13 - Aix-en-Provence Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/13-aix-en-provence/ 500 ans de faits divers en Provence Tue, 19 May 2026 18:05:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png 13 - Aix-en-Provence Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/13-aix-en-provence/ 32 32 Jean Augustin de Foresta (1501-1564) : un grand magistrat face aux tourmentes de la Renaissance https://www.geneprovence.com/jean-augustin-de-foresta-1501-1564-un-grand-magistrat-face-aux-tourmentes-de-la-renaissance/ https://www.geneprovence.com/jean-augustin-de-foresta-1501-1564-un-grand-magistrat-face-aux-tourmentes-de-la-renaissance/#respond Thu, 14 May 2026 18:50:35 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28240 Le XVIe siècle provençal est une période de contrastes violents, où l’éclat de la Renaissance se heurte à la montée des tensions confessionnelles. Au cœur de ce tumulte, la figure…

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Le XVIe siècle provençal est une période de contrastes violents, où l’éclat de la Renaissance se heurte à la montée des tensions confessionnelles. Au cœur de ce tumulte, la figure de Jean Augustin de Foresta s’impose comme celle d’un serviteur de l’État d’une intégrité rare. Premier président au Parlement de Provence de 1558 à 1564, il fut l’un des piliers de l’ordre judiciaire dans une région alors au bord de la rupture.

Une ascension au sein de la « noblesse de robe »

Jean Augustin de Foresta est né à Aix-en-Provence aux alentours de 1501. Issu d’une famille dont l’ascension sociale illustre parfaitement la fusion entre le négoce et la magistrature, il est le fils de Christophe de Foresta, lui-même conseiller au Parlement. Cette lignée, qui s’ancrera profondément dans la terre de Trets, représente cette aristocratie de fonctions qui, par le savoir et le droit, devient le véritable relais du pouvoir royal en province.
Reçu conseiller au Parlement de Provence en 1522, Jean Augustin y forge sa réputation. Sa connaissance du droit et sa sagesse lui permettent de gravir les échelons de l’institution aixoise. En 1554, il est nommé président à mortier, avant d’atteindre le sommet de sa carrière le 19 juillet 1558, date à laquelle il est installé dans la charge de Premier président, succédant à Jean Maynier d’Oppède.

Un mandat sous le signe du compromis et de la fermeté

Le mandat de Foresta (1558-1564) coïncide avec les prémices des Guerres de Religion. En tant que chef de la justice, il doit faire face à l’émergence du calvinisme dans les grandes cités comme Aix et Marseille, mais aussi dans les campagnes.
Sa mission est double : maintenir l’autorité de la Couronne et préserver la paix civile. Foresta se distingue par une approche que l’on pourrait qualifier de modérée pour l’époque. S’il reste un catholique convaincu, il cherche avant tout à faire appliquer les édits de pacification envoyés par la régente Catherine de Médicis. Il doit notamment gérer l’épineuse application de l’Édit de Janvier (1562), qui accordait une liberté de culte restreinte aux protestants.
Cette position n’est pas sans risque. Le Parlement de Provence est alors traversé par des courants ultra-catholiques radicaux. Foresta, par son autorité, tente de contenir les débordements et d’éviter que la justice ne devienne un simple instrument de vengeance religieuse. Son passage à la tête de la cour est marqué par une volonté de « tempérer les passions par la règle », un crédo qui lui vaudra le respect, bien que posthume, des historiens de la magistrature.

L’enracinement seigneurial : la baronnie de Trets

Comme tout grand magistrat aixois, Jean Augustin de Foresta transforme sa puissance judiciaire en puissance foncière. En 1553, il acquiert la baronnie de Trets. Ce domaine devient le fief de la famille, marquant son passage définitif de la bourgeoisie parlementaire à la noblesse de terre.
Il y fait régner une administration rigoureuse, s’attachant à restaurer les droits seigneuriaux tout en protégeant les populations locales des exactions des bandes armées qui commencent à infester la région. Cette double identité, entre le palais de justice aixois et les terres du haut de l’Arc, définit l’équilibre de sa fin de vie.

Mort et postérité d’un homme « de grand savoir »

Jean Augustin de Foresta s’éteint en fonction le 24 août 1564. Il meurt à un moment charnière, juste avant que la Provence ne sombre dans les décennies les plus sombres des conflits religieux.
L’historiographie provençale a gardé de lui l’image d’un magistrat d’une droiture absolue. Pitton, dans ses chroniques, souligne son « éloquence naturelle et sa grande connaissance des lois ». Il laisse derrière lui une lignée qui continuera de servir la Provence et la France pendant plusieurs siècles.

