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| Les Braconniers, Louis Kramp (1804-1871). |
Pourtant des faits divers issus des journaux locaux ou des registres d'état-civil montrent que de nombreux braconniers ne comptaient pas laisser la force publique les empêcher de commettre leurs forfaits. Le XIXe siècle permet de retrouver des événements tragiques qui ont endeuillé des villages entiers.
Dans le journal aixois Le Mémorial d'Aix, en date du 7 novembre 1852 (n° 45), le journaliste Aubin se livrait à une véritable lamentation quant aux mœurs de son temps, où l'on « ne respecte pas même la vie de son semblable ».
Laissant exprimer sa colère lorsque des braconniers, pour échapper à une amende de 30 ou 40 francs, n'hésitent pas à mettre en joue des gendarmes, voire à les abattre, « voilà de quoi faire réfléchir, dit Aubin, et c'est là un thermomètre, qu'on nous passe ce mot, bien peu satisfaisant de la moralité publique. » Faisant allusion à un crime récent perpétré sur le terroir d'Aix-en-Provence, il s'écrit : « Mais c'est reculer en pleine barbarie, et c'est faire autant, peut-être mieux, que les sauvages eux-mêmes ; non, jamais tant de cruauté ne se vit en pleine Kabylie... Et nous sommes en France, dans cette nation renommée par la douceur de ses mœurs et qui marche en tête de la civilisation ; mais c'est là une honte pour notre pays et c'est le signe de sa démoralisation, imprimé trop visiblement à son front. Oh ! il faut reconnaître partout que nous sommes encore les enfants de Voltaire et que les vieux principes de vertu et de morale s'en vont tous les jours de plus en plus, et qu'on ne respecte plus rien, plus rien, pas même la vie de son semblable. » Coup de colère et dégoût d'une société plus dépravée chaque jour...
Quels événements peuvent être évoqués pour illustrer les méfaits sordides de braconniers sans foi ni loi qui écument alors les campagnes provençales ? En voici quelques exemples.
Le gendarme Amiot (Vauvenargues, 12 septembre 1841)
Le registre d'état-civil de Vauvenargues signale l'assassinat de François Xavier Amiot, 34 ans, originaire du Doubs, gendarme à cheval de la 2e brigade d'Aix, fils de Pierre Joseph et d'Athanase Billot. On y apprend qu'il « est décédé aujourd'hui [12 septembre 1841] sur les neuf heures du matin par suite d'une arme à feu en faisant son service à la poursuite d'un chasseur à la propriété de M. Corse, dite les Adrèches. » Ce gendarme a reçu un coup de fusil en pleine poitrine et est tombé mort dans un taillis de Vauvenargues, au pied de la montagne Sainte-Victoire.
Les chasseurs de Saint-Antonin (Saint-Antonin-sur-Bayon, 1841)
La même année, c'est une bande entière d'une cinquantaine de chasseurs qui va causer des sueurs froides à deux gendarmes. Ses membres, réunis autour d'un feu où s'apprêtait leur repas du matin, dans les solitudes de Saint-Antonin, s'excitaient les uns les autres à la joie lorsque deux gendarmes parurent devant eux. Ces chasseurs étaient en infraction car ils avaient franchi les limites dune propriété privée. Les gendarmes les sermonnent donc et les rappellent au respect de cette propriété et c'est alors que les choses dégénèrent : tous d'une voix, ces chasseurs s'écrient qu'ils avaient juré haine aux riches et qu'ils voulaient jouir à leur tour.
Les gendarmes jugent préférables de se retirer, sans avoir dressé de procès-verbal.
Autres cas
Peu de temps après, dans le Var, un jeune chasseur fait face au gendarme qui le poursuivait et le vise de son fusil puis appuie sur la détente. Par chance, le coup ne part pas.
Un autre jour, non loin de la forêt de la Sainte-Baume, un pauvre gendarme tombe assassiné par un chasseur.
De façon similaire, dans les Basses-Alpes, un garde forestier est abattu par les chasseurs qu'il venait verbaliser.
Le gendarme Pecot mort en service
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Le journal Le Mémorial d'Aix relate le drame de façon laconique mais indique que l'événement avait provoqué deux assassinats. Le registre des décès de la ville d'Aix n'indique pourtant que celui du gendarme Pecot. On peut dès lors supposer que le deuxième gendarme n'a subi qu'une tentative d'assassinat. Seul Pecot y laissa la vie, ce qui explique que le monument funéraire offert par la ville ne soit dédié qu'à lui.
Si vous avez connaissance d'autres faits de ce genre, n'hésitez pas à les signaler en laissant un commentaire ci-dessous.
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Ah ! il en voulait à la veuve Garcin, le Joseph Coulet. On ne sait pourquoi ; elle-même d’ailleurs ne se l’expliquait pas. « Une haine des plus implacables, disait la pauvre femme, dans l’objet seulement de me nuire. » Georges, son mari fort âgé, était mort en novembre et Coulet avait progressivement déversé toute sa hargne sur la vieille veuve. Quand elle passait devant chez lui, il la suivait et l’accusait des pires vilénies. Il allait même la calomnier auprès des autres, mettant ses voisins en garde contre les rapines de la veuve. Dans l’été, il jurait l’avoir vue passer avec un drap rempli de pois chiches. La voleuse ! Où avait-elle chapardé cela ? Il l’avait suivie jusque dans ses vignes où il était certain qu’elle s’était cachée pour échapper à sa colère. Alors, pour la débusquer comme un lapin, il avait jeté quantité de pierres au milieu de ses arbustes, certain que l’une d’elles l’atteindrait bien. Mais elle s’était éclipsée. Et Joseph Coulet ruminait sa rage…










