].
    La chaîne des Alpilles marque la frontière nord des tribus indigènes que constituaient les Nearchi d'Ernaginum et les Anatilii du nord de la Crau[15]. Les découvertes archéologiques faites ces dernières années montrent que ces populations étaient constituées majoritairement de bergers et d'agriculteurs.

    Oppidum du Castellas

    La colline du Castellas dominant un
    champ d'oliviers. Vue du Sud.
    © Jean Marie Desbois, 2009.

    L'oppidum du Castellas, près du mas de Verassy, a été décrit par des auteurs grecs et romains qui attestent de son peuplement à la fin de la préhistoire. Ce site se situe au commencement du chemin des Plaines-Marguerite[10]. Son altitude maximale se situe à 121 mètres, mais sur sa pente méridionale, à une altitude de 55 mètres, on note la présence de constructions gallo-romaines et notamment des restes d'une salle dallée avec un foyer et des bases de colonnes[11]. Cette salle pourrait être une cour. Selon H. Tréziny, il pourrait s'agir d'un édifice public, comme un lieu de culte, lié à l'oppidum[11]. Une inscription votive y a été mise au jour.
    Des pièces (oboles de Marseille de diverses formes, bronzes des Arécomiques) ont été découvertes sur le site avant 1960.
    Un chemin protohistorique de pied de côte reliait le site aux autres oppida de la région : les Caisses de Jean-Jean (Mouriès), le Castelas (Aureille), Lamanon[16]. Ce chemin passait plus au nord que la voie Aurélienne, plus tardive.
    Le site du Castellas est créé à la fin de l'âge du Fer après une longue période de désertification du sud des Alpilles, alors que les populations rurales émigraient vers l'opulent comptoir grec d'Arles. Contemporains du Castellas, les sites de Glanum et d'Ernaginum sont en pleine expansion. Le Castellas ne semble toutefois pas avoir bénéficié d'une population aussi nombreuse. Il s'agit d'un habitat en dur qui se distingue de l'habitat préhistorique en matériaux légers[16]. En revanche, et malgré le nom du site, aucun trace de château (ou castellas en provençal) n'a été trouvée, même s'il semble que le Maussane protohistorique se trouvait bien là.
    Alors que la romanisation est en route, les populations désertent la plupart des oppida, dont le Castellas, et émigrent vers les villae, provoquant du coup l'abandon définitif de ce site élevé.

    ANTIQUITÉ
    L'arrivée de la civilisation gallo-romaine fait sortir Maussane et l'ensemble des Alpilles de la protohistoire. Les vestiges de cette civilisation sont plus nombreux à Maussane.

    L'aqueduc de Maussane à Arles
    Deux aqueducs ont été construits dans les Alpilles à l'époque romaine pour alimenter en eau la ville d'Arles : l'un passe par le nord des Alpilles Saint-Remy (nord de Glanum) et Ernaginum et redescend vers Arles via Pont-de-Crau, tandis que l'autre débute son cours aux rochers d'Entreconque, à Maussane, et rejoint l'aqueduc du Nord à Barbegal. Un troisième aqueduc alimentait la ville de Glanum[17].
    L'aqueduc de Mausssane, aussi dénommé aqueduc de Caparon, traversait les communes de Maussane et de Paradou. On pense qu'il captait ses eaux à la petite source du vallon de Manville[18] et que la conduite était canalisée au moyen de porte-eaux. Des vestiges ont d'ailleurs été découverts sous le moulin de Manville et l'on pense qu'il a été construit sur l'aqueduc. Un autre aqueduc le rejoignait à Paradou, dont la source est formellement identifiée : ses eaux provenaient de l'Arcoule, au lieu-dit La Burlande[17]. Aux rochers de la Pène a été découvert un bassin de régulation des eaux de l'aqueduc possédant trois ouvertures qui donnaient sur autant de canaux.
    L. de Boisseson a recensé neuf points de passage de l'aqueduc, pour l'essentiel au quartier de Flandrin. On peut aussi observer, dans la cave d'une maison de ce quartier, la voûte de la canalisation romaine. Plus loin, au quartier de la Remise, des moellons du piédroit gauche sont visibles[11]. Selon L. de Boisseson toujours, une ligne sombre repérée à l'aide de photographies aériennes pourrait signaler le passage de l'aqueduc au quartier du mas de Mérigot.