Sources et bibliographie pour approfondir

  • Jean-Scholastique Pitton, Histoire de la ville d’Aix, capitale de la Provence, Aix, 1666. (Source primaire essentielle pour la vie des présidents).
  • Balthasar de Clapiers-Collongues, Chronologie des officiers des Cours souveraines de Provence, Édition de la Société d’Études Provençales, 1904.
  • Archives Départementales des Bouches-du-Rhône (Série B) : Registres des délibérations du Parlement de Provence pour la période 1558-1564.
  • Prosper Cabasse, Essais historiques sur le Parlement de Provence, depuis son origine jusqu’à sa suppression, Paris, 1826.

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Le crime d’être pauvre face à la rigueur des lois (Aix-en-Provence, 19 mars 1840) https://www.geneprovence.com/le-crime-detre-pauvre-face-a-la-rigueur-des-lois-aix-en-provence-19-mars-1840/ https://www.geneprovence.com/le-crime-detre-pauvre-face-a-la-rigueur-des-lois-aix-en-provence-19-mars-1840/#respond Sun, 19 Apr 2026 17:49:19 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28013 Un homme, vêtu de haillons, s’asseyait le 19 mars 1840 sur le banc des prévenus, comme coupable du délit de rupture de ban, au tribunal de police correctionnelle d’Aix-en-Provence. Il…

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Un homme, vêtu de haillons, s’asseyait le 19 mars 1840 sur le banc des prévenus, comme coupable du délit de rupture de ban, au tribunal de police correctionnelle d’Aix-en-Provence. Il s’exprimait avec aisance, mais surtout sa voix laissait entendre le son de la vérité. Voici le dialogue qu’il eut avec le président, à peine modifié pour le rendre plus compréhensible mais en en respectant en tout point le sens :

M. le Président. « Pourquoi avez-vous rompu votre ban ? »

Le prévenu. « Je vais vous le dire : c’est parce que, dans les lieux où l’on m’obligeait à m’installer, je ne trouvais ni travail, ni moyens de subsistance. Si je me présentais chez un employeur pour demander du travail, on exigeait de ma part des garanties de moralité. Or, pouvais-je nier que j’étais sous la surveillance humiliante de la police ? Même si je l’avais fait, cela aurait été inutile, car la police elle-même se rendait chez ceux qui auraient pu m’embaucher pour les avertir de se méfier de moi, en leur précisant que j’étais un ancien détenu. Ces derniers trouvaient alors toujours un prétexte pour m’éconduire. Ainsi, rejeté de partout, sans travail et réduit à la misère, il ne me restait que deux options : soit devenir voleur, soit fuir une surveillance qui m’empêchait de gagner ma vie honnêtement. J’ai choisi la seconde. »

M. le Président. « Mais votre conduite antérieure a été très mauvaise : vous avez déjà été condamné plusieurs fois. »

Le prévenu. « Voici la vérité : j’ai eu le malheur, dans ma jeunesse, d’être sous l’autorité d’une mère aux mœurs légères et d’un père qui me maltraitait sans cesse. Las de ces mauvais traitements, je me suis enfui de la maison familiale. Je n’avais ni métier, ni ressources pour vivre. On m’a arrêté, et j’ai été condamné pour vagabondage à trois ans de prison et cinq ans de surveillance. J’ai purgé ma peine ; mais, à mon retour à la vie civile, la surveillance dont j’étais l’objet m’a privé de toute ressource, et il m’est devenu impossible de travailler. J’ai enfreint une première fois mon interdiction de séjour ; rapidement repris, j’ai été de nouveau condamné pour ce motif à une autre peine de prison, assortie de cinq nouvelles années de surveillance. Une seconde rupture d’interdiction, causée par les mêmes motifs, a entraîné une condamnation similaire. C’est un troisième fait du même genre qui me conduit aujourd’hui devant ce tribunal. »

M. le Procureur du Roi. « Je trouve, en effet, dans mes dossiers une première condamnation pour vagabondage ; les suivantes concernent des ruptures d’interdiction de séjour. »

Le prévenu. « Eh bien ! Suis-je devenu un criminel pour autant ? Ai-je volé quelqu’un ? Non, je n’ai jamais fait de mal à personne. Et pourtant, alors que je ne trouvais nulle part de quoi subvenir à mes besoins et que tous les ateliers se fermaient devant moi, n’aurais-je pas pu, d’une certaine manière légitimement, chercher ma subsistance dans le vol ou le crime ? Mais je ne l’ai pas fait : je suis resté un homme honnête ! »

Le Procureur déclara ensuite que, quels que soient les motifs invoqués par l’accusé pour justifier sa conduite, la loi existait et devait être appliquée. Il en requit donc l’exécution.
Le Tribunal condamna donc le prévenu à huit jours de prison et au maintien de la haute surveillance policière.

