Jean Marie Desbois, auteur/autrice sur GénéProvence https://www.geneprovence.com/author/jmdesbois/ 500 ans de faits divers en Provence Fri, 27 Feb 2026 11:53:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Jean Marie Desbois, auteur/autrice sur GénéProvence https://www.geneprovence.com/author/jmdesbois/ 32 32 La fortune d’un orphelin (Marseille, 1845) https://www.geneprovence.com/la-fortune-dun-orphelin-marseille-1845/ https://www.geneprovence.com/la-fortune-dun-orphelin-marseille-1845/#respond Thu, 26 Feb 2026 22:05:51 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27628 C’est l’histoire véridique d’un pauvre enfant abandonné qui, par la force de ses qualités et l’humanité de quelques âmes charitables, a connu un destin exceptionnel. L’histoire commence en 1845. M.…

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C’est l’histoire véridique d’un pauvre enfant abandonné qui, par la force de ses qualités et l’humanité de quelques âmes charitables, a connu un destin exceptionnel.
L’histoire commence en 1845. M. et Mme D., d’honnêtes rentiers de Marseille, recueillirent un enfant abandonné au coin de leur rue. L’enfant, dont la gentillesse et les bonnes qualités n’avaient pas tardé à se concilier leur affection, fut aimé comme leur fils.
Hélas, une fatalité frappa la générosité : la faillite du banquier où était placée leur fortune obligea M. et Mme D… à travailler pour vivre, et à renoncer à garder le jeune garçon auprès d’eux.
L’enfant fut alors placé en apprentissage dans un grand atelier de menuiserie. Le maître de l’atelier ne tarda pas à remarquer son intelligence et en fit bientôt son factotum.
Lorsque l’enfant devint un jeune homme, la confiance de son maître s’accrut. Il l’envoya voyager au Nord de la France et en Allemagne pour y faire ses achats en bois de toutes sortes. Il accomplit sa mission avec un tel succès et une telle habileté qu’à son retour, il obtint un intérêt dans l’entreprise. Mieux encore, il vint épouser, en juin 1868, la fille de son maître.
Loin d’oublier ses bienfaiteurs, M. et Mme D., le jeune homme eut pitié de leur sort et de ce qu’ils étaient devenus. Il tint à ce qu’ils viennent habiter chez lui.
Plus encore, se souvenant de leur grande misère, il leur constitua une rente qui, à elle seule, suffisait à les rendre indépendants et à les faire vivre dans une honnête aisance.
L’histoire s’arrête là et nous sommes bien désolés de ne pas connaître le nom de ce brave jeune homme.
  • Source : Le Petit Marseillais, 23 juin 1868, p. 3.

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[Ancien provençal] Module 3 – Grammaire de base https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-3-grammaire-de-base/ https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-3-grammaire-de-base/#respond Wed, 25 Feb 2026 16:58:34 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27605 > Langue provençale

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<< Module 3 : Grammaire de base

Après avoir étudié le contexte historique et les fondements graphiques de l’ancien provençal, nous abordons maintenant sa structure grammaticale. Comprendre les mécanismes essentiels de la langue permet de lire les textes médiévaux avec méthode et précision.

Comprendre la structure pour lire avec méthode

Lo cavaliers porta l’espaza.

« Lo cavaliers porta l’espaza. »
Le chevalier porte l’épée.

Dans cette phrase, lo est l’article défini masculin singulier, cavaliers est le sujet, porta le verbe au présent, et l’espaza le complément d’objet.

Le nom : genre, nombre et survivances du latin

« Li barons ven. »
Le baron vient.

« Vei lo baron. »
Je vois le baron.

La forme en -s peut marquer l’ancien cas sujet masculin singulier. Cette distinction tend à disparaître au XIIIe siècle.

« Las domnas son bellas. »
Les dames sont belles.

Les articles

« Lo castel es fort. »
Le château est fort.

« L’amor es granda. »
L’amour est grande.

L’article indéfini apparaît sous les formes un et una.

Bela domna canta.

