04 - Allons Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/04-allons/ 500 ans de faits divers en Provence Sun, 22 Mar 2026 20:43:48 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png 04 - Allons Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/04-allons/ 32 32 La fatalité du sergent Bitterlin (Toulon, 27 janvier 1830) https://www.geneprovence.com/la-fatalite-du-sergent-bitterlin-toulon-27-janvier-1830/ https://www.geneprovence.com/la-fatalite-du-sergent-bitterlin-toulon-27-janvier-1830/#respond Sun, 22 Mar 2026 14:47:38 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27842 Voici l’histoire d’un drame qui, en 1830, émut toute la population de la Provence. Joseph Bitterlin était né à Pont-à-Mousson en 1804. Après avoir reçu une instruction soignée, sa famille…

L’article La fatalité du sergent Bitterlin (Toulon, 27 janvier 1830) est apparu en premier sur GénéProvence.

]]>

Voici l’histoire d’un drame qui, en 1830, émut toute la population de la Provence.
Joseph Bitterlin était né à Pont-à-Mousson en 1804. Après avoir reçu une instruction soignée, sa famille le laissa libre de choisir une carrière. À dix-huit ans, il s’engagea volontairement dans le 3e régiment de ligne. On s’accordait généralement à croire que ce sont des chagrins d’amour qui l’avaient mené à cette résolution, bien que son caractère courageux et son cœur agité par la passion de la gloire lui fissent préférer l’état militaire.

L’ascension et la cible de la vexation

Bitterlin fut distingué par ses chefs, aimé et estimé de ses camarades. Il ne tarda pas à obtenir les galons de sous-officier. Ses sympathies, que lui méritait son caractère doux et hardi, s’augmentaient encore de sa beauté physique. Il était soigné à l’excès dans sa toilette, à laquelle il consacrait la majeure partie de la pension que lui faisait sa famille. Sa toilette était toujours de la plus irréprochable élégance, et les officiers de son régiment étaient fiers de leur beau sergent. Bitterlin avait la taille haute et bien prise, sa tête était belle et expressive, et ses cheveux très blonds donnaient à sa physionomie une apparence juvénile qui le rendait plus intéressant encore.
En janvier 1830, le 3e de ligne tenait garnison à Toulon et occupait la caserne Saint-Louis.
Le sergent avait le malheur d’être la cible de l’adjudant Bec. L’adjudant, dont l’esprit inquiet et minutieux cherchait toujours des motifs de vexations contre les sous-officiers, ne put supporter patiemment le régime de vexations auquel son supérieur voulait le soumettre. Cette résistance valut à Bitterlin un redoublement de sévérité, l’adjudant ne cessant de le réprimander et de le punir. Bec cherchait surtout à vexer le sergent contre le goût excessif que Bitterlin avait pour la toilette.

L’humiliation fatale

Ce système atteignit son paroxysme le 26 janvier 1830 au matin, lorsque Bitterlin voulut quitter la caserne. L’adjudant l’arrêta au passage.
« Sergent, lui dit-il, vous ne sortirez pas avec les épaulettes que vous portez…. »
L’adjudant déclara qu’elles n’étaient pas conformes à l’ordonnance.
Bitterlin rétorqua : « Mais vous passez bien quelques fantaisies aux autres. »
L’adjudant répliqua : « Je fais ce qu’il me plaît. »
Bitterlin répondit : « Et moi aussi », et, passant outre, il quitta brusquement l’adjudant.
Le soir, quand le sergent rentra à la caserne, il apprit qu’il avait été porté au livre des punitions pour quatre jours de salle de police.
Dans sa chambre, il ouvrit silencieusement sa malle. De grosses larmes roulaient dans ses yeux bleus. Il en tira un après l’autre tous les menus objets qu’elle contenait, et les distribua à ses amis qui entraient dans sa chambre, leur donnant à chacun un souvenir, sans prononcer une seule parole. Les sous-officiers furent effrayés.
Un de ses chers amis lui dit : « Eh quoi ! pour quatre jours de salle de police, tu veux te tuer ? »
Bitterlin répondit : « Je l’ai dit à l’adjudant, moi aussi je fais ce qu’il me plaît. »
Il s’échappa de ses amis pour cacher ses sanglots et s’enferma dans sa chambre particulière.
Bitterlin expliqua plus tard que son projet ne venait pas de peines d’argent, mais du chagrin causé par la vexation.