  • Source : Le Mémorial d’Aix, 21 mars 1980, p. 2.

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Le mystérieux voyageur du Logis du Pont (Saint-Martin-de-Crau, 12 août 1670) https://www.geneprovence.com/le-mysterieux-voyageur-du-logis-du-pont-saint-martin-de-crau-12-aout-1670/ https://www.geneprovence.com/le-mysterieux-voyageur-du-logis-du-pont-saint-martin-de-crau-12-aout-1670/#respond Wed, 21 Jan 2026 21:36:22 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27403 À l’aube du règne personnel de Louis XIV, la Crau constitue un axe de transit névralgique où circulent les carrosses reliant Marseille, Arles et Aix. Le Logis du Pont sert…

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À l’aube du règne personnel de Louis XIV, la Crau constitue un axe de transit névralgique où circulent les carrosses reliant Marseille, Arles et Aix. Le Logis du Pont sert alors de relais de poste indispensable dans cette steppe aride. Le défunt, marchand facturier de soie, appartient à l’élite artisanale d’Aix, alors capitale parlementaire. Sa « mort subite », probablement un accident cardiovasculaire foudroyant, prive ce voyageur des derniers sacrements, une tragédie spirituelle majeure au XVIIe siècle. L’acte souligne l’importance des réseaux commerciaux textiles et la précision administrative des curés pour identifier les corps anonymes sur les routes de Provence.

« L’an mil six cens septante [j’]ai enseveli un homme qui était d’Aix dans le carrosse, mort de mort subite, au Logis du Pont, pour enseigne Saint-Martin, ayant été averti par Anthoine Bouis, ménager, sans avoir reçu aucun sacrem[en]t, âgé d’environ quarante ans, poil châtain, ayant trouvé sur lui une lettre que Claude Picard lui avait envoyée de Marseille, datée du sixième du courant, l’adresse de laquelle porte a M[onsieu]r de Lédène, marchand facturier de soie, à l’enseigne de Saint-Martin de la Palud, ce douzième août mil six cens septante.
Présents sieurs Claude Paget, bourgeois, et Pierre Clément, fils a M[onsieu]r Jean, procureur au siège d’Arles.
Par moi soussigné. »
[Paget, Clément, Martin curé]
  • Source : Registre paroissial de Saint-Martin-la-Palud, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 151.

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Une présentation rocambolesque du daguerréotype (Aix-en-Provence, 29 décembre 1839) https://www.geneprovence.com/une-presentation-du-daguerreotype-rocambolesque-aix-en-provence-29-decembre-1839/ https://www.geneprovence.com/une-presentation-du-daguerreotype-rocambolesque-aix-en-provence-29-decembre-1839/#respond Tue, 18 Nov 2025 13:31:00 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26748 La merveilleuse invention de la photographie, attribuée à Louis Daguerre (1787-1851) fut jugée immédiatement comme merveilleuse par chaque Français. Ce fut bien entendu Paris qui profita en premier lieu de…

