Proverbe Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/proverbe/ 500 ans de faits divers en Provence Wed, 15 Oct 2025 11:51:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Proverbe Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/proverbe/ 32 32 « Hodie mihi cras tibi », l’avertissement du curé (Brantes, 1665) https://www.geneprovence.com/hodie-mihi-cras-tibi-lavertissement-du-cure-brantes-1665/ https://www.geneprovence.com/hodie-mihi-cras-tibi-lavertissement-du-cure-brantes-1665/#respond Wed, 15 Oct 2025 11:46:33 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26557 En feuilletant les registres de sépultures de la paroisse de Brantes (Vaucluse) pour la période 1665-1704, le généalogiste ne trouve pas qu’une simple liste de défunts. Il découvre une page…

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En feuilletant les registres de sépultures de la paroisse de Brantes (Vaucluse) pour la période 1665-1704, le généalogiste ne trouve pas qu’une simple liste de défunts. Il découvre une page d’ouverture frappante, ornée d’une gravure macabre et d’une sentence latine, qui nous plonge immédiatement dans l’atmosphère spirituelle et culturelle de la Provence de l’Ancien Régime. Ce document, rédigé par un curé soucieux du salut de ses ouailles, est un puissant memento mori gravé sur les pages du temps.

Hodie mihi cras tibi : l’écho de l’éternité

La formule latine, calligraphiée avec soin, est limpide : « Hodie mihi cras tibi » se traduit par « Aujourd’hui pour moi, demain pour toi ». Cette maxime, dont l’origine remonte à l’Antiquité mais qui fut popularisée par le christianisme médiéval, est l’un des piliers de la doctrine du memento mori (« Souviens-toi que tu mourras »).
Placée en exergue du registre des morts, elle n’est pas qu’une décoration. Elle sert d’avertissement solennel à quiconque ouvre ce livre, qu’il soit le prêtre officiant, le sacristain, ou l’humble paroissien qui viendrait s’y référer. Le curé de Brantes rappelle ainsi que la mort, déjà passée pour ceux dont les noms sont inscrits, est la seule certitude qui attende encore les vivants. C’est un appel urgent à la piété et à la pénitence, car le temps de la mort est imprévisible.

L’iconographie de la vanité : tête de mort et larmes provençales

Le dessin qui surmonte la sentence renforce son message de manière saisissante. Il représente une tête de mort surmontant deux os croisés (le tibia et le fémur, souvent). C’est l’image classique de la vanité, qui symbolise l’état final du corps et la déchéance des gloires terrestres.
Ce qui attire l’œil, ce sont les gouttes stylisées qui entourent le crâne. Si la tentation est d’y voir du sang, elles sont le plus souvent interprétées dans l’iconographie chrétienne comme des larmes. Ces larmes de deuil traduisent la douleur de la communauté de Brantes face à la perte de ses membres. Plus profondément, elles symbolisent les larmes de pénitence que l’on doit verser de son vivant pour s’assurer du salut de son âme au moment de la mort. Dans une Provence souvent éprouvée par les épidémies et les disettes de cette période, la mort n’était pas un concept abstrait, mais une réalité quotidienne, nécessitant une préparation constante et un repentir sincère.
Ce document n’est donc pas qu’une donnée généalogique ; c’est une véritable leçon de théologie locale, gravée par la main du curé pour enseigner la brièveté de la vie et la nécessité de la vertu. Il nous rappelle que pour nos ancêtres provençaux, la vie se lisait toujours à l’ombre de la mort.

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L’origine de « Vai cag’Endoumé », dicton marseillais du XIXe siècle https://www.geneprovence.com/lorigine-de-vai-cagendoume-dicton-marseillais-du-xixe-siecle/ https://www.geneprovence.com/lorigine-de-vai-cagendoume-dicton-marseillais-du-xixe-siecle/#respond Mon, 24 Feb 2025 05:30:28 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=24552 Sous l’Ancien Régime, pour être agréé patron de barque à Marseille, il fallait faire preuve de capacité et d’honnête fortune devant la très insigne confrérie des gens de mer. Les…

