« Vingt flambeaux blanchâtres » (Roumoules, 15 novembre 1618)

En 2012, Francis Pelotier, généalogiste des Alpes-de-Haute-Provence, découvrait le texte de maître Robin, un notaire bas-alpin du XVIIe siècle, dont les mots ne manqueront pas d’étonner le lecteur moderne. Ce texte a été écrit il y a près de 400 ans, à Roumoules, un village situé entre Riez et Moustiers-Sainte-Marie, à la fin de l’année 1618. On y verra probablement un phénomène atmosphérique stupéfiant, comme l’apparition d’une comète. Le voici :
© Esteban De Armas Bonino / iStockphoto

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« Environ le quinzième jour du mois de novembre dernier de la présente année 1618, par toute cette province, a paru au ciel comme vingt arcs-en-ciel de couleur blanchâtre de la longueur en apparition de quatre ou cinq lieues et neuf ou dix cannes de large qui commençaient à paraître vers la minuit du soleil levant et, tirant sur le couchant, était plus gris du reste dudit levant et sur la pointe dudit arc on voyait comme vingt flambeaux de la couleur susdite, de figures d’esprit, des poignards et faisait son cours à peu près que le soleil ou même semblait qu’il le suivait et se voyaient aussi, dans cette raie, grand nombre d’étoiles et comme le jour clair paraissait, icelle raie se perdait de mes yeux.
« Et cela a continué de même sorte à peu près d’une quinzaine de jours après lesquels a paru une grande étoile comète avec un grand flambeau de la couleur que dessus sortant d’elle à son devant et long d’une vingtaine de rames qui levait de la même heure que le susdit arc avait luit et sortait de là où le soleil luit et était et continuait à se voir jusqu’au jour clair et comme la dite comète se fut venue deux ou trois jours, ledit arc disparut et ainsi a paru jusqu’à Noël que cet archet de même lueur.
« La plupart des personnes ont admis que c’est une démonstration que Dieu est irrité contre son peuple et qu’il arrivera quelque fléau extraordinaire pour avoir occasion de prier ce bon Dieu qu’il nous fasse la grâce qu’il nous détournera de nos mauvaises voies et amenderons nos mauvais comportements et reconnaîtrons nos fautes, lui en demanderons pardon et miséricorde au nom et par le mérite de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, son fils bien aimé, qui s’est exposé à la mort ignominieuse de la Croix, qui croiront en lui par vraie foi et ce bon Dieu détournera son ire de nous, en fasse la grâce.
Ainsi soit-il. »