[Provençal] Moun papet / Mon grand-père (partie 4)

SUS LA CASSO, moun papet n’aurié counta pèr d’ouro de tèms ! N’avié toujour uno de mai à dire !
Malurousamen, i’a quàu­quis annado d’acò, lou papet s’amoussè au siéu d’uno longo malautié coume se dis, enviróuta d’afecioun e de siuen. Tres jour avans Nouvè cridè la famiho touto de veni pèr pausa cacho-fiò.
Sabe pas coume, mai, pau à cha pau, lis un après lis autre, se retroubarian au cabés dóu papet, e pamens erian en pleno journado e forço travaiavon.
Mau-grat la doulour founso, cado fes, qu’uno nouvello persouno intravo dins la chambro, fasié :
« Ah ! Aaaah ! Me sente miés ! Me sente miés ! Aaaah ! Aaaah ! »
Èro coume se cadun ié dounavo un pau de sa forço pèr ço que venié. Quand fuguérian tóuti acampa, nous faguè :
« Alor, tout lou mounde es aqui ? Demandè. Tout lou mounde es aqui ?
— O, O, papet. Sian tóutis ensèn. Dequé vos ? Dequé vos, papet ?
— Dounas-me la coupo de vin cue. La vole ! »
Couleicioun particuliero Martino Bautista

Couleicioun particuliero Martino Bautista

Em’acò, sus soun lié de soufrènço, davans uno imaginàri regalido, faguè emé dificulta :
« Alègre ! Alègre ! Diéu nous alègre.
Emé Calèndo tout bèn vèn…
Diéu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,
e se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens.
Cacho-fiò, bouto-fiò », diguè lou papet en se signant.
A-de-rèng beguerian lou vin cue dóu plus jouine au mai vièi : lou papet. E quand tout fuguè acaba, nous venguè :
« Tout lou mounde a begu ? Tout lou mounde a begu ?
— O, O, papet.
Alor, isso ! Isso ! Es fini ! Deforo ! Vous vole plus parla !  N’ai moun proun ! »
E parlant soulet : « Fau parteja ! Fau parteja ! »
Lou sèr, rangoulejavo. L’endeman mouriguè en aguènt acaba soun darrié pres-fa.
Davans Diéu siegue ! i’a pas gaire que moun papet nous a leissa, mai cade cop que souno lou telefone, pense à moun papet e lou vese encaro chourla soun vèire e entamena si raconte.
Avèn viscu de bòni passado proche d’éu !
Martino Bautista

*

SUR LA CHASSE, mon papet aurait pu en raconter pendant des heures ! Il en avait toujours une de plus à dire !
Malheureusement, il y a quelques années de cela, le papet s’éteignit chez lui d’une longue maladie comme on dit, entouré de l’affection des siens. Trois jours avant Noël, il demanda à la famille entière de se réunir pour poser le « cacho-fiò ».
Je ne sais comment, mais petit à petit, la famille est accourue à son chevet et pourtant, nous étions en pleine journée et beaucoup d’entre nous travaillaient.
Eh bien, du plus profond de sa douleur, chaque fois qu’un membre de la famille pénétrait dans le salon où nous l’avions installé, il disait : « Aaaah ! Aaaaah ! Je me sens mieux! »
C’était comme si chacun d’entre nous lui donnait un peu de force pour ce qui allait suivre. Lorsque nous fûmes tous présents, il s’inquiéta :
« Alors, ils sont tous là ? Dis, ils sont tous là ?
— Oui, papet. Oui, papet, on est tous là !
— Donnez-moi la coupe de vin cuit. Je la veux ! »
Coll. part. Martine Bautista

Coll. part. Martine Bautista

Alors, à notre grande surprise, sur son lit de souffrance, devant un feu de cheminée imaginaire, il fit avec difficulté :
« Joie ! Joie ! Dieu nous bénisse.
« Avec Noël tout vient bien.
« Dieu nous fait la grâce de voir l’an qui vient,
« Et si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins.
« Cacho-fiò, viens la chaleur », fit mon papet en se signant.
Chacun à notre tour, nous bûmes le vin cuit, du plus jeune au plus vieux : le papet. Et quand tout fut fini, il demanda :
« Tout le monde a bu ? Tout le monde a bu ?
— Oui, oui, papet.
— Alors ouste ! ouste ! Maintenant ça suffit ! Sortez ! Je ne veux plus vous parler ! J’en ai assez ! »
Et parlant tout seul : « Il faut partager ! Il faut partager ! »
Le soir, il agonisait. Le lendemain, il mourut en ayant achevé son dernier devoir.
Devant Dieu ! Il y a longtemps que mon papet nous a laissé mais chaque fois que j’entends sonner le téléphone, je pense à mon papet et je le vois encore boire son verre et commencer ses histoires.
Nous avons vécu de bons moments à ses côtés !
Martine Bautista