Ivre et agressif (Aix-en-Provence, 5 juillet 1874)

L’an mil huit cent, etc.
Devant nous Jean Baptiste Finet, commissaire de police de la ville d’Aix, etc.
S’est présenté M. Ferrand Pierre, âgé de 32 ans, agent de police à Aix, lequel nous a rapporté ce qui suit :
« Hier soir, sur les six heures, l’agent Frindel vint me chercher pour lui aider à conduire au bureau un individu qui se trouvait sur la place de l’Hôtel-de-Ville et que nous avions ordre d’arrêter.
« J’y allai.
« Lorsque Frindel l’a invité à nous suivre, il a refusé de le faire et il a tenté de fuir. Je l’ai saisi par le bras. Il s’en retourna vers moi, m’a saisi par la cravate et m’a frappé à coups de pied et de poing. Frindel a essayé de l’empêcher de frapper et a également reçu des coups. D’autres agents sont venus à notre aide et nous l’avons porté à quatre dans le violon malgré sa résistance et ses injures.
« Cet individu était ivre. »
Lecture faite a signé avec nous.
© Scott Griessel – Fotolia.com

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S’est aussi présenté le sieur Frindel Nicolas, âgé de 52 ans, agent de police, agent de police à Aix, lequel nous a déclaré ce qui suit :
« Hier soir, à six heures, passant sur la place de l’Hôtel-de-Ville, j’aperçus Vial, que vous aviez ordonné de vous conduire.
« Il était ivre.
« Je l’invitai à venir au bureau.
« Il me répondit : « Je n’ai rien à y faire avec vous autres, je viens de mon travail. »
« Sachant que, quand il est ivre, il est méchant et insolent, je vais au bureau prévenir les autres agents et je retournai sur la place avec Ferrand. Là j’engageai de nouveau Via à me suivre. Il refusa de le faire.
« Ferrand l’ayant pris par le bras pour l’amener, Vial se jeta sur lui, le saisit par la cravate et se mit à le frapper à coups de pied et de poing. Je vins à l’aide de mon camarade et je pus le maintenir pour le dégager.
« Les autres agents Duchier et Dalmas étant arrivés, nous l’avons emporté au bureau malgré sa résistance. Il criait, nous traitait de crapules, de canailles et autres sottises et menaces auxquelles je n’ai fait aucune attention. »

Lecture faite, Frindel a signé avec nous.

Nous avons fait comparaître devant nous le jeune Vial, journalier, sans domicile, né à Lardiers (Basses-Alpes).
Cet individu a été chassé par son père qui habite Aix pour son inconduite.
Inculpé d’avoir pénétré en brisant la porte de la tinette dans l’écurie de Moulinas pendant la nuit du 18 au 19 juin dernier, en compagnie des sieurs Roux, Chausi et Bruno. Le jeune Estaille, couché dans cette écurie, les avait reconnus. Vial avait disparu depuis cette époque.
Soupçonné d’être l’un des auteurs des vols commis dans les bastidons de Monet et Dard, nous avons demandé à Vial où il était dans la nuit du 15 au 16 dernier. Vial a répondu être parti après la foire pour Marseille où il est resté 18 jours et n’avoir pas vu depuis la foire Roux et les autres, mais il est prouvé qu’il était à Aix les 18 et 19 juin, qu’il a travaillé à la campagne de M. Agnel où il a couché les 22, 23, 24 et 25 juin, que, depuis, il a fréquenté Roux. Il dit aussi avoir travaillé toute la semaine dernière à Lignane.
Quant au fait de rébellion, il prétend que l’agent lui avait fait mal quand il [l’]a pris par le bras et que, s’il l’a frappé, c’était pour le faire lâcher.

De tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal pour être transmis à M. le procureur de la République devant lequel a été conduit ledit Vial.

Fait à Aix, etc.