« Una domna canta. »
Une dame chante.

L’adjectif : accord et position

« Bela domna canta. »
La belle dame chante.

« Gran dolor sent. »
Il ressent une grande douleur.

L’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom.

Les pronoms

« Ieu vos salutz. »
Je vous salue.

« El me dona flor. »
Il me donne une fleur.

La terminaison verbale permet souvent d’identifier le sujet implicite.

Le verbe : bases essentielles

« Ieu cant per joi. »
Je chante par joie.

« Amor es poderosa. »
L’amour est puissant.

« Ieu ai joi. »
J’ai de la joie.

L’imparfait

« El cantava tota nuèch. »
Il chantait toute la nuit.

Le futur

« Ieu tornarai deman. »
Je reviendrai demain.

Le participe passé

« Lo libre es escrit. »
Le livre est écrit.

La négation et l’ordre des mots

« Ieu non sai. »
Je ne sais pas.

« Lo joglar canta canson. »
Le jongleur chante une chanson.

« Canta lo joglar. »
Chante le jongleur.


Exercices intégrés

Exercice 1 — Identifier la fonction

Analysez les phrases suivantes :

« Lo reis parla al baron. »
Le roi parle au baron.

« Las domnas cantan. »
Les dames chantent.

« Ieu vei lo castel. »
Je vois le château.

« El non a joi. »
Il n’a pas de joie.

Correction

Identifiez d’abord le verbe, puis le sujet et enfin les compléments éventuels.

Exercice 2 — Genre et nombre

« los senhors »
les seigneurs

« bella domna »
belle dame

« bels cavaliers »
beaux chevaliers

« la flor »
la fleur

Exercice 3 — Traduction guidée

« Quan la luna es levada, lo cavaliers part. »
Quand la lune est levée, le chevalier part.

« Amor non mor. »
L’amour ne meurt pas.

« Nos avem gran joi. »
Nous avons grande joie.

Exercice 4 — Analyse complète

« Lo joglar que canta d’amor es amat per la cort. »
Le jongleur qui chante d’amour est aimé par la cour.

Module 4 : Verbes et conjugaison avancée >>

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Tombé du haut d’un moulin (Boulbon, 12 décembre 1724) https://www.geneprovence.com/tombe-du-haut-dun-moulin-boulbon-12-decembre-1724/ https://www.geneprovence.com/tombe-du-haut-dun-moulin-boulbon-12-decembre-1724/#respond Tue, 24 Feb 2026 18:27:57 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27593 Sous l’Ancien Régime, le meunier de Boulbon occupe une position sociale charnière, alliant la maîtrise technique du moulin à vent à des responsabilités administratives comme procureur juridictionnel. Ce cumul de…

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Sous l’Ancien Régime, le meunier de Boulbon occupe une position sociale charnière, alliant la maîtrise technique du moulin à vent à des responsabilités administratives comme procureur juridictionnel. Ce cumul de fonctions souligne son influence locale, loin de l’image du simple artisan. En 1724, la médecine rurale, démunie face aux traumatismes crâniens ou aux hémorragies internes consécutifs à une telle chute, ne peut que constater le décès immédiat. L’expression « rester sur le carreau » traduit ici la violence du choc sur le sol dallé du moulin, mettant un terme brutal à une carrière de notable villageois sexagénaire.

« Le 13 décembre 1724, a été enseveli Alphonse Berlandier, meunier, procureur juridictionnel, mort hier d’une chute du haut de son moulin, qui le fit rester sur le carreau.
Il était âgé d’environ soixante ans.
Anima eius requiescat in pace. »
[Perier vicaire]
  • Source : Registre paroissial de Boulbon, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 222.

