[Provençal] Conto-nous lou Belèn | Raconte-nous la crèche !

Écoutez la lecture de cet enregistrement avec la participation de la chorale liturgique provençale de l’église de Miramas en cliquant sur la flèche orange ci-dessous :

« PAPET ! PAPET ! conto-nous lou Belèn ? digo-nous papet ? »
Alor moun grand nous menavo, ma sorre Janino e iéu, vers la salo à manja. I’anavian que pèr li jour de fèsto o bèn quand recebian. Dins lou silènci d’aquéu membre fre e sourne, soul lou reloge cafissié l’èr de soun tifo-tafo. Èro aqui, sus lou veisselié, entre li dos coulono ciselado qu’estigançavian noste belèn. Quàuqui rusco pèr la Santo Baumo, de mousso, de brancun e de mato de ferigoulo e roumanin. Moun papet istalavo ma sorre sus uno cadiero bord qu’èro trop pichouneto pèr vèire e iéu, lou nas pega sus lou rebord dóu moble me semblavo que li santoun vivien e èron mai grand qu’au verai. Alor noste grand nous chalavo emé si raconte :

creche-noel

« Papet, li pastre perqué parton ?
— L’Ange de Diéu lis a esviha pèr ié dire que lou pichot Jèsu èro na. Es éli que lou van anouncia en tóuti. Ausès pas canta ? »
« Glooooria ! Gloria in excelsis Deo ! »
« E li fedo… se van escapa !
— Que nàni ! Soun lis ange que li gardaren. Escoutas ! Li pastre revihon lou vilage e subretout li vièi : “Sian vengu tóutis ensèn, pèr reviha Roustido. Sian vengu tóutis ensèn anan à Betelèn…”
— Digo-nous, papet, i’a tres vièi aqui.
— E o, es Roustido. A ausi li pastre e a vengu querre Margarido e Jourdan. Au lume de soun fanau, fan tira tambèn : « au Fiéu de Diéu que nous es na, presentaren nòstis óumage. Au Fiéu de Diéu que nous es na, saran tout aro prousterna… »
Escoutavian religiousamen noste papet que sabié de cor tóuti li cant de la Pastouralo. Mai davans nòstis iue escarcaia, i’avié tant de bèlli causo que nous venié tant e tant de questioun.
— Oh ! de qu’es aquesto peirasso sus la bricolo, papet ?
— Es l’amoulaire. Amolo li cisèu, li coutèu… sur la pèiro. »
E iéu, vesiéu la pèiro belugueja mentre que l’amoulaire cridavo : Cisèu ! Coutèu !…
— Oh ! i’a un tambourinaire !
— Bèn segur ! rampelo tóuti. Sa musico nous jogo de Nouvè.
— E éu, papet. Perqué lèvo li bras ?
— Ah ! Éu ! es lou ravi. Es sèmpre countènt car uno fado i’a douna lou poudé de s’esmeraviha : es pas bèu lou pichot Jèsu ?
— Oh vo papet ! faguerian.
— E éu, papet ? es atrenca bijarramen. Qu es ?
— Ai ! Ai ! éu… es lou bóumian. Es aqui pèr rauba lou pichoun. »
A-n-aquéli mot, mandavian de bram d’esfrai : aaaah ! Alor moun grand nous prenié à la brasseto pèr nous rassegura e nous venié :
« Mai vous n’en fagués pas mi poulideto, Diéu li sauvara, lou bèn gagno toujour. »
Alor se sentian mies.
« E regardas tout aquéli pourtaire de presènt. Fan l’óufrèndo de ço qu’an de meiour au siéu : de pan, d’aiet, d’ióu, de coucourdo, de farino, de pèis, d’auco e galino e que sabe iéu… la Santo Vierge Marìo e Jóusè soun bèn countènt bord qu’avien pu ges de viéure.
— Oh ! mai i’a aussi l’ase e lou biòu !
— Vo. Rescaufon de soun boufe lou Nistoun.
— Subretout, papet, qu’es ajassa sus de paio !
— Oh ! Aqui ! subre l’estable ! i’a un ange de gròssi gauto !
— E vo. De longo boufo dins la troumpeto.
— Papet, nous dises que lou pichot Jèsu es na e pamens lou vèse pas dins soun brès… que ?
— Mi bèlli pichoto, vendra dins lis oustau que lis enfant sage an alesti la crècho pèr l’aculi. Pèr lou moumen, zóu, anen à la messo de miejo-niue que la famiho nous espèro. »
Bèn d’annado an passa desempièi e davans Diéu siegue, ma maire a parti dins lou sant paradis, mai dins lou silènci de la niue, m’arribe encaro de l’entèndre me counta aquelo epoco urouso que touto pichoto soun grand, papet Frederi, passavo de tèms e de tèms à canta. Uno cansoun lou pertoucavo mai que mai : “les roses blanches. ” Arribavo jamai à la fin… sis iue beluguejavon e se boutavo à ploura.
Martino Bautista

