Le cours Mirabeau, artère d’Aix-en-Provence

coursmirabeau1792-1C’est l’archevêque Mazarin qui, par ses aménagements des quartiers sud du bourg, donna véritablement naissance au cours Mirabeau. Un arrêt du 1er décembre 1649, complété par un autre du 26 mai 1651, ordonna qu’au lieu des remparts, fossés et lices, il convenait de créer un cours à carrosses, lieu de déambulation des Aixois, qui remplacerait dans cette fonction la place des Prêcheurs. D’une longueur de 220 toises (440 mètres) et large de 21 toises (42 mètres), le cours coûta 100 000 livres à l’achat. Cette somme, énorme, fut prise en charge par des marchands de biens, des acquéreurs d’emplacement, la Ville (pour 15 000 livres), les communautés de Provence (20 000 livres) et le duc de Vendôme, Louis de Mercoeur.
Souhaitant d’abord y construire un palais, le duc de Vendôme préféra finalement une « folie des champs ». Il fit édifier le pavillon Vendôme, plus à l’ouest, où il mourut en 1669. Son fils, Louis-Joseph de Vendôme, revendit les terres achetées sur le cours Mirabeau par son père à Pierre de Creissel qui les revendit en quatre lots sur lesquels furent construits quatre hôtels :
Au numéro 4, l’hôtel de Louis d’Esmivy de Moissac, construit en 1710. En partance pour la Guadeloupe, son fils Jean Louis Honoré d’Esmivy de Moissac loua son hôtel au duc de Villars en 1750. Celui-ci installa une immense baignoire dans le bâtiment et le 17 juin 1759, le conseil de la Ville lui accorda « un tuyau d’eau potable ».
On raconte que de Villars, hormis sa passion immodérée pour le jeu, ne se distinguait pas par sa bravoure. Un gentilhomme se présentant chez lui un peu trop parfumé, de Villars laissa échapper : « Quelle odeur insupportable ! » Le gentilhomme de lui répondre : « Je pensais, Monseigneur, que vous ne craigniez que l’odeur de la poudre. »
En outre, on lui reprochait d’avoir mis à la mode un « penchant inhabituel à son sexe ». Ce qui lui valut de s’entendre dire un jour que « c’est un bien bon homme, (mais aussi) une bien méchante femme ».
De Villars quitta définitivement Aix en 1770, bien décidé à ne plus y revenir. Il mourut à Marseille au bout de quelques semaines et fut inhumé en l’église Saint-Sauveur d’Aix le 3 mai de la même année. Son portrait est visible au musée Granet. Au numéro 6, l’hôtel Margalet de Luynes, aujourd’hui connu sous le nom d’hôtel de Gantelmi d’Ille. Ce bâtiment fut construit sur un terrain ayant d’abord appartenu au conseiller d’Albert par Antoine de Margalet, seigneur de Luynes. En 1821, il fut acquis par Félix Agard (voir le « passage Agard »). Le portrait de Margalet fut offert au musée Granet en 1872 par madame Ducros-Agard.
L’hôtel devint par la suite la possession du marquis félibre de Gantelmi d’Ille.
On peut encore y voir des trumeaux, des gypseries Louis XV, un panneau avec anses à paniers dans lequel le cartouche central représente un singe faisant sauter un chien à travers un cor de chasse.
Ces décors aux singes furent à la mode dans les décorations aixoises du XVIIIe siècle.
Au numéro 8, la maison de Vacon. Le terrain fut vendu au conseiller Louis-Antoine de Vacon, dont l’un des fils devint évêque d’Apt en 1722.
La maison devint la propriété des Sinéty, puis du sieur Laroque en 1873, membre du phalanstère israélite de Carpentras.
Au numéro 10, l’hôtel d’Entrecasteaux, devenu hôtel d’Isoard-Vauvenargues.
Il fut construit par François de Boniface-Leydet, sieur de Peynier, conseiller au Parlement. Il le vendit en 1731 à Gaspard de Gueidan qui, à son tour, le revendit le 16 janvier 1742 à Jean-Baptiste de Bruny, marquis d’Entrecasteaux.
Dans la nuit du 30 au 31 mai 1784, Angélique Pulchérie de Castellane-Saint-Juers , marquise d’Entrecasteaux, fut assassinée dans son lit, la gorge tranchée « de trois blessures furieuses » données par un rasoir. Son mari, le marquis d’Entrecasteaux, fut accusé, mais s’échappa à Nice où il fut repris. Amant de madame Mayol de Saint-Simon, il avait assassiné sa femme pour épouser sa maîtresse. Condamné à avoir les poings coupés, les jambes et les reins rompus et à être mis sur une roue pour y mourir, d’Entrecasteaux mourut trop tôt d’une fièvre maligne. Le simulacre de l’exécution eut pourtant lieu, un mannequin remplaçant le condamné.
Ses filles revendirent l’hôtel en 1810 au cardinal d’Isoard, sieur de Vauvenargues.
Le cours prit le nom de « Mirabeau » par arrêté municipal en 1876. Comme tout cours, le cours Mirabeau a deux côtés, mais un seul était de bon aloi, celui où se trouvent la plupart des hôtels particuliers, le côté droit en montant.
Un autre élément donne tout son charme à ce lieu : ce sont ses fontaines. En 1680, on en compte quatre (la fontaine des Carmélites, la fontaine d’eau chaude, la fontaine des Neuf-Canons et la fontaine des Chevaux-Marins).
Mais en 1777, on dut faire disparaître la fontaine des Chevaux-marins qui se trouvait en bas du cours pour faciliter la circulation des carrosses. la grande allée centrale devint chemin public. Un fossé recueillit les eaux de la fontaine ôtée que l’on enjambait grâce à un pont orné d’une grille de fer et qui a totalement disparu de nos jours.
Le cours Mirabeau se trouve entre deux places : la place Forbin, en haut, et la place de la Libération, plus connue sous le nom de Rotonde, en bas.

