Mort en traversant la rivière (La Fare-les-Oliviers, 1er avril 1793)

L'Arc à son passage à La Fare. DR.

L’Arc à son passage à La Fare. DR.

« Aujoud’huy deux du mois d’avril mille sept cent quatre-vingt-treize, l’an deuxième de la République française, à l’heure de midy, pardevant moy, Antoine Roure, maire officier public de la commune de La Fare, département des Bouches-du-Rhône […], est comparu en la maison commune Louis Baret, juge de paix, demeurant à Velaux, canton de Berre, lequel, assisté de Thomas Reyre, cordier, âgé de trente-six ans, et de Jean Honoré Reyre, âgé de cinquante-deux ans,, le premier domicilié dans le département des Bouches-du-Rhône, municipalité de La Fare, le second demeurant dans le même département et de la municipalité, lequel a déclaré à moi Antoine Roure que, ayant été instruit qu’un homme s’est noyé dans la rivière de l’Arc et qu’il s’était transporté sur le lieu et y avait rédigé le procès-verbal dont la teneur suit :
« Ce jourd’huy premier avril mille sept cent quatre-vingt-treize, l’an deuxième de la République française, à deux heures de relevée, devant nous Louis Baret, juge de paix du canton de Berre, est comparu Thomas Reyre, un de nos assesseurs, du lieu de La Fare, lequel nous a présenté une déclaration faite par le citoyen Joseph Bonneaud, président du tribunal du district de Salon, portant que, voyageant en qualité de commissaire et député de la Société populaire et de la commune de Salon, avec le citoyen Nicolas dit Le Rouge, en passant la gaffe du grand chemin de Salon allant à Marseille, l’exposant se trouvant fort embarrassé dans l’eau qu’il n’a traversé que dans le plus grand danger, il n’aura eu rien de plus empressé que de savoir ce qui était devenu son compagnon de voyage.
« Il a vu le cheval sans cavalier et, ayant couru le bord de la rivière, il l’a vu noyé au milieu d’elle. Il aurait couru de nouveau au-devant de lui et jusqu’au rivage où il pouvait le prendre, mais il ne l’a pas pu et ce n’a été qu’après l’avoir perdu de vue que l’exposant s’est retiré pour nous faire la présente exposition, lorsqu’il aurait trouvé sur ce pas le citoyen Jean Baptiste Roux d’Eyguières, avec lequel il a cherché inutilement ledit Nicolas et, ne l’ayant pas trouvé, ledit Roux a conduit en ce présent lieu de La Fare. »
Fait à La Fare dans la maison commune l’an jour et heure susdits et nous nous sommes soussignés, l’exposant, ledit Roux et notre secrétaire greffier Thomas Reyre, Jean Honoré Reyre, Bonneau, Roux, Rouard, greffier à l’original. C’est pourquoi qu’il nous a requis de descendre à La Fare, à l’effet d’ordonner la perquisition du noyé, à quoi adhérant et de même suite, nous nous sommes transporté au lieu de Signé, dans l’exposition dudit Bonneau où, étant arrivés sur les environs cinq heures de relevée en-dessous de la bastide dite Mellice [1], loin la rivière de l’Arc, aurions trouvé un cadavre étendu sur le gravier entre deux eaux, gardé par sieurs Joseph Garand, Jean Joseph Isnard, Jean Antoine Pourpre et Bernard Constant, tous du lieu de La Fare, qui nous ont déclaré avoir pêché le cadavre aujourd’huy à l’heure du midy et qu’ils lui ont tout employé le secours nécessaire mais vainement.
Ayant de suite examiné ledit cadavre, âgé d’environ quarante-cinq ans, ayant une redingote de drap gris commun, ceste et culotte aussi de drap couleur d’olive, deux corsets, dont un de bassin blanc et l’autre en velours de coton rayé noir et bleu, ayant aussi une paire de bas sous une paire de guêtres, et les souliers noirs ayant une paire de boucle d’acier.
Avons de suite ordonné à Jean Baptiste Tromp, du lieu de Salon, de faire la visite dans les poches du noyé, décrire tous les effets qui pourraient se trouver dans icelle.