*

PÉPÉ ! PÉPÉ ! Tu nous racontes la crèche ? Dis, pépé ? »
Alors mon grand-père nous entraînait, ma sœur Jeannine et moi, dans la salle-à-manger. Nous n’y allions que pour les jours de fête ou bien quand on recevait. Dans le silence de cette pièce froide et sombre, seule la pendule remplissait l’air de son tic-tac. C’était ici, sur le vaisselier, entre les deux colonnes sculptées que nous installions notre crèche. Quelques écorces pour faire la sainte grotte, de la mousse, des branchages et des touffes de thym et de romarin. Mon pépé installait ma sœur sur une chaise car elle était trop petite pour voir et moi, mon nez collé sur le rebord du meuble, il me semblait que les santons vivaient et étaient beaucoup plus grands que la réalité. Alors notre grand-père nous charmait avec ses histoires :

creche-noel

« Pépé, les bergers, pourquoi ils partent ?
— L’Ange de Dieu les a réveillés pour leur dire que le petit Jésus était né. C’est eux qui vont l’annoncer à tous. Vous n’entendez pas chanter ? »
« Glooooria ! Gloria in excelsis Deo ! »
« Et les moutons… ils vont s’échapper !
— Mais non ! Ce sont les anges qui les garderont. Écoutez ! Les bergers réveillent le village et surtout les vieux. “Sian vengu tóutis ensèn, pèr reviha Roustido. Sian vengu tóutis ensèn anan à Betelèn…”
— Dis pépé, il y a trois vieux ici.
— Oui, c’est Marguerite et Jourdan avec Roustide. Il a entendu les bergers et les a réveillés. À la lumière de leur lanterne, ils se mettent en route aussi : « Au Fiéu de Diéu que nous es na, presentaren nòstis óumage. Au Fiéu de Diéu que nous es na, saran tout aro prousterna… »
Nous écoutions religieusement notre pépé qui savait par cœur tous les chants de la Pastorale. Mais devant nos yeux écarquillés, il y avait tant de belles choses qu’il nous venait tant de questions.
« Oh ! c’est quoi cette grosse pierre sur le charriot, pépé ?
— C’est le rémouleur. Il aiguise les ciseaux, les couteaux… sur la pierre. »
Et moi, je voyais les étincelles partir de la pierre tandis que le rémouleur criait : « Ciseaux ! Couteaux !… »
« Oh ! il y a un tambourinaire !
— Bien sûr ! il bat le rappel. Sa musique nous joue des Noël.
— Et lui, pépé, pourquoi il a les bras en l’air ?
— Ah ! ça ! c’est le ravi. Il est toujours content car une fée lui a donné le pouvoir de s’émerveiller. Il est pas beau, le petit Jésus ?
— Oh oui, pépé ! faisions-nous.
— Et lui, pépé ? il est habillé bizarrement. Qui c’est ?
— Ah ! lui… c’est le boumian. Il est venu pour enlever le petit Jésus. »
À ces mots, nous poussions des cris d’effroi : aaaah ! Alors mon grand-père nous serrait dans ses bras pour nous rassurer et il nous disait :
« Mais ne vous en faites pas mes mignonnes, Dieu les sauvera, le bien gagne toujours – Nous étions alors soulagées.
— Et regardez tous ces porteurs de cadeaux. Ils font l’offrande de ce qu’ils ont de meilleurs chez eux : du pain, de l’ail, des courges, de la farine, des poissons, des oies et poules et que sais-je encore… la Sainte Vierge Marie et Joseph sont bien contents car ils n’avaient plus rien à manger.
— Oh ! mais il y a aussi l’âne et le bœuf !
— Oui ils réchauffent de leur souffle le petit.
— Surtout, pépé, qu’il est installé sur de la paille !
— Oh ! là ! au-dessus de l’étable ! il y an un ange avec de grosses joues !
— Oui. C’est à force de souffler dans la trompette.
— Pépé, tu nous dis que le petit Jésus est né et pourtant il n’est pas dans la crèche… pourquoi ?
— Mes belles petites, il viendra dans les maisons où les enfants sages ont préparé la crèche pour l’accueillir. Pour le moment, allons à la messe de minuit que la famille nous attend. »
Bien des années ont passé depuis, et Dieu m’en est témoin, ma mère est partie dans le saint paradis mais dans le silence de la nuit, il m’arrive encore de l’entendre me raconter cette époque heureuse que toute petite, son grand-père, pépé Frédéric, passait de longs temps à chanter. Une chanson le touchait plus que toutes : Les Roses blanches. Il n’arrivait jamais à la fin… Ses yeux brillaient et il se mettait à pleurer.

Martine Bautista