Place Forbin

Elle était autrefois connue sous le nom de « place des Carmélites ». Sur son côté sud, on y trouvait en effet le couvent des Carmélites, reçues à Aix en 1625. Leur église, construite en 1695, existe toujours. Le sol en est surélevé, on y accède par un escalier. C’est à la place de cet escalier que se dressait un pin, faisant office de gibet pendant les guerres de religion (XVIe siècle). Il se trouvait dans le jardin de François de Génas, seigneur d’Eguilles. C’est le roi Charles IX qui, en 1564, ordonna que le pin fût abattu.

Place de la Libération

rotonde
Cette place a été établie en 1777 pour donner des accès faciles aux chemins d’Avignon et de Marseille. Il s’agissait aussi de donner au cours Mirabeau une « entrée noble ».
La fontaine fut érigée en 1860 par M. de Tournadre, ingénieur des Ponts et Chaussées. L’établissement de la place fit ouvrir une tranchée entre Montperrin (alors appelé « le Mont-Perrin ») et le quartier du Mail (dit « le Jeu de Mail »).
Pour que la chaussée de la Rotonde fût mise à niveau avec le cours Mirabeau, on utilisa comme remblais les décombres du palais comtal, détruit peu avant la Révolution.
Le train y arriva le 31 janvier 1870 grâce à l’ouverture d’un tronçon ferré entre Aix et Meyrargues. Il fallut attendre 1875 pour le voir prolonger jusqu’à Marseille. On déplaça alors la gare à son emplacement actuel, en créant pour se faire l’avenue Victor-Hugo.

Le Cours

N° 12 du Cours se trouve la maison des Bénédictines de La Celle. Celle-ci élevèrent la maison en 1660 et y demeurèrent jusqu’en 1685. L’avocat Sauvaire racheta la maison puis la revendit à M. de Malignon, qui la céda à son tour aux Antoine-Venel, conseillers à la cour des Comptes.

N° 14 se dresse l’hôtel de Raousset-Boulbon, aujourd’hui hôtel de Fauris-Saint-Vincens, construit vers 1660 par Honoré de Rascas, seigneur du Canet, conseiller au Parlement, qui le vendit en 1698 à Silvy de Raousset-Boulbon, président au Parlement. Il passa ensuite aux Fauris, seigneurs de Saint-Vincens. L’un d’eux, Jules François Paul, né en 1718, et son fils, Alexandre Jules Antoine, né en 1750 dans l’hôtel, étaient des archéologues. Ils furent arrêtés à la Révolution. barras les tira de prison. Ils devinrent par la suite membres de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Alexandre devint maire d’Aix en 1808, puis président de la cour royale d’Aix en 1819, l’année de sa mort.

