Pierre Antoine d’Antonelle (1747-1817), révolutionnaire arlésien

(Arles, paroisse Sainte-Croix, 1747 – Arles, 1817)

Âgé de quelques mois à la mort de son père, Pierre Antoine d’Antonelle est confié à l’évêque d’Angoulême, un parent, à l’âge de six ans. Élevé à la dure, il se révolte contre l’arbitraire et nourrit des sentiments anticléricaux. A quinze ans, il entre à l’armée, où il servira vingt années. Dans le même temps, il suit activement le mouvement philosophique du XVIIIe siècle. Il démissionne en 1782 de l’armée, alors qu’il était capitaine à Bassigny-Infanterie et, dès 1788, lance son Catéchisme du Tiers-État.
La Révolution survient et le peuple d’Arles l’appelle à la Mairie. Il accepte la fonction et devient ainsi le premier maire de la ville d’Arles. Dans le même temps, le pouvoir central lui confie la mission d’annexer le Comtat-Venaissin, puis de pacifier Marseille au moment de la chute de Lieutaud.
Les électeurs des Bouches-du-Rhône l’élisent à l’Assemblée Législative, dont il devient secrétaire.
Après le 12 août 1792, il est délégué à l’armée du Centre pour notifier aux troupes la déchéance du Roi et arrêter La Fayette. Les administrateurs feuillants du département des Ardennes l’emprisonnent lui-même et la municipalité de Sedan ne le relâche qu’après que le général eut passé la frontière.
Faisant partie du Tribunal révolutionnaire, il préside le jury lors du procès de Marie Antoinette, puis celui des Vingt-Deux Girondins. Montrant quelque hésitation lors de ce second procès, les partisans de la Terreur l’internent au Luxembourg. Il n’en sortira qu’après le 9 thermidor.
On le retrouve le 13 vendémiaire dans les rangs des défenseurs de la Convention contre les sectionnaires royalistes. On affirme que, lors de l’attaque des Tuileries il affectait de lire en se promenant sous une pluie de balles.
Sous le Directoire, il collabore au Journal des Hommes libres. Cette collaboration le fait impliquer dans la conspiration de Baboeuf, mais il est acquitté par la Haute Cour Nationale de Vendôme après une longue détention préventive.
Le 18 fructidor, il est envoyé en résidence forcée en Charente-Inférieure (actuelle Charente-Maritime). Entre-temps il avait été élu deux fois député au Conseil des Cinq-Cents, mais l’élection avait été cassée par deux fois.
Le 18 brumaire, il est porté sur la liste des proscrits et Fouché l’exile à quarante-huit lieues de Paris. Lassé de ces persécutions incessantes, Antonelle préfère se retirer en Italie. Sous l’Empire, il est autorisé à revenir à Arles et partage dès lors son temps entre étude et bienfaisance. Il meurt trois ans plus tard, au terme d’une vie ô combien remplie. Il ne laissera aucun descendant.
Pierre Serna, auteur d’une biographie sur lui, emploie des mots durs sur Antonelle, mais ces mots semblent pourtant traduire la vérité : « D’emblée, le personnage apparaît comme une « fin de race », celui par lequel la lignée disparaît. […] Célibataire et désolidarisé de sa famille, ne laissant après lui aucun héritier de son sang, il scie l’arbre de ses ancêtres. Il « tue » sa lignée. Il raye les Antonelle de l’armorial de la noblesse. »

 

Antonelle – Aristocrate révolutionnaire, 1747-1817, Pierre Serna, éd. du Félin, 1997, ISBN 2866452763