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Sous l’Ancien Régime, pour être agréé patron de barque à Marseille, il fallait faire preuve de capacité et d’honnête fortune devant la très insigne confrérie des gens de mer. Les Prieurs ou syndics de cette œuvre avaient imaginé un excellent moyen pour faire cette double enquête par un seul et unique examen.
La session s’ouvrait le dimanche après Noël, à midi, en plein air, sur le quai Saint-Jean.
Le syndic-maje traçait d’abord au charbon, sur le pavé, une espèce de marelle (rappelons que marelle vient du latin mar, « la mer ») qu’il prétendait être la carte muette du littoral depuis Gibraltar jusqu’à Constantinople. Cela fait, le candidat était introduit dans la mer, tandis que les examinateurs restaient à terre.
L’épreuve était toujours le récit animé d’un court voyage dont le port était le point de départ. Dans sa narration le postulant employait le plus possible de mots techniques et marchait le long de la soi-disant côte, en signalant tous les caps, golfes, baies, calanques, etc. devant lesquels il passait, en prenant grand soin de les marquer sur la carte par une pièce de monnaie proportionnée à l’importance des lieux.
Le voyage terminé, les Prieurs n’avaient plus, pour s’assurer du mérite du candidat, qu’à compter la recette, qui était d’autant plus forte qu’il connaissait mieux la côte et qu’il était plus généreux.
Tant pis pour les ignorants et les avares !
Le 28 décembre 1693, Pierre Estubly se présenta devant le redoutable tribunal. Il n’était pas très bon navigateur et ne savait pas un mot de ce métier, mais il tenait dans sa main un petit saquet qui rendit un son très réjouissant quand le candidat sauta dans la mer.
Le misérable avait espéré corrompre les juges mais il fut bien déçu, car à peine le syndic eut-il avisé la quantité de marques qu’Estubly avait à sa disposition, qu’il s’écria :
« Vaï ei dardanellos, et revendras ! » (Va aux Dardadanelles et tu reviens !)
Jamais on n’avait ordonné une si rude épreuve.
Le jeune homme part, il va tout droit déjeuner en Sicile, de là il part boire un coup dans l’Archipel et il dîne un moment après à Constantinople.
Il n’avait déboursé que quatre astériques.
Les Prieurs avaient l’air de se dire : « Se moque-t-il de nous ? »
Restait le retour.
Il fut aussi émouvant que l’aller, à cela près que le voyageur ne passa que par les points déjà visités et qu’il jugea inutile de remarquer. Il approchait de Marseille, quand l’un des prieurs, n’y tenant plus, lui cria :
« Et Morgiou!
— Vouei ! répondit Estubly, soupi à Morgiou !
— Soupés à Morgiou ! riposta le syndic, exaspéré, et ben ! aro, vai carg’Endoumé !
En même temps tous les Prieurs tournèrent le dos au candidat tout confus, et l’auditoire partit d’un éclat de rire dont l’écho archéologique devait encore s’entendre au XIXe siècle.
Seulement les malicieux Marseillais, trouvant qu’après un souper à Morgiou, il n’y avait guère opportunité d’aller charger à Endoume, ont quelque peu modifié le dernier mot des Prieurs et en ont fait le proverbe tel qu’on l’entendait prononcer jusque dans les années 1860. Il n’y avait qu’un r à supprimer dans le mot carga et ils n’hésitèrent pas à commettre cette mutilation.
  • Source : Le Petit Marseillais, 22 mai 1868, p. 3, 4.

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Les rats ont mangé l’oremus (Marseille, juillet 1658) https://www.geneprovence.com/les-rats-ont-mange-loremus-marseille-juillet-1658/ https://www.geneprovence.com/les-rats-ont-mange-loremus-marseille-juillet-1658/#respond Fri, 14 Jun 2024 20:40:41 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=21138 L EXISTAIT À Marseille jusqu’au XIXe siècle un proverbe que l’on prononçait ainsi dans la langue du peuple : « lei gari an mangea l’aouremus » et que l’on traduira par « les…

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L EXISTAIT À Marseille jusqu’au XIXe siècle un proverbe que l’on prononçait ainsi dans la langue du peuple : « lei gari an mangea l’aouremus » et que l’on traduira par « les rats ont mangé l’oremus ». En voici l’origine.
En juillet 1658, les consuls de Marseille élaboraient le programme des réjouissances publiques qui seraient données à l’occasion de la victoire des Dunes remportées par Turenne contre les Espagnols (14 juin 1658), lorsque Étienne de Puget, évêque de Marseille, sans s’être concerté avec les édiles de la ville, ordonna un Te Deum qui serait chanté à la cathédrale.
Les consuls se récrièrent contre l’évêque mais celui-ci ne voulut rien entendre. Ce que voyant, Labaume, premier consul, décida qu’à la même heure où le Te Deum serait chanté à la cathédrale, on en chanterait un pour le compte de la ville à l’église des Accoules.
L’évêque interdit à quiconque, prêtre ou clerc, de prêter son concours à ce chant.
Labaume s’assura la maîtrise de Saint-Victor et, à l’heure indiquée, le corps municipal se rendit en grande pompe à l’église des Accoules. On dit au bedeau de sonner la cloche, il s’y refusa et un conseiller s’acquitta de ce préliminaire.
Quand il fallut allumer les cierges, point de sacristain. Le second consul fut obligé de remplir cette fonction.
Vint le moment d’entonner le Te Deum, mais où était le chantre ? Labaume lui-même entama d’une voix de stentor le premier verset du cantique.
Tout allait plutôt bien jusque-là. Chacun avait fait son devoir mais, le chant terminé, restait à dire l’oraison. Et là, pour le coup, le prêtre était indispensable.
C’est alors que Labaume, animé de ce bon esprit marseillais, qui trouvait expédient à tout, monta les degrés de l’autel et s’adressant au peuple : « Aven fa nouestre dévé, dit-il. N’a proun, lei gari an mangea l’aouremus ! » (« Nous avons fait notre devoir. Il n’y a rien d’autre. Les rats ont mangé l’orémus ! »)
La foule se retira en riant et les paroles du consul restèrent longtemps pour exprimer l’action d’un plaisant qui se tire d’un embarras au moyen d’une facétie.
  • D’après Le Petit Marseillais, 3 avril 1868, p. 3.
Faits divers de Marseille

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