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Janvier 2012 - 11e année - numéro 122

L'abandon de la petite Gabrielle (Marseille, 25 décembre 1879)


« L’an mil huit cent quatre vingt et le trois janvier, il résulte d’un procès-verbal de M. Jules Levaillant, commissaire de police du 6e arrondissement de Marseille, que le jeudi vingt-cinq décembre dernier, vers sept heures et demie du soir, la dame Catherine Bernard, âgée de 40 ans, fripière, domiciliée rue des Présentines, n° 2, se trouvait dans son appartement situé au rez-de-chaussée, lorsqu’elle entendit dans le corridor les pleurs d’un petit enfant, qu’elle ouvrit sa porte et se trouva aussitôt en présence d’un enfant nouveau-né, déposé à terre.
Que cet enfant était enveloppé dans un morceau de drap en mauvais état, sale et maculé de sang. Ce drap contenait deux petits bonnets en piqué, dont un garni d’une petite guipure [1], une sangle très large à côtes moitié usée, enfin un molleton blanc.
Qu’aussitôt informé, ledit officier judiciaire ouvrit une enquête, mais qu’il n’a pas été possible jusqu’à ce jour de connaître la mère de cet enfant, ni la personne qui l’avait déposé.
Nous avons reconnu que cet enfant était du sexe féminin.
Nous lui avons donné les noms de Gabrielle Noël et l’avons fait reporter à l’hospice de la Conception. »
  • Registre des transcriptions de Marseille, année 1880.
Illustration : Vierge et l'Enfant Jésus (détail), Léonard de Vinci, v. 1483-1486, musée du Louvre, Paris.

[1]. Dentelle.


Faits divers de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône)


XXe siècle.
XIXe siècle.
XVIIIe siècle.

Fos-sur-Mer - Faits divers


Mort d'une femme de la campagne (Fos-sur-Mer, 10 avril 1901)

« L'an mil neuf cent un et le dix avril à neuf heures du matin, par devant nous Olive Siméon, adjoint délégué aux fonctions d'officier de l'état-civil de Fos-sur-Mer, ont comparu sieurs Bousquet, pêcheur de moules, âgé de cinquante-huit ans, et Baudillon Étienne, garde champêtre, âgé de cinquante-huit ans, lesquels nous ont déclaré que ce jour à huit heures du matin, au quartier du Gros, a été trouvé le cadavre d'une inconnue, dont l'état-civil n'a pu être établi, paraissant âgée de trente-cinq ans environ, et du sexe féminin.
Cette femme avait le signalement suivant : taille, un mètre soixante, paraissant être de la campagne, elle portait de gros bas bleus, une chemise marquée en rouge avec les initiales M. M., un corset blanc ordinaire, autour du corps un relevé boucles d'oreilles noires, pierre en demi-sphère noire parsemée d'étoiles, souliers bas noirs.
De laquelle déclaration, nous avons dressé le présent acte, après que le décès a été dument constaté et ont les déclarants signé avec nous, après lecture faite, sauf le premier témoin qui a déclaré ne le savoir. »
[OLIVE, BAUDILLON]

  • Registre d'état-civil de Fos-sur-Mer

Les grandes inondations d'Arles (Saint-Martin-de-Crau, 7 décembre 1755)

« L'an mille sept cent cinquante cinq et le septième jour de décembre est décédé âgé d'environ deux mois et a été enseveli Jacques Sala fils à François et à Jeanne Galacien, travailleurs demeurant au mas de Franconi en Costière, lesquels ont déclaré n'avoir pu le porter à Arles pour l'ensevelir dans leur paroisse à cause des grandes inondations qui y sont arrivées, en présence d'André Coste et de François Sala, père, travailleurs, lesquels enquis à signer ont dit être illittérés. »
[CHAVE curé]


Le cours Sextius d'Aix-en-Provence

Le cours Sextius a reçu son nom en 1811 en mémoire de l'illustre fondateur de la ville, le général romain Caius Sextius Calvinus. Cette dénomination résolument païenne entre dans l'esprit de la société post-révolutionnaire de 1811 qui veut en finir avec les noms de saints, au profit de héros plus glorieux et belliqueux. Le nom de Sextius donne une touche de prestige à un ensemble de qualité.
Cette photographie montre à quel point le cours a changé en cent ans. (Cliquez sur la photo pour l'agrandir.)

