Les hivers les plus froids à Arles de 1302 à 1789

Pierre Véran (1744-1819), historien arlésien.

Pierre Véran (1744-1819), historien arlésien.

L’hiver 2013-2014 ne restera pas dans les annales comme un hiver froid. Ce n’a pourtant pas été le cas dans les siècles passés. Certaines années, le froid qui s’est abattu sur la Provence a causé désolation et mort dans les bastides de nos ancêtres. L’historien arlésien Pierre Véran (1744-1819) avait de son temps recensé les événements glaciaux qu’avait subi sa ville. En voici la liste :
1302 : Cette année-là, le froid fut si extraordinaire qu’il fit périr une grande quantité de bestiaux et presque tous les arbres fruitiers du territoire d’Arles.
1359 : L’hiver de 1359 fut un des plus rudes à cause de la grande quantité de neige qui tomba. La famine, suite ordinaire d’un grand froid, déploya ses rigueurs ; la salmée de blé se vendit huit florins.
1490 : Le froid fut si rigoureux cette année-là que les habitants restèrent presque deux mois entiers sans pouvoir sortir de leurs maisons.
1493 : Froid excessif, mortalité de presque tous les bestiaux du territoire d’Arles.
1507 : Le Rhône se gela à une grande profondeur et le froid fut si intense que le port de Marseille se remplit de glaçons.
1564 : Les oliviers et les noyers périrent.
1568 : Le 11 décembre, le Rhône se couvrit de glaçons énormes d’un bord à l’autre jusqu’à la mer. Le vin, le pain, l’encre, tout se gela. Ce froid dura jusqu’au 20 du même mois.
1571 : Dans la nuit du 10 janvier, il tomba de la neige en si grande quantité qu’elle fit périr un grand nombre d’hommes, de juments, de bœufs, de vaches, de brebis. Pendant plusieurs jours, les habitants furent occupés à charrier les cadavres des animaux qui avaient péri.
1572 : Le 23 décembre, il tomba de la neige en grande quantité. Un horrible mistral survint, la neige se gela et ne forma qu’un amas de glace.
1573 : L’année suivante, le Rhône se gela d’une telle façon que, depuis le 1er janvier jusqu’au 7 du même mois, les habitants de Trinquetaille firent passer sur les glaces leurs charrettes, mules, juments, brebis, etc. Et dans la crainte que les personnes et les animaux ne glissent sur la glace on avait eu soin de former le chemin avec de la paille et du fumier.
(L’article continue après l’image…)
1399150_10152197618613948_283275860_o1589 : Froid rigoureux.
1603 : Le Rhône se prit, il tomba une grande quantité de verglas qui fit périr tout le bétail que l’on n’avait pas eu le temps de renfermer.
1624 : Froid excessif, neige, perte de bestiaux.
1638 : L’hiver de 1638 fut très rigoureux. Le port de Marseille fut couvert de glaces. La ville d’Arles perdit beaucoup de troupeaux, et une grande quantité de personnes furent gelées.
1655 : Aux fêtes de Pâques de cette année, il fit une gelée si forte qu’elle fit périr les bourgeons des vignes.
1658 : Froid rigoureux.
1659 : Les charrettes purent passer sur le fleuve.
1660 : Le froid qui avait commencé le 26 décembre de l’année précédente ayant continué jusqu’au 9 janvier 1660, les eaux du fleuve se gelèrent si profondément que les charrettes passaient sur le Rhône sans courir le moindre danger. Mais le temps ayant commencé de se radoucir, les glaces dégelèrent si subitement qu’elles se détachèrent toutes à la fois, brisèrent toutes les barques du pont qu’on avait placé du côté de Trinquetaille, ainsi que toutes celles qui se trouvaient dans le port. Mais ce qui est remarquable, c’est que la force des glaces emporta un bloc de marbre du poids de plus de 120 quintaux qui se trouvait au bord du quai à la porte Saint-Laurent. Le fleuve n’ayant pas dégelé aussi rapidement en-dessous de la ville, les glaces supérieures, poussées par la rapidité des eaux, remontèrent sur celles qui s’opposèrent à leur passage. Les eaux, rencontrant un barrage, emportèrent les chaussées en divers endroits, inondèrent le territoire et noyèrent une quantité prodigieuse de bestiaux.