    Le village à l'époque gallo-romaine

    Quartier des Fléchons.
    © Jean Marie Desbois, 2009.

    Contrairement à de nombreux villages de Provence, Maussane ne doit pas son plan à l'antiquité romaine. Il ne semble pas y avoir eu de bourg organisé. En revanche, de nombreuses villae y ont été construites sporadiquement. Ainsi, une de ces villae a été découverte à l'ouest du quartier des Fléchons. Divers objets accompagnaient cette découverte : de la sigillée du sud de la Gaule, des fragments d'amphores gauloise et africaine, des tuiles dans les murs et les champs[11]. Le site du château de Monblan, sans doute habité depuis le IIe siècle av. J.-C., voire le IIIe siècle av. J.-C., au vu de l'habitat mis au jour avec des fragments de céramique, a livré en 1933-1934 un bloc de pierre contenant une inscription originale : Sex(to) Fa/uonio / Eutyc(h)o (« À Sextius Favonius Eutychus »)[19].
    Au quartier de la Remise a été découverte en 1975 une stèle comportant les bustes d'un homme et d'une femme. Malheureusement, cette découverte ne put être photographiée car elle disparut rapidement[11].
    La vie quotidienne des hommes et des femmes qui habitèrent la région ne peut être restituée de manière précise. Selon Fernand Benoit, « une exploitation superficielle antique des minerais de fer des carrières de bauxite » aurait existé au quartier des Trencades, au nord de la colline du Castellas[20].

    MOYEN ÂGE
    Contrairement à beaucoup de villages similaires dans les Alpilles notamment (Aureille, Les Baux, Eyguières,...), aucun château n'a été localisé et encore moins retrouvé à Maussane ou son terroir. La colline du Castellas, comme son nom l'indique[21], aurait pu en posséder un, mais aucune découverte n'a permis d'étayer cette hypothèse. Alors que des auteurs du XIXe siècle évoquent ce château, les archéologues du XXIe siècle se montrent plus prudents pour évoquer l'existence de cette forteresse hypothétique. Une chose est sûre : ce castrum, s'il a existé, ne peut pas avoir été construit à l'emplacement du village actuel, autour duquel se serait développé l'agglomération.

    Les villæ maussanaises (VIe ‑ XIIe siècles)
    Les découvertes de villæ maussanaises d'avant l'an mil sont extrêmement erratiques. Tout au plus sait-on que l'actuel mas Saint-Roman[22] abritait une église fréquentée. On en déduit qu'une certaine population s'est développée autour de ce centre religieux, comme des sites fouillés dans le Languedoc voisin et datant de la même époque tendent à le montrer. Mais ces habitats installés en plaine sont d'une défense fragile et ils disparaissent quasiment tous avant le XIIIe siècle. Des castrum vont leur succéder. À Paradou (site des tours de Castillon), aux Baux-de-Provence, mais, semble-t-il, pas à Maussane. Seul village de la vallée des Baux n'ayant laissé aucun vestige d'habitat médiéval fortifié.
    Les habitants du lieu sont alors soumis aux puissants seigneurs des Baux.
    Au Xe siècle, alors que Pons le Jeune tient la maison des Baux, les habitants des villae de Maussane vont à l'office religieux en l'église de Paradou, alors dénommée Saint-Martin-de-Félaurie[23].

    Les guerres baussenques

    Château des Baux.
    © C. Recoura, 2007.

    Les seigneurs des Baux perdent temporairement une grande partie de leur territoire lors de la guerre de succession de 1156 qui se solda par la prise des Baux, d'Arles et de Trinquetaille par le comte de Barcelone, Raymond Bérenger, mais l'établissement d'un traité permet à Hugues des Baux, de conserver son château, ses pâturages et ses terres de la vallée, incluant Maussane. Mais une nouvelle attaque de Raymond Bérenger en 1161 provoque la prise d'Arles, de Trinquetaille et de trente places fortes de la famille de Baux[24].
    Maussane et les villages de la vallée reviennent dans le giron des Baux après la libération d'Hugues IV des Baux en 1206. Celui-ci s'était révolté contre le comte de Provence, Alphonse II, et avait été arrêté. Mais une intervention de gentilshommes provençaux lui permit de recouvrer la liberté et de récupérer de nombreuses terres, comme en témoigne le traité d'octobre 1206, formulé dans les termes suivants :
    « Ildephonse, comte et marquis de Provence, donne en fief à Hugues des Baux et à ses successeurs le château de Mouriès et la villa de Mamuzane avec toutes leurs dépendances et tout ce qu'ils possèdent dans iceux, tant en hommes qu'en terres cultes et incultes, prés, pâturages, bois, fermages, justice et district ; en outre il en saisine et confirme audit des Baux, tout ce qu'il possède au nom de Barrasse, son épouse, dans la ville de Marseille, le bourg d'Arles et ailleurs, sous la condition de l'hommage et de la fidélité, lui accorde de plus la permission de pouvoir acquérir tout ce qu'il désirera dans le comté de Provence, sous la même condition de l'hommage[25]. »
    Mais, très endetté en raison des guerres menées, Hugues doit céder une partie de ses possessions, comme la terre de Villeneuve en Camargue, le château de Montpaon, sur le terroir de l'actuelle Fontvieille, mais conserve les terres baussenques, dont Maussane.