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La merveilleuse invention de la photographie, attribuée à Louis Daguerre (1787-1851) fut jugée immédiatement comme merveilleuse par chaque Français.
Ce fut bien entendu Paris qui profita en premier lieu de l’invention puisqu’il fut organisé sur place quantité de séances de prises de vue pour le bonheur des personnes. Et, de fait, la Province, fut quelque peu oubliée dans un premier temps.
La cathédrale Saint-Sauveur, vers 1870. Claude Gondran. Bibl. Méjanes, Aix.
Mais certains énergumènes sentaient qu’il y avait de l’argent à prendre dans l’affaire et parcouraient les villes pour présenter leur propre invention, clamant être élève de M. Daguerre.
C’est ainsi que l’un d’eux se pointa à Aix en décembre 1839 afin d’y faire une démonstration publique du tout nouveau procédé révolutionnaire, que l’on appelait désormais le daguerréotype. On annonça la séance avec faste, on fixa le prix d’entrée à 2 francs (une belle somme à l’époque), et l’événement devait se dérouler dans une salle de l’école de droit.
Mais voilà : le 22 décembre, jour prévu de l’événement, le ciel était couvert. Pas de soleil, donc pas d’image. L’orateur dut s’excuser devant une assemblée nombreuse et reporter la démonstration au dimanche suivant. Après tout, ce n’était pas sa faute.
Le 29 décembre, rebelote. Cette fois-ci, la météo était splendide : grand ciel bleu, soleil radieux, tout semblait réuni pour que la magie opère. L’appareil fut braqué sur la belle façade de la cathédrale Saint-Sauveur, et l’assistance, émue, retint son souffle. Après un quart d’heure, le moment solennel arriva : on retira la plaque.
Déception totale !
L’image n’était qu’un fouillis de lignes sombres et brouillées. Avec beaucoup d’imagination (et de bonne volonté…), certains crurent deviner un morceau de la façade. Mais rien de net, rien de spectaculaire.
Pourtant, le procédé fonctionnait bel et bien : la veille encore, une superbe épreuve de daguerréotype avait été exposée chez M. Boyer, confiseur de la ville. La faute venait donc moins de l’invention que de son maladroit démonstrateur.
Et pour couronner le tout, lorsque le public, un brin frustré, demanda des explications techniques, l’orateur se lança dans un discours tellement embrouillé qu’il en devint aussi illisible que son image !
Bref, Aix n’eut pas droit ce jour-là à la grande révélation photographique promise… mais plutôt à une séance de prestidigitation ratée.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 4 janvier 1840, p. 2, 3.

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La mort d’une jeune femme en prison (Aix-en-Provence, 26 novembre 1839) https://www.geneprovence.com/la-mort-dune-jeune-femme-en-prison-aix-en-provence-26-juin-1839/ https://www.geneprovence.com/la-mort-dune-jeune-femme-en-prison-aix-en-provence-26-juin-1839/#respond Mon, 22 Sep 2025 05:30:18 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26405 En ce mois de novembre 1839, un drame secouait les murs de la prison d’Aix. Marguerite Girard, une jeune domestique de 24 ans, originaire de Beaufin (Isère) et résidant à…

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En ce mois de novembre 1839, un drame secouait les murs de la prison d’Aix. Marguerite Girard, une jeune domestique de 24 ans, originaire de Beaufin (Isère) et résidant à Marseille, y a trouvé une fin soudaine. Née de François Girard et Nanette Girard, elle était incarcérée à la prison d’Aix, au 1, rue Peyresc.
Marguerite avait été condamnée par le tribunal correctionnel d’Aix. Elle purgeait une peine d’un an pour homicide involontaire sur son nouveau-né.
Le 26 novembre, le concierge des prisons, Sauveur Perrache (27 ans), effectuant sa ronde matinale, découvrit Marguerite inanimée. Il alerta immédiatement M. Dastros, le médecin des prisons. Ce dernier confirma son décès, qu’il attribua à des causes naturelles, probablement une attaque d’apoplexie. L’acte de décès fut également signé par Joseph André (47 ans), guichetier des prisons.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 30 novembre 1839, p. 3.
  • Registre d’état civil d’Aix-en-Provence, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 202 E 370, acte no 711.

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Les paysans dupés par un filou (Aix-en-Provence, 15 mai 1868) https://www.geneprovence.com/les-paysans-dupes-par-un-filou-aix-en-provence-15-mai-1868/ https://www.geneprovence.com/les-paysans-dupes-par-un-filou-aix-en-provence-15-mai-1868/#respond Sun, 07 Sep 2025 20:03:32 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26290 En mai 1868, près d’Aix, un escroc rusé visitait une ferme. Avant d’arriver, il s’était renseigné sur les habitants et leur lieu de naissance. Fort de ces informations, il se…