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Un drame de neuf mètres (Arles, 9 février 1840) https://www.geneprovence.com/un-drame-de-neuf-metres-arles-9-fevrier-1840/ https://www.geneprovence.com/un-drame-de-neuf-metres-arles-9-fevrier-1840/#respond Sun, 22 Feb 2026 21:34:10 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27576 Le théâtre, lieu de toutes les magies et de tous les mirages, est aussi, dans ses coulisses, un monde de péril. C’est là, dans les hauteurs sombres où l’on manœuvre…

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Le théâtre, lieu de toutes les magies et de tous les mirages, est aussi, dans ses coulisses, un monde de péril. C’est là, dans les hauteurs sombres où l’on manœuvre les décors, que se joua, un dimanche, une tragédie dénuée de tout artifice, mais d’une déplorable réalité.

Le danger dans la galerie

L’acteur malheureux de ce drame fut un ouvrier machiniste, dont le rôle essentiel est de donner vie à la scène, de monter et descendre les toiles et les décors. L’incident se produisit au théâtre d’Arles (Bouches-du-Rhône), après que le rideau eut été baissé.
Après investigation, il nous semble avoir retrouvé l’identité de la victime de cette histoire. Selon nous, le jeune homme en question se nommait Étienne-Paul Barbier, avait 29 ans, était originaire de Bourg-de-Péage (Drôme) et, au moment des faits, travaillait en qualité de menuisier pour l’entreprise de M. Jean Flory, dans la rue de la Roquette, à Arles.
Dans les arcanes de la machinerie, une des galeries établies pour le service des décors se trouvait obstruée. Voulant à tout prix contourner cet obstacle pour poursuivre son travail, l’ouvrier prit une décision fatale : il entreprit de passer en dehors des garde-fous qui ceignent pourtant ces galeries.

La chute de neuf mètres

L’homme s’engagea dans le vide, comptant sur la seule force de ses bras. Hélas, ses mains durent glisser. Précipité dans le vide, il fit une chute vertigineuse d’une hauteur de neuf mètres, s’écrasant sur la scène, juste à côté de la première coulisse.
L’ouvrier machiniste resta raide sans mouvement après l’impact. Il fut immédiatement transporté à l’hôpital de la ville, l’hôtel-Dieu Saint-Esprit, mais la gravité de ses blessures était telle qu’il y mourut dans la nuit, aux alentours d’une heure du matin.
Ce fut une fin amère et violente, loin des projecteurs. Cependant, au milieu de l’affliction, une seule consolation fut notée : ce passage était très fréquenté et l’on se félicita que personne n’eût occupé cet endroit au moment précis où le malheureux y fut précipité.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 15 février 1840, p. 4.
  • Registre d’état civil de la ville d’Arles, année 1840, 203 E 1170, acte no 59, Archives départementales des Bouches-du-Rhône.

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Un enfant mordu par un chien enragé (Tourtour, 1er avril 1642) https://www.geneprovence.com/un-enfant-mordu-par-un-chien-enrage-tourtour-1er-avril-1642/ https://www.geneprovence.com/un-enfant-mordu-par-un-chien-enrage-tourtour-1er-avril-1642/#respond Wed, 18 Feb 2026 22:53:01 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27562 Cette tragique mention dans les registres paroissiaux de Tourtour en 1642 met en lumière la réalité clinique de la rage avant l’ère pasteurienne. La période d’incubation de quarante jours décrite…

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Cette tragique mention dans les registres paroissiaux de Tourtour en 1642 met en lumière la réalité clinique de la rage avant l’ère pasteurienne. La période d’incubation de quarante jours décrite ici correspond précisément aux observations médicales modernes du virus. Le jeune Jean Fadon, originaire de Bauduen et demeurant dans une bastide isolée, subit l’évolution classique de la maladie : une cicatrisation apparente de la morsure suivie d’une phase de dysphagie et d’hydrophobie. Dans cette Provence rurale du XVIIe siècle, l’impossibilité de s’alimenter marquait l’entrée irréversible dans la phase terminale d’une pathologie alors incurable.

