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Janvier 2012 - 11e année - numéro 122

Exposition de reliques (La Piarre, 25 octobre 1761)


Jean-Baptiste de Belloy,
évêque de Marseille de 1755 à 1791.
« L’an mille sept cent soixante un et le vingt cinquième octobre, saint jour du dimanche et le peuple assemblé dans l’église paroissiale, avons solennellement exposé pour la première fois à la vénération les reliques de saint Purpurat, de saint Sévère, de saint Généreux et de saint Théophile, martyrs, qui ont été prises par ordre de notre saint père le pape dans le cimetière de Sainte-Agnès, reconnues et approuvées par la sacrée congrégation des indulgences et des sacrées reliques, ainsi qu’il conste par l’authentique donnée à Rome, en date du 9 novembre 1759, signée par M. fr. Silvestre Mérani, seigneur évêque de Porphire, préfet de la sacristie apostolique et assistant du trône pontifical, lesdites sacrées reliques ayant été vérifiées par Messire François de Ravel, prêtre docteur en sainte théologie, vicaire général de monseigneur l’évêque de Marseille, qui nous a permis de les exposer à la vénération des fidèles, ainsi qu’il est porté par le verbal qu’il en a fait dresser dans les registres du greffe de l’évêché de la susdite ville de Marseille en date du 19 mai de la présente année, signé de sa main. Ayant le susdit messire François de Ravel été commis et délégué à cet effet par monseigneur des Pérouses*, évêque, comte et seigneur de Gap le onze mai de l’année courante, en foy avons signé avec les sieurs consuls du présent lieu. »

* Pierre-Annet de Pérouse, évêque de Gap de 1754 à 1763.

  • Registre paroissial de La Piarre
  • Texte signalé par Philippe Ligonesche


Faits divers de La Piarre (Hautes-Alpes)


XVIIIe siècle.

La Piarre - Faits divers

L'accident du jeune Arnoux (Saint-Martin-de-Crau, 12 octobre 1770)


« L’an mil sept cent soixante et dix et le douze du mois d’octobre a été ensevely dans le cimetière de cette paroisse Louis Arnoux, fils naturel et légitime à Étienne Arnoux, ménager, et à feue Thérèse Capeau, originaire du lieu d’Istres, décédé hyer soudainement par une chute qu’il fit en tombant d’une échelle, âgé d’environ dix-huit ans, témoins présents et soussignez, M. Charles Pouillard, ménager, et Jacques Peyre, maréchal à forge. »
[PEYRE, MARTIN curé, C. POUILLARD]
  • Registre paroissial de Saint-Martin-de-la-Palud


Une beauté fatale (Manosque, 1341)

Nous sommes en 1341 en un lieu et une époque où l’on n’accorde globalement pas une importance démesurée à la vie humaine. Ainsi, pour des peccadilles, nombre de Manosquins se retrouvent occis, qui pour un regard de travers, qui pour une parole malheureuse. Que les Manosquins se rassurent, la constatation vaut pour le reste des Provençaux.
L’affaire que voici est advenue, à Manosque donc, à un jeune homme du nom de Pierre Nicolas. Celui-ci croise un jour une femme qu’il connaît bien : Cécile Ébrard, la veuve d’Étienne. Aussitôt, à sa vue, son visage s’illumine. Il a reconnu celle qu’il lui est arrivé plusieurs fois de connaître charnellement et qui lui a laissé tant de souvenirs émus. La belle, à peine plus âgée que Nicolas, s’approche de lui et, de sa voix la plus charmeuse, lui fait :
« Compère, m’oublierais-tu donc ? »
Oublier Cécile ! Comment serait-ce possible, elle dont la seule image suffit à enflammer ses nuits. Bredouillant quelques paroles à la hauteur de son embarras, Pierre Nicolas n’a pas le temps de rester penaud longtemps. La belle poursuit :
« Je t’attends ce soir dans ma chambre. »
Le rendez-vous est pris et le jeune homme retourne chez lui, la mine égayée pour le restant de sa journée. Et quand le soir arrive, après s’être vêtu de ses plus beaux habits, il arrive devant la porte de la veuve à laquelle il toque pour signaler sa présence.
Celle-ci lui ouvre mais, alors qu’il s’attend à un voluptueux baiser d’accueil, c’est un poignard dans le bras qui vient lui souhaiter la bienvenue. Entraîné malgré lui vers l’intérieur par plusieurs hommes armés, il ressent des douleurs intenses à mesure que de nouveaux coups lui sont infligés à tour de rôle, tandis que la belle Cécile indique aux bourreaux les endroits où frapper pour que la mort vienne plus vite. Enfin, un coup de grâce est porté au malheureux Pierre qui quitte ce monde dans la douleur.
Cécile Ébrard va forcément finir sur l’échafaud !
Eh bien, non : en janvier 1342, à l’occasion de son procès, elle est acquittée par le juge de Manosque, « faute de preuve », selon l’homme de droit, alors que les faits établis par l’instruction sont formellement avérés. Nous nous contenterons de cet épilogue judiciaire sans réellement comprendre ce qui aura animé les conclusions du jugement.
Toujours est-il que, lors de cette soirée, le pauvre Pierre Nicolas a eu comme dernière vision celle d’une femme qui s’acharnait à hâter sa mort. Une beauté fatale, en somme…


