La date des mariages dans la commune

Toute personne souhaitant étudier l’histoire locale de sa commune ou de la commune de ses ancêtres ne devrait pas considérer l’étude des registres paroissiaux ou des registres d’état-civil comme un simple outil de reconstitution de ses branches d’ancêtres. En effet, pour reconstituer l’histoire de ses ancêtres, il est essentiel de reconstituer la vie communale et rien de mieux pour ce faire que d’utiliser les registres à cette fin.
L’étude de la période des mariages, par exemple, peut s’avérer bien utile pour reconstituer d’une certaine façon quelques habitudes de nos ancêtres.

Répartition mensuelle des mariages à Montgardin (Hautes-Alpes) de 1800 à 1838. © Jean Marie Desbois, 2006.

Répartition mensuelle des mariages à Montgardin (Hautes-Alpes)
de 1800 à 1838. © Jean Marie Desbois, 2006.

Faire un graphique de ses données

La méthode est plutôt simple à suivre. Il convient a priori de définir un cadre à l’étude car il serait bien long et tout autant inutile de considérer la totalité des époques pour notre étude. Il peut être envisageable de faire plusieurs études, sur quelques décennies maximum à chaque fois, ou quelques années pour les grosses communes, et de les comparer les unes aux autres afin d’estimer l’évolution des habitudes de nos ancêtres.
Pas besoin de faire un relevé en détail des mariages pour ce genre d’étude, une simple comptabilisation suffit. Sur une feuille, relevez tous les mariages ayant été célébrés en en indiquant la date précise. Pour simplifier le relevé, nous nous contenterons du relevé des mois. Ainsi, un mariage célébré le 8 février 1832 sera comptabilisé comme datant de février. Il convient donc de comptabiliser le nombre de mariages célébrés, toutes années de l’étude confondues, au mois de janvier, au mois de février, et ainsi de suite. On va vite se rendre compte que ce nombre diffère de façon considérable d’un mois à l’autre, et ce n’est pas sans raison…
Un tableur ayant une fonction de graphiques vous permettra de visualiser tout cela de façon plus réaliste que le fait de contempler une série de chiffres. L’exemple ci-dessus illustre la répartition des mariages sur la commune de Montgardin (Hautes-Alpes) de 1800 à 1838. La période étudiée est relativement longue car les mariages y sont peu nombreux (une centaine sur cette période).
Si ce genre de graphique a pour avantage de se faire une bonne idée des mois les plus fournis en mariages, un autre sera beaucoup plus parlant.

Répartition mensuelle des mariages à Montgardin (Hautes-Alpes) de 1800 à 1838. © Jean Marie Desbois, 2006.

Répartition mensuelle des mariages à Montgardin (Hautes-Alpes) de 1800 à 1838. © Jean Marie Desbois, 2006.

Pour être exact dans le calcul, il convient de tenir compte de la longueur des mois. Ainsi, 50 mariages sur un mois de 31 jours n’aura pas le même sens que 50 mariages sur un mois de 28 jours. Pour cette raison, on va calculer un nombre journalier moyen.
À Montgardin, par exemple, on dénombre 13 mariages sur le mois de janvier. Le nombre journalier moyen (njm) sera donc de 0,419 mariage par jour (13/31) ce mois-là. Pour chaque mois, on procédera de la même manière.

Munis de ses douze nombres, on va en calculer une moyenne (M) :
M = (njm1 + njm2 + njm3 + njm4 + njm5 + njm6 + njm7 + njm8 + njm9 + njm10 + njm11 + njm12) / 12.
Ce nouveau nombre deviendra le chiffre de référence. En lui attribuant une valeur égale à 100, on pourra déterminer précisément où se situe chaque nmj (1).
Un graphique en barres sera particulièrement adapté pour ce type de données et on visualisera du coup parfaitement la répartition des mariages sur la commune pour la période couverte.
À Montgardin, on notera l’extraordinaire prépondérance des mariages en février et le net creux de juillet à octobre, ainsi qu’en décembre. Et c’est là que l’historien local va maintenant pouvoir expliquer…

Répartition mensuelle des mariages à Puyricard (Bouches-du-Rhône) de 1690 à 1719. © Jean Marie Desbois, 2006.

Répartition mensuelle des mariages à Puyricard
(Bouches-du-Rhône) de 1690 à 1719.
© Jean Marie Desbois, 2006.

Interpréter le graphique

La nette variation que l’on observe d’un mois à l’autre n’est pas anodine. On se mariait à certaines périodes de l’année, et pas à d’autres. L’étude qui sera donc menée à partir de ces résultats sera une véritable étude d’historien et il va falloir trouver des causes à ce que le graphique montre et, plus difficile, prouver ce que l’on avance. Il pourra être possible, par exemple, de comparer le graphique de la commune étudiée avec celui d’une commune voisine ou bien avec celui d’une commune plus éloignée (afin de comparer, par exemple, ce qui se faisait en Haute et en Basse-Provence.)
Comparez par exemple le graphe d’en-haut avec les deux, ci-dessus et ci-dessous, représentant les mois de mariage à Puyricard (Bouches-du-Rhône) de 1690 à 1719 et, à côté, de 1750 à 1779 :

Répartition mensuelle des mariages à Puyricard (Bouches-du-Rhône) de 1750 à 1779. © Jean Marie Desbois, 2006.

Répartition mensuelle des mariages à Puyricard
(Bouches-du-Rhône) de 1750 à 1779.
© Jean Marie Desbois, 2006.

L’évolution des mois de mariage sur une même commune peut avoir un intérêt bien particulier. Pourquoi ne se mariait-on jamais à Puyricard en mars et en décembre ? Pourquoi se mariait-on tant en novembre à la fin du XVIIIe siècle et si peu au début du même siècle ? Pourquoi, au fil des décennies, en est-on venu à délaisser le mariage en mai et juin ?
Nul doute que ces graphiques donnent à réfléchir et pourront être une source de réflexions inépuisables chez l’historien local amateur.

 


Notes

1. Par exemple, pour nmj1, on appliquera la règle de trois suivante : (nmj1 x 100) / M.