« Le jour dit [1er avril] 1642, avons enterré un pauvre enfant nommé Jean Fadon, natif de Bauduen, qui demeurait en [une] certaine bastide à Beauvezet (?),
Qui, étant mordu d’un chien enragé et étant guéri, il se trouva dans l’impossibilité de manger quoique ce soit de contraire [à son état], jusqu’à ce que la rage l’emporte. Il est mort et [a été] enseveli au cimetière de Tourtour, à l’extrémité d’icelui du côté du levant quarante jours après sa morsure. »
  • Source : Archives départementales du Var, 1MIEC204R1.

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Des cimes aux chemins de Provence : l’épopée des marchands de lacets https://www.geneprovence.com/des-cimes-aux-chemins-de-provence-lepopee-des-marchands-de-lacets/ https://www.geneprovence.com/des-cimes-aux-chemins-de-provence-lepopee-des-marchands-de-lacets/#respond Tue, 17 Feb 2026 14:08:50 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27549 L’origine géographique : des sommets vers la plaine Le métier de lacetier, ou lacetaire en langue provençale, fut longtemps l’une de ces figures emblématiques qui animaient les chemins de notre…

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L’origine géographique : des sommets vers la plaine

Le métier de lacetier, ou lacetaire en langue provençale, fut longtemps l’une de ces figures emblématiques qui animaient les chemins de notre région. Véritable mercenaire de la petite marchandise, ce colporteur ne transportait pas de grands trésors, mais une multitude de menus objets indispensables au quotidien. Dans une Provence autrefois composée de bastides isolées et de villages perchés, l’accès aux biens manufacturés restait un défi permanent pour les populations rurales.
Le lacetier jouait donc un rôle social et économique crucial. En brisant l’enclavement des campagnes, il apportait jusqu’au seuil des fermes du Luberon ou du Var le fil, l’aiguille et, bien sûr, le lacet de cuir ou de coton nécessaire au maintien des vêtements et des souliers. Les grandes foires régionales, comme celle de Beaucaire ou les marchés de Sisteron et d’Apt, servaient de points de ralliement où ces marchands s’approvisionnaient avant de s’élancer sur les routes poussiéreuses pour desservir chaque recoin du territoire provençal.

L’origine géographique : des sommets vers la plaine

La marchande de lacets. Photographie : Eugène Atget (1857-1927). Bibl. nat. de France.
L’histoire des vendeurs de lacets en Provence est indissociable de la géographie escarpée des Alpes. Ce métier ne naît pas d’une vocation commerciale spontanée, mais d’une nécessité vitale dictée par le rythme des saisons. Dès que les premières neiges isolaient les hautes vallées de l’Ubaye, du Queyras ou du Briançonnais, la terre devenait stérile et l’économie pastorale entrait en hibernation. Pour survivre et subvenir aux besoins de la famille restée au pays, les hommes devaient « s’expatrier » temporairement vers la Basse-Provence.
Cette migration saisonnière suivait un cycle parfaitement orchestré par le calendrier agricole. Le vendeur de lacets quittait son foyer à la Saint-Michel ou à la Toussaint, fuyant la rigueur des sommets pour la clémence des plaines provençales. Il ne revenait qu’aux premières fontes des neiges, au printemps, afin de reprendre les travaux des champs. Si certains venaient des confins du Dauphiné, beaucoup traversaient également la frontière depuis le Piémont italien. Ce brassage entre la « haute » et la « basse » terre a profondément marqué l’identité de notre région, transformant ces sommets hostiles en réservoirs de main-d’œuvre et d’ingéniosité marchande pour toute la Provence.

La marchandise et la « balle » du colporteur : un magasin sur le dos

L’outil de travail du lacetier était sa « balle », une caisse en bois compartimentée ou un volumineux ballot de toile que l’homme portait à même le dos, maintenu par de larges lanières de cuir. Ce coffre portatif, véritable cabinet de curiosités, s’ouvrait comme un autel profane sur la place des villages ou dans la cour des bastides. À l’intérieur, chaque millimètre était optimisé pour offrir un inventaire d’une richesse insoupçonnée.
Si le lacet de cuir ou de fil de lin pour les souliers et les corsets restait le produit phare, la diversité des articles était surprenante. Le marchand proposait de la mercerie fine : des rubans de soie chatoyants pour les coiffes, des aiguilles de fer poli, des dés à coudre, des pelotes de coton et des boutons de nacre ou d’os. Pour les ménagères des zones les plus enclavées, du Luberon sauvage aux collines du Var, l’arrivée du lacetier était une bénédiction. Il apportait le raffinement de la ville et les outils nécessaires à l’entretien du trousseau familial. Sans lui, les femmes de Provence auraient dû attendre les rares déplacements aux foires lointaines pour obtenir ces menus trésors indispensables à la tenue et à l’élégance du foyer.