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En mai 1868, près d’Aix, un escroc rusé visitait une ferme. Avant d’arriver, il s’était renseigné sur les habitants et leur lieu de naissance. Fort de ces informations, il se présenta et interpella les paysans par leurs noms et même le nom de leur village d’origine.
« Je suis, dit-il, envoyé pour vous réclamer certaines sommes que vous devez et si vous ne vous exécutez de bonne grâce, j’ai à ma suite des gendarmes, qui ont l’ordre de vous conduire en prison.
— Mais nous ne devons rien, répondirent les paysans surpris de ces menaces.
— Cherchez bien, insista le filou.
— La seule chose que je doive à cette heure, dit le paysan, ce sont mes contributions.
— C’est précisément cela, répliqua l’escroc, qui saisit la balle au bond. Eh bien ! si vous désirez que je suspende toutes poursuites, vous allez me payer quarante francs. »
Et ce disant, il regarde sa montre et dit : « Mes gendarmes sont à cette campagne que vous voyez. Il est onze heures. À deux heures, ils seront ici. Nous avons la mission de conduire en prison certains individus mauvais débiteurs et notamment l’ermite de Roquefavour, qui doit huit cents francs. »
Le paysan, sa femme et leur fille se consultent. Il n’y a que 25 francs dans la ferme. On les offre au voleur, qui veut bien les accepter et qui promet, vu la facilité qu’ils mettent à s’exécuter, de suspendre toutes poursuites.
Les paysans réclament un reçu. Le filou fouille dans une masse de papiers insignifiants qu’il tenait sous le bras, et dit : « Je l’ai oublié, mais venez au palais de justice à Aix et je vous donnerai quittance. »
Les pauvres paysans, charmés d’en être quittes à si bon marché, se mettent à l’œuvre et préparent un bon dîner pour le filou qui fut on ne peut plus charmant à table. La fille du paysan fut après malade de l’effroi.
Néanmoins pour être complet, ajoutons que l’individu fut pris quelques jours après et qu’il expia en prison les écarts de son imagination féconde.
  • Source : Le Petit Marseillais, 12 juin 1868, p. 2.

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Récit de la peste de Provence (Boulbon, 15 décembre 1720) https://www.geneprovence.com/recit-de-la-peste-de-provence-15-decembre-1720/ https://www.geneprovence.com/recit-de-la-peste-de-provence-15-decembre-1720/#respond Sat, 06 Sep 2025 15:54:29 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26277 Durant toute la seconde moitié de l’année 1720, le curé de Boulbon, Périer, fait le récit de la peste qui s’étend dans un premier temps à Marseille mais peu à…

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Reconstitution du village de Boulbon en 1720. © GénéProvence, 2025.

Durant toute la seconde moitié de l’année 1720, le curé de Boulbon, Périer, fait le récit de la peste qui s’étend dans un premier temps à Marseille mais peu à peu dans un grand nombre de villes et villages de Provence. On a sous sa plume le récit d’un homme inquiet pour le village, ce « misérable lieu », qu’il administre.

