Moïse Crémieux (1766-1837), érudit israélite

Moïse Crémieux est né en 1766 à Carpentras (Vaucluse), à une époque où l’étude de l’hébreu et du Talmud dans laquelle il était permis aux Israélites comtadins de développer leurs facultés intellectuelles. Encouragé dans ses études par son père, Salomon Haïn Crémieux, et son oncle, Mardochée Crémieux, c’est sous leurs auspices qu’il fut initié à la connaissance de la littérature hébraïque. Salomon Haïn, qui se livrait plus spécialement aux recherches philologiques et critiques de la langue, en inspira le goût à son fils. Celui-ci ne tarda pas à en posséder parfaitement les principes.
Lorsque son oncle Mardochée, dont il avait épousé la fille aînée, fit imprimer à Livourne en 1784 son livre, Moïse Crémieux, à peine âgé de 18 ans, se fit un devoir comme les principaux hébraïsants de Carpentras et d’autres synagogues de payer un juste tribut d’éloges à cette production dans une pièce dans laquelle il se fait remarquer par une érudition rabbinique impressionnante.

Les parents émigrent à Aix
Quelques années plus tard, lorsque les Israélites furent admis en France à la jouissance de tous les droits civils et politiques, Salomon Haïn et Mardochée Crémieux quittèrent Carpentras et se fixèrent à Aix. L’émigration de l’ancienne noblesse et la dégradation des assignats leur causèrent des pertes énormes. Leur fils et neveu Moïse, fortement atteint dans sa fortune par la situation économique, ne put se livrer à ses études avec la même tranquillité d’esprit. Il dut donc songer à sauver du naufrage ce qui lui restait de son patrimoine mais ce soin qui absorba les plus belles années de sa vie ne l’éloigna pas entièrement de ses travaux de cabinet auxquels il consacra tous les loisirs que lui laissaient ses affaires. Il s’occupa surtout de grammaire et de philologie.

Installation à Aix
Dans le même temps, devenu veuf et se trouvant sans enfants, il résolut d’aller à son tour s’établir à Aix auprès de ses parents.
Là, tout en prenant part aux recherches de son père qui se faisait une joie de lui communiquer ses observations et de lui proposer ses doutes, Moïse recueillit des notes et préparai ainsi les matériaux d’une œuvre importante. Ce ne fut que quelques années après la mort de son père (1819) que, moins préoccupé de son bien-être matériel, il prit la résolution d’écrire pour le public et s’attela avec passion et sans relâche à la réalisation d’un projet littéraire pour lequel il abandonna presque tout à fait la gestion de ses intérêts pécuniaires.

Fin de vie
Quoiqu’âgé de près de 60 ans, il lui arrivait souvent de ne pas se mettre au lit la nuit et de prendre seulement quelques heures de repos dans un fauteuil. Aussi, en peu d’années, eut-il écrit plusieurs volumes.
Jusque vers la fin de 1855, il transcrivait lui-même lettre à lettre tout ce qu’il livrait à l’impression. À cette époque, le hasard lui fit rencontrer à Aix un marchand italien israélite ancien ouvrier imprimeur possédant une connaissance assez étendue de l’hébreu. Il le retint et traita avec lui pour la transcription de ses manuscrits et l’exécution typographique des planches.
La fatigue ayant altéré sa santé, il ne put mener son travail à sa fin et son décès survenu à Aix le 4 mai 1837 l’empêcha d’achever un ouvrage consacré aux commentaires de la Bible.

Acte de décès de Moïse Crémieux (cliquer pour agrandir)

Bibliographie
t. 1 : Commentaire sur la 1re et la 2e partie des prières journalières en prose et en vers à l’usage des quatre synagogues de Carpentras, d’Avignon, de Cavaillon et de l’Isle, 1829 :
t. 2 : Idem sur les quatre Parchioth et le jeûne d’Esther, 1830 ;
t. 3 : Idem sur les quatre jeûnes, supplications divines et la prière sur la pluie, 1831 ;
t. 4 : Idem sur les prières concernant les trois fêtes solennelles, 1833 ;
t. 5 : Idem sur les prière concernant les deux premiers jours de l’année, 1834 ;
t. 6 : Idem sur le jour du Kippour, 1835 ;
t. 7 : Idem sur le commentaire d’Aben Hezra sur la Genèse, 1833 ;
t. 8 : Idem sur l’Exode, 1834 ;
t. 9 : Idem sur les Nombres, 1836 ;
t. 10 : Idem sur les Proverbes et Job, 1836.

Sources
D’après Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse ou recherches pour servir à l’histoire scientifique, littéraire et artistique, ainsi qu’à l’histoire religieuse, civile et militaire des villes et arrondissements d’Avignon, de Carpentras, d’Apt et d’Orange, par Casimir François Henri Barjavel, 1841.