Philippe Solari (1840-1906), le sculpteur d’Aix

Philippe Solari (2 mai 1840 à Aix-en-Provence — 20 janvier 1906 à Aix-en-Provence) était un sculpteur provençal, contemporain et ami de Paul Cézanne.

Lauréat du prix Granet, il fréquente l’Académie suisse, mais a bien du mal à survivre comme artiste à Paris. Le peintre Achille Emperaire écrivait le concernant : « Tous ont des appuis, aucun d’eux, excepté ce pauvre Solari, n’est strictement tenu de se soucier du lendemain (1) ».

Une de ses œuvres, un portrait du peintre néerlandais Johan Barthold Jongkind, est dévoilée le 21 mai 1904 au cimetière Montmartre en présence de son auteur qui préfère s’éclipser sans se faire connaître au moment où la sculpture est présentée. Cette réserve qui le caractérise est sans doute à l’origine des nombreuses portes fermées qu’il rencontrera au cours de sa carrière. Un premier moulage du portrait de Jongkind est installé rue Ganay, à Aix-en-Provence.

Dans les dernières années de sa vie, il réalise deux portraits de Cézanne, l’un de mémoire (dénommé Cézanne rêveur) (2), l’autre dans l’atelier du maître d’Aix. Le journaliste Jules Bernex rapportera que pour l’occasion, « à l’ultime séance, le sculpteur, pour mettre les dernières touches, sortit un lorgnon de sa poche et l’ajusta sur son nez. Comment ? hurla Cézanne, tu mets des verres sur tes yeux pour regarder la nature ? Je ne poserai jamais plus pour quelqu’un qui ne peut pas me voir à l’œil nu (3) ! »

Mort de l’artiste

Alors qu’il travaillait sur la réalisation de chars destinés au carnaval d’Aix, Solari fut atteint d’une pneumonie. Alors qu’on le transportait en fiacre à l’hôpital, il murmurait : « Quel dommage avec ce temps (4) ! »

Solari mourut la même année que Cézanne. Le peintre Joseph Ravaisou déclara à leur sujet : « L’année qui finit aura vu s’éteindre deux artistes dont l’existence, en dépit de situations de fortune différentes, fut marquée par le même détachement des choses pratiques, la même propension aux émotions pures et naïves. L’un était sculpteur, l’autre peintre. […] L’aisance de Cézanne et la pauvreté de Philippe Solari connurent des joies égales ; elles voisinèrent durant la vie des deux artistes ; elles viennent de descendre dans la mort en se tenant par la main : le peintre et le sculpteur ont succombé dans des conditions identiques, frappés par le même mal (5). »

Notes

  1. John Rewald, Emperaire, Amour de l’Art, 1938.
  2. Exposé au musée Granet.
  3. Jules Bernex, Le Feu, année 1906.
  4. Louis Giniès, Le Feu, année 1932.
  5. Joseph Ravaisou, Lou Cade d’Aix, 1907.

Références

  • Les petits maîtres d’Aix à la belle époque, F. Baille, 1981.

Texte de Jean Marie Desbois, publié sur Wikipédia.
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