Photographie : coll. pers. Jean Marie Desbois


Photographies anciennes d'Aix-en-Provence

Un corps cédé aux Observantins (Manosque, 5 février 1729)

« Noble Jean-Pierre de Mathieu, de la ville de Forcalquier, âgé d'environ dix et sept ans, fils à feu M. Mathieu du Villard, seigneur du Revest des Dames [1], et de dame Izabeau de Piole, dame de Fontienne, qui, se trouvant en pension chez les R[évérends] pères observantins, y est décédé de mort subite le jour d'hier ; le révérend père Laugier, maistre dudit couvant de cette ville, ayant prétendu que le corps dudit Mathieu devoit être enseveli dans leur église, en conformité de leurs privilèges qui leur permetent, dit-il, d'ensevelir indistinctement chez eux toutes les personnes qui décèdent dans leur cloiture et le s[ieu]r vicaire de S[ain]t-Sauveur soutenant que, s'agissant icy d'un estranger, ledit corps apartenoit à sa paroisse et qu'il n'y avait que luy en qualité de pasteur qui peut luy donner sa sépulture et, pour ne pas brécher à l'amitié qu'il y a toujours entre luy et led[it] révérend père Laugier, il a consenti que, sans conséquence, ledit corps seroit enterré chez les Révérends pères observantins, a qui a esté fait ce jourd'huy cinquième fevrier mil sept cens vingt neuf, en présence des soubsignés. »

[Louis BICAIS]
  • Registre paroissial de Saint-Sauveur (Manosque)

[1] Revest-des-Brousses.


Un père indélicat (Aix-en-Provence, 20 février 1874)

L'an mil huit cent, etc.
Nous, Hivert, Pierre-Antoine, commissaire de police de la ville d'Aix, etc.
Informé que les enfants du sieur Boulanger, Baptiste, employé à l'usine à gaz à Aix, demeurant à la rue de la Fonderie, n°15, à Aix, avaient trouvé et remis à leur père il y a quelques mois, un paquet contenant des valeurs en or, argent et billets de banque, et des papiers d'affaires, avons fait amener devant nous,

Montre de gousset.
© Za, 2005. Creative Commons Attribution ShareAlike 3.0.
1° le sieur Antoine Boulanger, âgé de 15 ans, décrotteur sur le Cours [1], domicilié chez son père, rue Fonderie, n°15, lequel nous a fait la déclaration suivante, en présence des agents Dalmas et Charbonnier :
« Il y a environ cinq à six mois, mon frère Baptistin a trouvé dans l'une des rues d'Aix, vers deux ou trois heures de l'après-midi, un paquet qu'il a placé dans un mouchoir et qui contenait de l'or, de l'argent, des billets de banque, une montre en argent et des autres papiers. Il a remis ce paquet à ma mère qui l'a remis à mon père. J'ai su après que mon père avait brûlé les papiers qui étaient sans valeur. Mon père porte la montre sur lui. »

2° le sieur Boulanger, Baptistin, âgé de 11 ans, casseur de pierres, demeurant chez son père, déclare ce qui suit :
« Il y a environ trois mois, j'ai trouvé vers deux heures après-midi, dans une rue dont je ne me rappelle pas le nom, près du Cours, un sac en toile, comme un sac de plomb, qui contenait des pièces d'or, des pièces de 5 francs en argent, des billets de banque, une montre et des papiers. J'ai placé ce sac dans mon mouchoir et je l'ai porté à ma mère qui l'a remis à mon père. Mon père a ensuite brûlé les papiers qui étaient dans le sac en disant qu'ils ne valaient rien et il m'a bien recommandé de ne rien dire à personne, mais je l'ai dit quand même à mon frère. Je n'avais jamais vu de montre à mon père avant cette époque. Je n'ai pas compté l'argent qui se trouvait dans le sac. »