On fait des folies à tout âge (Aix-en-Provence, 10 janvier 1890)

Femme non identifiée.
BNF.
Le journal Le Mémorial d'Aix du dimanche 12 janvier 1890 relate le fait suivant :

« On fait des folies à tout âge. C'est le cas de la dame C., âgée de 45 ans, qui a tenté de se suicider par asphyxie dans une chambre qu'elle occupait à Aix, rue du Séminaire*. Le motif de sa funeste détermination a été... un désespoir d'amour. Cupidon ! voilà bien de tes coups ! Espérons qu'elle ne recommencera plus lorsqu'elle aura atteint l'âge de raison, car les soins qu'on lui a prodigués l'ont ramenée à la vie seulement. »



* C'est l'actuelle rue Pierre-et-Marie-Curie.


Translation de reliques (Saint-Antonin-sur-Bayon, 31 octobre 1790)

Oratoire au quartier de l'Hubac,
Saint-Antonin-sur-Bayon.
DR.
« Ce jourd’huy d[erni]er octobre de l’an susdit, ensuite de la permission accordée par monsieur le vicaire général reçues en ces termes, nous permettons à monsieur le curé de S[ain]t-Antonin d’exposer dans son église les reliques authentiques qui étoient à l’église des Bernardines et qui luy ont été cédées ainsi que l’atteste le secrétaire de l’archevêché.
Nous nous en rapportons à son zèle et à sa piété pour le faire avec la décence que l’on doit à cet objet de la piété des fidèles.
Aix, ce 7 9bre 1790 »
[Signé Dombidau, Crouseilhes, vic[aire] g[énér]al]

 *

« Nous avons été processionnellement au lieu préparé pour la translation des susd[ites] reliques et au chant des hymnes et des cantiques prescrits par le rituel romain, nous les avons porté jusques dans l’église paroissiale et les avons placé aux deux côtés du maître autel sur un autel destiné à cette cérémonie, en présence de M. Alexandre Appollinaire Ravel, prêtre de Saint-Sauveur, Dominique David et Joseph David qui ont signé avec nous. »
[Signatures]
Huguet Roussillon, curé

  • Registre paroissial de Saint-Antonin-sur-Bayon


« Aves pitié de ce pauvre innocente » (Marseille, 2 août 1880)

