L’abandon de Rose Printemps (Marseille, 19 mai 1880)

Mère abandonnant son enfant. DR.

Mère abandonnant son enfant. DR.

Il résulte d’un procès-verbal en date du 19 mai courant dressé par M. Ambrogi Joseph, commissaire de police du 8e arrondissement de Marseille que ledit jour la nommée Honorine Fourne, veuve Galache, âgée de 38 ans, logeuse en garni, demeurant rue Mazagran, 10, s’est présentée devant le susdit officier judiciaire et lui a fait la déclaration suivante :
« J’habite le premier étage de la maison n° 10, rue Mazagran. Ce matin, vers 7 heures, j’ai entendu de mon lit les vagissements d’un enfant nouveau-né paraissant venir du vestibule. Je me suis immédiatement levée et j’ai en effet trouvé par terre dans le vestibule derrière la porte à ce moment fermée l’enfant du sexe féminin que je vous présente. Elle était dans l’état actuel, c’est-à-dire emmaillotée dans un morceau de drap de lit et un autre morceau de nappe et enveloppée dans un tablier avec deux poches, le tout non marqué.
« Marie Collino, épouse Rovero, demeurant au 4e étage, étant intervenue à mon appel, a ramassé l’enfant et l’a emportée chez moi pour la soigner. Je n’ai vu personne dans le vestibule ni dans la rue pouvant être soupçonnée d’être l’auteur de cet abandon.
« Mme Hosté, accoucheuse appelée en toute hâte, a coupé et noué le cordon ombilical qui n’était ni coupé ni attaché. L’enfant est très bien portante comme vous le voyez. Elle a dû être exposée à l’endroit où je l’ai trouvée un moment auparavant car Mme Volle Marie étant sortie à 7 heures nous a déclaré n’avoir vu dans le vestibule ni l’enfant ni d’autre personne et elle aurait laissé la porte du vestibule ouverte tandis que je l’ai trouvée fermée, je le répète. »
Lecture faite, la veuve Galache a persisté dans sa déclaration et signé avec ledit officier judiciaire qui a ouvert une enquête mais il n’a pas été possible jusqu’à ce jour de connaître la mère de cette enfant ni la personne qui l’avait déposée.
Nous avons reconnu que cet enfant était du sexe féminin.
Nous lui avons donné les noms de Rose Printemps et l’avons fait apporter à l’hospice de la Conception.
L’an 1880 et le 27 mai, nous officier de l’État-civil avons transcrit le présent procès-verbal d’abandon dans les registres courants et avons signé.
  • Registre des transcriptions, Marseille