Conduit sur les lieux, cet enfant a désigné d'une façon peu précise la rue des Chapeliers, près la rue des Bagniers, comme étant l'endroit où il a trouvé le sac en revenant d'acheter du cirage.
Nous avons ensuite procédé à une visite domiciliaire, muni d'une délégation de M. le juge d'instruction, chez le sieur Bonancea dit Boulanger, Jean-Baptiste, âgé de 44 ans, sujet italien, demeurant rue de la Fonderie, n°15, à Aix, près des deux enfants ci-dessus, laquelle ne nous a fait découvrir qu'une montre en argent, ancien modèle, et deux reçus de cent francs chacun, en date du 5 décembre 1873 et 4 janvier 1874, pour la location de la maison dont il est le principal locataire.
Le sieur Bonancea, interrogé par nous, répond qu'il a acheté la montre, tantôt à Manosque, tantôt à Aix, pour le prix de 18 francs d'un individu qu'il ne peut nous désigner. Il affirme que les 200 francs de location qu'il a payés proviennent de son travail et de celui de sa femme qui était nourrice et que son fils Baptistin ne lui a jamais apporté de sac contenant des valeurs.
Nous trouvons sur lui une somme de 62 francs, se composant d'une pièce de 20 francs et une pièce de 10 francs en or, deux pièces de 5 francs en argent, une pièce de deux francs et d'un billet de banque de 20 francs.
Il prétend avoir apporté d'Italie les deux pièces d'or.
Il résulte en outre des renseignements recueillis que, il y a peu de mois, le sieur Fageon, maître tanneur aux Infirmeries, à Aix, a perdu dans le quartier où le sac a été trouvé par le jeune Baptistin des valeurs importantes, mais nous n'avons pu l'entendre, attendu qu'il se trouve en voyage.
Le jeune Baptistin Boulanger, interrogé de nouveau sur la montre trouvée chez son père, dit qu'il ne se rappelle pas si elle était dans le sac, mais il maintient qu'il ne l'avait pas avant qu'il ait trouvé ledit sac.
Le sieur Bonancea dit Boulanger, étant prévenu de vol, nous l'avons fait conduire devant monsieur le Procureur de la République pour y être laissé à sa disposition.
Fait à Aix, etc.

  • Registre de police d'Aix-en-Provence

[1] Le cours Mirabeau.

Le café, le chocolat et nos ancêtres de Provence

Marchand de café ambulant (XVIIIe siècle).
- Anonyme, XIXe siècle.
Les premiers « cafés » de Provence, ces débits de boissons où l'on sert entre autres du café, se sont installés à Marseille à la fin du XVIIe siècle. Lorsque Serre peint la peste de 1720 sur le Vieux-Port, on voit nettement ces établissements, ce qui atteste de leur ancienneté.
Le témoignage le plus ancien d'un Provençal au sujet du café semble être celui de l'historien aixois Scholastique Pitton en 1678 qui se demande si les eaux d'Aix conviennent à la consommation du café (qu'il appelle aussi cahué). À la question : cette drogue est-elle propre pour les Provençaux ? il répond : « Je dis que l'usage du café nuit à ceux qui sont d'un tempérament bilieux, mélancolique, sec et qui sont sujets aux insomnies ou qui ne dorment pas facilement. » En revanche, les « personnes grosses et grasses, les tempéraments humides peuvent user du café qui est fort propre pour les femmes sujettes aux vapeurs et aux maux de tête ou migraine, elles n'ont pas un meilleur remède contre les suffocations. » (Les Eaux chaudes de la ville d'Aix, S. Pitton, Aix, 1678.)
Le café va rapidement s'imposer dans l'alimentation européenne, et les Provençaux n'y échapperont pas, à tel point qu’au XIXe siècle toutes les franges de la population en consomment de façon régulière. Marseille devient d’ailleurs un port d’où l’on exporte de grandes quantités de café, dès avant la Révolution. Les établissements en proposant la consommation rivalisent de luxe : de grands miroirs pouvant valoir jusqu’à 40.000 francs, des lustres, des dorures, des tentures. Tout est fait pour inciter le client à fréquenter l’établissement. Mais on n’y consomme pas que du café : chocolat, boissons rafraîchissantes et glaces sont aussi sur la carte. Le vendeur est appelé « cafetier » ou, plus fréquemment, « limonadier ».
Voici un état des cafés dans les années 1820 dans les Bouches-du-Rhône :

Commune
Établissements
Limonadiers employés
43
80
Autres communes de l’arrondissement
4
0
13
20
Autres communes de l’arrondissement
7
0
10
10
7
7
Autres communes de l’arrondissement
11
3
TOTAL
95
120


Les limonadiers sont nourris et logés sur place. Ils reçoivent 144 francs annuellement, mais, en raison de leurs étrennes (comme on nomme alors le pourboire) et les avantages en nature, c’est un salaire de 800 à 1000 francs par an qu’ils reçoivent, ce qui fait de la profession de limonadier une activité considérée comme plutôt bien rémunérée.