« Cette année 1720, il y a eu une récolte abondante. Toutes les terres, les unes et les autres, ont rendu d’un dixième dans le temps de la foire de Beaucaire.
On a soupçonné Marseille de peste et avec juste raison puisqu’elle y est si maligne qu’on assure que depuis le commencement de ce mois d’août, jusqu’à aujourd’hui vingt-huitième août, il y est mort plus de quatorze à quinze mille âmes et il continue à ce qu’il nous en revient à y en mourir toujours sans nombre.
Toutes les villes et villages de la province se gardent et il n’y a plus de commerce ni avec le Languedoc ni avec Avignon, et si Dieu n’y met sa main par sa divine miséricorde, nous sommes tous perdus.
Aubagne, Lançon, sont atteints de ce mal-là, Aix est soupçonné et on assure qu’il est au faubourg.
Le 3 octobre, le parlement, après avoir prêté serment, s’est retiré à Saint-Remy, s’étant eux-mêmes condamnés à faire quarantaine.
La peste est aux quatre coins d’Aix. Le 30 septembre, il y mourut dans une nuit vingt-cinq personnes.
On assure qu’il est mort à Marseille ou à ses bastides plus de cinquante mille âmes.
Nous nous gardons ici le mieux que nous pouvons, jour et nuit.
Aujourd’hui 23 octobre 1720, nous avons renouvelé le vœu de sainte Élisabeth et nous sommes allés en procession à Notre-Dame chanter la grand-messe. Les consuls y ont été pieds nus, la corde au col et la torche à la main, ce qui se continuera in aeternam.
Saint-Remy est soupçonné de contagion. Dieu veuille qu’il n’y ait rien.
J’ai grand peur que la peste n’y soit bientôt déclarée, comme aux autres endroits.
Du onze novembre, on mande qu’il est mort à Marseille ou à ses bastides plus de soixante mille âmes. Il y a eu de terribles désordres dans cette ville, causés par les forçats de galère qu’on avait tirés pour servir les malades et pour servir de corbeaux.
Il y est mort une grande quantité des prêtres et de religieux. Monseigneur l’Archevêque s’y est exposé autant que les prêtres les plus zélés et Dieu l’a conservé jusqu’à aujourd’hui. Le pape a envoyé trois mille saumées1 de blé pour soutenir le pauvre peuple et la contagion fait aujourd’hui à Aix autant de ravages à proportion qu’il en a fait à Marseille, où elle commence fort à calmer.
On soupçonne toujours Saint-Remy et il y a apparence que cette ville aura le même sort que toutes les autres villes et villages, qui ont été soupçonnées où elle est aujourd’hui aux quatre coins. Dieu veuille la préserver.
On dit que Lançon, il n’y est resté presque personne.
Le Martigues et Salon sont confinés.
Le 5 décembre, M. l’Intendant s’est retiré à Barbentane, méchante marque pour Saint-Remy. Madame l’Intendante s’est accouchée en chemin et a fait l’enfant dans son carrosse.
Certainement la contagion doit y être quoi qu’on le cache, mais dans moins de quatre à cinq jours, il sera confiné quoi qu’on en dise.
Le 15, troisième dimanche, à 4 heures du soir, l’ordre de M. de Jossaud, commandant dans cette viguerie, est arrivé, de confiner Saint-Remy.
Dieu veuille nous garder par sa divine miséricorde, car nous sommes en grand danger dans ce misérable lieu où il n’y a pas grand ordre.
Tarascon est en grand danger et nous aussi.
Le 14 décembre, la peste a commencé à Tarascon, par Simiot, poissonnier, qui l’a portée du Martigues. Il est mort avec un bubon. Dieu ait pitié de Tarascon et de nous aussi. On a confiné la traverse d’Arles au faubourg Saint-Jean. »

Note

1. Une saumée représente la charge d’une bête de somme.

  • Source : Registre paroissial de Boulbon, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 222.

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Le suicide d’un cultivateur (Aix-en-Provence, 18 novembre 1839) https://www.geneprovence.com/le-suicide-dun-cultivateur-aix-en-provence-18-novembre-1839/ https://www.geneprovence.com/le-suicide-dun-cultivateur-aix-en-provence-18-novembre-1839/#respond Thu, 04 Sep 2025 19:37:32 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26261 Le 18 novembre 1839, un drame secoua la campagne d’Aix-en-Provence. Ce jour-là, Honoré Charles Florens, un cultivateur de 57 ans et 5 mois, mettait fin à ses jours. Natif du…

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Le 18 novembre 1839, un drame secoua la campagne d’Aix-en-Provence. Ce jour-là, Honoré Charles Florens, un cultivateur de 57 ans et 5 mois, mettait fin à ses jours. Natif du Tholonet, près d’Aix, cet homme était le fils de feu Joseph-Pierre Florens et de feue Marie-Thérèse Bourrelly, et l’époux de Marguerite Suzanne Adélaïde Payan.
Il résidait précisément à la campagne de Sainte-Anne, dans le quartier de Valcros. Malheureusement, c’est là qu’il trouva la mort. Le lundi matin, aux alentours de 9 heures, il se suicida en se tirant un coup de fusil dans la poitrine. Cet acte eut lieu au milieu des champs.
Selon les témoignages de l’époque, Honoré Charles Florens traversait de graves difficultés. Il était confronté à de mauvaises affaires, dit-on, et une misère profonde l’accablait. Ces épreuves, visiblement, l’avaient plongé dans un état de désespoir extrême. Il développa une sorte de monomanie du suicide. Cette tragédie le poussa à commettre cet acte désespéré.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 23 novembre 1839, p. 3.
  • Registre d’état civil d’Aix-en-Provence, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 202 E 370, acte no 702.

