Voleur de lapins et de volailles (Aix-en-Provence, 10 septembre 1873)

lapinL’an mil huit cent, etc.

Devant nous, Hivert Pierre Antoine, commissaire de police de la ville d’Aix, etc.
S’est présenté le brigadier des gardes-champêtres Bernard, lequel nous a fait la déclaration suivante :

« Aujourd’hui, vers six heures du matin, j’ai rencontré sur l’ancienne route de Venelles, à environ un kilomètre de la ville, un chiffonnier dont j’ignorais le nom et qui était porteur de deux sacs. M’étant approché de lui et l’ayant interpellé sur ce que contenaient ces sacs, j’ai constaté que l’un de ces sacs contenait quatre lapins vivants et que l’autre renfermait, outre des chiffons et une corde en bon état de onze mètres de longueur, deux poules dont l’une vivante et l’autre plumée et deux lapins écorchés. »

Interrogé sur la provenance de cette volaille et des lapins, cet individu m’a répondu qu’il avait acheté le tout à Pertuis. Cette déclaration me paraissait suspecte, je l’ai amené au bureau de police et mis à votre disposition.
Après lecture faite de sa déclaration, le sieur Bernard a signé avec nous.
Cet individu amené en notre présence nous a déclaré se nommer Guichard Antoine, âgé de 38 ans, né à Chaudon (Basses-Alpes)1, fils de Pierre et de Marguerite Marin, chiffonnier, sans domicile fixe, ayant une chambre rue de Venel n° 6, à Aix.
Il nous affirmait avoir acheté la volaille, les lapins et la corde à pertuis d’un autre chiffonnier qui lui était inconnu et il niait énergiquement avoir volé ces animaux lorsque, présentée devant nous, la nommée Marie Lacroix, âgée de 20 ans, domestique du sieur Chassaud Dominique, dit Bras de Fer, propriétaire à Saint-Canadet, commune de Puy-Sainte-Réparade, laquelle nous a fait la déclaration suivante :

« La nuit passée, le fils de mon maître étant sorti vers minuit pour faire ses nécessités, a aperçu un chiffonnier coiffé d’un grand chapeau de paille, sortir précipitamment de dessous le hangar non fermé où couchent les poules et se sauver dans les oliviers. Il est venu de suite appeler son père et, après vérification, ils ont constaté que, sur les six poules que nous possédions, deux des plus belles avaient été volées. Je suis partie ce matin de chez mon maître pour rechercher notre voleur n’ayant obtenu aucun renseignement, je viens vous déposer notre plainte. »

Nous avons alors représenté à la fille Marie Lacroix les deux poules qui avaient été trouvées en la possession du chiffonnier Guichard. Elle a reconnu sans hésiter celle qui était encore vivante puis, mise en présence du dit Guichard, elle l’a reconnu pour l’avoir vu plusieurs fois dans leur campagne où notamment il a été hébergé il y a environ quinze jours. Sur l’avis de M. le Procureur de la République, nous avons restitué à la fille Lacroix les deux poules.
Les recherches ordonnées par nous ayant fait connaître que les lapins avaient été vendus par Guichard au sieur Long Jean André, âgé de 45 ans, aubergiste rue des Cardeurs n°6, à Aix, nous avons fait appeler ce dernier, lequel nous a répondu ce qui suit :

« Le mercredi 3 septembre courant, entre sept et huit heures du matin, le sieur Guichard m’a apporté deux beaux lapins mâle et femelle qu’il m’a dit avoir achetés à Gardanne et que je lui ai payé 4 francs les deux. Ces deux lapins étaient gris, le cou et le nez blancs. Je les ai vendus pour le même prix à Henri Guigue, marchand de volaille qui les a expédiés à Marseille. C’est la seule fois que je lui ai acheté quelque chose, mais je dois ajouter qu’il y a environ un mois il nous a apporté et nous avons mangé ensemble un lapin qu’il m’a [dit] d’abord lui avoir été donné puis qu’il avait payé 50 centimes. »

Après lecture faite, le sieur Long a signé avec nous.
La dame Eugénie Aubert, épouse Alexis André, âgée de 52 ans, bouchère, domiciliée rue Frucherie n°72, reconnaît comme lui appartenant, d’après le signalement donné par le sieur Long, les deux lapins achetés par ce dernier à Guichard, qui ont fait l’objet d’un procès-verbal du 7 septembre dressé par les gardes Saint-Léger et Sauze.
Nous avons ensuite procédé à un nouvel interrogatoire du sieur Guichard Antoine, lequel, après de nombreuses et vives dénégations, nous a déclaré ce qui suit :

« Je reconnais avoir volé les deux poules chez le sieur Bras de Fer, à Saint-Canadet.
« J’ai volé les six lapins qui ont été trouvés en ma possession à Saint-Canadet dans une campagne qui se trouve à environ deux kilomètres de celle du sieur Bras de Fer.
« Il y a sept à huit jours, j’ai volé deux lapins chez le sieur Gautier, méger, commune de Vauvenargues, dont l’habitation est à environ quatre kilomètres avant d’arriver à ce village. J’ai mangé ces deux lapins avec une femme dont j’ignore le nom et l’adresse, au Pont-de-l’Arc.
« Je reconnais avoir vendu deux lapins mâle et femelle au sieur Long, mais je ne les ai pas pris dans la propriété de Mme Alexis ; [ils] viennent de Vauvenargues.
« Quant à la corde dont vous m’avez trouvé en possession, je l’ai achetée en même temps que les chiffons à un autre chiffonnier que je ne connais pas. »

Nous étant transporté dans la chambre, rue de Venel n°6, qui sert de pied-à-terre, nous y avons trouvé 19 pièces de linge diverses portant des marques différentes que nous avons saisies, et que le sieur Guichard affirme avoir achetées dans ses tournées.
Nous avons fait conduire le sieur Guichard devant M. le Procureur de la République pour y être laissé à sa disposition.
Fait à Aix, etc.

Note

1. Il s’agit probablement du Chaudon, situé au sud-est de Digne (Alpes-de-Haute-Provence).

  • Source : Archives communales d’Aix-en-Provence, I1-15 n°390

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