Le projet de vengeance et l’erreur funeste

Pendant un repos, Bitterlin prit son fusil, descendit le long du mur des fortifications et chargea son arme. Dans sa précipitation, il mit un tampon trop fort dans le canon, l’obligeant à s’aider d’une pierre et de sa baguette. Il conçut alors un projet funèbre : se venger, se débarrasser de l’adjudant Bec, et se tuer lui-même en se plantant son sabre dans le cœur.
Pendant les manœuvres, il attendait le moment où l’adjudant passerait devant le front des troupes.
Quelques minutes auparavant, un capitaine, ayant appris ce qui s’était passé la veille, en avait fait part au colonel. Le colonel Charles d’Autane, officier de la Légion d’honneur, chevalier de Saint-Louis et de la Couronne de fer, originaire d’Allons (Basses-Alpes), sachant toute l’amitié que Bitterlin avait pour lui, et s’inquiétant de ses dispositions suicidaires, voulait le consoler lui-même.
M. d’Autane se dirigea à pied vers le pont d’Italie et y arriva au moment où Bitterlin gravissait la berge. En voyant apparaître le pompon blanc (couleur distinctive de l’État-Major), Bitterlin eut un mouvement de joie soudaine, croyant que c’était l’adjudant, et apprêta son fusil.
Alors, il reconnut son colonel. Il perdit la tête, se voyant déjà arrêté, traîné devant un conseil de guerre qui le condamnerait aux bagnes, et il préféra la mort à la honte.
Sans plus de délibération et sans même épauler son arme, il la déchargea à six pas environ dans le ventre du bon colonel.
M. d’Autane tomba foudroyé sans proférer un seul cri, sans faire entendre un gémissement. Ainsi périt, le 27 janvier 1830, à trois heures et demie, un brave officier de quarante-deux ans, qui laissait derrière lui une jeune femme et deux enfants1.
La détonation éveilla l’attention de tous. Le tambour-major se jeta sur lui. Bitterlin, qui avait jeté son fusil, cherchait à s’enfoncer le sabre-briquet dans le cœur, mais les larges buffleteries l’en empêchèrent. Bitterlin s’approcha du cadavre et versa d’abondantes larmes, répétant : « Ce n’est pas à lui que j’en voulais, j’aurais dû suivre mon premier projet et ne tuer que moi… »

Le jugement et le dernier acte

Bitterlin fut envoyé à Marseille où se trouvaient alors les Conseils de guerre. Il fut emprisonné au fort Saint-Jean, où il s’attira la sympathie des soldats vétérans. Le procès fut fixé au 22 février 1830 devant le deuxième Conseil de guerre, siégeant au Campement militaire, à la place Saint-Michel, et il fut condamné à mort.
Le jour de l’exécution, le 5 mars au matin, il était calme. Il fit ses adieux, ayant écrit une lettre à son fils à Strasbourg et à une jeune fille.
Le cortège le conduisit jusqu’à la place de la Tourette. Près du cimetière Saint-Laurent, Bitterlin demanda si c’était son lieu de repos. On lui dit que non. Il répliqua : « Là ou ailleurs, qu’importe ! »
Adossé contre le vieux mur, il consentit, après les instances de l’aumônier, à se faire bander les yeux. Le moment suprême approchait. Bitterlin demanda à commander le feu. D’une voix forte, il cria : « Apprêtez armes !… en joue !… feu!… »
Le courageux sergent tomba, frappé de huit balles. Il tomba la face tournée vers le ciel. Le corps du supplicié fut mis en terre au cimetière Saint-Charles.

L’épilogue tragique

L’histoire ne s’arrêta pas là. L’adjudant Bec était inconsolable des suites terribles des tracasseries qu’il avait exercées contre le sergent. Le marasme s’empara de son âme. Enfin, le 30 mars à six heures, il tira son sabre du fourreau, s’en appliqua la pointe sur le cœur et, prenant le lit pour point d’appui, se laissa tomber sur son arme.
Tel est le récit de cette tragique affaire, qui causa une tristesse générale dans toute la population de Marseille et de Toulon. Le destin tragique du sergent Bitterlin, du colonel d’Autane et de l’adjudant Bec s’est joué à Marseille en 1830. Cette sombre chronique, pleine de vexations, de désespoir et d’une erreur fatale, illustre comment un concours de circonstances peut faire basculer l’honneur dans la tragédie. Même après deux siècles, se souvenir de ces hommes et de leur double drame est essentiel pour comprendre la complexité de nos ancêtres. Nous perpétuons leur mémoire, non pour le crime, mais tout simplement par humanité.
Note
1. Encore jeune au moment de sa mort, Charles d’Autane, connu sous le nom de Comte d’Autane, était entré à 13 ans dans les chasseurs de l’armée de Condé. Nommé capitaine le 21 décembre 1811, il avait fait les campagnes de Dalmatie, du Tyrol, d’Allemagne et d’Espagne, et avait même été blessé à Murviedro le 4 novembre 1811 et avait reçu une balle dans la cuisse lors du combat de Loriol, le 2 avril 1815. Au moment de sa mort, il était colonel au 7e régiment d’infanterie de ligne où il avait été nommé le 28 août 1827 et avait commandé le 3e régiment de ligne dans les Alpes et à Toulon. (source : http://genobco.free.fr/provence/Autane.htm)
  • Source : Le Petit Marseillais, 25-27 juin 1868.

L’article La fatalité du sergent Bitterlin (Toulon, 27 janvier 1830) est apparu en premier sur GénéProvence.

]]>
https://www.geneprovence.com/la-fatalite-du-sergent-bitterlin-toulon-27-janvier-1830/feed/ 0