L’hôpital des Aveugles d’Aix

Armes des Robert d'Escragnoles.  Frontispice du registre de l'hôpital des Aveugles. Photo : Jean Marie

Armes des Robert d’Escragnoles.
Frontispice du registre de l’hôpital des Aveugles.
Photo : Jean Marie Desbois, 2008.

L’hôpital des Aveugles, à Aix, est l’œuvre d’un homme, Jacques de Laurans (ou de Laurent) qui, en 1760, fonda cette institution qui avait pour vocation le soin et la prise en charge des aveugles de la ville d’Aix.
Jacques de Laurans (1704-1788), homme de grande piété, portait les titres de « chevalier des ordres du Mont-Carmel, de Saint-Lazare et de Saint-Louis, mestre de camp, inspecteur honnoraire des maréchaussées et grand prevôt du département de Provence, supérieur et directeur de la compagnie royale et hospitaliere des frères pénitents bleus sous le titre de St Joachim de cette ville d’Aix, fondateur de l’hôpital des pauvres aveugles de ladite ville et doyen de cette compagnie[1] ». Il fut inhumé dans le cimetière Saint-Joachim, contigü au bâtiment, après son décès survenu le 1er janvier 1788.
Cet hôpital, étroitement lié à l’œuvre des Pénitents-bleus de la ville d’Aix, établis rue de l’École, dans le Bourg-Saint-Sauveur, soignait ses patients dans trois maisons contiguës à la chapelle des Pénitents-bleus, acquises par Laurans, désireux d’y fonder l’« œuvre des pauvres aveugles ». Les soins étaient prodigués par les frères Pénitents-bleus.

Les pauvres aveugles

Le nombre maximal de malades aveugles soignés dans le même temps dans la maison hospitalière était de 22. Il fallait donc attendre le décès d’un des pensionnaires pour en accepter un nouveau.
À la lecture des rapports d’admission, on mesure la misère qui accable les aveugles qui y sont accueillis. C’est souvent davantage que la vue qu’ils ont perdu. Cécile Silvy, 63 ans, veuve de Joseph Ailhaud, en est un exemple. Elle « est dans un état, non pas de cécité absolue, mais hors de celui de pouvoir se conduire, ayant perdu un oeil et ayant l’autre à la veille d’être également perdu. [...] Elle est d’ailleurs dans un état de misère n’ayant pour vivre que les faibles secours de sa fille qui est muette et sourde et manquant même des hardes nécessaires pour former son trousseau en entier[2]. » Elle mourra moins d’un an après son admission à l’hôpital des Aveugles.
L’accueil d’un nouveau se faisait sur recommandation de la part d’un tiers ou bien sur demande dudit aveugle. Souvent, il fallait attendre des années avant de pouvoir s’installer à l’hôpital.
Les statuts prévoyaient que, pour être admis, les pauvres aveugles devaient entrer avec un trousseau. Cette disposition n’était pas négociable. Si le postulant ne pouvait en fournir un, il ne pouvait être admis et devait par tout moyen s’en procurer un.
L’exemple de Marie Anne Caugnet l’illustre. Cette pauvre aveugle mendiante née à Marseille 19 années plus tôt, et domiciliée à Aix, doit à la générosité de Mme Boyer de Fonscolombe la constitution d’un trousseau que ses moyens propres lui auraient interdit. En fin de compte, le 10 messidor an V, elle est admise à l’hôpital en possession d’un trousseau composé d’un lit avec paillasse, un matelas, une couverture, un pavillon de laine, deux draps de lit, six déshabillés complets, huit chemises demi usées, six caffes, six fichus et six paires de bas[3].
D’autres promettent au contraire de fortes sommes pour se faire accepter. C’est le cas de Marguerite Arquier, veuve d’Antoine Coullet. Âgée de 65 ans, elle offre « de donner le jour de sa réception en espèce la somme de 400 livres et 200 livres encore après la mort de sa sœur » qu’elle a encore à charge. Elle a en outre « le trousseau requis par les règlements[4] ». Inutile de dire que Marguerite Arquier sera rapidement admise.

Les prêtres voyageurs

Signature de Jacques de Laurans. Photo : Jean Marie Desbois, 2008.

Signature de Jacques de Laurans.
Photo : Jean Marie Desbois, 2008.

On n’hébergeait pas uniquement des aveugles dans l’hôpital du sieur de Laurans. Moyennant 20 sous par jour, on y recevait des prêtres voyageurs qui venaient à Aix y suivre des procès.
La Révolution signera la fin de cette institution. Quelques années après la mort de de Laurans, l’hôpital fermera ses portes définitivement.

Un exemple d’entrée

« L’an 1766 et le 23 novembre, la compagnie [des Pénitents-bleus] assemblée [...].
Le frère Michel a dit qu’il avait eu l’honneur de voir Mme de Laurans, qui l’avait fait appeler chez elle et lui avait fait part des dispositions où elle était pour l’application de certaines aumônes qu’elle se trouvait dans le cas de faire et que, à cet égard, elle avait jeté les yeux sur maître Alexis, prêtre, ancien aumônier de notre compagnie dont l’insuffisance des moyens et les infirmités lui étaient connus, que, si la compagnie voulait se charger de sa personne et lui fournir tout ce qui peut lui être nécessaire, tant en santé qu’en maladie, elle donnerait, des susdites aumônes, la somme de 150 livres toutes les années, tant que ledit maître Alexis resterait à la charge de ladite maison. »
La somme est plutôt modique. La compagnie délibère donc et finit par accepter… « à condition que ledit maître Alexis laissera la gestion et la perception de ses revenus à l’économe de la compagnie qui, joints à la susdite somme de 150 livres offertes par ladite dame de Laurans, aideront à supporter la charge des dépenses que les infirmités dudit maître Alexis rendent indispensables et qu’en supposant même que tout cela ne suffit point pour l’entretien, logement, nourriture, médicaments et gardes, la compagnie y suppléera…[5] »

Pour aller plus loin

Deux registres particulièrement intéressants se trouvent aux archives départementales à Aix et ont servi à la rédaction de cet article :

  • 25 HD A 1 : Note sur la fondation et le développement de l’hôpital des Aveugles.
  • 25 HD E 1 : Délibérations du Bureau de l’hôpital Saint-Joachim, du 23/11/1766 au 10/MESS/V.

Il existe un registre, coté GG97, aux archives municipales d’Aix, contenant les décès des patients et du personnel de l’hôpital entre 1764 à 1792. Il est disponible en consultation nominative gratuite en cliquant ici.

Notes

1. AM Aix, GG97.
2. AD Aix, 25 HD E 1, f°23.
3. AD Aix, 25 HD E 1, f°11.
4. AD Aix, 25 HD E 1, f°12.
5. AD Aix, 25 HD E 1, f°2, 3.