N° 16 se trouve l’hôtel de Mougins-Roquefort, anciennement hôtel de Mirabeau. Il fut édifié vers 1658 par Melchior Grognard, trésorier général de France. A sa mort, en 1688, l’hôtel fut vendu à Alexandre Roux de Gaubert, conseiller au Parlement de Provence, puis au Parlement de Pau. Il passa alors à Antoine Constans, puis, en 1736, à Jean-Antoine de Riquetti, marquis de Mirabeau, connu sous le nom de Col d’Argent, une blessure à la bataille de Cassano l’ayant obligé à soutenir son cou au moyen d’un collier en argent. Il était aussi célèbre pour sa sentence proverbiale : « la patience est la vertu des cocus et des ânes. » Après son fils, l’hôtel passa en 1743 au seigneur de Faucon qui n’aimait guère Aix car il n’y brillait pas au premier rang. D’autres gentilshommes y avaient en effet des maisons plus anciennes que la sienne. En 1763, il se sépara de son hôtel et le revendit à Lyon de Saint-Ferréol, trésorier général des États de Provence, qui le modernisa. Suspecté lors de la Révolution, il fut emprisonné et mourut en 1798 sans fils. Le baron de Fabry racheta l’hôtel en 1820 et le revendit en 1860 au président Rigaud. Le fils de celui-ci le céda plus tard à M. de Mougins-Roquefort.

N° 18 se dresse l’hôtel de Meyronnet-Saint-Marc, bâti par Esprit Le Blanc, seigneur de Ventabren. Il passa ensuite aux Meyronnet-Saint-Marc avec les terres et le château de Saint-Marc.

N° 20, on peut voir l’hôtel de Forbin, l’un des plus grands d’Aix et l’un des premiers construits sur le Cours (1656). Il est le fait de César de Milan, seigneur de Cornillon et de Confoux, dont deux descendants furent grands sénéchaux de Provence. Auguste de Forbin, chambellan de Pauline Borghèse, soeur de Napoléon, y vit le jour. En mars 1701, les ducs de Bourgogne et de Berry, petit-fils de Louis XIV, s’y arrêtèrent de retour d’Espagne où ils avaient accompagné leur frère, le duc d’Anjou. Du balcon de l’hôtel, ils assistèrent à une bataille d’oranges mettant aux prises quelques trois cents combattants. Le 22 mai 1807, Pauline Borghèse y fut reçue par son chambellan, Auguste de Forbin. L’historien Roux-Alphéran indique qu’un étudiant marseillais, ébloui par sa beauté, dépensa 4000 francs en habillement, repas et cadeaux pour avoir le privilège de l’approcher et de lui offrir un bouquet en mains propres. Il fut convié le lendemain à la table de la princesse. Mais celle-ci, indisposée, ne se présenta pas et le pauvre étudiant dîna avec les seuls écuyers…
Depuis 1935, le rez-de-chaussée est occupé par le Crédit lyonnais.

N° 22, se trouve l’hôtel de Gueidan, construit par Martin Eyguesier à partir de 1648. Il le vendit en 1679 à Sextius d’Arlatan-Montaux, conseiller au Parlement qui la revendit deux ans plus tard à Pierre Gueidan, écuyer d’Aix, non sans avoir réalisé une précieuse plus-value. D’un style proche de l’hôtel de Forbin, les Gueidan, des parvenus dont la fortune avait été faite grâce au commerce de bestiaux, le dotèrent d’un style Louis XVI. Aujourd’hui toutefois, on n’y trouve plus rien de cette époque. En 1880, la dernière marquise de Gueidan le céda à la ville d’Aix pour y loger le président de la Cour.
Pour la petite anecdote historique, c’est devant cet hôtel, le 27 août 1792, que fut pendu à la lanterne l’abbé Vigne, pour avoir refusé de prêter serment à la République. Descendant vers la place de la Rotonde où l’attendait une voiture qui le conduirait à Marseille et où il s’embarquerait pour l’étranger, il fut reconnu et pendu au chant du « Ça ira ».

N° 24, se trouve la maison de Jean André, notaire et greffier de l’archevêché vers 1650. Peu avant la Révolution, elle appartenait à Mme Saurin de Murat.