Le Rhône gelé à Arles. DR.

Le Rhône gelé à Arles. DR.

1665 : Mortalité des oliviers.
1679 : Hiver long et rigoureux ; le Rhône se prit trois fois.
1681 : Hiver long, le Rhône resta longtemps gelé.
1692 : Le 25 janvier, il tomba une si grande quantité de neige que la terre en resta couverte jusqu’au 22 février.
1693 : Le froid fut si fort cette année-là que le Rhône se prit depuis Arles jusqu’à Lyon, les denrées furent à un prix inabordable et on ne tua dans Arles que 200 agneaux.
1694 : Hiver rigoureux et inondation ; une barque est jetée dans les vignes de Trinquetaille.
1698 : Grand froid, neige abondante.
1709 : Le froid fut si intense cette année qu’il détruisit toutes les récoltes, les bestiaux et les arbres fruitiers. La ville d’Arles fut plongée dans une si affreuse misère que le roi fit fondre son argenterie et ordonna au clergé de faire fondre les bustes des saints qui se trouvaient dans diverses églises pour soulager les malheureux.
1716 : L’hiver fut très long cette année, il commença à geler le 28 octobre et il ne cessa de pleuvoir, de sorte que le territoire fut couvert de glace et le froid fut aussi rude qu’en 1709, il tomba de la neige même le 25 mars.
1726 : Les glaces ravagèrent les Ségonnaux jusqu’à Tarascon.
1729 : Hiver rigoureux ; la communauté vient en aide aux pauvres travailleurs.
1740 : L’hiver de cette année fut des plus rigoureux.
1753 : La rigueur de l’hiver obligea messieurs les consuls à distribuer du pain aux pauvres. Le pont fut emporté par les glaces le 4 janvier.
1754 : Le 5 janvier au soir, le Rhône se prit et resta gelé jusqu’à fin mars, époque où il tomba une si grande quantité de neige que l’on ne put sauver que quelques brebis.
1755 : Cette année-là, les paysans furent occupés à déblayer les rues couvertes de glace et de neige.
1757 : Froid excessif.
1758 : La communauté achète 6 000 setiers de blé de Bourgogne pour distribuer aux habitants.
1766 : Hiver rigoureux.
1767 : Les glaces coulent bas six barques du pont.
1768 : Le froid commença le 2 janvier par un mistral des plus furieux ; plusieurs matelots eurent les membres gelés. Lorsque les glaces se détachèrent, plusieurs bateaux furent coulés à fond.
1770 : Il gela le 25 avril et le 6 mai.
1774 : Cette année-là, on ôta le pont à bateaux trois fois ; les glaces, qui partirent par suite d’une crue, montèrent sur les quais et vinrent obstruer la porte dite de Rousset.
1782 : Le 14 février on enleva le pont.
1784 : Froid rigoureux, neige abondante.
1785 : Le froid arriva en février et mars, et les 3, 4 et 5 avril les bords du Rhône se gelèrent.
1786 : Froid rigoureux. Cinq bateaux du pont sont emportés.
1787 : Froid assez rigoureux depuis le 18 avril jusqu’au 7 mai, neige.
1789 : Le froid commença le 6 décembre et augmenta successivement. Le Rhône se prit jusqu’à Tarascon.

Le 26 décembre, un furieux vent d’ouest fit refluer les eaux si considérablement que les glaces, soulevées, descendirent le fleuve en masse jusqu’à la Cappe, de sorte que toute communication entre Arles et Trinquetaille fut interrompue. Le 28 décembre un grand nombre de personnes traversèrent le Rhône sur la glace.
Le 29 décembre le thermomètre Réaumur descendit à 10 degrés au-dessus de 0, le lendemain à 11 et le dernier jour du mois à 12 degrés.
Durant ce temps, on vit l’eau se geler dans les citernes. On était obligé de mettre le pain auprès du feu pour en faire fondre les glaçons. Le vin, le vinaigre, tout se gelait dans les appartements.
Cette année-là on vit arriver de toutes parts des grues, des flamants, des canards et d’autres oiseaux que l’on trouvait gelés sur les étangs. Les carpes, les anguilles et les muges périrent et la mer fut gelée à un quart de lieue en avant.
  • English