Vol dans une baraque (Aix-en-Provence, 16 décembre 1802)

Ce jourd’hui vingt-huit frimaire an onze de la République française pardevant nous commissaires de police et dans notre bureau s’est présenté la citoyenne Marie Renaud, épouse Fouquet, laquelle nous a déclaré que la nuit du vingt-cinq au vingt-six courant (1), des voleurs ont ouvert une baraque en bois qu’elle a fait construire sur la porte d’Italie et dont elle paye la rente à la commune et qu’il lui a été volé, savoir un fromage, deux corbeilles de pommes, une bouteille de ratafiat (2), trois bouteilles d’eau de vie, un paquet de chandelles, un cabas rempli de figues, un autre de châtaignes, environ deux livres de nogats (3) et cinquante cigares, les voleurs s’y étant introduits par l’aide d’une instrument pointu, après avoir fait courir deux des planches de la cloison.

Ayant demandé à ladite Fouquet si elle n’auroit pas quelque renseignement sur le vol, a répondu qu’elle n’en a aucun si ce n’est qu’on a aperçu une quantité de fruits volés le long de la [rue] d’Italie, allant sur le quartier.

Un citoyen que nous avons reconnu pour être le fermier de la barrière du manège (4), qui a dit s’appeler Denis Berthe, s’est présenté au moment dans notre bureau et a déclaré que le lendemain du vol de la citoyenne Fouquet plusieurs soldats de la 14e brigade, employés dans les ateliers de l’habillement comme tailleurs et ayant leurs casernes séparées dans les appartements du manège, lui ayant demandé la permission de se distribuer entre eux de l’argent qu’ils venoient de recevoir dans son bureau de la barrière et le luy ayant permis, il entendit pendant ce partage qu’un des soldats, dont il ne sait pas le nom mais qu’il distinguait pour être dans la compagnie des carabiniers et qu’il connoît pour tailleur, disoit à ses camarades : « Vous avez bien fait dans le pays vos bamboches (5), mais celle que j’ai fait hier vaut mieux que tout cela. A l’aide de ma baïonnette, j’ai fait sauté les planches de la barraque, j’ai trouvé de bonnes cigares (6), ainsi que de bonne liqueur que j’ai fait passer à mes camarades. »
De tout ce que dessus, avons dressé le présent procès-verbal pour être envoyé au magistrat de sûreté et être par luy requis l’information prescrite par la loi et avons signé.

NOTES

1. La nuit du 16 au 17 décembre 1802.
2. Le ratafiat (aussi écrit « ratafia ») est une boisson alcoolisée obtenue par la macération de fruits, de plantes ou de fleurs.
3. Vraisemblablement « nougat » écrit à la forme provençale.
4. Un manège (« carrousel ») était en lieu circulaire où l’on pouvait pratiquer l’équitation ou dresser des chevaux. C’est vraisemblablement dans ce sens qu’il faut entendre ici le terme « barrière ».
5. Ce terme vient droit du XVIIIe siècle. Il désigne une partie de plaisir joyeux souvent suivi d’une ripaille.
6. Sic.

SOURCE

  • Archives communales d’Aix-en-Provence, I1-1.