Saint-Martin-de-Castillon, l’ancien village de Paradou

À 1.500 mètres au sud du village de Paradou, situé dans les Alpilles, s’étend une barre rocheuse de faible altitude, de 150 mètres de large sur 3 kilomètres de long : la chaîne de la Pène [1]. De loin on aperçoit à son sommet trois tours qui se dressent. Ce site porte le nom de « tours de Castillon ». Pour les randonneurs, le lieu est charmant. Pour les historiens, ce n’est ni plus ni moins là que se dressait autrefois le village de Paradou.
Paradou dans l’histoire
Paradou apparaît dans l’histoire sous le nom de Sanctus Martinus de Felauria (961). Le nom Felauria est celui d’un domaine qui s’étendait dans l’Antiquité entre Fontvieille et Mouriès [2]. Sanctus Martinus désignait une chapelle qui a longtemps perduré, entre l’actuel village de Paradou et la chaîne de la Pène.
Jusqu’en 1390 environ, le village se dressait dans la zone délimitée par les tours, enclos par un rempart. C’est donc là qu’il faut chercher l’origine du village de Paradou. La présence à cet endroit de ce que l’on pourrait appeler un castrum, est attestée dès 1206.
Vers 1390, Saint-Martin de Félaurie, devenu Saint-Martin-de-Castillon [3], subit une destruction et le village est reconstruit à 1500 mètres plus au nord, sous le même vocable. Il ne faut toutefois pas imaginer un déplacement immédiat. Après la destruction du castrum, l’essentiel de la population reste sur place et ne se déplace plus au nord que très lentement. Comme les échanges se développent au XVIIIe siècle, et constatant qu’il existe un autre Saint-Martin-de-Castillon à 80 kilomètres au nord-ouest, la décision est prise de rebaptiser la paroisse, peu avant la Révolution. Le nom de « Paradou [4] » est choisi, allusion à l’artisanat pratiqué dans la paroisse.

Le site des tours de Castillon

Saint-Martin de Félaurie a souffert du temps. On ne trouve sur le site que trois hautes tours plutôt bien conservées, des morceaux épars de remparts et des murs totalement ruinés (photo ci-contre).
On aurait tort de penser que le site ne remonte qu’au Moyen Âge. En contrebas de la Pène, on a découvert en 1992 et en 1993 une villa gallo-romaine [5]. Sur le site même, des monnaies massaliètes et gauloises y ont été trouvées. Et de fait, le lieu était habité dès l’Antiquité.
L’oppidum de Castillon est entouré de remparts dont il reste quelques traces aujourd’hui. La technique en grand appareil et la taille et l’assemblage sont hellénistiques. On peut noter l’emploi de scies, de pinces et de marteaux-taillants pour sa réalisation.
Les maisons étaient souvent adossées directement au rempart. L’étude du rempart laisse apparaître qu’il a été érigé aux alentours de 200 avant J.-C., puis réaménagé au fil des siècles.

Vie quotidienne à Saint-Martin-de-Castillon
Il n’est pas possible de savoir comment vivaient les gens de Saint-Martin dans leurs remparts médiévaux. Quelques éléments permettent toutefois d’apporter des éclaircissements.
On retrouve peu de traces de maisons sur le site, ce qui s’explique sans doute par la fait que l’essentiel des constructions se faisait en bois et en chaume. Toutefois, l’abondance de tuiles trouvées à même le sol atteste de la présence d’habitats en dur (photo ci-contre).
On a retrouvé sur place de nombreuses céramiques datées, pour les plus anciennes, du VIe siècle, même si la plupart ont été produites entre le IXe et le XIe siècles. Cela prouve que la période IXe-XIe siècles a vu un accroissement de la population et atteste du mode de vie des habitants du castrum.
Une route partait du piémont du site en droite ligne vers Saint-Martin-de-Crau, à travers les marais, et devait sans doute constituer une voie de passage importante, entre Crau et Alpilles (photo ci-contre). Une prospection aérienne a permis d’en repérer la trace fossile.
La population se faisait inhumer à l’extérieur, semble-t-il, puisqu’une nécropole, située près de l’ancienne chapelle Saint-Martin, a été découverte et datée des XIIe-XIIIe siècles. Elle contenait au moins six tombes en molasse, mais il n’est pas exclu qu’elle ait abrité davantage de tombes. La chapelle elle-même se situait à quelques centaines de mètres au nord et concentrait la vie religieuse du bourg [6]. Le cimetière principal se trouvait à flanc de côteaux, sur le versant sud, pour ne pas être sujet aux inondations. L’historien local Louis Paulet précise qu’on y trouvait « abondance d’ossements à fleur du sol » [7]. Un procès-verbal de 1565 concernant la reconnaissance des anciennes drailles de la vallée des Baux indique :
« La draye de Faubraguette, à la Penne, en face de Castillon, traverse la colline et, avant d’arriver à Saint-Jean, passe au milieu du cimetière. Au dire des anciens, elle suivait cette direction de toute ancienneté. » On remarque donc que, des décennies après la destruction du castrum, la Pène abritait encore le cimetière et, sans doute aussi, encore des maisons.

JEAN MARIE DESBOIS

Galerie
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Bibliographie
Les Baux et Castillon, Louis Paulet, 1902.
Le Paradou, Hélène Ratyé-Choremi, éd. Équinoxe, coll. « Le Temps retrouvé », 1990.

Notes

[1] Peno désigne une « plume » en provençal, évoquant la forme de la chaîne.
[2] Olivier Maufras, Le castrum des Baux (960-1426), éléments d’histoire et d’analyse des vestiges monumentaux, mémoire de maîtrise, Aix-en-Provence, 1988, 2 vol.
[3] Casteloun signifie « petit château » en provençal.
[4] Ancien provençal parador, « moulin à foulon » employé dans l’industrie drapière. Le foulon permet de dégraisser les étoffes. Cette action a notamment pour effet de rendre l’étoffe ignifuge.
[5] Michel Gazenbeek, Occupation du sol et évolution environnementale depuis le Néolithique dans la Montagnette et la partie occidentale des Alpilles (Bouches-du-Rhône), thèse de doctorat, Aix-en-Provence, 1995.
[6] L. Martin, Bilan scientifique, 1993, p. 124-125.
[7] Louis Paulet, cf. Bibliographie, p. 186-7.



Photographies © Jean Marie Desbois, 2008.

Commentaires

  1. Michelle dit :

    Bonjour Monsieur Desbois,

    Merci d’avoir fait revivre Saint-Martin-de-Castillon, lieu de naissance de beaucoup de mes ancêtres.

    Bonne journée