Bagarre à l’abat­toir (Aix-en-Pro­vence, 27 mai 1874)

Jeune homme, par P. Letuaire (XIXe s.)

Jeune homme, par P. Letuaire (XIXe s.)

L’an mil huit cent, etc.
Nous, Jean Baptiste Finet, commissaire de police de la ville d’Aix,
Informé que le nommé Guyot Léon, âgé de 17 ans, garçon boucher, demeurant rue Grande-Saint-Esprit, avait, ce matin, à l’abattoir, été frappé et blessé par le nommé Gilly Baptistin.
Nous nous sommes transporté au domicile dudit Guyot où nous avons constaté que ce jeune homme a la lèvre inférieure fendue sur une longueur de quatre centimètres du côté gauche de la bouche. Il a reçu également un violent coup de poing à la tempe gauche.
Il nous a déclaré que ce matin de 9 à 10, étant à l’abattoir, il avait dit à Gilly de lui amener des moutons. Ce dernier lui ayant répondu d’aller les chercher, il lui avait alors dit : « Si tu ne veux pas les donner, d’autres les donneront. » Gilly lui avait donné le coup de poing dont il porte la trace.
Un moment après, il est allé chercher les moutons avec le père de Gilly. Il est entré ensuite dans une cabine de l’abattoir pour se déshabiller. Lorsqu’en quittant sa chemise, il en avait la tête couverte, il a reçu le coup qui lui a fendu la lèvre. Il a reçu d’autres coups dont il ne porte pas la trace, parce qu’il a garanti sa figure avec ses bras.
À ses cris, Gilly, craignant que les personnes qui se trouvaient à l’abattoir vinssent, a cessé de le frapper.
Les coups lui ayant été portés dans la cabine où il se déshabillait et où il était seul, Gilly n’a été vu le frapper par personne. M. Savournin, agent de l’abattoir, l’a vu la figure ensanglantée lorsqu’il est sorti. Il n’a pu voir si Gilly avait une arme à la main lorsqu’il l’a frappé.
Note : M. Savournin, dans sa lettre informant M. le commissaire central de cet acte de brutalité, dit que Gilly est coutumier du fait.
Et, le 28 dudit mois de mai, nous avons fait comparaître devant nous Gilly Louis Jean Baptiste, dit Baptistin, âgé de 19 ans, garçon boucher, demeurant en cette ville, rue des Cardeurs, n°35, né à Aix le 24 mars 1855, fils de Laurent Gilly et de Julie Marie Victoire Marin, célibataire, lequel nous a déclaré ce qui suit :
« Je suis garçon boucher à l’abattoir. Je tue les bœufs et les moutons de Mme veuve Brun chez laquelle Guyot est garçon. Hier matin, il vint à l’abattoir et me dit : « Il faut tuer de suite un bœuf et trois moutons. » Je lui répondis : « Je vais me déshabiller et le faire. » Il me répéta : « Il faut le faire de suite ou d’autres le feront », me menaçant ainsi de m’ôter le travail de Mme Brun. Nous eûmes alors ensemble une discussion et nous échangeâmes quelques coups de poing. Pendant que j’abattais le bœuf, Guyot et mon père allèrent chercher des moutons à l’écurie et Guyot entra dans une cabine se déshabiller pour tuer les moutons. Irrité de voir qu’il cherchait à me porter préjudice en voulant m’ôter mon travail. Je suis entré dans sa cabine et je lui ai donné plusieurs coups de poing. Il n’a pas pu se défendre parce qu’il avait sa chemise sur la tête. Je ne voulais pas lui faire autant de mal que je lui ai fait. Je n’avais rien à la main pour le frapper, je l’ai frappé de mon poing seulement. »
Lecture faite, Gilly a signé.
De tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal pour être transmis à M. de Procureur de la République.
Fait à Aix, etc.

  • Registre de police, archives communales d’Aix