Querelle de voi­si­nage (Aix-en-Pro­vence, 9 juin 1874)

L’an mil huit cent etc.
S’est présenté M. Fortuné Alexis, âgé de 42 ans, fondeur, demeurant rue Lice Bellegarde n° 8, lequel a déposé la plainte ci-après :
« Ma femme est aveugle. Dimanche dernier, à une heure du soir, la nommée Pauline Escoffier était assise sous la fenêtre de mon appartement, jouant aux cartes avec la femme Manen. Ces femmes, en jouant, criaient et troublaient le repos de ma petite fille, âgée de dix mois, qui est malade.
« Ma femme s’est mise à la fenêtre pour prier ces dames de parler moins fort. La fille Escoffier s’est levée et l’a frappée d’un coup de clef à la figure. Le sang a immédiatement jailli de la blessure et inondé son visage.
« Je dois vous observer que j’habite le rez-de-chaussée.
« Ont vu porter le coup de clef Mme Chabran, maîtresse de maison, et Mme Bernard qui habite la même rue.
« Ci-joint le certificat du médecin qui a soigné ma femme. »

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Nous avons fait comparaître devant nous la nommée Escoffier Pauline, âgée de 17 ans, sans profession, demeurant rue Lice Bellegarde, n° 8, fille-mère, laquelle, après avoir pris connaissance de la plainte ci-dessus, reconnaît avoir frappé la femme Fortuné qui n’est pas aveugle, ainsi que le dit son mari. Son fils âgé de 10 ans lui aurait jeté par la fenêtre des saletés sur sa robe. Elle lui a dit de cesser. La femme Fortuné est alors venue et l’a traitée de p…, ajoutant que sa mère
« était une maquerelle qui me menait sur les promenades me livrer à la prostitution. C’est alors que je l’ai frappée à la figure et lui ai fait saigner le nez.
« Je n’étais pas, dit-elle, devant sa fenêtre, mais devant la mienne. Je jouais aux cartes avec Proxide qui habite la même maison que nous. »

Lecture faite, elle a déclaré ne savoir signer.

Nous avons aussi fait comparaître :

1) Brigitte Bartholo, mariée, demeurant rue Lice-Bellegarde, n° 8, laquelle déclare que dimanche dernier elle jouait aux cartes avec la fille Escoffier. Elles n’étaient pas assises sous la fenêtre de la femme Fortuné. L’enfant de cette femme jetait des saletés à la fille Escoffier. Cette dernière lui ayant dit de se taire, sa mère intervint et traita de p… la fille Escoffier. Celle-ci lui dit en la menaçant : « Répétez-le ! » et, sur de nouvelles injures, la frappa d’un coup de clef au front.

2) Célestine Rols, mariée, demeurant rue Lice Bellegarde, n° 8, laquelle déclare que dimanche dernier lorsque la fille Escoffier l’a frappée, son enfant ne jetait rien de sale sur elle, ainsi qu’elle le prétend. Il lui avait jeté un morceau de chiffon et elle l’aurait appelé « bâtard ». C’est alors qu’elle était intervenue pour la seconde fois car une première fois elle avait prié la fille Escoffier et la Brigitte de crier moins fort parce qu’elles empêchaient sa petite de dormir.
Cette seconde fois, elle a dit à la fille Escoffier : « Mon fils n’est pas un bâtard. Il a son père. Ton enfant n’en a pas. » Si elle lui a dit qu’elle était une p… et que sa mère était une maquerelle, c’est parce que la fille Escoffier l’a traitée elle-même de p…

3) La femme Bernard Tassy et Chabran ont été insultées plusieurs fois par la fille Escoffier. Dimanche elles ont entendu des cris et ont vu, Mme Bernard : la nommé Rols gesticulant et disant à la fille Escoffier : « Tu me frapperas ! » et Mme Tassy : la nommé Rols frappée par cette fille. Enfin, Mme Chabran : la nommée Rols la figure en sang.

De tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal pour être transmis avec le certificat du médecin à M. le procureur de la République.

  • Registre de police d’Aix-en-Provence, archives communales.
  • Crédit photographique : © Daniel Gilbey – Fotolia.com

Commentaires

  1. Anonymous dit :

    Hé bien quelle histoire!!!! j’aimerais bien trouver des documents comme cela sur mon village!!!
    Framboise de Méailles