Un réseau irriguant toute la Provence

Le rayonnement de ces marchands dépassait largement les contreforts alpins pour dessiner une véritable toile d’araignée sur l’ensemble du territoire. Leurs itinéraires, dictés par le calendrier des foires, les menaient des rives du Rhône jusqu’au littoral méditerranéen. La foire de Beaucaire constituait leur centre névralgique : ils s’y approvisionnaient en mercerie fine, rubans et lacets venus de Lyon ou d’Orient, avant de s’enfoncer dans l’arrière-pays varois ou de rejoindre les ports de Marseille et Toulon.
Au-delà de l’échange commercial, le lacetier agissait comme un précieux vecteur de lien social. Dans une Provence où l’information voyageait lentement, il était celui qui colportait les nouvelles d’une vallée à l’autre, racontant les récoltes du Comtat Venaissin aux habitants de la Sainte-Baume. Son arrivée brisait la solitude des bastides isolées et des hameaux perchés.
Dans les cités plus denses comme Aix ou Arles, sa présence était avant tout sonore. Le « cri » du lacetier, déformé par l’accent et l’usage, résonnait dans les rues étroites, signalant aux ménagères le passage de la « balle ». Ce paysage sonore, aujourd’hui disparu, faisait du marchand ambulant un acteur familier et indispensable de la vie urbaine provençale, reliant par ses pas les mondes ruraux et citadins.

Une figure sociale entre méfiance et attente

Le lacetier occupait une place singulière dans l’imaginaire provençal, oscillant sans cesse entre le rejet et la bienvenue. En tant qu’homme de passage, il incarnait la figure de l’étranger, celui dont on ne connaît ni la lignée ni le logis. Dans les villages de l’arrière-pays, son arrivée suscitait une pointe de méfiance ; on surveillait ce nomade qui s’introduisait dans l’intimité des bastides. Pourtant, cette réserve s’effaçait vite devant l’utilité de sa « balle ». On l’attendait avec impatience, car il était le seul lien concret avec les manufactures lointaines.
Son rôle était particulièrement crucial auprès des femmes. Pour l’entretien du linge de maison, la réparation des trousseaux ou l’ajustement des corsets et des coiffes traditionnelles, le lacetier était le fournisseur providentiel. Il apportait le ruban rare ou le lacet de cuir souple qui faisait défaut au fond d’un vallon isolé du Var ou des Maures. Cette circulation permanente n’échappait pas à l’œil de l’État : le lacetier devait produire son passeport intérieur à chaque étape, document indispensable pour justifier de son identité et ne pas être confondu avec un vagabond. Cette surveillance administrative souligne combien ces travailleurs, bien que mobiles, étaient intégrés et contrôlés au cœur de la société provençale.

Déclin et traces généalogiques

Le crépuscule des vendeurs de lacets s’amorce avec la révolution des transports à la fin du XIXe siècle. L’arrivée du chemin de fer en Provence et l’essor des grands magasins à Marseille ou Avignon sédentarisent le commerce. La « balle » ne peut plus rivaliser avec la diversité et la régularité des boutiques fixes. Le colporteur, autrefois lien vital entre les vallées et les plaines, s’efface peu à peu du paysage provençal pour devenir une figure de folklore.
Pour le généalogiste, retracer le parcours d’un ancêtre lacetier demande une lecture attentive des registres. Dans l’état civil ou les recensements, le métier est rarement figé : on guettera les mentions de « marchand ambulant », « porte-balle » ou « colporteur ». Ces hommes, souvent de passage, apparaissent parfois lors d’un mariage ou d’un décès loin de leur terre natale, signalant ainsi leur itinéraire.
Les sources ne s’arrêtent pas aux registres paroissiaux. Les listes de passagers des messageries et les passeports intérieurs, conservés aux Archives départementales, sont des mines d’or. Plus surprenant, les registres d’écrous des prisons peuvent révéler un ancêtre arrêté pour « vagabondage » ou défaut de patente, offrant un portrait physique et un itinéraire précis de ces modestes voyageurs qui ont arpenté chaque sentier de notre Provence.

