Les nettoyeurs de puits de Provence

Le dessinateur toulonais Pierre Letuaire (1798-1885) a grandement contribué à faire connaître la vie de tous les jours des petites gens du XIXe siècle non seulement par ses dessins mais aussi par les textes qu’il écrivait sur les gens qu’il côtoyait. Voici en quels termes il parlait des nettoyeurs de puits. Cet article sera l’occasion de découvrir une profession ingrate qu’un de vos ancêtres exerçait peut-être…

curaire-de-pousQUELQUES malheureux appartenant à la catégorie de ces hommes que l’on désignait sous le nom de roubeiroous exerçaient la profession de nettoyeurs de puits.
On les voyait parcourir la ville et on les entendait aussi crier à gorge déployée :
« O curo pous ! Curaire de pous ! »
Chacun d’eux portait sur son dos un seau auquel était fixée une assez longue corde : c’était là tout le matériel nécessaire à sa besogne.
Il en coûtait une pièce de quatre ou cinq francs au propriétaire qui voulait faire nettoyer son puits ; ce prix variait selon la profondeur du puits et son état de propreté.
L’homme descendait au fond du puits, le vidait jusqu’à la dernière goutte puis, quand il était tout à fait sec, il nettoyait avec de l’eau propre les pierres qui sont ordinairement placées au fond et le lendemain l’eau était belle et limpide.
Ce n’était pas là un métier fatigant, ni dangereux, et qui put procurer des bénéfices suivis ; aussi ces hommes n’avaient-ils à lutter contre aucune concurrence, pendant les quelques mois où ils avaient du travail. Cependant, quoique cela n’enrichit pas celui qui exerçait cette profession, il cessait de s’y livrer sitôt qu’il avait gagné quelque argent et se hâtait de l’aller dépenser au cabaret.
puits-couvert-montsalierIl y avait, à cette époque-là, au moins un puits dans chaque maison de la ville et ils fournissaient alors une eau excellente. Les fontaines publiques étaient très nombreuses et une eau abondante et claire roulant dans les ruisseaux entraînait presque toute la saleté à la mer.
Peu à peu des inflitrations polluèrent l’eau des puits et l’installation de la Compagnie générale des eaux en fit condamner beaucoup ; mais il en est resté, tant en ville que dans les faubourgs un nombre considérable.
Les cureurs de puits avaient à peu près disparu. Ils furent remplacés vers 1860 par des Piémontais.

Illustrations

1. Les nettoyeurs de puits, par Pierre Letuaire, vers 1880.
2. Puits couvert à Montsalier (Alpes-de-Haute-Provence). © Véronique Pagnier, 2011.

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