[Provençal] Nascu dins lis annado 1930 à 1970, erian mai fort !

Afin d’affirmer son soutien à la langue provençale et à son enseignement au plus grand nombre, GénéProvence publiera une fois par mois un article sur la Provence d’hier dans les deux langues : provençal et français.
Merci à Martine Bautista pour avoir assuré la traduction de ce texte.

Nascu dins lis annado 1930 à 1970, erian mai fort !

© Martine Bautista, 2013.

© Martine Bautista, 2013.

I’avié ges de sarraio i porto. Quouro fasian de velò, cargavian de casqueto e ges de casco de prouteicioun. Nòsti velò avien ges de fren e de lume nimai, e caminavian de vers l’oustau d’un coumpan de classo que nous aculissié simplamen : erian li bènvengu.
Pipaudoun e pichot, nòsti parènt coundusien de vièi càrri sèns caufage, ni cencho, ni sèti pèr la ninèio, e sèns couissin d’èr. Èstre dins la begno arrié d’uno camiouneto pèr uno bello journado ensouleiado èro un chale !
Bevian d’aigo à la font, de choucoulat emé de vertadié sucre. Manjavian de bescue, de pan assesi, de bon burre, de sahin, de ventresco. E pamens semblavian pas uno bouto.
PERDEQUE ? Bord qu’erian toujours en trin de boulega, de jouga deforo…
Avian ges d’esquicho boutoun, de telefounet barrulaire e de maium souciau nimai… avian d’ami e sourtian pèr carriero afin de li rescountra !
De matin, sourtian de l’oustau pèr jouga la journado touto au grand èr. Toumbavian dis aubre, en fasènt lou paro-toumbant, se coupavian, se roumpian lou mourre, lis os, li dènt, … e pamens i’avié ges d’aciounamen contro. Nous semoundian de fusiéu à ploumb ; jougavian emé de bastoun, de paumo, de tiro-elastico, d’espaso, d’arc e de flecho, de flecheto ; fustejavian de radèu de fourtuno emé d’óutis riscous. Mandavian de petadou à mècho, tubavian de P4* à l’unita, chuchavian de longo de bouito de cocot ; is ouro li mai caudo, li bugadié èron nòsti mai bèu nadadou.
L’idèio que nòsti gènt aurien un jour à nous faire sourti de presoun èro pas pensable. Èron EMÉ la lèi. Que sarien contro l’avejaire de l’ensignaire, dóu proufessour, dóu poulicié, dóu gendarmo, dóu conse, dóu capelan, que poudien n’en veni à se tabasa vo à se dire d’escorno èro pas poussible !
Avian la liberta e la pòu de fali, la reussido e li respounsableta que ié van emé, mai avèn apres coume mena tout acò. Coume la vido èro bello, lindo, de fes que i’avié rudo mai quant erian urous !

* Li P4 èron de cigaleto, li Parisenco vendu en paquetoun de 4.

Martino Bautista

Nés entre les années 1930 et 1970 : nous étions plus forts !

Il n’y avait pas de serrures aux portes. Lorsque l’on faisait de la bicyclette, on avait des casquettes, mais pas de casques de protection. Nos vélos étaient sans frein et sans éclairage ou nous marchions jusqu’à la maison d’un copain de classe, qui nous accueillait simplement, nous étions les bienvenus.
Bébés et enfants, nos parents conduisaient de vieilles guimbardes sans chauffage, sans ceintures ni sièges pour bébés, ni airbag. Être dans la benne arrière d’une camionnette par une belle journée ensoleillée était toujours quelque chose d’extraordinaire.
Nous buvions l’eau directement de la fontaine, du chocolat avec du vrai sucre. Nous mangions des gâteaux secs, du pain rassis, du vrai beurre, du saindoux, du lard. Et nous n’étions pas obèses.
POURQUOI ? Parce que nous étions toujours en train de bouger, de jouer dehors…
Nous n’avions pas d’ordinateurs, ni de téléphone portable, ni de réseaux sociaux… : Nous avions des amis et nous sortions dehors pour les retrouver !
Nous sortions de la maison le matin pour jouer toute la journée au grand air. Nous tombions des arbres, en faisant le parachute, on se coupait, se cassait des os, des dents et il n’y avait pas de poursuites judiciaires pour cela. On nous offrait des fusils à plomb, on jouait avec des bâtons et des balles, des lance-pierres, des épées, des arcs et flèches, des fléchettes, nous faisions des radeaux de fortune avec des outils dangereux, nous jouions avec des pétards à mèches, nous fumions des P4 à l’unité, nous sucions toute la journée des boite de coco, aux heures les plus chaudes les lessiveuses étaient nos plus belles piscines.
L’idée que nos parents auraient un jour à nous faire sortir de prison était impensable, ils étaient AVEC la loi. L’idée que nos parents puissent être contre l’avis de l’instituteur, du professeur, du policier, du gendarme, du maire, du curé, qu’ils puissent en venir aux mains ou aux insultes était inimaginable.
Nous avions la liberté et la peur de l’échec, le succès et les responsabilités qui vont avec, mais nous avons appris comment gérer tout cela. Comme la vie était belle, limpide, parfois rude mais combien nous étions heureux !