    ANCIEN RÉGIME

    La Réforme
    Les Alpilles abritent une population protestante à partir du XVIe siècle, dans la mouvance de l'affaire des Vaudois[26]. Lors des persécutions anti-protestantes, bon nombre d'habitants des Alpilles se réfugient en Suisse, patrie de Jean Calvin[26]. Les troubles engendrent dénonciations, rivalités et exactions. Selon Jean Crespin, quinze huguenots sont assassinés dans les Alpilles pour la seule année 1562[27]. La minorité protestante a pignon sur rue dans le piémont sud des Alpilles, en témoignent la nomination de huit premiers consuls entre 1559 et 1561 aux Baux-de-Provence. Il faudra tout de même attendra l'édit de Nantes (1598) pour stabiliser la situation et rétablir la paix dans le massif des Alpilles comme dans toute la Provence et la France.

    La peste sous l'Ancien Régime
    Maussane a subi plusieurs épisodes de peste sous l'Ancien régime : 1587, 1629-1631, 1640, 1654-1656, 1664-1665, et surtout 1720-1721[28]. Auparavant, entre 1476 et 1581[29], la peste a frappé seize fois[30]. Un bureau de santé se réunit régulièrement entre juillet 1629 et 1630 à Maussane[28]. Son but est de prendre des mesures pour empêcher au maximum l'expansion de l'épidémie avec la création de milices pour agir par la force en cas de besoin[31].
    On ne connaît pas avec précision le nombre des morts de la Grande peste de 1720-1721 à Maussane. Selon Odile Caylux, 1 101 habitants des Alpilles ont été emportés par l'épidémie, dont 938 à Saint-Rémy et 108 à Orgon[28]. Quelques Maussanais ont probablement été du nombre. En témoigne l'érection au cœur du village d'un oratoire dédié à saint Roch, sensé protéger les populations de la peste.

    La paroisse Sainte-Croix

    Intérieur de l'église 
    Sainte-Croix.
    © Jean Marie Desbois, 2009.

