Entretien : Françoise Suzanne et ses « histoires d’inventaires »

GénéProvence : Bonjour Françoise. Peux-tu te présenter et nous parler de ta passion de la généalogie ?
Françoise Suzanne : Françoise, née à Mulhouse, mariée à Jean, natif d’Auriol. Nous habitons cette commune depuis trente ans. Auparavant, je ne connaissais rien de la Provence, si différente de l’Alsace ! Je viens d’une famille d’enseignants sur quatre générations, mais aussi d’ouvriers, de vignerons et surtout de paysans des bords du Rhin et des Vosges.
C’est à la pré-retraite que je poussai la porte de la mairie d’Auriol, vite fascinée par une merveilleuse collection de BMS et d’état-civil rénovée, complète de 1673 à nos jours. J’ai toujours aimé les livres, les cahiers d’écoliers, mais il y avait là, à portée de main, des écrits que je trouvai très émouvants.
J’appris à les lire en décidant dans un premier temps d’y relever tous les actes SUZANNE. Je découvris ainsi une très forte implantation de ce patronyme rare et eus envie d’en savoir plus… Je trouvai également sur place toute la branche paternelle de mon époux, principalement issue d’Auriol, village que les habitants ne semblaient décidément pas vouloir quitter… Depuis mon arrivée sur cette commune, j’avais aussi pour marotte la photo des rues, des maisons, que je mettais en aquarelles. Il existait très peu de choses écrites sur l’histoire de la commune, pourtant dotée d’un riche passé depuis l’époque romaine.
En participant au forum de généalogie « Marseille-généa », j’appris à consulter les archives départementales. Je compilais des informations de toutes sortes.
Mon frère, passionné de généalogie depuis l’âge de dix-huit ans, ne cessait de me dire : « Écris quelque chose sur Auriol, lance-toi, c’est la seule façon de vérifier tes connaissances. » Écrire ?… Mais sur quel sujet ?
G. : Tu viens de publier un ouvrage consacré à ton village, Auriol. Quelles sont les raisons qui t’y ont incitée ?
F. S. : Oh lala ! il y en a beaucoup…
Principalement sans doute, la découverte de cinquante «inventaires après décès», consignés par le même notaire, maître Jacques Faustin GASTAUD. Un sujet tout trouvé… Je commençais par tous les transcrire pour m’habituer à l’écriture, aux expressions, aux tournures de phrases, et au parler local !
Mais comment les exploiter ? Je m’imaginai alors écoutant un vieux monsieur raconter ses souvenirs. Je décidai de rechercher tous les mots, toutes les phrases qui me permettraient de mettre ce notable en scène sans rien inventer. Je remplis des tableaux… Dans les actes, je retrouvais les noms de rues, mais surtout plein de détails sur les gens, les intérieurs, le déroulement des procédures. Je reconstituai les familles concernées à l’aide d’autres actes… Je reliai ainsi des données purement généalogiques à des personnes et des situations familiales. L’ensemble devenait vivant. Le plan de l’ouvrage était trouvé : les procédures sous forme de scénettes, suivies d’une étude plus systématique des objets inventoriés. Seule condition : tout devait être vérifiable dans les actes. Cette démarche me conduisit à consulter des ouvrages, à visiter des musées, à m’informer auprès de spécialistes du parler local, des outils, des tissus, à consulter les recensements, l’état civil, les archives communales…L’important étant toujours de se recentrer sur le sujet !
… Et je ne pensais pas à ce moment aux difficultés de la mise en page et de la publication.. Là aussi, j’appris beaucoup.
G. : A la lecture de ton ouvrage, on voit les anciens Auriolais se mettre à vivre de manière très réaliste. La généalogie est-elle pour toi indissociable de l’histoire locale ?
F. S. : Vaste question… Je pense que l’histoire n’existe que par les gens qui l’ont faite. Et les gens, c’est TOUT le monde : hommes, femmes, enfants. Mais où trouver la trace de TOUT le monde ? Dans les actes d’état civil. Dès qu’on lit un acte de naissance, on touche à l’Histoire (avec un grand H, oui, oui…) Parler d’un objet, d’une œuvre, d’un fait historique sans parler des gens n’a pas de sens à mon avis.
Constituer un gros arbre, se trouver des « cousins » est très convivial et attrayant. Un prétexte comme un autre pour faire des connaissances. C’est un côté important de cette activité. Mais rassembler uniquement des dates et noms est pour moi stérile à la longue. J’ai envie d’en savoir plus… Comme si je rentrais dans le registre pour écouter parler…
Mais la généalogie est exigeante : une bonne école de patience, de rigueur…
G. : Tu visites une multitude de foyers auriolais dans ton ouvrage ? Dans quelle maison que tu décris aurais-tu aimé vivre ?
F. S. : Dans la plus heureuse… mais ça, le notaire ne le dit pas…
G. : On sent chez toi un véritable attachement pour ce notaire d’Auriol, maître Jacques Gastaud. Comment définirais-tu ce personnage ?
F. S. : C’est difficile… Que sait-on vraiment de lui ? C’est avant tout un notable. Il a une position sociale particulière dans le village. Il était certainement très impliqué dans les affaires de la commune. N’oublions pas qu’il a été archiviste et maire. Les Auriolais se rendaient à son étude pour consigner le moindre acte où la question d’argent se posait et devaient lui faire confiance. De ses idées et activités au moment de la Révolution, je ne sais rien, il faudrait trouver d’autres documents.
J’aimais autant suivre un personnage que j’imaginais sympathique…
G. : Si Jacques Gastaud visitait Auriol aujourd’hui, quelles seraient ses impressions, à ton avis ?
F. S. : Il serait très curieux de comprendre ce qui est arrivé à son village. Il arpenterait les rues, écouterait les gens parler, lirait la presse, irait visiter la mairie, poserait beaucoup de questions et… se présenterait aux prochaines élections !
G. : Quels sont tes projets en matière de généalogie ?
F. S. : J’aimerais recenser tout ce qui existe comme sources pour retrouver des ancêtres sur Auriol.
Peut-être aussi faire une étude poussée de trente années de BMS 1648-1678 (antérieure à la collection communale) et en tirer le moindre indice quant à la formation des patronymes, le langage écrit, les habitudes. Bref, tout ce qu’on ne voit pas en première lecture. Puis relier ces données aux archives communales pour espérer replacer toutes ces familles dans un contexte.
Il faut se fixer un cadre, car on est vite débordé !
Et puis j’aimerais mettre à jour la généalogie Suzanne de PACA
Et puis… quelquefois tout arrêter, car la généalogie est dévorante…
G. : Merci, Françoise.


