La mort du père Noël
(Aix-en-Provence, 7 février 1874)

L’an mil huit cent, etc.
Par devant nous, Hivert, Pierre-Antoine, commissaire de police de la ville d’Aix, etc.
S’est présenté le sieur Garès Antoine, âgé de 40 ans, tenant le Café américain, sur le cours, n° 17 bis, à Aix, lequel nous a fait la déclaration suivante :
bas-du-cours-mirabeau« Le sieur Noël, Pierre-Pons, âgé de 77 ans, né à Lunel (Hérault), agent d’assurances, domicilié à Aix, fréquentait habituellement mon établissement. Hier, dans l’après-midi, il paraissait indisposé, mais il ne se plaignait pas, lorsque, vers six heures du soir, il est allé aux lieux de ma maison. Un instant après, un autre consommateur se rendant également aux lieux, l’a trouvé étendu dans le couloir et pouvant à peine parler. Des soins empressés lui ont été immédiatement prodigués, puis il a été transporté au bureau de police et, de là, à l’hospice civil où il est mort peu de temps après son entrée, sans avoir pu prononcer une parole.
Nous, commissaire de police, nous sommes de suite transporté à l’hospice, assisté de M. le docteur Rimbaud, requis à cet effet, qui a constaté que la mort était le résultat d’une attaque d’apoplexie.
Nous avons trouvé en sa possession un passeport qui constate son identité, délivré à Nîmes le 27 juin 1861, et divers papiers parmi lesquels des lettres de son fils Gustave qui serait employé chez le sieur Guichard Prosper, limonadier à Sétif (Algérie) et d’un beau-frère nommé Vampère, qui habite Paris.
Il résulte en outre des renseignements recueillis que le sieur Noël était dans une position de fortune très médiocre, qu’il laisse beaucoup de dettes à Aix, et qu’il était sans domicile fixe depuis quelque temps par suite de la difficulté qu’il éprouvait de trouver un logeur qui voulut l’accepter.
  • Photographie : Le bas du cours Mirabeau au début du siècle dernier. Coll. J. M. Desbois