La noyade du jeune Devoux (Saint-Chamas, 28 mars 1794)

Carte de Cassini, région de Saint-Chamas, XVIIIe siècle, DR.

Carte de Cassini,
région de Saint-Chamas,
XVIIIe siècle, DR.

Aujourd’huy neufvième germinal, l’an deuxième [1] de la République une et indivisible, à neuf heures du matin, Louis-Pascal Laveirarié, maire en absence du citoyen Honoré Lardeirol, officier public de cette commune de Port-Chamas [2], département des Bouches-du-Rhône, district de Salon,est comparu en la maison commune le citoyen Jean Estournel, juge de paix de cette commune et canton de Port-Chamas, y résidant rue de la Goulle [3], section de la Liberté, lequel, assisté de Estienne Saint-Bonnet, âgé de quarante-huit ans, et de Pierre Hortozol, âgé de quarante-un ans, chirurgiens résidant en cette commune, le premier rue des cy-devant Pénitents-Blancs, même section, le second, Grande-Rue, section de l’Égalité, lequel a déclaré à moi, Louis-Pascal Laveirarié, maire, que,
Ayant été instruit que Antoine Devoux, âgé d’environ douze ans, fils de feu Jean Devoux, cultivateur, et de Thérèse Cavaillon, a été trouvé noyé hier, sur les cinq heures du soir, dans la citerne du moulin à huile du citoyen Vincent Marie Pellissier, situé dans ce terroir, quartier de Barjat, il s’était transporté sur le lieu et y avait rédigé le procès-verbal dont la teneur suit :« Ce jourd’huy, huit germinal, an deuxième républicain, en notre demeure et devant nous, Jean Estournel, juge de paix de cette commune et canton de Port-Chamas, district de Salon, est comparu le citoyen Jean Bertrand, chevrier de cette commune, lequel nous a dit et rapporté que,

Baumes de Saint-Chamas. © Dominique Pipet, 2009, avec son aimable autorisation.

Baumes de Saint-Chamas.
© Dominique Pipet, 2009,
avec son aimable autorisation.

« Étant à une baume [4] qu’il a arrenté tout près le moulin du citoyen François Cler de cette commune, il a entendu des grands cris et [...] s’étant accouru du côté d’où il venait la voix, et [...] ayant été au-devant d’une citerne à côté du moulin du citoyen Vincent Marie Pellissier, ci-devant avocat, il a aperçu un cadavre flottant sur l’eau et [...] étant parvenu à pêcher ledit cadavre, il l’a déposé sur le bord de ladite citerne, et ledit Jean Bertrand, étant interpellé de signer la présente déclaration, a répondu ne savoir écrire ni signer.
« Sur quoi, nous, juge de paix susdit, à défaut de deux notables de la municipalité, nous nous sommes transporté, assisté de Henri-Antoine Lardeirol et Léger Juge, nos assesseurs, au moulin du citoyen Vincent Marie Pellissier où, étant tout près d’une citerne, y avons trouvé le cadavre en question.
« Après l’avoir examiné, nous avons remarqué que c’est celui d’un enfant âgé d’environ douze ans, cheveux blonds, talle d’environ trois pieds, six pouces [5], vêtu d’une veste ronde [...], d’une culotte de cotonne, bas et souliers, le tout très mauvais, et, ayant aussitôt fait appeler des chirurgiens, sont comparus les citoyens Pierre Hortozol et Estienne Saint-Bonnet, maîtres en chirurgie demeurant en cette commune, lesquels, après examen fait dudit cadavre, nous ont rapporté qu’il avait une contusion à la partie temporale droite et une autre contusion à la partie [...] de l’occiput, et qu’il paraît avoir resté dans l’eau environ trois-quarts d’heure, et reconnaissant que ledit cadavre n’est pas encore mort, nous l’avons tout de suite fait transporter en la maison L’Hôtel-Dieu, où on lui a administré les remèdes généraux avec la caisse fumigatoire [6], et, personne n’étant venu réclamer ledit cadavre, nous l’avons délaissé en la maison Hôtel-Dieu, sous la garde de la citoyenne Anne Darbès, veuve Reyne, pour y rester, pour y rester jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné.
« De tout quoi, nous avons fait et dressé le présent procès-verbal [...]

« [SIGNATURES]

« Et le susdit jour, même année, à sept heures du soir, devant nous juge de paix susdit, est comparue Thérèse Cavaillon, demeurant en cette dite commune, laquelle nous a dit que, ayant eu avis qu’on avait pêché un enfant noyé dans la citerne qui est à côté du moulin du citoyen Vincent Marie Pellissier, et que son cadavre avait été déposé en la maison Hôtel-Dieu, elle s’y est transportée et qu’elle a très bien reconnu ledit cadavre pour être celui de Antoine Devoux, son fils, qu’elle vient le réclamer pour le faire inhumer et a déclaré ne savoir signer.
« De laquelle comparution et réclamation nous avons donné acte à ladite Thérèse Cavaillon, veuve de feu Jean Devoux, et épouse de Pierre Bourguignon en secondes noces, et ordonnons que le cadavre dont il est question lui sera remis pour lui procurer la sépulture.

« [SIGNATURES] »

« D’après la lecture de ce procès-verbal que Estienne Saint-Bonnet et Pierre Hortozol ont déclaré être conforme à la vérité, d’après cette déclaration, je me suis transporté dans l’hôpital général de cette commune et, après m’être assuré du décès de l’enfant qui y est désigné, j’ai rédigé le présent acte que j’ai signé avec lesdits Saint-Bonnet et Hortozol et Estournel, juge de paix.
« Fait à Port-Chamas en la maison commune, les jour, mois et an susdits.

« [SIGNATURES] »
  • Registre d’état-civil de Saint-Chamas
  • Texte transmis par Géraldine Surian

[1] 9 germinal an II : 29 mars 1794.
[2] Nom de Saint-Chamas sous la période révolutionnaire.
[3] La Goulle (ou Goule) désigne un tunnel reliant les deux extrémités de la ville. Après on effondrement en 1863, on procéda à la construction du pont de l’Horloge, aujourd’hui encore bien connu.
[4] Les baumes (qui ont donné leur nom au quartier du Baou) sont des habitats troglodytiques construits à partir de 1615 et servant à l’origine d’entrepôt, de moulins et d’abris, puis, à partir du XVIIIe siècle, de logement.
[5] 3 pieds, 6 pouces : 1,13 mètre.
[6] La caisse fumigatoire est un instrument médical consistant en un bain de vapeur pour réguler la respiration du patient. Voir Traité de la méthode fumigatoire ou de l’emploi médical des bains et douches de vapeur, par Toussaint Rapou, Paris, chez Gabon et Cie, 1824.

Commentaires

  1. Anonymous dit :

    C’est l’histoire de mon ancêtre, par le biais de veuvage et de famille recomposée, fréquent à l’époque …

    J’espère que ceci n’est pas un assassinat …

    SURIAN13

  2. Anonymous dit :

    Bonsoir
    C’est peut-être aussi mon ancêtre… qui sait !