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Un accueil tumultueux pour le duc d’Orléans (Aix-en-Provence, 17 novembre 1839) https://www.geneprovence.com/un-accueil-tumultueux-pour-le-duc-dorleans-aix-en-provence-17-novembre-1839/ https://www.geneprovence.com/un-accueil-tumultueux-pour-le-duc-dorleans-aix-en-provence-17-novembre-1839/#respond Mon, 18 Aug 2025 10:26:46 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26142 Le dimanche 17 novembre 1839, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, passa par Aix. Cet événement, attendu de longue date, fut malheureusement marqué par une série d’incidents, allant d’une tragédie routière à un accueil officiel…

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Le dimanche 17 novembre 1839, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, passa par Aix. Cet événement, attendu de longue date, fut malheureusement marqué par une série d’incidents, allant d’une tragédie routière à un accueil officiel discutable. Cet épisode nous offre un aperçu unique des réalités de l’époque.

Une arrivée endeuillée : l’accident tragique

Le duc d’Orléans, figure royale triomphante sur les lignes de postes depuis plusieurs mois, traversait la ville ce dimanche-là, entre 14 heures et 15 heures. Son arrivée fut toutefois retardée de quarante-cinq minutes. En effet, un accident dramatique venait de se produire. Un des postillons, qui montait le cheval du prince, chuta brutalement. Les roues de la voiture écrasèrent la tête du malheureux postillon.
Le prince, sans hésiter, descendit de son véhicule. Il aida personnellement à transporter le blessé vers une maison voisine, près de l’auberge de la Mounine. Malheureusement, l’homme expira quelques minutes plus tard. Des secours furent dépêchés aussitôt, un médecin de Bouc fut appelé. Cependant, il ne trouva qu’un cadavre à son arrivée. La victime, Jean-Pierre Jeantet, avait 30 ans1. Il laissait derrière lui une jeune veuve et deux jeunes enfants. Le duc d’Orléans, touché par la situation, remit une aide provisoire de 300 francs à la veuve. Ce geste visait à lui apporter un soutien en attendant la pension à laquelle cet événement tragique lui donnait droit.

Un arc de triomphe en papier mâché et des préparatifs controversés

Le duc d’Orléans, par Jean-Auguste Dominique Ingres, tableau réalisé après 1842. National Gallery, Londres.
En approchant de la Rotonde, à Aix, un spectacle pour le moins surprenant attendait le prince. Un arc de triomphe, construit pour l’occasion, y trônait. Cependant, son style était jugé peu correct. Il semblait même ployer sous un gigantesque entablement depuis la veille. Il comportait un long et étroit arceau, flanqué de deux portes dérobées. Le tout était surmonté de gradins.
Au sommet, un trophée aux couleurs douteuses était déployé. Sa conception raide et disgracieuse, ainsi que ses teintes équivoques, le faisaient étrangement ressembler à une enseigne de bureau de tabac. Peu importe la somme votée par le conseil municipal, il semblait évident que d’autres choix de couleurs auraient pu être faits pour représenter dignement le drapeau national, au lieu de cet orange, ce bleu délavé et ce gris salissant.

Un accueil officiel sous haute tension

Les autorités administratives et municipales patientaient depuis midi pour accueillir l’héritier du trône. Le maire de la ville, lui, avait d’ailleurs déjà présenté ses hommages à Marseille. Pour l’occasion, la compagnie d’artillerie avait pris position. Son lieutenant à cheval et ses canons, tirés par des postillons en tenue négligée (ce qui évoque la célèbre bataille d’Iéna où Napoléon fit transporter son artillerie en poste), se tenaient à gauche de la grille de fer. Cette manœuvre, habilement orchestrée, soulignait les talents stratégiques de leur chef.
Dès que les éclaireurs, prudemment postés, signalèrent l’arrivée des voitures, les artilleurs se hâtèrent. Ils tirèrent leurs vingt et un coups de canon, s’assurant de terminer avant le départ du prince. La compagnie de pompiers et une brigade de gendarmerie s’étaient rangées le long de la chaussée de Marseille. Le commandant de place, représentant à lui seul la garnison, était également présent. Sa présence était jugée non seulement appropriée, mais aussi essentielle pour maintenir l’ordre et la dignité de la cérémonie royale.

Chaos et courtoisie royales

Pourtant, seuls deux sergents de ville et deux agents de police avaient été laissés pour contenir la foule autour de l’arc de triomphe et du cortège. Par conséquent, l’arrivée du prince fut marquée par un désordre complet. Le sous-préfet et le maire d’Aix eurent le plus grand mal à atteindre le duc d’Orléans. En descendant de voiture, l’héritier du trône fut contraint de jouer des coudes. Il dut se frayer un chemin pour passer sous ce monument de fortune. Une heure auparavant, un peintre avait appliqué des marbrures de style sur le monument déjà peu soigné.
Un autre honneur attendait le prince. Il fut présenté à l’officier qui commandait les artilleurs. Ce dernier l’accueillit avec une bienveillance certaine, voire une simplicité, qui toucha profondément le duc d’Orléans.