Puisque l'on parlait de chocolat, il se trouve qu'il existait quelques fabriques de chocolats dans le département : 25 à Marseille et 4 à Aix, employant un total de 50 ouvriers. Leurs clients principaux étaient bien évidemment au premier chef les cafetiers, mais aussi les droguistes (le chocolat est bon pour la santé !) et même des particuliers.
Pour faire du chocolat au XIXe siècle, on réduisait le cacao en pâte et on lui ajoutait du sucre et une substance aromatique : cannelle, vanille ou autre.

Les habitudes ont finalement peu changé deux siècles plus tard : café et chocolat demeurent des éléments incontournables des habitudes alimentaires des Provençaux d'aujourd'hui.



Charles-Victor Laforgue (né en 1853), un notaire marseillais à Ollioules

Charles-Victor Laforgue est né à Marseille le 17 février 1853. Son père, Marie Joseph Charles Laforgue, est un rentier de 27 ans domicilié 15, rue Fangate, avec son épouse, Antoinette Gourdan, une femme de 23 ans.
Le fils suit des études de droit avant de devenir avocat au barreau de Marseille le 15 septembre 1874. La faculté d'Aix lui décerne le premier prix de droit la même année.
En 1879, il quitte les Bouches-du-Rhône et s'installe à Ollioules (Var) en tant que notaire, jusqu'en 1898, date à laquelle il se réinscrit au barreau de Marseille.
Durant son séjour varois, il exerce la fonction de secrétaire général de l'Académie du Var.
Considéré comme un bibliophile distingué, il est l'auteur de plusieurs ouvrages littéraires ou juridiques.


Une mort alarmante (Boulbon, 6 août 1721)


« Le sixième d'oust mil sept cens vingt un, Joseph Gouraud dit Bourguignon, caporal de la compagnie colonelle genevelle du régiment de Fores, fils d'Estienne et de Marie Person, de la paroisse de Sauvigny-le-Bois, en Bourgogne, âgé de trente sept ans, a esté ensevely au cimetière No[t]re-Dame, il étoit arrivé le quatre icy, malade, venant de la ligne de Saint-Gabriel, la mort duquel nous a donné une terrible alarme, que Dieu nous fasse la grace que nous en soyons quitte par la peur. »
[PERRIER prêtre]
  • Registre paroissial de Boulbon.


Donat Beigne est un héros ! (Marseille, 24 juin 1833)

Le sieur Donat Beigne, grenadier de la garde nationale de Marseille, étant de service au poste de l'état major établi près du port, passait sur le quai dans la nuit du 24 au 25 juin 1833 lorsqu'il entendit le bruit de la chute d'un homme dans l'eau.
N'écoutant que la voix de l'humanité, il se précipite aussitôt dans les flots tout habillé, sans avoir pris même le temps de se débarrasser de son sabre et de sa giberne et, bravant courageusement, au milieu de la nuit, des dangers réels, il parvint à saisir cet homme, qu'il ramena à terre après les plus grands efforts.
Le sieur Beigne s'est distingué dans plusieurs circonstance antérieures, et il a été signalé particulièrement comme ayant montré le plus grand dévouement lors de l'incendie qui a éclaté dans le port en 1822 et qui pouvait avoir les suites les plus désastreuses sans l'intrépidité qu'il montra, ainsi que quelques autres personnes.

  • Source : Annales maritimes et coloniales - Récompenses accordées au nom du Roi par le ministre de la marine et des colonies années - 1832 et 1833
  • Texte transmis par Monique Baladier
  • Illustration : Le port de Marseille, Balthasar Friedrich Leizelt, Augsbourg, 1778.


Mort d'un mendiant (Saint-Martin-de-Crau, 10 décembre 1758)

« L'an mil sept cent cinquante huit et le quatorze du mois de décembre a été ensevely dans le cimetière de cette paroisse un homme inconnu âgé d'environ cinquante cinq ans, qui mendiait probablement son pain, trouvé mort le dix du mois cy dessus, au milieu du chemin de Fos, entre le mas de Pernes et celuy de Vergère, sans qu'il n'y eut pourtant aucune marque qu'il fût mort d'une mort violente, témoins présents et soussignés Jacques Peyre et Joseph Bicheron. »

[BICHAIRON, PEYRE, MARTIN curé]


  • Registre paroissial de Saint-Martin-de-Crau
  • Illustration : Les mas de Pernes et de Vergère sur la carte de Cassini. DR.


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