Insultes au factionnaire (Aix-en-Provence, 30 décembre 1802)

Ce jourd’huy dix nivôse an onze de la République française (1), pardevant nous commissaires de police et dans notre bureau, s’est présenté le citoyen Lapierre, chef du poste de la garde nationale, place de la grille de fer du bout du Cours (2), accompagné du citoyen Joseph Bourrely. Ce dernier, montant la garde à la porte et s’y trouvant en faction de minuit à une heure, lequel Joseph Bourrely, en présence de son chef de poste, nous a déclaré que hier neuf à minuit moins un quart, pendant qu’il était en faction à la grille de fer, il a vu venir du côté de la Mule-Blanche environ huit personnes, que deux d’entre eux ayant tant soit peu devancé les autres et arrivés à la portée de la voix, l’ont sollicité à leur ouvrir la porte pour entrer dans la ville, que pendant qu’il sollicitait les deux hommes à se retirer, leur ayant dit qu’ils ne pouvaient pas entrer, les six autres se sont approchés et ont renouvelé leur instance, lui offrant de l’argent pour leur permettre de traverser la grille en passant sous le parapet ; la fermeté du déclarant qui n’a pas laissé ignorer aux hommes qui voulaient entrer son intention de faire feu sur eux s’ils persistaient à vouloir forcer sa consigne, a indisposé ces individus contre lui au point qu’ils l’ont traité de coquin, promettant de se venger de lui, un d’entre eux ayant dit que demain il monterait la garde pour quinze sols, voulant sans doute dire par là qu’il serait moins délicat pour observer sa consigne ;
ayant demandé audit citoyen Bourrely s’il aurait reconnu quelqu’un de ceux qui se sont présentés à son poste, ledit Bourrely nous a déclaré avoir reconnu les citoyens François Reybaud, ménager, un autre ménager appelé dit L’Hommenit, Bassac, peseur public, et Allamele ; n’ayant pas connu les autres. Ayant demandé encore audit Bourrely s’il n’auroit pas entendu quelque autre propos de la part des individus, celui-ci nous a répondu que ces individus, parlant entre eux, se disaient :
« On a fait ce soir quantité de vols, tout l’argent reste dans la boîte et Comte doit en avoir beaucoup gagné » ; n’ayant rien autre entendu, ces individus ne pouvant se gagner se sont décidés à rester dans la ville, passant les uns du côté du faubourg d’Italie et les autres retournant du côté de la Mule-Blanche.
Le citoyen Joseph Bassac, l’un de ceux qui vient de nous être désigné, appelé pardevant nous, a avoué être du nombre de ceux qui se sont présentés à la grille pour entrer, étant accompagné des citoyens Reybaud, L’Hommenit, Alamelle, Testanière, Cauvet et Martin dit le Bon Jean, mais il a soutenu qu’aucun d’eux ne s’était permis d’injure contre le factionnaire. Lui ayant demandé d’où ils venaient en cette heure indue, ledit Bassac nous a déclaré qu’ils sortaient du cabaret du nommé Comte au faubourg, où ils s’amusaient à boire.
De tout ce que dessus, avons dressé le présent procès-verbal pour être envoyé au magistrat de sûreté et être par lui requis l’information et avons signé.

NOTES

  1. 31 décembre 1802.
  2. Jusqu’au début du XIXe siècle, le bas du cours Mirabeau était fermé par une grille de fer et des escaliers descendaient jusqu’à l’actuelle place de la Rotonde, qui n’avait pas encore été remblayée et se situait plusieurs mètres plus bas.
  • Source : Archives communales d’Aix-en-Provence, I1-1.