Le père assassin de son fils (Vins-sur-Caramy, 6 septembre 1879)

Le 6 septembre 1879, vers six heures du matin, M. Mourlan, cultivateur à Vins-sur-Caramy, se rendit avec sa femme à un petit bastidon qu’il possédait à deux kilomètres et demi environ de la commune, près de la route de Cabasse. Arrivés sur place, ils furent étonnés de trouver près du cabanon un homme qui leur était totalement inconnu.
Vins-sur-Caramy. DR.

Vins-sur-Caramy. DR.

La disparition de la corde qui, d’ordinaire, fermait la porte, ayant laissé comprendre à Mourlan que l’étranger avait dû passer la nuit sur place, il échangea quelques mots avec lui. L’homme avoua le fait et manifesta par son attitude son intention de garder l’entrée de la maisonnette et d’empêcher les époux Mourlan d’y pénétrer. Ceux-ci n’insistèrent pas et s’éloignèrent.

Découverte du crime

Quand ils revinrent deux heures et demie plus tard, l’inconnu avait disparu mais, par la porte entrebâillée, ils aperçurent les pieds d’un homme étendu à terre et qui paraissait dormir. Ils le secouèrent et grande fut leur émotion de constater qu’ils ne touchaient qu’un cadavre.
Le substitut et le juge d’instruction furent aussitôt informés et ils se rendirent sur les lieux du crime en compagnie d’un médecin.

pierre-sang

Au milieu du cabanon où gisait le cadavre placé sur le ventre, les pieds près de la porte, la tête reposant à terre présentait d’horribles blessures d’où le sang, s’échappant à flots, avait tout autour imbibé la litière qui couvrait le sol. À droite de la porte et vers l’angle du mur était déposée à terre une veste et sur cette veste, dont une partie était entièrement trempée de sang, se voyait également maculée une très grosse pierre de 20 à 25 kilos, instrument du crime sans aucun doute.
L’état du cadavre indiquait que la mort remontait seulement à quelques heures et le malheureux paraissait âgé d’une vingtaine d’années seulement. Sa position et celle de ses blessures indiquaient qu’il avait été frappé durant son sommeil. Ses poches béantes, une cassette portant des traces d’effraction montraient que l’attentat avait eu le vol pour mobile.

L’enquête

Les investigations du magistrat instructeur amenèrent à la découverte du coupable. Il s’agissait d’un nommé François Leydet, cultivateur de 53 ans, né et domicilié à Flayosc, repris de justice, ayant résidé en diverses localités et laissé partout une réputation détestable.
La victime n’était autre que son propre fils, François Jacques Leydet, âgé de 20 ans.
Après avoir dans un premier temps nié en bloc les accusations, Leydet finit par reconnaître son crime.
Il avait tué son fils pour s’emparer d’un reçu du Crédit de Nice (succursale de Draguignan), constatant le dépôt, fait par le jeune homme d’une somme de 5000 francs.
Profitant de son sommeil, il lui avait fracassé le crâne avec la lourde pierre trouvée près du corps. Par suite de la violence du coup, un fragment du crâne s’était détaché. Il lui avait alors lancé un second caillou puis, comme le corps de son malheureux enfant était encore agité de faibles tressaillements, il saisit par le canon un fusil déposé dans le bastidon et l’abattit avec tant de force que les deux chiens s’enfoncèrent dans la partie postérieure.
Enfin froidement, il remua le cadavre et fouilla minutieusement ses poches pour y trouver la clé de la cassette renfermant le reçu, objet de sa convoitise.
Et deux jours après, le 8 septembre, on le voit l’air satisfait venir dans les bureaux du Crédit de Nice et faire transférer à son nom le reçu des 5000 francs.
La préméditation ne faisait aucun doute. Au mois d’avril 1879, Leydet avait fait part à un nommé Troin de l’existence de ce reçu et du plaisir qu’il aurait à s’en emparer. Aussi l’accusé ne fit-il aucune difficulté de reconnaître qu’il avait conçu le projet de son horrible infanticide dès le premier jeudi de septembre, quand il avait appris que le coffret dont son fils était porteur contenait ce fameux billet de 5000 francs qu’il désirait tant et disait être sa propriété.

Le procès

Le mercredi 28 janvier 1880, la cour d’assises du Var, présidée par M. de Bonnecorse, conseiller à la cour d’appel d’Aix, jugea l’affaire.
L’accusé, défendu par Maître Trotabas, fut reconnu coupable mais on admit des circonstances atténuantes en sa faveur.
En vertu de ce verdict, Leydet fut condamné à la peine des travaux forcés à perpétuité.