    Les habitants de Maussane ont de tout temps été contraints de célébrer le culte catholique en l'église Saint-Martin de Paradou. Cette situation causait de nombreux mécontentements au point de faire des tentatives auprès des autorités religieuses pour obtenir la création d'une paroisse. La première demande remonte au 6 mai 1681 à l'ocassion du passage à Paradou de Mgr de Grignan, M. de Laugier de Monblan requiert de celui-ci un vicaire résidant à Maussane[10] et, ce, malgré la vive opposition des habitants de Paradou qui ne veulent pas voir disparaître leur paroisse[32].
    Mais la deuxième demande aura davantage de poids. Le début du XVIIIe siècle voit Maussane dépasser Paradou en nombre d'habitants. La demande de création d'une paroisse apparaît de plus en plus légitime. L'archevêque François de Mailly imagine le transfert de la paroisse Saint-Martin de Paradou vers Maussane. Du reste, la construction d'une église à Maussane est entamée. Malheureusement, l'année 1709 et son terrible hiver interrompent les travaux[10]. Les oliviers gèlent tous, toute l'activité de la vallée des Baux cesse du jour au lendemain. Il faudra attendre les années 1720 pour voir revenir une activité économique suffisante pour faire vivre les habitants.
    Le 27 août 1750, Joseph Laugier de Monblan, seigneur de Monblan, achète un terrain au centre du village. Il s'agit d'un lieu d'entrepôt de toutes sortes de déchets issus de la culture des champs. C'est à cette endroit que va s'élever un édifice religieux qu'il va entièrement financer, afin de doter Maussane des meilleurs arguments pour obtenir la création d'une paroisse.
    En fin de compte, la paroisse Saint-Martin de Paradou est conservée mais grandement amputée car la paroisse de Maussane est créée (1752) et le curé perpétuel, en la personne de M. Laugier, nommé[32]. Le 3 septembre 1754, l'église Sante-Croix est offerte aux Maussanais[33]. Le 27 septembre 1754, elle est consacrée par l'archevêque d'Arles, Jean-Joseph de Jumilhac.
    En souvenir de la générosité du seigneur, une plaque est apposée sur le mur du côté du collatéral droit. On y lit, aujourd'hui encore : « À la mémoire de messire J. Laugier de Montblanc, fondateur de cette église, bienfaiteur des pauvres, etc., né en 1708, décédé en 1775, les habitants de Maussane reconnaissants. »
    Le campanile n'étant pas achevé, car de Monblan souhaitait que les Maussanais en réalisent l'ouvrage pour avoir le sentiment d'avoir travaillé à leur propre église, une incompréhension se fait jour, certains estimant que le seigneur n'a plus d'argent pour achever le bâtiment. Pour faire taire ses détracteurs, de Monblan fait réaliser à ses frais un pont près de son château[10].
    En fin de compte, cet homme restera de longues décennies en odeur de sainteté dans le village, même bien après sa mort.

    RÉVOLUTION


    Fusilier de la Garde
    nationale (1791).
    © Khaerr, 2008.

    Comme l'ensemble de la Provence, Maussane a connu une période post-révolutionnaire très agitée, particulièrement après la chute de Robespierre (9 thermidor an II). De nombreux événements ont plongé le village et toute la vallée des Baux dans la Terreur blanche.
    À l'issue de la Révolution, Maussane est aux mains des Jacobins, mais la vie civile ne parvient pas à s'organiser en raison des perturbations apportées par des éléments extérieurs au village[10]. Les idées révolutionnaires ne rencontrent pas de véritable résistance. Une Garde nationale est créée en janvier 1791[10]. Une société populaire, les « Amis de l'Égalité et de la Liberté » (plus tard rebaptisée « Amis de la Liberté, de l'Égalité et de la République ») se crée en septembre 1792. Dans le village, toutefois, les révolutionnaires ne sont pas extrêmement virulents contre les représentants de l'église catholique. L'église Sainte-Croix ne fait l'objet d'aucune déprédation, la personne du prêtre, Pierre Vincent, est respectée[34], même s'il se rétracte après avoir abjuré[35].
    L'arrêté du 8 brumaire an IV (30 octobre 1795) provoque l'éclatement du territoire des Baux en quatre communes distinctes : Les Baux, Maussane, Mouriès et Paradou. Maussane devient chef-lieu de canton[36].

    L'arrivée de la Terreur
    En mars 1793, le maire des Baux (et donc de toutes les communes non encore détachées), Joseph Manson de Saint-Roman, est assassiné à son domicile de Maussane par onze hommes qui avaient déserté le bataillon des Fédérés de Marseille et que le maire avait sommé de rejoindre leur corps[10]. Le député Jean-Baptiste Leblanc de Servanes, de Mouriès, à la tête de la Garde nationale, investit Maussane et fait arrêter cinq hommes qui seront pendus sans jugement au quartier de l'Escampadou[37].
    Le chaos est total. Les autorités municipales, incapables de gérer la crise et menacées par la fureur de la population, démissionnent en juillet 1793 et sont contraintes de fuir pour Arles. Leurs biens sont pillés[38].
    Le calme mettra plusieurs années a être complètement restauré. Le dernier meurtre politique est perpétré à Maussane le 22 ventôse an VIII (13 mars 1800) : un révolutionnaire extérieur à la commune est retrouvé assassiné au vallon de Valoste (près des Calans)[39].

    ÉPOQUE CONTEMPORAINE
    Les troubles passés, le calme s'installe durablement dans la vallée des Baux. Le développement industriel permet un essor considérable aux activités agricoles et arboricoles à Maussane. L'exploitation des olives devient la spécialité de la commune. Le village compte alors jusqu'à sept moulins à huile, dont le plus ancien, celui de Manville, remonte approximativement au XVIe siècle.
    La tranquillité est seulement troublées par quelques épidémies sporadiques, dont une de choléra en 1865 qui provoque la mort de sept personnes. La contamination provenait de deux marchands ambulants venus de Marseille[40].

