Injures alcoolisées (Aix-en-Provence, 30 mai 1874)

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L’an mil huit cent, etc.
Nous, Jean-Baptiste Finet, commissaire de police de la ville d’Aix, rapportons ce qui suit : Le nommé Cathon Eugène, âgé de 24 ans, menuisier en fauteuil, demeurant en cette ville, rue des Jardins, n°8, né à Châlons (Saône-et-Loire), le 3 décembre 1840, fils de François Cathon et Philiberte Maudot, veuf de Victorine Isouard, avec laquelle il s’était marié à Marseille il y a huit ans, un enfant, vit en concubinage avec la nommée Anne Marlaud.
Cette fille qui, de notoriété publique, se livre à la prostitution, a été soumise à la visite sanitaire.
Hier soir, Cathon s’est présenté au bureau du journal Le National pour y faire insérer un article contre M. le commissaire central qu’il accuse d’avoir mis en carte sa concubine. M. Last ayant refusé de recevoir son article, Cathon s’est mis à l’insulter et refusa de sortir, malgré son invitation réitérée et celle des autres employés. M. Last requit alors deux sergents de ville qui passaient sur la place des Prêcheurs pour être débarrassé des importunités et des injures de cet individu.
Les agents Daure et Louvière entrèrent mettre dehors Cathon et, trouvant qu’il était en état d’ivresse, ils l’invitèrent à les suivre au bureau de police. Cathon les accompagna en les traitant à haute voix de canailles, cochons, fainéants. Il continua les insultes pendant tout le trajet de la place des Prêcheurs à l’hôtel de ville.
Arrivé au bureau de police, il dit en parlant à tous les agents : « Vous êtes de la canaille. » L’agent Charbonnier étant entré dans ce moment, il s’adressa personnellement à lui, disant : « Je vous connais, vous ne valez pas grand-chose. Je vous signalerai. Vous êtes de la canaille, il faut que j’en tue six. »
Il demanda à parler à M. le commissaire central en disant : « Faites-le venir que je lui dise ce qu’il est. C’est une canaille, un ivrogne. Nous avons bu ensemble. Je veux le mettre à sa place. »
M. le commissaire central, prévenu par les agents, est venu au bureau de police et a fait mettre au violon le dit Cathon.
Ce matin, cet individu a été plus convenable, s’excusant des sottises dites aux agents et à M. le commissaire central et les attribuant à l’état d’ivresse dans lequel il se trouvait. Cathon a déclaré qu’il était veuf. Il paraît que sa femme est vivante et qu’il l’a abandonnée ainsi que son enfant.
De tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal pour être transmis à M. le procureur de la République. Cathon étant domicilié à Aix, a été laissé en liberté.
Fait à Aix, etc.

* Mettre en carte : répertorier les prostituées sur un fichier de police. 

  • AC Aix-en-Provence