Mme Estelle et l’inconnu de la cave (Vins-sur-Caramy, 22 mai 1853)

Le 29 juillet 1853, la cour d’assises du Var juge en audience un jeune homme, accusé de meurtre et vol qualifié à Vins-sur-Caramy. Le journal Le Var, dans son édition du mardi 2 août 1853, en fait le récit suivant :

pont-vins-caramy

Agression dans la cave

Les époux Estelle habitent une petite maison à quelque distance du village de Vins[-sur-Caramy]. le dimanche 22 mai, vers quatre heures de l’après-midi, la femme Estelle, alors seule chez elle, remarqua en descendant au rez-de-chaussée que la porte de la cave était ouverte. Pensant que quelqu’un pourrait s’y être introduit, elle y entra et aperçut un homme caché entre deux tonneaux. Avec l’imprudence du courage, elle s’avança en lui disant :
« Qui es-tu ? Si tu ne me dis pas ton nom, je te reconnaîtrai quand tu seras dehors. »
À ces mots, l’inconnu courut fermer la porte d’entrée, se jeta sur la femme Estelle et, lui serrant la gorge entre les mains, s’écria :
« Il faut que je t’étouffe parce que tu irais me dénoncer. »
En même temps, il la terrassa, saisit une fourche de fer qui se trouvait là et lui en porta plusieurs coups à la tête. Il ne s’arrêta que lorsqu’il crut frapper un cadavre. Il monta alors au premier étage, descendit quelque temps après pour s’assurer si sa victime ne respirait plus encore, remonta et, après s’être emparé d’une somme de 75 francs, s’enfuit par derrière.

Cependant…

Cependant, la femme Estelle n’était point morte. Elle put ouvrir la porte et se traîner jusqu’au bord du chemin qui longe la maison. Au bout de quelques instants, des passants survinrent. Ils s’empressèrent de la secourir et de la transporter dans sa chambre, où bientôt toute sa famille fut réunie.
Couverte de blessures et dans l’état le plus désespéré, elle n’en avait pas moins conservé son intelligence et sa mémoire. Elle fit le récit détaillé de ce qui venait de se passer et désigna sans hésitation comme son meurtrier un jeune homme de Vins, Joseph Guillen.
Arrêté le lendemain, cet individu fut parfaitement reconnu par sa victime. Son pantalon fut trouvé en plusieurs endoits et notamment au genou taché de sang. Il avait d’ailleurs été vu, dans l’après-midi, rôdant autour de la maison Estelle, puis en sortant au moment même où le meurtre venait d’être commis.
Joseph Guillen, qui est à peine âgé de 17 ans, a dans le pays la plus détestable réputation. Plusieurs fois, il a été soupçonné de vol.
Son énergie et son sang-froid sont tels qu’il a passé la nuit qui a suivi le vol à jouer à la vendôme, sans que ses camarades aient pu remarquer de sa part le moindre trouble ou même la plus légère émotion.

Jugement de Guillen

Après l’interrogatoire de l’accusé et l’audition des témoins, M. le Procureur impérial a soutenu avec énergie l’accusation, qui a été combattue par le défenseur. À la suite du résumé de M. le Président, le jury a rendu un verdict affirmatif sur toutes les questions, en accordant toutefois à Guillen le bénéfice des circonstances atténuantes.
Il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Sources

  • Source : Le Var, mardi 2 août 1853, 1re année, no 27.
  • Photographie : Pont à Vins-sur-Caramy. © CHRIS230*** Creativecommons by-nc-sa/2.0.
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