Une blague peu appréciée (Ménerbes, février 1879)

Ce fait divers survenu à Ménerbes en février 1879 illustre la diffusion et l’appropriation populaire des figures politiques au tout début de la Troisième République. La même année, l’élection de Jules Grévy à la présidence concrétise l’enracinement du régime républicain ; toutefois, la mise en scène irrévérencieuse d’un effigie truculente dans un débit de boissons témoigne d’une désacralisation comique du pouvoir central par la culture politique locale. Le recours au notaire — figure majeure de l’autorité bourgeoise et notariale en milieu rural — marque le point de rupture : la plainte déposée par Me Grangier auprès du juge d’instruction d’Apt déclenche l’appareil judiciaire pour outrage aux symboles républicains et trouble à l’ordre public. L’enquête et les auditions de quinze villageois traduisent la vigilance des institutions judiciaires de l’époque face à tout manquement au respect dû aux autorités de l’État.

« Tout se perd. Même le respect au président. »
C’est ce qu’ont dû se dire les habitants de Ménerbes, petite commune de Vaucluse, en ce mois de février 1879.
Jules Grévy. DR.
Jules Grévy. DR.
La scène se passe au café du village. Un groupe d’amis décide de faire une blague. Ils habillent un des leurs en pantin, lui noircissent les mains et le visage et, grimé de la sorte, l’individu s’approche de quelques clients tandis que son comparse annonce :
« J’ai l’honneur de vous présenter M. Jules Grévy, président de la République française. »
Évidemment, la plupart d’entre eux sont alors avinés et c’est dans cet état que, après avoir épuisé leur blague auprès des clients, il leur vient à l’idée d’aller faire la même au notaire de Ménerbes, Me Grangier. À lui aussi on va présenter « le président de la République ».
Mais l’officier public ne goûte guère la plaisanterie et va déposer une plainte qui va impliquer 15 personnes qui seront entendues par le juge d’instruction d’Apt, notamment le cafetier Michel et l’individu qui s’était déguisé.
  • Source : Le Petit Méridional, cité par Le Petit Parisien, 2 mars 1879.

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