N° 26, se trouve la maison de l’avocat François Lambert. La marquise Roux de Gaubert la possédait au début du XVIIIe siècle. Au siècle suivant, un musée de poupées y fut créé par Mme Laurin. C’est dans cette maison que vécut et mourut (en 1950) le poète provençal Joseph d’Arbaud.

N° 28. Comme le n° 26, cette maison fut construite par François Lambert, vers 1650. Elle fut par la suite une possession de la famille de la Boulie.

N° 30, se trouve une maison construite par Antoine Lambert, bourgeois, vers 1650 aussi. Elle appartenait au début du siècle suivant à la famille de La Molle, des magistrats aixois.

N° 32, se dresse l’hôtel d’Entrechaux. Il est l’œuvre du procureur Garnier (1650 environ). La marquise de Tilles de Villefranche en était propriétaire à la Révolution. Au Second Empire, le baron d’Entrechaux, un excentrique à l’humour facile, y vécut. On raconte qu’à son enterrement, il y eut un cortège funèbre qui suivait le corbillard et qui était composé d’orphelins portant des cierges et psalmodiant. Arrivé au Cours Mirabeau, tous les cierges pétaradèrent. Le baron les avait fait préparer par un artificier.

N° 34, se tient un immeuble construit vers 1650 par la famille Traversery. Ceux-ci le vendirent à l’avocat Noël Gaillard, syndic de la noblesse. Son fils jésuite prêcha quatorze carêmes devant Louis XIV et un devant Louis XV. La maison fut acquise en 1713 par Bernardin Barlatier, seigneur de Saint-Julien. L’avocat Pascalis en fut locataire. Il mourut tragiquement pendant la Révolution.

N° 36, se trouve l’hôtel Courtès. Il est l’œuvre de Joseph Courtès, un avocat aixois, vers 1650. Il appartint notamment à Guillaume de Nicolaï qui y installa une magnifique bibliothèque de manuscrits provençaux. Par la suite, il fut acquis par Antoine de Laugier, seigneur de Saint-André (1736). Un café y avait pour nom le Café des Iles d’Or. Son propriétaire, M. Solari, avait des filles si belles que le café reçut le surnom de Café des Filles d’Or.

N° 38, se trouve le célèbre hôtel d’Espagnet. Il fut édifié par Pierre Maurel, un industriel spécialisé dans le commerce des draps, pour une somme de 45 000 livres vers 1650. De fait, cet hôtel est l’un des plus fastueux d’Aix. Ce Pierre Maurel gravit rapidement les échelons de la noblesse, acheta la seigneurie de Pontevès pour 165 000 livres et se fit appeler Maurel de Pontevès. Il devint en 1653 trésorier des États de Provence, puis acquit les seigneuries de Volonne et de Châteauneuf. Enfin, avant sa mort, il obtint la noblesse héréditaire. La fortune qu’il légua à sa mort était considérable : 2 039 345 livres à partager entre… 18 enfants, issus de trois mariage.
Dans cet hôtel logea Anne-Marie de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans, en 1660. Elle y apprit la mort de son père. Tout Aix défila alors chez elle et l’hôtel fut drapé de gris.
En 1742, l’infant d’Espagne, don Felipe, fils de Philippe V, y fut reçu avec faste. Certains prétendent que cette visite créa des fortunes, du fait des fournitures qu’elle nécessita.

N° 40, se dresse l’hôtel de Suffren, construit par Esprit d’Arnaud, conseiller à la cour des comptes. Il fut acquis en 1674 par Suffren, le neveu de d’Arnaud. La famille Suffren y demeura jusqu’à l’Empire. Il fut ensuite la propriété du marquis de Forbin-d’Oppède, puis d’Édouard Jourdan, professeur de la faculté de droit, au début du XXe siècle.

N° 42, on trouve l’hôtel Saint-Ferréol. Il fut élevé par Pierre Maurel (voir plus haut) pour un de ses fils qui le céda à Joseph Lyon de Saint-Ferréol, originaire de Manosque, en 1707. Son petit-fils l’abattit et reconstruisit le bâtiment que l’on connaît aujourd’hui. Pendant la Révolution, il fut le théâtre des assemblées de députés du Tiers-État. On y entendit Mirabeau. Le chocolatier Giraud-Ginesy l’acheta en 1818 aux Reinaud de Fontvert.

