Deux terribles orages (Aix-en-Provence, 18 juillet 1852)

Le cours Sextius, à Aix-en-Provence.
« Dimanche, deux orages ont fondu tour à tour sur notre ville et sur son terroir. Le premier, qui a éclaté le matin, a déversé, au milieu des tonnerres et des éclairs, une pluie abondante sur nos campagnes altérées. Le second y a semé le désastre et la désolation. Une bourrasque violente s’y est déchaînée à trois heures après midi. La trombe a promené la dévastation partout où elle a passé. Un vent furieux et tourbillonnant courbait les arbres et une nuée, qui marchait avec la rapidité de la foudre, s’est ouverte en dégorgeant des torrents de grêle qui ont haché les récoltes. Cet ouragan a été terrible. Heureusement la moisson n’était plus sur pied, et les céréales étaient entassées en meules sur l’aire. Mais les vignobles ont été abîmés. Dans beaucoup de quartiers, la vigne, dépouillée des feuilles et des raisins, ne présente plus à l’œil attristé que sa tige sarmenteuse, aussi nue qu’à l’époque de la taille. Les amandiers, les oliviers ont perdu presque tous leurs fruits. Les champs de haricots, de melons, de pastèques, de citrouilles ont été ravagés. Dans certains endroits, il ne reste plus trace de légumes. Dans d’autres, on aperçoit à peine quelques débris broyés par la violence de la grêle. Les grêlons énormes, et qui tombaient d’abord sans pluie , n’ont rien épargné. La perte est incalculable, et le dommage irréparable. Nos malheureux cultivateurs sont réduits à la misère. On cite, parmi les quartiers les plus maltraités, ceux de la Doudonne, le Malvallat, la Souque, la Bougerelle, Patheron, la Croix-Verte, le Deffens, Valcros, Saint-
Jean-de-la-Pinelte, Galicy, Encagnane, Saint-Mitre, Pont-Rout, etc.
Espérons que la sollicitude de l’administration sera éveillée par un tel désastre, et qu’elle accordera une indemnité ainsi qu’un dégrèvement d’impôt à ceux dont l’orage de dimanche a détruit la récolte qui s’annonçait sous de si belles apparences. »
  • Le Mémorial d’Aix, 25 juillet 1852