    NOTES
    10. Maussane-les-Alpilles, coll. « Le Temps retrouvé », F. Laffé, M. Simian-Gonfond, M. Bonnet, éd. Équinoxe, 1991.
    11. « Les Alpilles et la Montagnette », Carte archéologique de la Gaule, t. 13/2, 1999, p. 203-207, (ISBN 978-2877540599).
    12. Dans la même phrase, « villa de Mamuzana » est mis en pendant avec « castrum de Morerits » (« castrum de Mouriès ») ce qui pourrait indiquer que Maussane ne possédait pas de castrum au cours du Moyen Âge.
    13. « Toponymie des Alpilles », in Les Alpilles, encyclopédie d'une montagne provençale, G. Barruol, éd. Les Alpes de Lumière, Forcalquier, 2009, , J.-C. Bouvier, p. 193-195.
    14. Selon un proverbe local, a Mouriès, lou diable i'es, a Maussano, i'a si bano, mais au Paradou, i'es tout (« À Mouriès, le diable y est, à Maussane, il y a ses cornes, mais au Paradou, il y est tout entier. »)
    15. « Le peuplement à l'époque gauloise : les Salyens », in Les Alpilles..., op. cit., F. Verdin, p. 141.
    16. « Les oppida des Alpilles », in Les Alpilles..., op. cit., Y. Marcadal, p. 143-7.
    17. « Les aqueducs antiques d'Arles », in Les Alpilles..., op. cit., J.-L. Paillet, p. 37-39.
    18. Ce lieu est connu sous le nom provençal de Font di fèbre (« fontaine des fièvres »).
    19. Cette découverte est particulièrement intéressante car c'est la première fois que le nomen Favonius est retrouvé en Gaule narbonnaise.
    20. Cité in Carte archéologique de la Gaule..., op. cit.
    21. Provençal castelas, « grand château ».
    23. Les Baux et Castillon, Louis Paulet, 1902, rééd. C. P. M. Marcel Petit, Raphèle-les-Arles, 1986, p. 14.
    24. Les Baux et Castillon, op. cit., p. 26.
    25. Trad. par Louis Paulet, in Les Baux et Castillon, op. cit., p. 30.
    26. « La Réforme », in Les Alpilles..., op. cit., G. Audisio, p. 173-5
    27. Histoire des martyrs, Jean Crespin, t. 3, p. 374-382.
    28. « Les épidémies de peste dans les villages des Alpilles », in Les Alpilles, op. cit., O. Caylux, p. 175-7.
    29. Lire au sujet de l'épidémie de 1581, l'article Peste d'Arles (1579-1581).
    30. Selon l'abbé Louis Paulet, historien des Alpilles (XIXe siècle).
    31. Les miliciens sont réquisitionnés de force et par un tirage au sort parmi les habitants mâles de la Vallée des Baux. Les hommes non choisis sont pour leur part tenus de contribuer financièrement à l'entretien de ces milices.
    32. Les Baux et Castillon, op. cit., p. 221-5.
    33. Voir sur Wikipédia la partie consacrée à la description de l'église Sainte-Croix.
    34. Il faut sans doute voir dans ce respect le souvenir pieux laissé par la personne de Joseph Laugier de Monblan, bienfaiteur de Maussane par ses dons pour la construction de l'église. De plus, le curé Vincent était déjà en service lors de la mort du seigneur (1775). Il avait veillé sur son corps jusqu'à sa mise en sépulture, à Arles.
    35. « La Révolution dans les Alpilles » in Les Alpilles, op. cit., V. Autheman, p. 177-9.
    36. L'arrêté consulaire du 17 frimaire an X rattachera Maussane au canton de Saint-Rémy.
    37. « Les cinq pendus de l'Escampadou », geneprovence.com.
    38. Les Baux et Castillon, op. cit., p. 231-325.
    39. « L'assassinat d'un patriote », geneprovence.com
    40. « Comment le choléra est entré à Maussane en 1865 », geneprovence.com.

    Ce texte, ainsi que ses illustrations ont été placés sous licence Creative Commons 3.0.

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