Comment mieux connaître
la vie quotidienne des Auriolais au début du XIXe siècle
… à travers les inventaires de maître GASTAUD, détaillant le contenu de cinquante maisons.
Suivons le notaire dans ses procédures et entrons dans les habitations…
Ouvrage de F. SUZANNE, 87 pages format A4, disponible au musée Martin Duby d’Auriol au prix de 15 euros.

Commentaires

  1. Wildenstein dit :

    Félicitation pour ce magnifique travail. Ah si tous les généalogistes en faisaient autant, ce serait le Pérou !

  2. Anonymous dit :

    Relier les Suzanne de Fuveau et d’Auriol n’est que supputation déjà parler des Suzanne des bouches du Rhône est impropre puisque ce département n’existe que à peine depuis plus de 200 ans

    Quand une famille s’implantait dans une région en principe il y avait plusieurs familles ne pas savoir cela montre une méconnaissance de l’histoire de notre région

  3. Cher anonyme, je crois plutôt que c’est votre message qui est empreint d’une certaine méconnaissance de la généalogie provençale. Les patronymes étant apparus à la même époque, la présence de SUZANNE à une faible distance les uns des autres peut laisser supposer un lien entre eux. De même que beaucoup d’autres patronymes. Les travaux de François Suzanne tendent d’ailleurs à le démontrer.