Menacés de se faire arracher les moustaches (Aix-en-Provence, 3 novembre 1873)

L’an mil huit cent, etc.
Par devant nous, Hivert Pierre Antoine, commissaire de police de la ville d’Aix, etc.
Se sont présentés les agents de police Daure et Louvière, lesquels nous ont fait la déclaration suivante :
« La nuit passée, vers une heure et demie du matin, nous avons été prévenus qu’un individu nommé Truchet Pascal, âgé de 24 ans, ouvrier maçon, domicilié cours Sextius, à Aix, faisait du tapage dans une maison publique, rue de la Fonderie, à Aix. Nous nous sommes rendus sur les lieux, assistés d’un caporal et de deux hommes de garde du poste de l’Hôtel de ville et nous amenions au bureau de police le perturbateur qui ne faisait aucune résistance lorsque, arrivés à la rue des Trois-Ormeaux, nous avons été assaillis par une bande de six à sept jeunes gens qui ont voulu nous l’enlever et qui ont réussi à favoriser sa fuite, les uns nous poussant et les autres nous injuriant et nous menaçant de nous arracher les moustaches. Nous avons pu, avec l’aide des soldats, nous emparer de deux des plus acharnés. Ce sont les sieurs Bonnaud Augustin, âgé de 23 ans, né à Aix, fils de Joseph et de Adélaïde Olivier1, maçon, domicilié chez ses parents, rue Louvière, n°1, à Aix, et Tronc Marius, âgé de 28 ans, né à Aix, fils de Lazare et de Marie Roche, ouvrier chapelier, domicilié cours Sextius, n° 110, à Aix.

Place des Trois-Ormeaux, à Aix. DR.

« Les autres avaient pris la fuite sauf le sieur Truchet qui est venu un instant après se constituer au bureau de police. Ce dernier était en état d’ivresse et a été convenable. Quant aux deux autres, ils nous ont paru être de sang-froid. Bonnaud ne nous a adressé que quelques injures, celle de fainéants entre autres, mais il n’a fait aucune menace. Tronc nous a non seulement injuriés, mais il a menacé l’agent Louvière de lui arracher les moustaches, et il a ajouté : “Quand est-ce que le jour sera venu que l’on démolira la mairie ?” »

Après lecture, les agents ont signé avec nous.

Note

1. Le nom Bonnaud est écrit par ailleurs Bonneaud.
  • Source : Archives communales d’Aix-en-Provence, I1-75, n° 439.