L’an mil huit cent quatre vingt et le dix août, il résulte d’un procès-verbal de M. Jean Antoine Moulin, commissaire de police du 15e arrondissement de la ville de Marseille que le deux août, le brigadier des gardiens de la paix Wilhelm Jean-Charles, demeurant rue Gourjon, 5, s’est présenté devant ledit officier et a fait la déclaration suivante :
« Ce matin, vers 5 heures, Mme Bresson qui habite dans la même maison que moi est venue me prévenir chez moi qu’elle venait de trouver un enfant âgé d’environ deux mois, dans le couloir de la maison, rue Gourjon, 8. J’ai engagé cette femme à le garder et suis venu vous informer de cet abandon d’enfant. »
Ladite dame Bresson Marie, née Felten, âgée de 50 ans, tailleuse, demeurant dite rue Gourjon, 5, qui se présente ensuite en notre bureau avec le susdit enfant nous déclare :
« Vers 4 heures et demie, m’étant levée et mise à la croisée, j’ai entendu les vagissements d’un enfant partir du couloir de la maison, rue Gourjon, 8, en face de celle où j’habite. Je suis descendue pour voir ce que c’était et, arrivée dans la rue, un locataire qui descendait m’a crié : "Tiens ! Voilà un enfant !" Je l’ai pris et l’ai porté chez le brigadier Wilhelm qui m’a engagé à le garder jusqu’à ce que votre bureau soit ouvert. Comme l’enfant était mouillé, je l’ai démailloté en présence du brigadier et nous avons trouvé dans les langes le billet que je vous remets. »
(Ce billet est conçu en ces termes : « Aves pitié de ce pauvre innocente i s’appella Marie Fortunato. Marseille 2 août 1880. »)
« Je ne puis fournir d’autres renseignements. »
Que lecture faite ladite dame persiste et dit ne savoir signer.
Que ledit fonctionnaire a procédé à l’inventaire des langes trouvées sur l’enfant qui était couché derrière la porte du corridor, rue Gourjon, 8, sur un morceau de toile de matelas à raies bleues et blanches.
Que l’enfant est du sexe féminin, âgée de deux mois environ. Une sangle en toile blanche l’entourait. Il était enveloppé d’un maillot en fil et coton provenant d’un vieux châle à raies d’inégale largeur rouges et vertes, d’une serviette en toile blanche avec deux raies bleues. Une pointe en indienne à raies violettes et blanches est placée autour du cou croisée sur la poitrine et liée derrière le dos. Deux bonnets couvrant la tête, celui de dessous est en piqué blanc avec un petit feston sur le bord ; celui du dessus est en coton tricoté. Un biberon en caoutchouc était dans une petite bouteille de lait.
Après ces constatations et toutes les investigations dans le quartier pour arriver à la découverte de l’auteur de cet abandon, étant sans résultat, l’enfant dont s’agit a été transporté à l’hospice de la Conception.
Nous avons reconnu que cet enfant est du sexe féminin. Nous lui avons donné le nom de Marie Fortune et l’avons fait reporter à l’hospice de la Conception.

  • Registre des transcriptions, état-civil de Marseille

Bagarre à l'abattoir (Aix-en-Provence, 27 mai 1874)