Sources

Sources bibliographiques et historiques
Laurence Fontaine, Le voyage et la mémoire : colporteurs de l’Oisans au XIXe siècle (Presses Universitaires de Lyon). Ses travaux font référence sur les réseaux de colportage alpin et leur déploiement vers le sud.
Robert Mandrou, De la culture populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles. Un ouvrage essentiel pour comprendre le contenu des « balles » et l’impact culturel des colporteurs.
Frédéric Mistral, Memòri e Rakonte (Mémoires et Récits). Pour le témoignage ethnographique sur la vie rurale en Provence et la perception des marchands de passage.
Abel Chatelain, Les migrants temporaires en France de 1800 à 1914. Cette étude détaille les flux saisonniers des montagnards vers la Basse-Provence.

Sources archivistiques (Typologie)
Série M des Archives Départementales (13, 04, 84) : Étude des passeports intérieurs et des registres de patentes, obligatoires pour les marchands ambulants à partir de la Révolution.
Série Y (Établissements pénitentiaires) : Registres d’écrous des prisons départementales (Aix, Digne, Draguignan), utiles pour retrouver les colporteurs signalés pour vagabondage ou défaut de papiers.
Recensements de population (Listes nominatives) : Analyse des mentions professionnelles fluctuantes entre « cultivateur » (au pays) et « marchand de lacets » (en déplacement).
Registres d’État civil : Relevés d’actes de décès « hors domicile » de marchands alpins décédés lors de leur tournée en Provence.

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Mort par ouï-dire (Valensole, août 1631) https://www.geneprovence.com/mort-par-oui-dire-valensole-aout-1631/ https://www.geneprovence.com/mort-par-oui-dire-valensole-aout-1631/#respond Mon, 16 Feb 2026 14:35:14 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27540 En août 1631, la peur est telle à Valensole en raison de l’épidémie de peste que le vicaire ne sort plus. Pour Jean de Loyton, il note simplement ce qu’on…

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En août 1631, la peur est telle à Valensole en raison de l’épidémie de peste que le vicaire ne sort plus. Pour Jean de Loyton, il note simplement ce qu’on lui a raconté : un corps ‘blanchi’ (sans doute à la chaux) et l’ultime recours aux reliques de saint Augustin pour protéger l’âme de celui qu’on ne peut plus approcher.

« L’on m’a rapporté que le […] du mois d’aoust Jan de Loyton fut enseveli après avoir esté blanchi [devant] les reliques de saint Augustin. »

  • Registre paroissial de Valensole, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0130.

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Un homme dans la citerne (Draguignan, 27 mai 1895) https://www.geneprovence.com/un-homme-dans-la-citerne-draguignan-27-mai-1895/ https://www.geneprovence.com/un-homme-dans-la-citerne-draguignan-27-mai-1895/#respond Mon, 16 Feb 2026 11:08:47 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27532 La routine des jours peut parfois être brisée par une image d’horreur, révélant une tragédie intime. C’est ce qui se produisit à Draguignan en cette fin de mai 1895, dans…

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La routine des jours peut parfois être brisée par une image d’horreur, révélant une tragédie intime. C’est ce qui se produisit à Draguignan en cette fin de mai 1895, dans la quiétude apparente de la campagne provençale.
Le 27 mai 1895, vers onze heures du matin, une jeune femme se rendit, comme à son habitude, puiser de l’eau à la citerne de la campagne Massel, située au quartier du Dragon. Mais à la surface de l’eau, elle ne trouva pas que le reflet du ciel : elle fut saisie d’effroi en apercevant une tête d’homme qui émergeait. Toute effrayée, elle courut alerter son mari qui s’empressa d’informer la police.

