L’assassinat d’une femme (Rognes, 26 mai 1803)

Mairie de Rognes, deuxième arrondissement communal du département des Bouches-du-Rhône du 6 prairial an onze de la République française.

Acte de décès d’une femme inconnue, trouvée morte sur le territoire de la commune de Rognes quartier de Trasloussery comme il conste par le présent verbal qui nous a été transmis par le citoyen Mathieu Toche, juge de paix du canton de Lambesc, et dont la teneur suit :

Ce jourd’hui, six du mois de prairial an onze de la République française, nous Mathieu Toche, juge de paix et officier de police judiciaire du canton de Lambesc ayant été instruit par la clameur publique qu’il avait été commis un assassinat sur le territoire de la commune de Rognes, j’ordonnai de suitte au commandant de la gendarmerie de Lambesc de se porter en la ditte commune chez le maire et adjoint pour prendre des renseignements ; à laquelle réquisition, le dit commandant ayant obtempéré, il fut à Rognes et ne trouva ni maire, ni adjoint, ni secrétaire à la mairie ; cependant, la femme du citoyen maire assura aux gendarmes qu’on avait assassiné une femme, et que son mary, en compagnie du citoyen Bossy, adjoint, s’étaient transportés sur le lieu du délit, ordonnèrent de faire enterrer le cadavre, attendu son état de putréfaction, ce qui aurait été cause que le lendemain sept prairial, nous nous serions transportés avec notre secrétaire greffier et les citoyens Delescale, officier de santé, le Briquier, brigadier et Laugier, gendarmes à la résidence de Lambesc, au terroir de Rognes et dans la campagne du dit citoyen Jaubert, maire, où étant nous lui aurions fait part du sujet de notre transport ;
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sur quoi le dit citoyen Jaubert, maire, nous aurait dit avoir reçu une lettre du 4 courant écrite par le citoyen Philip, secrétaire en chef de la commune de la Roque-d’Anthéron en absence du maire portant qu’une femme morte était au terroir de Rognes quartier de Trasloussery et dans la propriété du citoyen Dromel, le lendemain cinq prairial, les dits citoyens Jaubert, maire, et Bossy, adjoint à la mairie du dit Rognes, se transportèrent au lieu qui lui avait été indiqué, et étant arrivé au dit quartier de Trasloussery, ils auraient vu et trouvé une femme morte étendue par terre, la face contre terre, tout près d’une touffe de chêne verts et, pour s’assurer de ce qui avait été cause de sa mort, ils l’auraient tournée sur son dos et auraient de suitte aperçus que la ditte femme était morte de plusieurs coups d’instruments tranchants et piquants qui a atteint l’artère carotide droite et deux autres coups portés sur la mamelle droite l’un en dessus du mamelon et l’autre en dessous.

Son état de putréfaction aurait mis les dits citoyens Jaubert et Bossy dans le cas de ne pas reconnaître sa physionomie, attendu qu’elle avait les yeux dévorés par les vers, ainsi que plusieurs autres parties de son corps, ce qui aurait fait présumer qu’elle avait été assassinée depuis plusieurs jours.

La ditte personne assassinée avait une coëffe d’indienne piquée en très mauvais état et une autre en toile blanche sans dentelle, un mauvais chapeau de paille jaune, des petits ronds à l’oreille ; ayant pour croix une espèce de lentille [?], deux mauvaises jupes de coutils rayés en blanc et bleu très usés, un petit corset d’étoffe bleu avec des agrafes par-devant, un cajou de couleur ramoneur avec une bordure en bas et en bleues d’environ trois centimètres, une mauvaise paire de bas de laine, sans soulier et sans chemise, un tablier bleu d’indienne grossière et le mouchoir du col tellement tenu de sang qu’il a été impossible de reconnaître la qualité et la couleur, n’ayant sur elle aucun papier et, attendu son état de putréfaction, de décomposition et de méconnaissance, avons ordonné de l’inhumer sur la place.

Sur quoi, nous, juge de paix susdit, ayant jugé inutile de nous transporter où le délit avait été commis, attendu l’état de putréfaction où était le cadavre, d’après les déclarations des dits citoyens Jaubert, maire, Bossy, adjoint et officier de santé, avons fait et dressé le présent à tout ce qu’il appartiendra, fait à Robert dans la campagne du dit citoyen Jaubert, maire, terroir de Rognes le susdit jour, mois, an que dessus, signé Toche, juge de paix et Vitton, à l’original.

JAUBERT maire.

  • Registre d’état-civil de Rognes
  • Texte transmis par Danielle Reynaud
  • Photographie : Panorama de Rognes. DR.

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