N° 44, se trouve l’hôtel Gassendi, élevé lui aussi (apparemment) par Pierre Maurel fut cédé en 1665 à Marc-Antoine de Gassendi. Le rez-de-chaussée fut longtemps occupé par le café Clément, dont un des clients n’était autre que Paul Cézanne.

N° 46, l’hôtel Perrin fut construit par Louis Perrin, troisième consul d’Aix, père de 19 enfants issus du même lit. L’un d’eux, le chevalier de Perrin, édita les Lettres de madame de Sévigné. Malgré le nombre impressionnant de ses enfants, la descendance de Louis Perrin s’éteignit dès la génération suivante et la maison devint propriété du marquis de Châteauneuf, puis du vicomte de Selles.

N° 52, enfin, se dresse une maison construite par le président Bret au début du XIXe siècle. Jusqu’en 1646, un chemin rejoignant la route de Marseille le longeait. Un café occupa rapidement son rez-de-chaussée, le café Leydet, démoli dans les années 1990 pour faire place à une résidence de standing.

En haut du cours Mirabeau, plus précisément entre la place Forbin et la rue Tournefort, se trouve un autre hôtel.

L’hôtel du Poët. Avant que le cours n’existât, un moulin à eau, acquis par Claude Margalet en 1573 s’y trouvait. Le blé y était moulu pour les boulangers d’Aix. Vers 1646, Henri Gautier, clerc de notaire, trésorier des États de Provence, seigneur du Poët et de Vernègues, fit construire un hôtel sur l’emplacement de ce moulin. Annobli par Louis XV, ami de Vauvenargues, Henri Gautier mourut comblé d’honneurs. Un de ses petits-fils, le chevalier de Vernègues, fut agent secret de Louis XVIII. L’hôtel fut le siège du tribunal de commerce jusqu’à l’installation d’un palais de justice en 1834.
Du balcon de l’hôtel, le futur Louis XVIII, alors seulement comte de Provence, assista aux jeux de la Fête-Dieu en 1777 et le comte d’Artois, le futur Charles X, y vit défiler le gué en 1814.

Mais nous n’avons considéré là que les numéros pairs du cours Mirabeau. Intéressons-nous maintenant aux numéros impairs.

N° 1 du Cours se trouvait autrefois un pavillon où le sculpteur Chastel avait un atelier. Le pavillon fut démoli en 1784.

N° 3 se trouve l’hôtel des Princes. On suppose que Chastel y habitait car l’atelier évoqué ci-dessus en était une dépendance. Le 13 octobre 1777, une hôtellerie s’y installa, sous le nom d’hôtel des Princes. Mais l’affaire périclita et fut reprise par M. Imbert qui en fit, en plus de l’activité d’hôtellerie, un bureau de voyageurs et un dépôt de colis. Bonaparte, revenu d’Égypte, y passa le 10 octobre 1799, un mois avant le 18 brumaire. En 1809, le pape Pie VII y passa la nuit. En 1840, c’est la reine d’Espagne qui s’y arrêta. Ce n’est que sous la Troisième République que l’hôtel devint une habitation particulière.

N° 11 se trouvait sous la Restauration un bureau de diligences, assurant les liaisons entre la Provence, la Haute-Provence et le Piémont. On imagine bien l’agitation qui devait alors régner sur le bas du Cours, véritable gare routière.

N° 13 se trouvait Guielmy, fabricant de chocolat. Il céda sa place en 1865 au café de Verdun, lieu de stationnement des diligences qui desservaient la Roque d’Anthéron.

N° 17 partaient, bien évidemment, des diligences. Mais c’était aussi le café du Petit Paris, qui devint le café Sauvaire en 1869. Certains pensent que c’est ce café que Zola évoque dans les Rougon-Macquart sous l’appellation de cours Sauvaire, sorte de mélange entre cours Mirabeau et café Sauvaire.