L’identification macabre

L’affaire fut prise au sérieux. À une heure de l’après-midi, M. le docteur Doze, accompagné de M. Delate, commissaire de police, et de M. Arbaud, brigadier de police, se transporta sur les lieux pour procéder aux constatations.
Retiré de l’eau, le cadavre fut rapidement identifié. Il s’agissait de M. Jean-Pierre Ardisson, un propriétaire de 74 ans, bien connu et très estimé dans Draguignan, où il résidait place Portaiguères. Son absence avait déjà été remarquée : il avait disparu de son domicile depuis le mercredi précédent, le 22 mai, et les recherches actives menées par sa famille n’avaient pu le retrouver. C’était donc fait.

Le poids du chagrin

Les constatations médico-légales apportèrent une terrible clarté au drame : la mort remontait à environ quatre jours et était le résultat d’un suicide.
La raison de cette funeste détermination fut bientôt comprise. M. Ardisson, bien qu’estimé de tous, était en proie à une profonde détresse. Depuis la mort de son épouse, Marie Simon, survenue un mois auparavant, il donnait des signes d’aliénation mentale qui inquiétaient fort sa famille. C’était sans doute le chagrin immense ressenti de cette perte qui l’avait poussé à ce geste désespéré.
C’est ainsi que, par une matinée ensoleillée, fut révélée la fin solitaire et tragique d’un homme qui n’avait pu supporter la perte de celle qu’il aimait.

Informations généalogiques

Jean-Pierre Ardisson était fils de Charles Ardisson et de Thérèse Bernard. Il était né à Draguignan.
  • Source : La République du Var, 28 mai 1895, p. 2.
  • Registre d’état civil de Draguignan, année 1895, acte no 187, Archives départementales du Var, 7 E 53_118.

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Une guérison miraculeuse (Allos, 10 septembre 1651) https://www.geneprovence.com/une-guerison-miraculeuse-allos-10-septembre-1651/ https://www.geneprovence.com/une-guerison-miraculeuse-allos-10-septembre-1651/#respond Thu, 12 Feb 2026 20:10:45 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27504 Au milieu du XVIIe siècle, la dévotion à Notre-Dame de Valvert s’inscrit dans une Provence marquée par la Contre-Réforme, où le recours au sacré supplante souvent une médecine impuissante. Jean…

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Au milieu du XVIIe siècle, la dévotion à Notre-Dame de Valvert s’inscrit dans une Provence marquée par la Contre-Réforme, où le recours au sacré supplante souvent une médecine impuissante. Jean Gay André Gautide incarne ces enfants dont la survie dépendait de la piété familiale face aux limites cliniques de l’époque. Le rôle de Monsieur Gautier, prêtre d’origine montagnarde officiant à Digne, souligne l’étroit maillage clérical entre les diocèses de Senez et de Digne. L’ex-voto, acte juridique et spirituel authentifié ici par un témoin oculaire, témoigne de la reconnaissance sociale et religieuse d’une guérison jugée cliniquement impossible.

Un texte étonnant figure dans un registre paroissial, à Allos, dans les Basses-Alpes, relatant l’histoire de la guérison miraculeuse d’un jeune garçon, Jean Gay André Gautide. Nous avons pris le parti de vous en proposer le texte dans un français moderne pour en faciliter la compréhension mais nous livrerons la version originale plus bas.

