Saint-Martin-de-Crau au XIXe siècle

saint-martin-de-crau-04Arles, dont le territoire a toujours été d’une étendue incomparable, comptait sur son sol de nombreuses petites agglomérations qui se sont développées au fil des siècles. Elles portaient pour nom Tour-Saint-Louis, Moulès, Grand-Ponche, ou encore Saint-Martin-de-la-Palud. Cette dernière commune n’existait probablement pas avant la fin du premier millénaire, même si l’on y a retrouvé des vestiges de l’époque romaine (1). En mars 1052, on apprend l’existence d’une église dénommée Sanctus Martinus de palude majori. En 1213, un acte définit les limites des dépendances de cette église appartenant au chapitre d’Arles. Saint-Martin comptait alors de 150 à 200 habitants (40 à 50 feux). Les pestes et autres guerres vont causer bien des malheurs à la population et Saint-Martin va peu à peu disparaître, laissée à l’abandon.
Il faudra attendre la deuxième partie du XVe siècle pour voir la communauté se développer à nouveau, de façon définitive cette fois-ci. Placés sous la protection de saint Martin, les habitants invoquèrent en outre celle de saint Roch, lors de la peste de 1720.
Ce n’est qu’en 1925 que Saint-Martin-de-Crau devint une commune.

La population de Saint-Martin-de-Crau au XIXe siècle

Les chiffres de la population au XIXe siècle font état d’une population peu stable et très éparse. Sa situation n’y est pas étrangère. Dans les dernières années du XIXe siècle, une forte population d’origine espagnole et surtout italienne vient s’y établir, attirée par le travail que lui propose la société d’Explosif et Produits Chimiques, sise au quartier de la Chapelette :

  • Population totale : 1.260 en 1820, 1.316 en 1883, 2.303 en 1926.
  • Population agglomérée : 25 maisons en 1820, 700 personnes en 1913, 348 en 1926.
  • Population éparse : 1.955 en 1923.

La population de Saint-Martin-de-Crau s’est beaucoup accru au cours du XXe siècle. La commune comptait en 1999 plus de 11.000 habitants.

Hygiène et santé

saint-martin-de-crau-05Saint-Martin subit depuis toujours un mistral très fréquent et fort. Au-delà de l’inconvénient, l’avantage sur la santé est indéniable et la commune est particulièrement salubre. On comptait au début du XXe siècle un pharmacien qui faisait aussi office de médecin.
Quelques épidémies y ont pourtant sévi, notamment l’épidémie de choléra de début juillet à mi-août 1854, épidémie provoqua la mort d’une vingtaine de personnes (alors que ce chiffre correspond d’ordinaire au nombre de décès sur une année).

Éducation

Saint-Martin comptait une école communale au début du XXe siècle. L’école de garçons comptait 36 élèves, l’école de filles comptait deux classes et 34 élèves (et 17 garçons). On trouvait aussi une école à Caphan (qui date des années 1880) avec 29 garçons et 21 filles, séparés. Bien entendu, l’école était assurée bien avant, mais elle était moins organisée et bénéficiait de moins d’avantages. Les instituteurs se nommaient Camille Paul Georges Noble (années 1900), Antoine Sallette, Marie Louis Blanc, Lucien Adrien Bertrand (années 1890), Maxence Laurent Léopold Roman (années 1880), Jean Baptiste Marie Lamouroux (années 1870), Zéphirin Théophile Uldaric Liely (années 1850, 1860).

Emploi

Voici les chiffres qui ressortent du recensement de 1886. Sur un population globale de 1.316 âmes, on compte 566 hommes (43%) qui se répartissent professionnellement comme suit :
Cultivateurs : 184 (32,5%) ; professions ovines (bailes, bergers) : 76 (13,4%) ; commerce (boulangerie, épicerie, cordonnerie, auberge, cafetier, boucherie, perruquerie) : 20 (3,5%) ; artisans (maçon, terrassier, menuisier, maréchal ferrant, tailleur de pierres, bourrelier, empailleur de chaises) : 35 (6,2%).
Le grand nombre de bergers n’étonne pas, en raison de la Crau, toute proche, lieu d’élevage de multitudes de moutons. On trouve de grands domaines, dirigés par des régisseurs, eux mêmes soumis aux ménagers (36), dans lesquels s’activent ouvriers, domestiques (47) et journaliers. Saint-Martin a longtemps été considérée comme une commune peuplée de gens des mas (quarante propriétés font plus de cinquante hectares (2)).

Assistance publique

Une société de secours mutuels fut fondée en 1906. Elle comptait quinze membres. Une coopérative de consommation y a vu le jour. Elle a fini par disparaître, faute de clients.

Religion et politique

Les chiffres des élections législatives du XIXe siècle nous sont malheureusement inconnus. Nous nous contenterons donc de donner ceux des législatives de 1928. Sur 502 inscrits, il y eut 347 votants (69% de participation) :

  • Victor Jean (Radical-socialiste) : 163 voix
  • Sixte Quenin (Socialiste) : 169 voix

L’essentiel de la population est composé de catholiques.

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Économie

En 1894, une grande usine est créée au quartier de la Chapelette, à proximité de la voie ferrée. Elle est exploitée par la Société anonyme d’explosifs et de produits chimiques. On y fabrique acide nitrique, nitroglycérine et dynamite (3). L’expansion de l’activité chimique, associée, quelques années plus tôt, à la création de la voie ferrée, permet l’immigration d’une forte population étrangère, principalement italienne et espagnole. En 1915, 15% des ouvriers de l’usine étaient étrangers (113 étrangers pour 613 Français). On compte 47 Italiens, 32 Espagnols, 22 Portugais, 11 Alsaciens et 1 Suisse.

En 1907, Saint-Martin connaît sa première grande grève : le personnel de l’usine cesse le travail à l’initiative des femmes employées par l’entreprise. Les revendications sont d’ordre salarial, la direction ayant décidé une baisse des salaires de ses employés.
Outre la dynamiterie, Saint-Martin comptait plusieurs tailleurs de pierre qui exploitaient deux carrières.
Évoquons aussi la culture des céréales (402 ha de blé, 247 d’orge, 287 d’avoine), des pommes de terre (16 ha) et des vignes (110 ha). Mais la récolte principale est celle des foins (100.000 quintaux).

Les animaux

Comme l’indiquent les chiffres ci-dessous, l’élevage ovin est prédominant à Saint-Martin-de-Crau. La proximité de la Crau n’y est pas étrangère, même si la production ovine a fortement décru après la Première Guerre mondiale :

 
Chevaux
Ânes
Mulets
Bovins
Moutons
Porcs
Chèvres
193045580168n. c.50 000200100

La transhumance est pratiquée par la route ou par voie ferrée.

Bibliographie

« Entre steppe et oasis : Saint-Martin-de-Crau », sous la dir. de Félix Laffé, éd. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1995.

Notes

1. On lira à ce sujet un article consacré à l’histoire de Saint-Martin-de-Crau.
2. Signalons les domaines de la Grande Vaquière (3.000 ha), le plus grand domaine des Bouches-du-Rhône si l’on excepte la Camargue.
3. Le quartier a depuis reçu le nom de quartier de la Dynamite, nom qu’il porte toujours.

Photographies

  • 1. Le cours au début du XXe siècle. DR.
  • 2. La place de l’église. DR.
  • 3. L’usine de la Dynamite, à Saint-Martin-de-Crau, début du XXe siècle. DR.