Assignat de 5 livres.Ayant trouvé dans la poche gauche de son corset un pistolet chargé et dans la poche droite d’icelui, un porte-feuille contenant trois assignats de cinq livres et cinq de cinquante sols, une lettre adressée au citoyen Cayol, membre dans le département à Marseille une adresse à Louis Authemant, demeurant à la maison de campagne du citoyen Charbonnier, hors la porte de Rome, à Marseille, Louis Gai, rue de Paradis, une carte d’entrée de la Société des Antipolitiques de Salon, n°189, appartenant à Jean Baptiste Nicolas, signée au dos par François Grimaud, président, Bouton, secrétaire, David, secrétaire, et un règlement de ladite société, et une tabatière de carton couleur rouge, pleine de tabac.
Ayant demandé audit Tromp s’il connaissait le cadavre, il nous a répondu être réellement la personne de Jean Baptiste Nicolas, du lieu de Salon, et natif de Grans, ayant trouvé dans la poche des culottes un couteau ayant le manche noir dans le bou[…] d’icelle, une paire de boucles de femme et une paire de boutons de manche de laiton et une pierre de touche de fusil.
Dans les poches de la veste, deux mouchoirs dont un bleu et un grand rouge, un rayé en rouge et bleu et un ficheur au col en cambrésine [2] bleu et jaune, et un esperon  [3].
Ayant de suite envoyé un exprès à Berre pour appeler un chirurgien et, comme n’ayant aucun à Velaux ni à La Fare, voyant l’imposition d’avoir un chirurgien, avons de suite ordonné de le visiter, s’il n’avait reçu aucun coup, mais nous n’avons reconnu aucun coup sur sa personne et avons de suite fait transporter ledit cadavre au lieu de La Fare comme étant le plus commode, qu’avons accompagné nous-même pour l’exposer entre les mains de la municipalité et de même suite est comparu le citoyen Pierre Clair, notable de la ville de Salon, beau-frère du noyé, et nous l’avons de suite fait voir ledit cadavre et lui demandé s’il le reconnaissait, a répondu qu’il le reconnaissait pour Jean-Baptiste Nicolas, son beau-frère, et qu’il venait le réclamer pour le faire inhumer et lui avons déclaré qu’il pouvait le faire et s’en est chargé.
S’est chargé aussi de tous les effets trouvé sur son dit beau-frère qui a reconnu après lui avoir faire la lecture du verbal, et les dits effets contenus dans icelui et a signé, Clair.
Et de tout quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal pour nous servir et valoir à tout ce que de droit.
À La Fare, l’an et jour susdits. »
[Louis Baret, juge de paix]
« D’après la lecture de procès-verbal que Thomas Reyre et Jean Honoré Reyre ont déclaré être conforme à la vérité et la représentation qui m’a été faite du cadavre qui est mentionné ci-dessus, et j’ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont délégués le présent acte que Louis Barte, juge de paix, et Thomas Reyre, et Jean Honoré Reyre qui ont signé avec moi.
Fais en la maison commune de La Fare les jour, moi et an que dessus. »
[A. Roure, off[icier] public]
  • Registre d’état-civil de Salon-de-Provence
« Ce jourd’hui vingt cinquième jour du mois d’avril mille sept cent quatre vingt treize, l’an deux de la République française, est comparu dans la grande salle de la maison commune de cette ville de Salon, le citoyen Pierre Clair, de la même ville, lequel a remis à moi François Blanc, officier public, l’expédition d’un procès-verbal dressé par le citoyen Louis Barrel, juge de paix du lieu de La Fare, par lequel il conste que Jean Baptiste Nicolas dit Le Rouge, beau-frère dudit Clair, est mort en traversant la rivière de l’Arc, qui se trouve sur le chemin de Marseille où il se rendait, en compagnie de Joseph Bounard le premier du courant et j’ai dressé le présent acte audit Salon, l’an et jour susdits et me suis soussigné avec ledit Clair qui a retiré ladite expédition. »
[F. Blanc, off[cier] public, Cler]
  • Registre d’état-civil de La Fare

Notes

[1] Sans doute aujourd’hui le quartier de Mérici.
[2] Toile de lin claire et fine qui se fabriquait à Cambrai.
[3] Sorte d’aiguillon que le cavalier ajuste au talon pour piquer un cheval.