[Provençal] Lou Rampau / Le Rameau

L’AUTRE JOUR, n’en parla­vian emé moun paire. Quouro erian pichounet, pèr Rampau, emé mi fraire, èro de tra­di­cioun encò nostre que nosto grand nous croumpavo un rampau cafi de counfisarié. A la cimo d’aquéu rampau — un bastoun adourna em’un riban d’argènt e i branco de papié crespoun blu — i’avié un arange counfit em’uno raubo daurado que noun sai. E pièi d’iòu en sucre, de pèis en choucoulat : un chale en aquéu tèms que li sucrèu èron rare. A iéu m’agradavo pas aquel arange mai moun paire n’èro tras que countènt bord que se n’en lipavo li brego avans meme Rampau !

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Lou tèms de Pasco èro lou moumen que ma maire nous vestissié de blanc, bèn estira, caussaduro novo. E pièi anavian à la messo, tóutis ensèn, fièr dóu rampau que pourtavian.
E justamen, en legissènt, ai toumba sus aquest istòri dins l’Armana prouvençau de 1884. Vous n’en doune un resumit :
Dins uno carriero, de femo parlon afeciounado. Renon, plouron, e parlon que se charpignon emé soun ome alor qu’èron tant d’acord dins lou parèu : lou bonur s’es envoula. Se traton d’escapa de galèro, e memo de pòufiasso !
Mai quau a pouscu ansin mètre la desunioun dins l’oustau ? Quaucarèn de grèu, de bèn serious ? E bèn noun ! Es pèr lou rampau que se disputon emé soun ome ! Pèr lou rampau ! Despièi que lou coumpaire l’a adu, l’oustau es dessus-dessouto. E tóuti li femo, aqui presento, dison de o, bord que quouro li pichoun veguèron lou rampau, lou vouguèron teni dins si maneto. Quouro l’aguèron entre li man, lou vouguèron suça : un cop tasta, es esta fini… Despièi, sèr e matin, la niue coumo lou jour, fan que rena e repepia, o repeta toujour la memo cansoun : — iéu vole suça lou rampau ! E iéu vole suça lou rampau !
Lis ome, que podon pas entendre ploura, lou li volon faire suça pèr agué la pas à l’oustau : an besoun de repaus après lou travai.
Mai li femo soun tóuti dóu meme avejaire : « Lou pichoun suçara pas lou rampau avans que lou Curat l’ague di lis oremus dessus ! »
Enfin, arribo lou dimenche de Rampau. Sus lou lindau de la glèiso, avans la messo, li maire soun acampado. Lis enfant an de rampau. Pièi la messo dicho e li rampau benesi, maire e enfant sorton de la glèiso : de pichoun galoupin se bandisson sus li rampau… e li desfruchon.
Martino Bautista

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L’AUTRE JOUR, on en parlait avec mon père. Quand nous étions tout petits, pour Rameau, avec mes frères, c’était de tradition que notre grand-mère nous achète un rameau plein de sucreries. À la cime de ce rameau — un bâton décoré d’un ruban argent aux branches de papier crépon bleu — il y avait une orange confite à la très belle robe dorée. Et puis des œufs en sucre, des poissons en chocolat : un régal en ce temps-là où les sucreries étaient rares. Moi, je n’aimais pas cette orange mais mon père en était très heureux car il s’en léchait les babines bien avant Rameau !

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Le temps pascal, c’était le moment où ma mère nous habillait de blanc, bien repassé, chaussures neuves. Et puis, nous allions à la messe, fiers du rameau que nous portions.
Et justement, en lisant, je suis tombée sur cette histoire dans l’Almanach provençal de 1884. Je vous en donne le résumé :
Dans une rue, des femmes discutent avec vigueur. Elles râlent, pleurent et parlent qu’elles se disputent avec leurs hommes alors qu’ils étaient tant unis dans leur couple : le bonheur s’est envolé. Ils se traitent d’échappés de galère, et même de pouffiasses ! Mais qui a pu mettre la désunion dans la maison ? Quelque chose de grave, de bien sérieux ? Eh bien non ! C’est pour le rameau qu’elles se disputent avec leur homme ! Pour le rameau ! Depuis que l’ami l’a apporté, la maison est sens dessus-dessous. Et toutes les femmes ici présentes acquiescent car, quand les petits virent le rameau, ils voulurent le tenir dans leurs mains. Quand ils l’eurent dans les mains, ils voulurent le sucer : un coup goûté, ça été fini… depuis, soir et matin, la nuit comme le jour, ils ne font que râler, rabâcher et répéter toujours la même chanson : — moi, je veux sucer le rameau ! Et moi, je veux sucer le rameau ! —
Les hommes, qui ne peuvent pas entendre pleurer, veulent le leur faire sucer pour avoir la paix à la maison : ils ont besoin de repos après le travail.
Mais les femmes sont toutes du même avis : « Le petit ne sucera pas le rameau avant que le curé lui ait dit les oremus dessus ! »
Enfin, arrive le dimanche des Rameaux. Sur le seuil de l’église, avant la messe, les mères sont accompagnées. Les enfants ont des rameaux. Puis la messe dite et les rameaux bénis, mères et enfants sortent de l’église : de petits garnements se jettent sur les rameaux et… les dévastent.
Martine Bautista