Le 10 septembre 1651, Monsieur Gautier, prêtre originaire de Colmars et titulaire d’une charge à la cathédrale de Digne, s’est rendu à la chapelle de Notre-Dame de Valvert.
Il est venu y porter un ex-voto composé d’un tableau et d’un cierge blanc. Ce don était l’accomplissement d’une promesse faite par une femme de son entourage. Celle-ci, par l’intercession de la Sainte Vierge, avait été préservée d’une grave maladie qui la tourmentait.
Le bénéficiaire de ce miracle est le jeune Jean Gay André Gautide. L’enfant souffrait d’une maladie incurable et avait été totalement abandonné par les médecins, qui le considéraient déjà comme mort (estimant que sa vie « était partie d’hier »).
Face à cette impasse, un vœu fut adressé à Notre-Dame de Valvert. Immédiatement après cette prière, l’état de l’enfant s’améliora et il guérit. Monsieur Gautide a donc chargé la nourrice de s’acquitter de cette offrande de remerciement.
Le prêtre d’Allos, Wandaubert, signe l’acte en précisant qu’il a été le témoin oculaire de cette guérison.

***

« Le 10 septembre 1651 Mons[ieur] Gautier P[re]bre de Colmars beneficié dans la Cathedrale d’Aigne a offert à n[ot]re Dame de Valvert un Tableau et un cierge blanc qu’il avoit promis offrir une bonne femme qu’a l’interces[si]on de la s[ain]te Vierge avoit esté gardée et preservée d’une infirmité qui la travailhoit. C’est J[ea]n Gay André Gautide qui étoit atteint d’une Maladie incurable abandonné d[e]s Medecins et la fause qu’ils nourrissou comme étant partis d’ahère fit vœu à Nostre dame d’Valvert et incontinent l’enfant se trouva mieux et soy guery. M[on]s[ieur] Gautide s’aquita du dit fait par la nourrice. J’en suis témoing occulaire. Wandaubert p[re]bre. »

  • Source : Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0088.

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Régularisation d’un rapt de séduction (Valensole, 21 mai 1629) https://www.geneprovence.com/regularisation-dun-rapt-de-seduction-valensole-21-mai-1629/ https://www.geneprovence.com/regularisation-dun-rapt-de-seduction-valensole-21-mai-1629/#respond Thu, 12 Feb 2026 19:05:17 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27494 Sous la Régence, le rapt de séduction constitue un crime de lèse-majesté divine et humaine, passible de mort selon l’ordonnance de Blois de 1579. En Provence, ce mécanisme juridique est…

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Sous la Régence, le rapt de séduction constitue un crime de lèse-majesté divine et humaine, passible de mort selon l’ordonnance de Blois de 1579. En Provence, ce mécanisme juridique est souvent utilisé pour forcer une union hors des stratégies matrimoniales familiales. Ici, l’arrestation de Bertrand Audemar chez la jeune Catarine Tardieu, orpheline, déclenche une procédure d’urgence. L’intervention immédiate du lieutenant de juge et du procureur d’office vise à régulariser l’honneur de la fille avant le scandale public. Le mariage immédiat, sans bans, transforme ainsi une arrestation criminelle en un acte civil consensuel, protégeant la dot et la lignée.

 

« Le vingt et unième jour du mois de may et l’an que dessus [1629], Bertrand Audemar, pris et saisi de la justice et officiers de ville, dans la maison de feu Jaumet Tardieu, ayant débauché Catarine Tardieu, fille dudit feu Tardieu et de feue Anne Jaubert, sous promesse de mariage,
Et icelui conduit à la maison seigneuriale pour la garantir, il a dit et déclaré vouloir épouser lad[ite] Tardieu, sans qu’il fût ordonné ni contraint de la justice, […]
Ont été dispensés des bans et de consentement des parties, et parents de l’une et l’autre partie et en présence de Me André Allemand, lieutenant de juge, capitaine Joseph Castel, procureur d’office, led[it] Bertrand Audemar, fils de Pierre et d’Espérite Martine, d’une part, épousé avec lad[ite] Catarine Tardieu, fille de feu Jaumet et feu Anne Jaubert, le tout fait selon le s[ain]ct Concile en présence des dessus nommés et de messire Chastel, curé, et de Balthazar Mille, greffier de l’ordinaire de cette ville et de maître Constantin, boissier. »
[Signatures]
  • Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0130.

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