Le mort de la Bourse (Marseille, 24 décembre 1793)

« L’an second de la république française, le quatre nivôse après midi, par devant nous officier public de Marseille et dans la maison commune, est comparu le citoyen Claude Durrant, premier assesseur suppléant au défaut du juge de paix, officier de police du cinquième arrondissement du canton de Marseille, lequel, pour se conformer à l’article huit du titre cinq, section cinq de la loi du vingt septembre mil sept cent nonante deux (vieux stile), nous a remis ce jourd’huy une expédition en forme de verbal par lui dressé le jourd’huy, par lequel il conste avoir été averti par les gardes de police en fonction dans la salle de la Bourse [1], qu’un homme qui ordinairement couchait à l’escalier de la commune s’est trouvé mort le matin dans ladite salle de la Bourse et, comme il est de son devoir de connaître la cause de la mort, il s’y est rendu avec les citoyens Michel Bernard Augarde et George Olive, tous deux gardes de police, assistant en qualité de citoyens actifs, et encore avec le citoyen Henry Jean François Rigordy, officier de santé, demeurant rue Radeau, pour faire le rapport de cet homme, lequel ils ont trouvé étendu sur de la paille derrière la porte d’entrée du nord, le citoyen Rigordy l’ayant visité a trouvé différents boutons sur toute la superficie de son corps et une enflure œdémateuse aux parties inférieures, la capacité de la poitrine fort élargie, le foie se portant beaucoup plus sur le devant, de sorte qu’il paraît que cet homme était déjà malade lorsqu’il s’est couché dans l’endroit désigné ci-dessus et qu’il est mort par une suite de ces différentes affections et a pensé que l’inanition et le froid ont été deux causes occasionnelles de sa mort, n’ayant trouvé aucune marque extérieure de coups ni de blessure.
Tel est son rapport fidèle qu’il a fait sous serment.
De suite le citoyen Félix Gris, âgé de soixante ans, concierge de la maison commune, et Victor Églan, âgé de quarante-sept ans, portefaix, demeurant rue de la Bannière, ont déclaré connaître le susdit homme pour être le nommé Gabriel Barnier dit Tité, portefaix, âgé d’environ soixante ans, natif de Saint-Arny près Sault, département des Basses-Alpes, d’après lequel renseignement nous avons dressé le présent acte pour qu’il en conste et avons signé. »
[GARRET officier public]


[1] Ne pas confondre la salle de la Bourse avec  l’actuel palais de la Bourse sur la Canebière. Le bâtiment actuel a été construit entre 1852 et 1860 par l’architecte marseillais Pascal Coste.
  •  Registre d’état-civil de Marseille, municipalité unique