Jeune homme,
par P. Letuaire (XIXe s.)
L’an mil huit cent, etc.
Nous, Jean Baptiste Finet, commissaire de police de la ville d’Aix,
Informé que le nommé Guyot Léon, âgé de 17 ans, garçon boucher, demeurant rue Grande-Saint-Esprit, avait, ce matin, à l’abattoir, été frappé et blessé par le nommé Gilly Baptistin.
Nous nous sommes transporté au domicile dudit Guyot où nous avons constaté que ce jeune homme a la lèvre inférieure fendue sur une longueur de quatre centimètres du côté gauche de la bouche. Il a reçu également un violent coup de poing à la tempe gauche.
Il nous a déclaré que ce matin de 9 à 10, étant à l’abattoir, il avait dit à Gilly de lui amener des moutons. Ce dernier lui ayant répondu d’aller les chercher, il lui avait alors dit : « Si tu ne veux pas les donner, d’autres les donneront. » Gilly lui avait donné le coup de poing dont il porte la trace.
Un moment après, il est allé chercher les moutons avec le père de Gilly. Il est entré ensuite dans une cabine de l’abattoir pour se déshabiller. Lorsqu’en quittant sa chemise, il en avait la tête couverte, il a reçu le coup qui lui a fendu la lèvre. Il a reçu d’autres coups dont il ne porte pas la trace, parce qu’il a garanti sa figure avec ses bras.
À ses cris, Gilly, craignant que les personnes qui se trouvaient à l’abattoir vinssent, a cessé de le frapper.
Les coups lui ayant été portés dans la cabine où il se déshabillait et où il était seul, Gilly n’a été vu le frapper par personne. M. Savournin, agent de l’abattoir, l’a vu la figure ensanglantée lorsqu’il est sorti. Il n’a pu voir si Gilly avait une arme à la main lorsqu’il l’a frappé.
Note : M. Savournin, dans sa lettre informant M. le commissaire central de cet acte de brutalité, dit que Gilly est coutumier du fait.
Et, le 28 dudit mois de mai, nous avons fait comparaître devant nous Gilly Louis Jean Baptiste, dit Baptistin, âgé de 19 ans, garçon boucher, demeurant en cette ville, rue des Cardeurs, n°35, né à Aix le 24 mars 1855, fils de Laurent Gilly et de Julie Marie Victoire Marin, célibataire, lequel nous a déclaré ce qui suit :
« Je suis garçon boucher à l’abattoir. Je tue les bœufs et les moutons de Mme veuve Brun chez laquelle Guyot est garçon. Hier matin, il vint à l’abattoir et me dit : « Il faut tuer de suite un bœuf et trois moutons. » Je lui répondis : « Je vais me déshabiller et le faire. » Il me répéta : « Il faut le faire de suite ou d’autres le feront », me menaçant ainsi de m’ôter le travail de Mme Brun. Nous eûmes alors ensemble une discussion et nous échangeâmes quelques coups de poing. Pendant que j’abattais le bœuf, Guyot et mon père allèrent chercher des moutons à l’écurie et Guyot entra dans une cabine se déshabiller pour tuer les moutons. Irrité de voir qu’il cherchait à me porter préjudice en voulant m’ôter mon travail. Je suis entré dans sa cabine et je lui ai donné plusieurs coups de poing. Il n’a pas pu se défendre parce qu’il avait sa chemise sur la tête. Je ne voulais pas lui faire autant de mal que je lui ai fait. Je n’avais rien à la main pour le frapper, je l’ai frappé de mon poing seulement. »
Lecture faite, Gilly a signé.
De tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal pour être transmis à M. de Procureur de la République.
Fait à Aix, etc.

  • Registre de police, archives communales d'Aix

Une calamité naturelle (Manosque, 17-23 juin 1786)

© Aka, 2005. 
Creative Commons Paternité –
Partage des conditions initiales 

à l’identique 2.5 générique.
Les récoltes de l’année 1786 s’annonçaient somptueuses. Partout dans le terroir de Manosque, on se disait qu’on allait faire bombance à la fin de l’été et chaque famille s’en réjouissait. Pourtant les rires eurent tôt fait de se changer en grimaces lorsqu’on vit arriver en fin de journée, le 17 juin, des nuages noirs qui ne présageaient rien de bon. Rapidement, la pluie commença à tomber mais celle-ci se transforma peu à peu en grêle : des grêlons d’une grosseur extraordinaire !
Vignes, champs de blés, oliveraies : les dégâts furent considérables. Et quand l’orage cessa, dans la soirée, on se rendit compte du mal qu’il avait fait aux cultures. Le lendemain, vers la même heure, le même spectacle s’offrit aux regards. D’énormes nuages déversèrent sur le pays quantité de grêle et des trombes d’eau. Et les dégâts s’additionnèrent à ceux de la veille. Pourtant, le malheur ne devait pas s’arrêter là.
Le jour suivant, le même drame se reproduisit. La Durance débordait et charriait des torrents de graviers dans la plaine. Des arbres avaient été arrachés comme des brindilles de paille. Et la foudre continuait de tomber sur la terre, apportant désolation aux labeurs des hommes. Chaque jour, la tempête semblait plus violente que la veille. Et l’on se demanda si cela prendrait fin.
Sur la demande pressante des consuls, le clergé manosquin organisa des processions quotidiennes jusqu’à l’église de Toutes-Aures pour y chercher les statues de la vierge Marie et de saint Pancrace et les promener dans toute la ville, pour que le Ciel mît un terme au malheur.
Enfin, au septième jour, il n’y eut plus d’orage. Les saintes statues furent encore transportées en ville, mais la tempête semblait avoir quitté la Haute-Provence. Les jours suivants confirmèrent le retour d’un temps stable. Mais que de malheurs endurés par les Manosquins pendant ces sept jours de fin du monde !


Nouveautés du mois d'avril 2011



Faits divers




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