Morts en allant à un enterrement (Martigues, 26 novembre 1869)

  • Registre des décès de Martigues, année 1871, transcriptions.
Extrait des minutes du greffe du tribunal civil d’Aix.
République française.
Au nom du peuple français.Le tribunal civil de première instance de l’arrondissement d’Aix (Bouches-du-Rhône) a rendu le jugement sur requête dont la teneur suit :

martigues-etang-berreÀ messieurs les président et juges composant le tribunal civil de première instance d’Aix.
Messieurs,
Le Procureur de la République près le susdit tribunal,
Vu la disparition des nommés 1° Antoine Ribbe, marin du quartier de Carry-le-Rouet, âgé de quarante ans, né à Châteauneuf-les-Martigues le 12 mai 1830, fils de Jean Joseph et de Magdeleine Gidde,
Et 2° Baptiste Louis Arnaud, marin, âgé de trente ans, né à Martigues le 21 mars 1840, fils de Antoine Cyprien Louis et de Marie Catherine Camoin,
Dans la nuit du 26 novembre 1869, à la suite d’un naufrage entre Méjean (1) et Carro,

Vu l’enquête officieuse à laquelle a procédé M. le juge du canton de Martigues le 22 décembre 1870,
Expose ce qui suit :

Le 26 novembre 1869, vers cinq heures du soir, les sieurs Antoine Ribbe, Baptiste Louis Arnaud et Louis Raymondon, tous marins du quartier de Carro, commune de Martigues, arrivèrent au port de Méjean, montés sur le bateau de pêche l’Anatole appartenant à Antoine Ribbe et repartirent pour Carro après avoir embarqué dans le même bateau le sieur Jean André Henri Camoin, sous-patron de douanes au poste de Méjean, qui devait assister avec eux aux funérailles du sieur Joseph Camoin, père de ce dernier, décédé à Carro.
À peine le bateau qu’ils montaient quittait-il le port de Méjean qu’il s’éleva une violente tempête, laquelle le fit chavirer. Tous les quatre, après des efforts inouïs, parvinrent cependant à se cramponner à la quille, luttant ainsi contre les flots irrités vers neuf heures et demi du soir. Antoine Ribbe, exténué de fatigue, fut emporté par un coup de mer et disparut deux heures après, vers onze heures et demi. Baptiste Louis Arnaud, expirant presque, eut-il le même sort. Ce ne fut que le lendemain vers 10 heures que Camoin et Raymondon, témoins du désastre, purent être recueillis par le bateau pilote n°2 patron Caillat, après avoir résisté par des efforts surhumains à la tempête pendant près de dix-sept heures.

C’est sur la déclaration de ces témoins qu’on a pu connaître les faits qui ont infailliblement amené la mort des nommés Antoine Ribbe et Baptiste Louis Arnaud.

Attendu en l’état qu’il importe, en l’absence de tout acte de décès, de faire déclarer par le tribunal que les susnommés sont décédés dans la nuit du 26 novembre 1869,

Par ces motifs, requiert à ce qu’il vous plaise, messieurs,
Dire et prononcer que

1° Antoine Ribbe, marin, âgé de quarante ans, domicilié et demeurant à Carry-le-Rouet, canton de Martigues, né à Châteauneuf-les-Martigues, le 12 mai 1830, fils de Joseph Ribbe, cultivateur, et de Magdeleine Gidde, sans profession, décédés, époux d’Apollonie Cauvin, sans profession, survivante, est décédé lui-même en mer le 26 novembre 1869 à la suite du naufrage de son bateau l’Anatole, vers neuf heures et demie du soir par le travers du port le Méjean à Carro, commune de Martigues.
2° Que le sieur Baptiste Louis Arnaud, marin, âgé de trente ans, né à Martigues le 21 mars 1840, demeurant en ladite commune, au quartier de Carro, fils légitime d’Antoine Cyprien Louis Arnaud, marin pêcheur, et de Marie Catherine Camoin, son épouse, sans profession, survivants, marié à Marie Victoire Scholastique Fouque, sans profession, aussi survivante, est décédé le 26 novembre 1869 à onze heures et demie du soir à la suite du naufrage du bateau l’Anatole, parle travers de Méjean à Carro, commune de Martigues.

Ordonner en conséquence que le jugement sera transcrit sur les registres des communes de Martigues et de Carry-le-Rouet, pour tenir lieu d’acte de décès des susnommés.
Et ce sera justice.

Fait au parquet à Aix le 12 janvier 1871,
Pour le procureur de la République,

[GUISOL substitut]


(1) Le port de Méjean se situe aujourd’hui sur la commune d’Ensuès-la-Redonne.