La rivière déborde ! (Riez, 18 août 1773)

Si d’année en année, nous nous sommes habitués à entendre parler de catastrophes naturelles dans notre pays, et parfois dans notre région, rappelons que nos ancêtres ont été confrontés eux aussi à de tels drames.
Le Colostre est une rivière d’apparence bien calme. Pourtant, encore récemment, en 2006, son débordement a causé l’inondation des rues de Riez. Et ce n’était pas la première fois, tant s’en faut. Dans le récit qui suit, écoutons le récit que fait le curé d’une des crues de la rivière. Nous sommes en 1773 :
riez-vue-generale« Cette année, dans la nuit du dix-huit au dix-neuf du mois d’août, il y eut une inondation si violente, venant du côté de Moustiers, que la rivière qui vient de Roumoules se déborda d’une manière si surprenante qu’elle ravagea tous les biens situés sur les bords d’icelle, d’une extrémité du terroir jusqu’à l’autre. Ce ne furent pas les biens seuls qui furent endommagés. Comme il y avait encore des gerbiers sur les aires, il y en eut un grand nombre d’emportés. Beaucoup de blés foulés le furent aussi, ce qui causa une perte de grains évaluée à environ cent charges. Il y eut même un particulier, fermier de la bastide des Rougues, qui en perdit autour de trente charges.
« En grande quantité l’eau de la rivière passait par-dessus le pont et, comme elle est passée par les parapets du pont, elle s’étendit dans les écuries du voisinage qui furent remplies d’eau, et il y eut trois garçons qui étaient couchés dans l’une de ces écuries qui furent emportés par le courant de l’eau, qui fit sauter tous les parapets du pont d’un bout à l’autre. Toutes les pierres de taille qui étaient au-dessus des parapets furent emportées et la plus grosse de toutes les pierres qui franchit le parapet fut emportée à un quart de lieue loin de la ville.
« La maison du sieur Coste, sise près du pont, fut inondée et il perdit environ vingt quintaux d’huile. La maison d’Augier, un peu en-dessous, fut aussi inondée et le rez-de-chaussée fut très endommagé. Il y avait au-dessus du pont deux routoirs remplis de chanvre qui furent tous emportés et entièrement perdus. »
Le récit fait froid dans le dos. S’il fait état de « trois garçons » emportés par les eaux, rien n’atteste toutefois que tous trois périrent noyés. Le registre paroissial dressé par le curé Rossolin semble indiquer que la catastrophe a causé la mort d’au moins une personne, un cadavre étant retrouvé deux jours plus tard dans une prairie et identifié comme étant celui de Charles Arnoux, fils de Blaise Arnoux, un garçon de douze ans.
  • Registre paroissial de Riez