Clément Michel (1883-1957), un prêtre, de Rabou à Madagascar

Le texte qui suit est tiré d’une nécrologie publiée dans un journal malgache dont l’édition originale nous est malheureusement inconnue. Elle présente la vie d’un prêtre, Clément MICHEL, né à Rabou (Hautes-Alpes) en 1883, et qui décida de vouer sa vie à la religion et exerça sur l’île de Madagascar.
Le 14 mars dernier, à quatre heures du matin, mourait à Antsirabé le père Clément MICHEL, des Missionnaires de la Salette.
Le père MICHEL était né à Rabou, petit village des Hautes-Alpes, dans le diocèse de Gap, le 19 septembre 1883, de parents foncièrement chrétiens. Le 29 septembre 1898, à l’âge de quinze ans, il était admis à l’École apostolique des Missionnaires de la Salette, à Corps (Isère). Il n’était alors qu’à quelque trente-cinq kilomètres de son village natal, mais, en 1901, la persécution religieuse ayant chassé les Missionnaires hors de France, le jeune MICHEL, pour rester fidèle à son idéal, n’hésita pas à suivre ses camarades et à s’exiler en Belgique, où l’École devait se reconstituer. C’est là, à Tournai, qu’il acheva ses humanités et entra ensuite au noviciat de la congrégation.
Ses premiers voeux émis le 1er septembre 1904, il se rendit à Rome pour y suivre les cours de philosophie et de théologie de l’université grégorienne. Il fut ordonné prêtre à Saint-Jean de Latran le 9 avril 1909, au cours de sa troisième année de théologie. Encore un an d’université et le jeune missionnaire sera à la disposition de ses supérieurs pour les travaux qu’ils voudront bien lui confier.
D’abord sous-maître des novices, puis professeur à l’École apostolique, le père songe très sérieusement, dès 1913, à s’offrir à ses supérieurs pour la mission de Madagascar. «Bientôt, déclarait-il à un de ses confrères sur le point de s’embarquer pour la grande île, bientôt je vous retrouverai là-bas ». A ce «bientôt», la Première Guerre mondiale devait donner un sens démesurément long. Avant de réaliser son rêve, le père aura à parcourir, sac au dos, les fronts de France et de Salonique, et ce n’est qu’en 1919 qu’il pourra débarquer sur cette terre malgache qu’il ne quittera plus jamais.
Après six mois d’initiation à la langue et au ministère malgache à Ambohimasina, le père est successivement affecté aux postes de Bétafo, de Faratsiho, d’Antanifotsy, d’Ankazomiriotra et d’Ambohibary, mais invariablement chargé du service des chrétientés de la brousse. Partout, malgré ses manières un peu rudes, son dévouement gagne les coeurs. Le ministère est enthousiasmant mais très dur. Aux soucis des âmes s’ajoutent des soucis matériels de tous ordres. Le père MICHEL a été un grand constructeur. Les deux belles et grandes églises de Faratsito et d’Antanifotsy sont en partie son oeuvre, la première au coeur de l’Ankaratra, la seconde sur les bords de l’Onivré.
Ainsi, trente-trois ans durant, le père est à l’oeuvre et se dépense sans compter malgré une fièvre persistante rapportée du front de Salonique, et malgré certaines infirmités que l’âge apporte presque toujours avec lui. Mais, en 1952, il doit revenir à Antsirabé pour se soigner un peu mieux, tout en rendant de précieux services jusqu’à ce qu’enfin il se voit contraint de garder le lit une année entière, la dernière de sa vie. Il n’a plus même la consolation de célébrer le Saint-Sacrifice. Tout ce qu’il peut faire, c’est de s’offrir lui-même, rongé qu’il est par un mal implacable.
Une année de souffrances physiques et morales, mais aussi une année de grâces ! Le missionnaire quelque peu irascible (1) devient doux, aimable, sensible aux soins qui lui sont prodigués par son infirmier, aux attentions et aux visites de ses confrères. Son esprit de foi s’approfondit, sa piété devient même expansive. Dans les dernières semaines, il demande qu’on l’aide à porter sa croix jusqu’au bout avec le Sauveur. Il aime cette pensée que lui suggère un confrère: «Quand on vieillit, tout s’en va, mais Dieu vient.»
Pour lui, depuis longtemps déjà, Dieu était venu et ne l’avait point quitté. Mais le père Michel n’avait que les yeux de la foi pour le reconnaître. Le moment est tout proche où le voile va tomber et où l’enfant verra son Père dans le face-à-face éternel. C’est en pleine connaissance que le malade reçoit l’extrême onction et la bénédiction apostolique de la main de son évêque, en pleine connaissance qu’il rend son âme à Dieu.
Le père avait soixante-treize ans d’âge, cinquante-deux ans de vie religieuse, quarante-huit ans de vie sacerdotale et trente-huit ans de vie missionnaire.

(1) Cette nouvelle allusion au caractère « quelque peu irascible » du père Michel semble bien euphémique et laisse sans nul doute poindre la personnalité d’un être très colérique, mais certainement très attachant aussi.
Photographie : Une des rares photographies de Clément Michel, prise à Antsirabé, quelques mois avant sa mort. © Maurice Desbois, 1957.