N° 17bis se dresse la maison de Valbelle-Meyrargues, construite après 1650. Seule la partie ouest de l’édifice est d’époque. Des légendes courent sur le compte de cette maison : il se dit qu’un trésor y a été caché à la Révolution, qu’une source d’eau chaude jaillissait dans la cave, et d’autres encore…

N° 19 se trouve l’hôtel d’Arbaud-Jouques. Il s’agit en fait de la partie est de la maison de Valbelle-Meyrargues. Sa construction remonte à 1700. A noter la porte d’entrée, peut-être l’une des plus richement ornée des portes aixoises. C’est dans cet hôtel que s’arrêtèrent Charles IV d’Espagne en 1812 et le duc d’Angoulême en 1815.

N° 21, voici l’hôtel de Castillon. Il fut acquis par Laugier de Beaurecueil qui le revendit aux Truphème qui le cédèrent en 1779 au procureur général Leblanc de Castillon. A partir du Second Empire, l’hôtel devint sous-préfecture. On attribue le montant de la porte d’entrée au sculpteur Chastel.

N° 23 se dresse l’hôtel du chevalier Hancy, édifié en 1650. Il fut la propriété des Pontevès (à ne pas confondre toutefois avec les célèbres Pontevès d’Aix). Son propriétaire, le procureur Pontevès, fut condamné à mort par le Parlement suite à la journée de la Saint-Valentin 1659. L’hôtel passa alors aux Michaëlis, seigneurs du Seuil qui le cédèrent à la Révolution à la famille Hancy, une famille originaire probablement de Nice, qui le revendit en plusieurs parts.

N° 25 se trouve l’hôtel d’Estienne d’Orves. L’immeuble, classé en 1930, a été déclassé en 1936. Un événement tragique s’y est déroulé le 13 décembre 1790. Le marquis de la Roquette, propriétaire de l’hôtel, y fut tiré de son lit et pendu au réverbère placé devant l’entrée, sur ordre de l’abbé Rive. Au début du XIXe siècle, l’hôtel faisait office d’auberge. Charles IV, roi d’Espagne, y séjourna avec une suite de 250 personnes et 200 chevaux le 4 octobre 1808. Le 15 octobre, il préféra partir pour Marseille, où il espérait trouver plus de distractions. Après une confiserie, c’est un bazar qui s’y installa. Marcel Provence dit que les marchands y vendaient des confetti dans des pots de chambre pour le mardi gras au cri de « un sou, lou pissadou, un sou ».

N° 27 on peut voir la maison Garidel. C’est une famille dont on retrouve la trace à Aix en 1533 au minimum, avec un certain Antoine Garidel, procureur du roi. Au rez-de-chaussée de cet immeuble se trouvait le bureau de la diligence de Peyrolles et de Manosque. Rue d’Italie, les Garidel possédait également un hôtel (n°12).

N° 31 et 33 se tenait autrefois un jeu de paume. Selon la légende, Louis XIV vint y jouer en 1660. Précisons qu’à la même époque, Aix possédait un autre jeu de paume, rue de l’Opéra, à l’emplacement de l’actuel théâtre… du Jeu de Paume. Au n° 31, on construisit une maison modeste dans laquelle naquit le peintre Dandré-Bardon en 1700. Au rez-de-chaussée se trouvait le café d’Apollon, dont Paul Cézanne peignit le plafond vers 1870. Au n° 33, l’hôtel Nègre-Coste n’était pas un hôtel particulier. Il était destiné aux voyageurs. Il faisait office au demeurant de bureau de diligences. On y séjournait pour 10 F par jour, tout compris. L’hospitalité de son propriétaire est restée légendaire. Marcel Provence raconte que celui-ci « courait accueillir au chemin d’Avignon les mails de famille, bourrés d’enfants, de nurses et de colis. Le postillon, haut juché, jouait de la trompe. Le mail avançait parmi les badauds et se fixait devant le Nègre-Coste. »

N° 37 se trouve l’hôtel de Nibles. Comme beaucoup de bâtiments du cours Mirabeau, sa construction remonte à la moitié du XVIIe siècle. Il est l’œuvre, pense-t-on, de la famille Guidi. Il fut acquis par le seigneur de Nibles au XVIIIe siècle. En 1824 s’y tenait la boutique d’un confiseur, François Mittre.

N° 39 Paul Peyronnet a construit une maison au milieu du XVIIe siècle, dont les fenêtres sont particulièrement étroites.