Une figure royale marquée par la tragédie

Le prince, malgré son rang, affichait une expression sérieuse et triste. Le terrible événement survenu sous ses yeux expliquait amplement cette disposition. Il serra la main de M. Aude, le maire, lui rappelant sa promesse faite à Marseille : « Vous m’aviez promis à Marseille de ne pas faire d’apprêts et de me recevoir sans cérémonie. » Le premier magistrat aurait répondu : « Monseigneur, nous n’avons pas pu faire autrement. »
Aucune acclamation ne se fit entendre. On remarqua à regret que les badauds autour du prince ne se découvraient pas. Cet oubli des plus simples marques de respect fut jugé inqualifiable. Par conséquent, la réception fut brève. Plusieurs discours préparés restèrent manuscrits dans la poche des orateurs.
Le duc d’Orléans regagna sa voiture avec difficulté. Quinze minutes après son arrivée, il repartait. Il laissa à M. le maire l’assurance de sa satisfaction et une somme d’argent destinée aux pauvres de la ville. Le temps, superbe toute la journée, avait attiré une grande partie de la population hors de la ville mais beaucoup étaient restés prisonniers de leurs maisons à cause des pluies récentes.

Une préparation officielle jugée négligente

Évidemment, l’imprévoyance des autorités municipales restait difficile à comprendre. Elles seules avaient dirigé les préparatifs de l’événement. Leur négligence exposa la personne du prince à des démonstrations excessives d’empressement. Un général de sa suite les qualifia d’ailleurs de manière assez brutale.
Note

Il était fils de feu Jean Jeantet, lui aussi postillon, et de Catherine Huc. De plus, Jean-Pierre Jeantet, au moment de son accident, était marié à Anne-Marie Roques. On ignore la localisation de ses origines. Son acte de décès figure à la date du 17 novembre 1839, à 13 heures, dans le registre des décès de l’état civil de Bouc-Bel-Air.

  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 23 novembre 1839, p. 2.
  • Registre d’état civil de Bouc-Bel-Air, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 202 E 393, acte no 17.

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Une chute dans la cuve à vin (Aix-en-Provence, 13 novembre 1839) https://www.geneprovence.com/une-chute-dans-la-cuve-a-vin-aix-en-provence-13-novembre-1839/ https://www.geneprovence.com/une-chute-dans-la-cuve-a-vin-aix-en-provence-13-novembre-1839/#respond Thu, 24 Jul 2025 05:30:54 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=25986 Vers vingt heures, ce mercredi 13 novembre 1839, un commis de 34 ans, Jean-Antoine Faure, originaire de Turin, perdit la vie. Il travaillait pour Toye Lazarin Luc, fromager de la place du Marché, au…

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Vers vingt heures, ce mercredi 13 novembre 1839, un commis de 34 ans, Jean-Antoine Faure, originaire de Turin, perdit la vie. Il travaillait pour Toye Lazarin Luc, fromager de la place du Marché, au 14, rue des Marseillais, à Aix-en-Provence.
Le jeune homme voulait soutirer du vin. Il descendit alors dans une cuve vinaire. Or, cette cuve contenait encore beaucoup de marc de raisin. Il n’avait pas aéré l’espace auparavant. Cette grave imprudence lui coûta la vie. En effet, il fut asphyxié sur-le-champ.
Pour preuve, lorsqu’on voulut le secourir, on présenta une chandelle allumée à l’ouverture de la cuve. Elle s’éteignit immédiatement. Ce signe confirmait la présence de gaz nocifs. Le corps du malheureux ne put être retiré qu’une demi-heure plus tard, soit son employeur n’avait pas remarqué son absence immédiatement, soit les précautions nécessaires pour entrer en toute sécurité dans la cave avaient pris beaucoup de temps.
De surcroît, des accidents similaires se reproduisaient chaque année. Parfois, des enfants tombaient dans des cuves que l’on laissait ouvertes par imprudence. D’autres fois, des ouvriers risquaient leur vie. Ils bravaient des dangers certains par pure négligence, pour éviter un léger effort.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 16 novembre 1839, p. 2.
    Registre d’état civil d’Aix-en-Provence, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 202 E 370, acte no 691.

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