Ferdinand Grimaud (1855-1923), prêtre haut-alpin en Louisiane

Les prêtres nommés à la tête des paroisses de l’archidiocèse de la Nouvelle-Orléans de 1860 à 1920 sont en grande majorité issus du clergé français. C’est l’effet d’une forte demande de la part des Acadiens. On sait qu’en 1864 des pétitions ont été adressées à l’évêque de la Nouvelle Orléans pour obtenir des prêtres francophones.
Le père Ferdinand Grimaud semble être le premier prêtre haut-alpin à rejoindre la Louisiane. Il a entraîné à sa suite d’autres prêtres, ordonnés à Gap, dont Paul Alexandre Borel, Paulin Louis Espitallier, Jean Martin Eyraud et Désiré Victor Sarrazin.
Alors que la vie et l’œuvre de Jean Martin Eyraud sont largement décrites sur internet, celles des quatre autres prêtres sont méconnues.

Ferdinand Grimaud

Scène de vie à Saint-Bonnet-en-Champsaur. DR.

Scène de vie à Saint-Bonnet-en-Champsaur. DR.

Ferdinand Grimaud est né le 28 février 1855 à Saint-Bonnet-en-Champsaur, au hameau des Combes. Fils de Jean Pierre « Escaron » et de Marie Magdeleine Bertrand, c’est le neuvième des 13 enfants mis au monde par Marie Magdeleine.
En 1875, il se présente pour le conseil de révision. La fiche militaire rédigée à cette occasion nous permet de savoir que ses cheveux et ses sourcils sont châtains, ses yeux bleus, son front fuyant, son nez pointu et relevé, sa bouche moyenne, son menton rond et son visage ovale. Il mesure 1,63 m. En tant qu’étudiant ecclésiastique, il est dispensé du service militaire.
Le 24 juin 1877, il est promu au sous-diaconat.

Départ en Amérique

Ordonné prêtre le 24 juin 1878, après 11 ans de sacerdoce dans les Hautes-Alpes, il rejoint le diocèse de la Nouvelle Orléans en Louisiane le 1er mars 1889.
Une des rares maisons ayant supporté l'ouragan de 1893 à Chenière Caminada. DR.

Une des rares maisons ayant supporté l’ouragan de 1893 à Chenière Caminada. DR.

Affecté à Grand Isle et Cheniere Caminada, il va entrer dans la légende locale lors d’un ouragan qui débute le 1er octobre 1893. Selon la tradition, la cloche de la chapelle de Cheniere Caminada se met à carillonner toute seule alors qu’arrive sur la ville un ouragan inattendu qui va se montrer dévastateur : des vents de 160 kilomètres par heure vont souffler pendant 48 heures, provoquant un raz de marée sur les îles. Le père Grimaud lui-même ne peut éviter la noyade qu’en s’accrochant à une épave. Le presbytère est l’un des rares bâtiments encore debout. Sur une population de 1500 habitants, 800 sont tués ; pour sa part, le père Grimaud effectuera plus de 400 services funéraires. Cet événement le marque pour toujours ; jamais il n’oubliera cette tragédie.
Au mois de novembre 1893, sa paroisse étant totalement détruite, son évêque le nomme recteur de l’église Saint-Alphonse à Maurice. Là, grâce aux dons et aux efforts de ses paroissiens, il va terminer l’église et le presbytère et établir un cimetière.
Mais, déjà, il souffre de rhumatismes comme le signale le journal local The Meridional dans son édition du 20 novembre 1897 qui précise qu’on l’a vu s’appuyant sur une canne et qui rappelle combien son sourire est indispensable à tous ses paroissiens.
Le 23 août 1899, il est nommé recteur de l’église Saint-Pierre à Carencro. Il va y servir jusqu’en 1920.
Au mois de mai 1900, il retourne pour quelques mois à Saint-Bonnet-en-Champsaur. Il en reviendra en compagnie de sa jeune sœur Marie Fanny.