N° 41 à 47 se trouve un groupe de maisons à la place duquel se dressait autrefois le couvent des Dames de la Miséricorde fondé en 1633. Après la Révolution, le bâtiment abrita la première brasserie d’Aix, appelée le café du Trocadéro, puis Le Bar idéal. Au numéro 47 bis vivait le conseiller Puech dont le fils, Louis-Scipion Puech, était prêtre et prieur de Buoux. C’était aussi un remarquable auteur de noëls provençaux, dont le plus célèbre, les Très Boùmian, est toujours chanté dans les églises de Provence.

N° 49 se trouve une maison construite après la Révolution. Auparavant s’y trouvait le jardin de la maison Puech. Un marchand d’huile y exerçait. D’après l’historien André Bouyala d’Arnaud, il semble que c’est cet homme, également bijoutier, qui fut le premier à appeler Aix « Aix-en-Provence ».

N° 51 se dressait une maison qui, dès 1748, servit de café. Auparavant, elle était la demeure d’un avocat du nom de Geoffroy, avocat au Parlement. Après le café, le bâtiment hébergea une chocolaterie dont on dit que Mme de Sévigné louait le chocolat.

N° 53 l’hôtel de Mazenod est antérieur au cours. Une partie de son jardin se trouve aujourd’hui sous la voie. Le premier propriétaire de cet hôtel est, semble-t-il, le teinturier Chantre. Sa famille le vendit en 1730 à Antoine Laugier, chevalier de Saint-Louis. Son gendre, Charles-Alexandre de Mazenod, était un mousquetaire du roi de France et devint président à la Cour des Comptes. Sous Louis-Philippe, l’hôtel fut vendu à Roman de Tributiis par Mgr de Mazenod, évêque de Marseille, dont la réputation de générosité est restée célèbre à Aix. On raconte qu’il donna un jour d’hiver tous ses vêtements à un petit charbonnier sans ressources.

N° 53 bis se trouve l’hôtel de Gantès qui faisait office d’hôtellerie avant 1660 lorsque Jean-François de Gantès l’acquit. On peut relier à la famille Gantès le domaine de la Gantèse, sur le territoire de la commune de Puyricard. En 1716, l’hôtel fut acquis par Marc-Antoine d’Albert du Chaîne qui le revendit à l’aixois Guion. Pendant la Révolution, le lieu était connu sous le nom de cercle de Guion, rendez-vous des bourgeois et des aristocrates, auxquels venaient se joindre les officiers de la garnison. Un groupe de révolutionnaires s’y opposa à un autre groupe d’antirévolutionnaires le 12 décembre 1790, évènement qui aboutit à la pendaison du marquis de la Roquette, du chevalier de Guiramand et de l’avocat Pascalis dont on emporta la tête.
Sous Louis-Philippe, le bâtiment fut acquis par deux garçons de café. Le lieu devint le très célèbre « Deux Garçons », (ou « Deux G ») toujours en place sur le cours, café dont Cézanne était un assidu.

N° 55 se trouvait le couvent des Grands Carmes. Les Grands Carmes arrivèrent vers 1359 sur le lieu. Le domaine était fort vaste. Dans le passage Agard, on en retrouve une frise denticulée. Par la suite, des maisons furent édifiées à la place du couvent. C’est dans la maison portant le numéro 55 que vécut Paul Cézanne enfant. Félicien Agard acquit, en 1846, un ensemble de bâtiments communs au cours et à la place du Palais Comtal (actuelle Place de Verdun) et relia les deux par l’actuel « passage Agard », dans lequel s’établirent très tôt toutes sortes d’ateliers populaires. Si l’extrémité sud du passage Agard est si étranglée, c’est parce que Félicien Agard ne parvint pas à acquérir le numéro 57 du cours.

N° 57 la veuve Roulin dirigeait une une chocolaterie qui attirait la plupart des magistrats d’Aix. Il faut dire que ce commerce se trouvait sur leur chemin lorsqu’il se rendait au Palais. Par la suite, le lieu devint un bureau de tabacs, puis une librairie.

N° 65 se trouve l’hôtel de Montauron, datant de 1650, et édifié par la famille de Montauron. Il devint ensuite la propriété des Isoard de Chenerilles, des Leblanc de l’Uveaune et des Bérage.

N° 67, et pour terminer, se tenait entre 1450 et 1500 environ une auberge : l’auberge de l’Écu de France, qui devint la propriété des Coriolis, dont fut issu Malherbe, qui y naquit en 1542.