Louison insulte la police (Arles, 31 août 1775)

« L’an mil sept cent soixante quinze et le trente et un jour du mois d’aout à onze heures du matin par devant nous Charles de Chiavary-Cabassolle chevalier Paul Jacques Loys avocat en la cour, Jean Vallier bourgeois et Pierre Bourdet marchand droguiste consuls gouverneurs lieutenants généraux de police de cette ville d’Arles seigneurs de Trinquetaille écrivant Mr François Gibaud greffier en la juridiction sont comparus dans l’hotel de ville en salle ou s’exerce la police Michel Peyron Trophime Toussaigne et Simon Folcher tous les trois gardes de la police établis en cette ville pour nous faire leur rapport sur les patrouilles qu’ils avaient faites dans le cour de la nuit précédente,
Une rue du vieil Arles. © Jean Marie Desbois, 2012.

Une rue du vieil Arles. © Jean Marie Desbois, 2012.

Lesquels nous ont exposé sous le serment que nous avons exigé d’un chacun d’eux que le jour d’hier environ les neuf heures du soir ayant été commandés de nos ordres pour battre patrouille dans la ville, surprendre les maraudeurs qui vont nuitement grappiller les raisins dans les vignes et les […] dans leurs chambres et pour veiller enfin à la tranquillité publique et à la sureté de nos citoyens, après avoir parcouru divers quartiers de la ville se trouvant à celuy appellé la Teinture vieille assés écarté et au vis avis du cabaret de la nommée Louison, ils auroient été assaillis par un chien qui aboyoit avec une force peu commune et un acharnement qui tenoit de la rage si fort que les exposants craignant quelques morsures dont les suites sont quelque fois très funestes, l’un d’eux se servit […] d’allonger un coup de lambusquière sur le chien afin de le faire écarter ;
À quoy il seroit parvenu, mais à mesure qu’il se retira en abboyant alors sur le ton plaintif, la Louison auroit ouvert la porte de sa maison, se seroit mise sur le seuil de la porte en étant exhalée contre lesdits exposants, les auroit traités de coquins, de voleurs, de maquereaux et auroit ajouté :
Voyés ces échappés de galère comme ils ont houspillé mon chien.
Sur quoy ledit Simon Folcher luy ayant dit de ne pas les injurier de la sorte qu’ils n’étoient pas la pour elle, qu’elle eut à les laisser passer tranquillement, elle en seroit devenue plus furieuse et auroit couru sur lesdits exposants en compagnie de son mary et d’un autre homme qu’ils ne reconnurent pas.
Son mary étant armé d’un baton qu’il tenoit toujours levé comme pour les en frapper, ce qui les auroit engagé a leur dire de se retirer et qu’ils étaient à faire le guet qu’elle eut à ne pas les troubler dans leurs fonctions, mais loin d’etre plus réservée elle ajouta encore et leur dit :
Soyés le guet tant que vous voudrés, vous n’en etes pas moins des jean-foutre…
Après quoi lesdits exposants auroient continué leur patrouille dans les autres quartiers de la ville qu’ils nous ont assurés d’avoir […] dans la plus grande tranquilité. Cela fait, nous leur aurions fait faire lecture par notre greffier de l’[…] cydessus au quel ils ont persisté et signé avec nous et le greffier pour leur servir que de raison envers et contre qui il appartiendra.
À Arles l’an et jour susdits. »
  • Archives communales d’Arles
  • Texte découvert par Jean Marie Desbois et transcrit par Corinne Mare