La construction d’une nouvelle église

À la suite de la destruction de son église par un incendie accidentel, causé par un enfant de chœur qui allumait des bougies, le père Grimaud se voit dans l’obligation de reconstruire un lieu de culte pour ses paroissiens. Il y travaille dur et, avec l’aide de ses paroissiens, s’applique à recueillir les fonds nécessaires à la reconstruction. Une fête donnée les 5 et 6 avril 1902 permet de recueillir 1171 dollars.
Dès le 28 juin, le choix d’un nouveau site est confié au Révérend Père Forge de Lafayette, assisté des pères Stockalper de Grand Coteau, Roger de Church Point, Doutre de Rayne, Grimaud de Carencro et Bolard, de Lafayette. Ils décident que la nouvelle église sera construite entre Lafayette, Rayne, Grand Coteau et Carencro, éloignés d’une dizaine de miles respectivement, sur une parcelle de dix arpents de terre, donnée par Joseph C. Broussard.
Au mois d’octobre 1904, une fête donnée par les paroissiens de couleur au profit de la construction de l’église rapporte 875 dollars.
En 1905, le père Grimaud et sa sœur Fanny retournent en France pour une visite de trois mois dans les Hautes-Alpes.

Le service du père Grimaud

Assurant avec bienveillance sa charge pastorale et le secours des indigents, le père Grimaud s’implique aussi dans l’éducation des enfants de ses paroissiens, et particulièrement dans l’apprentissage de la doctrine chrétienne, d’une bonne conduite, et le maintien de la langue française. Il participe chaque année à la remise des prix de l’école Sainte-Anne, école dans laquelle une mère supérieure assistée de trois sœurs accueillent environ 100 garçons et filles. Lors de son discours, avant de remettre médailles d’or et d’argent, il sait adresser aux élèves des mots d’encouragement et les féliciter pour la qualité de leur travail et leur réussite. Il n’oublie pas de remercier les parents et les sœurs de l’école et termine en se disant fier de l’école.
Orateur habile et instruit, il participe avec joie à chaque cérémonie de la ville de Carencro. C’est ainsi qu’invité en 1914 au banquet des pompiers, il régalera son auditoire en lui racontant l’histoire des organisations de lutte contre l’incendie depuis l’antiquité jusqu’à l’époque moderne et en lui narrant les incendies les plus remarquables de l’histoire.
Début janvier 1907, il reçoit le père Désiré Victor Sarrazin, originaire de La Cluse et ancien professeur au séminaire d’Embrun.
Villard-Saint-Pancrace. DR.

Villard-Saint-Pancrace. DR.

Le 27 octobre 1908, de retour d’un nouveau voyage à Saint-Bonnet-en-Champsaur, il débarque du navire La Floride à la Nouvelle Orléans. Il est accompagné de sa sœur et de Paul Borel, un jeune prêtre âgé de 28 ans, originaire de Villard-Saint-Pancrace.
Au mois d’avril 1914, non loin de Lafayette, il a le plaisir d’assister à l’inauguration d’une école technique crée par l’Institut du Saint Rosaire et l’archevêque Blenk à l’intention des élèves de couleur.
En 1918, c’est un vieux prêtre âgé de 63 ans portant une longue barbe blanche. Il retourne à Grand Isle à l’invitation de l’archevêque John W. Shaw lors de la dédicace d’une chapelle à Notre-Dame. Ce qu’il ne sait pas, c’est que la cloche de l’église de la chapelle de Cheniere Caminada, disparue lors de l’ouragan, a été retrouvée et installée dans le clocher de cette chapelle. Au son de la cloche, il tombe à genoux, s’écriant : « Ma cloche, le même son ! ». Priant avec ferveur pour ses anciens amis disparus en 1893, il pleure à chaque sonnerie de la cloche.
Le 20 avril 1920, le père Grimaud est honoré du titre de Recteur Benemerite.
George J. Melchior, maire de Carencro. DR.

George J. Melchior, maire de Carencro. DR.

Fin de vie

Quatre jours plus tard, le St Landry Clarion annonce son départ pour cause de santé. En compagnie de sa sœur Fanny, le père Grimaud quitte la paroisse où il dit avoir passé les années les plus heureuses. Une grande fête est donnée à cette occasion. Dans son discours en Français, le maire de la ville de Carencro, George Melchior, retrace toutes les réalisations du père Grimaud et rappelle l’amour et l’estime que lui portent ses paroissiens. Submergé par l’émotion, le père Grimaud, regrettant que sa santé l’oblige à quitter la Louisiane, remercie ses paroissiens, leur promet de prier pour eux lors d’un prochain voyage à Notre Dame de Lourdes, et leur exprime son plaisir de les laisser sous la direction de son successeur le père Sarrazin.
Installé à Gap, dans le quartier de Saint-Mens, le père Ferdinand Grimaud décède trois ans plus tard, le 6 décembre 1923.
par MARCEL SARRAZIN, auteur de Montmaur et ses hameaux